‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 32 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Au Pays des Nains et des Colosses

Habitants très farouches. — Chasses Iructueuses. — ■ Premier éléphant africain. — Singes nombreux. — - En danger devant une éléphante. — Perdu dans la forêt. • — ■ Je blesse un colosse. — ■ Nombreuses rencontres avec les proboscidiens. — Visite aux Mambuti. — - Arrivée à Béni. — ■ Les léopards.

Peu désireux de prendre, pour chasser, la route des caravanes, je me proposai de gagner pour quelques semaines les profondeurs de la forêt, afin d'y poursuivre principalement l'éléphant. Après une heure et demie de marche, par le chemin menant de Lessé à Béni et qui longe presque constamment la Semliki, je m'engageai vers l'Ouest dans un mauvais sentier sous la conduite d'un noir que je savais bien connaître le pays, et qui m'avait assuré pouvoir m'indiquer où se tenaient en grand nombre les pachydermes. Nous devions arriver à nouveau sur les flancs des Mitumba que certains ont voulu dénommer en cet endroit « Montagnes bleues ». Je me dirigeai vers ces montagnes par petites étapes. Il régnait parmi les populations rencontrées une indiscipline et une désobéissance tout à fait caractéristiques et propres

à une colonie insoumise. Partout où j'arrivai, le vide se fit ; les habitants fuirent vers la forêt aussitôt que je fus signalé. Dès lors, je dus songer à interpréter les règlements selon les circonstances — il y allait de ma vie. — Jusque là j'avais toujours demandé que l'on m'apportât des vivres, mais je me voyais contraint de les prendre, désormais, tout en les payant un prix supérieur à celui de la région. Je préférais m'exposer à quelque action de justice plutôt que de souffrir de faim par la volonté de ces peu accueillants habitants.

Un jour que je suivais un petit chemin encombré de végétation où l'on se frayait difficilement un passage, et où il fallait se défendre des mains contre des hautes herbes tranchantes qui vous frappaient le visage, j'arrivai à proximité d'un village. Mon approche fut rapidement annoncée par de multiples coups de trompe et, aussitôt, tous les nègres s'esquivèrent, entraînant à leur suite le petit bétail. Un gamin d'une douzaine d'années, à qui ses parents avaient confié la garde d'une chèvre afin de la sauver, s'enfuit par un sentier qu'il ignorait être suivi par moi. Courant au travers de la végétation, en poussant devant lui sa chèvre, son trésor, il se trouva brusquement en ma présence. Lâchant le ruminant, il fit demi-tour pour s'échapper, mais je ne lui en laissai pas le temps ; je le maintins et lui demandai où il conduisait cette chèvre. Après un court instant d'hésitation et se voyant pris, il me répondit avec beaucoup d'à-propos : « Je vous l'apportais, maître ». Il ne dut pas me le répéter deux fois ; je la lui payai et il s'en fut plus ou moins satisfait. Quelques jours plus tard, étant à nouveau sans \'ivres, je sollicitai deux têtes de petit bétail auprès d'un chef qui me les promit formellement. Comme d'habitude, le chef ne fut plus visible, et l'envoi se fit attendre, et comme je désespérais déjà, j'envoyai un de mes boys chez les indigènes pour

s'y procurer une chèvre ; il no tarda pas à m'en amener une qui, par négligence, avait été laissée en pâture à l'entrée d'un village. Un quart d'heure s'était à peine écoulé que l'introuvable chef arriva et aperçut l'animal qui, du reste, n'était nullement le sien ; il s'empressa de m'informer que c'était une des deux bêtes qu'il s'était proposé de me vendre. Quant à la seconde, je l'attends encore.

J'arrivai un soir, sous une pluie battante, sur les premiers flancs des Mitumba. Je m'arrêtai dans un village, au grand étonnement de quelques indigènes surpris de mon arrivée par un temps aussi désagréable. Ici encore, ils s'éclipsèrent un à un ; je dus envoyer un messager afin de me procurer un guide pour le lendemain. Dans les chemins, de vieilles traces d'éléphants étaient nombreuses. Aux dires des indigènes, des hardes d'éléphants étaient visibles en cet endroit de la forêt.

Chose extraordinaire, lorsqu'à l'aurore je fus prêt et que je demandai le pisteur qui devait me conduire, ce fut un Mambuti qu'on me présenta. Assez âgé, de petite taille, comme la plupart de ses frères, l'œil vif, il fit assez bonne contenance en m'apercevant ; il me parut moins craintif que ses congénères déjà rencontrés. La matinée se passa en recherches vaines ; nous vîmes de petites empreintes fraîches d'éléphants sur quelques terrains découverts, où des buffles avaient pâturé durant la nuit. Nos pas nous conduisirent, vers midi, au village de Kokola, sur une ancienne route tracée par les Arabes — elle est aujourd'hui sans objet, — et reliant autrefois Béni à Irumu.

