‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 26 sur 86 · PIC KRAEPELIX · texte numérisé non relu

PIC KRAEPELIX

(Photo prise au téléobjectif à 3720 mètres.)

24. — LICHENS PARASITES DES BRANCHES DE LAURIERS (Altitude : 3800 mètres.)

AxDRÉ PiLETTE. A truvers l'Afrique Éqiutt

fusion de plantes grasses et parasites. J'interrogeai mon guide sur l'origine de cet ancien sentier ; il me répondit qu'il était l'œuvre d'un blanc mais qu'il ne se rappelait pas même le nom dont l'avait baptisé l'indigène ; le guide se souvenait cependant avoir entendu les soldats et les porteurs qui l'accompagnaient au cours de son ascension, prononcer le mot : a commandant ». Il me raconta aussi que l'explorateur a\'ait été arrêté dans les montagnes par de persistantes intempéries, lesquelles l'avaient empêché d'atteindre de très grandes altitudes ; il y avait fait un assez long séjour.

Dorénavant, la marche devint plus rapide. Les bambous, très gros à l'entrée de la forêt, étaient, à mesure que je prenais de l'altitude, très minces, presque chétifs, envahis par la mousse qui couvrait tiges et racines. Je sortis des bois à 3450 mètres. A cette hauteur, il existe une région où, sans transition aucune, une végétation toute différente succède à celle déjà citée. Vers une heure et demie, je m'arrêtai quelque temps pour me reposer ; la faim me pressant, je ne découvris dans mon sac, que deux croûtons de pain de la veille ; je m'en régalai sous une averse de grêle, tandis que mes nègres, enfouis dans la végétation, s'y abritaient de leur mieux. Ils se mirent en devoir de faire du feu afin d'oublier autour du brasier, le froid et l'humidité qui les accablaient depuis plusieurs jours. Après le repos, et lorsque l'orage eut cessé, je continuai en compagnie de mon guide qui, tout nu, se glissait à travers le fouillis des plantes humides encore d'une pluie glaciale qui venait de les inonder. 11 marchait d'un pas rapide, pour se réchauffer d'un bain d'où résultait pour lui un affreux tremblement. Plusieurs fois, il tenta de s'arrêter, m'engageant à redescendre, mais je n'eus garde de l'écouter, et je ne regagnai mon camp que lorsque ma montre m'indiqua qu'il en était temps pour ne pas être surpris par la nuit. Je montai

ce jcur-là à 3700 mètres. La route maintenant beaucoup plus aisée à suivre, nous avait permis d'avancer rapidement. Le ciel en s'éclaircissant par intermittences me découvrait les neiges dont nous nous rapprochions \'isiblement. Ceci m'encourageait en me laissant espérer d'atteindre mon but, du moins en partie. Je me mis à redescendre à preste allure, cherchant à dissiper une vive sensation de froid que me causaient mes bottes et mes pantalons mouillés qui me collaient aux jambes depuis le matin. Je n'étais nullement équipé pour pareille entreprise ; j'étais même sans semelles cloutées ; aussi, dans ma précipitation de redescendre, je tombai, sans exagérer, plus de trente fois, et me fis aux mains plusieurs blessures. La destinée de mes vêtements qui s'accrochaient à tous les obstacles était d'être réduits en haillons avant d'achever l'ascension. Tant que dura la descente, je tins stoïquement, mais lorsque j'eus refranchi les quatre petites rivières du fond et qu'il fallut remonter des pentes, je fus pris d'une réelle défaillance. Le froid et la pénurie de nourriture m'avaient tellement affaibli que je fus incapable de fournir un effort et c'est en titubant que je par\'ins jusqu'à ma tente, non sans être tombé plus de dix fois, n'en pouvant plus. Chaque fois, je me relevai avec peine, soutenu et poussé par les nègres qui se rendaient \dsiblement compte de mon état dont je me gardai bien de leur avouer la faiblesse.

A 3220 mètres, le minimum de la nuit fut de 5° centigrades. La bise qui soufflait de grand matin ne nous permit pas de partir de bonne heure ; il était dix heures lorsque la caravane se mit en route. Les hommes, malgré la fraîcheur des nuits précédentes, se comportaient fort bien et leur nombre ne faisait qu'augmenter chaque jour, car les indigènes chargés de nous ra\itailler restaient parmi nous, au lieu de s'en retourner. La vue des couvertures distribuées

MASSIF DU RUWENZORI (Versant Nord-Ouest),

Photo de l'auteur.

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