YTHON CAPTURÉ PAR LES INDIGÈNES
(Python sebae.)
André Pilette. A travers l'Afrique ÉqitaW
des alentours en suivant des yeux le va-et-vient des hommes. Les milans, plus hardis, cherchèrent par des plongeons successifs, à arracher au vol quelques lambeaux de chair, mais je les remis rapidement à la raison à l'aide de mon fusil de chasse.
Désireux de posséder quelques spécimens de vautours, je déposai le thorax d'une des antilopes à proximité d'un buisson dans lequel je me blottis, à une vingtaine de mètres de l'appât. Les oiseaux ne tardèrent pas à venir se rassasier ; je les photographiai d'abord (i) ; puis, m'armant d'un appareil moins pacifique, je leur envoyai un coup de 5 qui en laissa trois sur place.
La nuit, mon sommeil fut de nouveau troublé à plusieurs reprises par les hyènes que l'odeur de la viande attirait ; elles se permirent la liberté grande de venir jusque contre ma tente. Je pouvais, de mon lit, les entendre respirer. L'une d'elles poussa la témérité jusqu'à prendre un quartier d'antilope sur un boucan dont le feu brûlait et qui était entouré d'hommes endormis ; l'un d'eux se réveilla au moment où la voleuse opérait et voulut lui barrer le chemin. Mal lui en prit, car il reçut un coup de patte, peut-être involontaire, mais qui ne lui en décolla pas moins un tiers de l'oreille gauche. La nuit suivante, avec un seul os à la strychnine, j'en empoisonnai deux; la troisième, qui emporta les restes de l'appât fut introuvable.
N'ayant plus de cartouche pour ma carabine, je me décidai à chasser des oiseaux aquatiques (2). Je me mis à descendre la Semliki en pirogue. Comme on trouve souvent ce qu'on ne cherche point, je ne vis que des crocodiles contre lesquels je
(i) Voir photographie 11° 14.
(2) Voir photographie no 16.
ne pus rien, si ce n'est les photographier. Je rencontrai d'abord un de ces gros amphibies dont la tête et le corps s'appuyaient sur un banc de sable (i). Me dissimulant dans les roseaux qui bordent la rive, je m'approchai à vingt mètres. Au bruit du déclic que fit l'obturateur, le crocodile s'empressa de retourner à l'eau, mais reprenant bientôt confiance, il revint doucement se coucher sur le bord. Ne pouvant le tuer, je dus me résoudre à remonter dans mon embarcation et -à continuer à descendre le courant, lorsqu'arrivant dans un coude brusque que fait la rivière, je me trouvai tout à coup devant un petit banc de sable où une douzaine d'énormes crocos se chauffaient au soleil. L'un d'eux aperçut la pirogue et donna l'alarme et, aussitôt, toute la troupe, avec un ensemble parfait, gagna rapidement l'eau, ne montrant plus que de temps à autre leur longue tête dont les yeux cherchaient à distinguer si l'ennemi avait ou non disparu.
Le lendemain, au même endroit, j'eus l'occasion de les observer cette fois tout à mon aise. Plus le soleil augmenta d'intensité, plus nombreux ils vinrent se reposer sur l'îlot. Un à un, d'une marche lente, ils se traînèrent sur le bord ; les derniers arrivants se couchèrent sur les premiers, se superposant parfois en croix. Le sommeil gagnant certains d'entre eux, les gueules s'entr'ouvrirent ; ils semblaient pris d'un bâillement sans fin, et montraient leurs hideuses mâchoires dont les contours dentelés étaient garnis de crocs innombrables et énormes. Tous semblaient très calmes ; on aurait cru que les derniers venus dormaient déjà, mais leur sommeil n'était qu'apparent et je le vis bien. Un des retardataires qui était
(i) Voir photographie n" 17.