‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 17 sur 86 · TR.\VERSÉE DE LA SE.MLIKI ENTRE TORO (FORT-PORTAL) ET EOGA · texte numérisé non relu

TR.\VERSÉE DE LA SE.MLIKI ENTRE TORO (FORT-PORTAL) ET EOGA

André Pilette. A travers l' Afrique Équatoriale.

Botrel : c'était l'audition d'un père blanc d'une mission voisine de notre campement ; il voulait sans doute nous rappeler l'Europe et ses pompes. Vaine prétention car nous n'avions oublié ni l'une ni les autres.

Le cinquième jour de notre marche, je rejoignis, par un temps brumeux, la grand'route qui mène de Kampala à Toro, sur laquelle circule jusqu'à Kibalc un service assez régulier de camions automobiles (i). La v^oie est excellente, large, bien entretenue, et, ce qui étonne, cyclable. Je m'arrêtai pour camper, sur la hauteur en face du lac Isolt, dont les rives m'apparurent confusément à travers le brouillard. Un de mes boys vint m'annoncer que son camai"ade, habillé à mes frais avant de quitter Entebbé, avait préféré rentrer dans ses foyers mais sans omettre d'emporter et son équipement et l'avance sur ses gages à lui versée cinq jours auparavant. Décidément, l'honnêteté des noirs s'affirmait douteuse ; du reste, ils n'en étaient qu'à leurs premiers larcins, aussi au cours de mon voyage, me voleront -ils les choses les plus diverses.

Par moment, le gibier se montra, mais son apparition ne fut que de courte durée ; un peu avant le gîte de Shakasengula, quelques antilopes, entre autres des bubales et des Waterbuck, semblaient considérer avec intérêt mon passage rapide à bicyclette. Vers le soir, je fis un tour dans la brousse, et je pus me rendre compte de la diversité de ses habitants ; l'endroit étant très giboyeux, je n'eus qu'un regret : celui de ne pouvoir employer mes armes.

Ici l'Uganda devient plus pittoresque ; l'aspect qu'il présente est tel que l'on pourrait se croire dans l'Eifel ou dans

(i) Voir photographie 11° 6.

les Vosges. La région, d'origine volcanique, est très montagneuse. D'énormes cônes tronqués surmontés de rochers semblent y avoir été jetés par une main puissante mais ennemie, du chaos, car ils sont disposés avec quelque symétrie.

Seul le manque d'eau me fit souffrir ; les rivières y sont rares et je fus contraint d'employer et même de boire un liquide boueux stagnant dans des ra\dns ou croupissant dans le creux des sources presque taries. De temps à autre, un violent orage nous procura de l'eau potable, mais fut accompagné d'un vent calamiteux et si violent qu'en pleine nuit il renversa ma tente qui m'ensevelit sous ses plis ; jugez de mon réveil ! C'est avec peine que je sortis de tout cet amas de toiles, et c'est sous une pluie battante que je fis redresser mon immeuble de fortune.

Le lendemain, la route détrempée devint mauvaise. De très longues montées rendirent le voyage plus fatigant ; il fallut souvent escalader des pentes durant une heure. L'altitude augmentant, les nuits devinrent très fraîches.

Après une douzaine de jours de marche vers l'Ouest, une énorme barrière montagneuse apparut au loin : c'étaient les premiers contreforts du Ruwenzori ; d'ici quelques jours, je les contournerai vers le Nord pour atteindre la frontière congolaise.

L'après-midi, en me reposant de mes fatigues, je fus brusquement secoué par des tremblements de terre accompagnés de grondements souterrains. Comme je demandais à mon boy si ces secousses sismiques n'occasionnaient jamais de dégâts aux habitations, il me répondit, avec son naïf bon sens de nègre, que, comme je venais de m'en apercevoir, ce phénomène ne se produisait jamais au-dessus de la terre, mais toujours en-dessous. Après avoir tranché ainsi en scientiste, ce La Palice noir ajouta que c'était à cela même qu'il attri-

Carte II

Carte II

De l'Albert=Nyanza

aux

Volcans du Kîvu

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