Après trois heures de repos, je pris pour le retour un chemin différent de celui du matin. Après une demi-heure de marche, nous y découvrîmes des traces fraîches. Les empreintes des pattes d'éléphants étaient de moyenne dimension ; aussi me

mis-je à les suivre avec trois de mes hommes. Les autres me devancèrent afin d'arriver plus tôt au camp. Cinq minutes après avoir quitté le sentier, je trouvai des excréments encore chauds. Je ne pouvais être loin du but. Aussi, à cent mètres de là, je vis le pachyderme qui mangeait tranquillement. C'était une bête de taille moyenne et je me mis à l'observera l'abri d'un gros tronc d'arbre couché devant nous, à une vingtaine de pas. Le proboscidien laissait émerger de la végétation le sommet du corps et de la tête. Sa trompe se mouvait de tous côtés, cueillant de-ci, de-là des branches et des jeunes pousses. C'est un organe des plus délicats, principalement au toucher, et la bête semble avoir conscience de sa grande utilité ; il s'en sert avec soin.

Je me hissai difficilement sur le tronc qui était plus haut qu'un homme. C'est avec peine que je parvins à m'y tenir en équilibre et cependant, je ne pouvais tirer en demeurant à terre. Je m'y tins agenouillé de mon mieux tandis qu'on me passait ma 465. Le temps pressait. Je décidai d'envoyer le premier coup au cerveau ; si je le manquais, je logerais le second au corps. J'avais malheureusement compté sans le recul de ma carabine et, après le premier coup, je dégringolai de mon perchoir sans pouvoir placer le second. Je ne pus qu'entendre ma victime qui fuyait en poussant des barrits aigus de douleur. J'avais raté le cerveau ; aussi était-ce un éléphant perdu pour moi. Dans sa fuite à travers les lianes, il traversa le sentier indigène à quelques mètres des porteurs partis en avant ; c'est pourquoi ils prirent un pas de course plutôt accéléré et s'empressèrent de raconter, à leur arrivée au camp, que j'avais tué la bête. Grande fut leur déception lorsque je rentrai bredouille ; déjà, tous s'étaient vus possesseurs d'au moins cent kilos de viande.

Le lendemain, je me rendis de bonne heure en forêt. J'avais

marché deux heures sans trouver la moindre piste ; aussi, sans grand espoir, je m'assis pour me reposer. Mon guide, le Mambuti, me quitta pour continuer ses investigations. Comme, un instant après, une bande de singes défilait à une trentaine de mètres de moi, je leur envoyai deux coups de fusil de chasse et j'en abattis un. On venait à peine de me le rapporter que le Mambuti accourut m'annoncer qu'au bruit de la détonation, un éléphant vaguant à quelque cent mètres de là, s'était éloigné. Nous fûmes vite sur ses traces ; ses empreintes nous prouvaient qu'il était plutôt de taille au-dessus de la moyenne. Nous ne tardâmes pas à le rejoindre, car il n'était pas allé bien loin et s'était arrêté pour manger, pelant très adroitement l'écorce des branches qu'il mâchait afin d'en extraire la sève. Il se tournait lentement à droite et à gauche, mais j'attendis qu'il se présentât de front. Ne pouvant trouver un arbre qui me convînt pour m'abriter, j'avais choisi, au préalable, pour m'y tenir, l'intersection de deux chemins. Je pouvais fuir de l'un ou de l'autre côté en cas de charge. Une dizaine de mètres me séparaient du pachyderme ; épaulant ma 465, je lui envoyai une balle au-dessus des derniers plis de la trompe, ce qui eut pour résultat de le jeter sur le ventre et il ne bougea plus. Comme par tous les coups au cerveau, la bête avait été foudroyée. Après un instant d'immobilité et lorsque je fus certain que toute vie l'avait quittée, je m'en approchai : c'était un jeune mâle aux pointes médiocres dont, certes, je ne poivvais trop me glorifier. Quoique j'eusse pénétré sur le territoire congolais depuis près de quatre mois et demi, c'était le premier éléphant africain que j'abattais, bien que j'en eusse rencontré à plusieurs reprises. Je me promis, pour le suivant, de le choisir de plus grande taille.

Un filet de sang coulant de l'oreille gauche, m'apportait

la certitude que la balle avait bien atteint le but. Le Mambuti et les autres nègres s'extasièrent fort devant ce tout petit trou qui apparaissait dans la peau et qui avait pu causer la mort subite d'un animal d'une telle taille. Inutile de dire que mille commentaires aussi bruyants que variés s'échangèrent pendant que les hommes présents découpaient immédiatement la trompe pour l'emporter, afin de ne pas devoir attendre jusqu'au lendemain pour manger de la viande. La pluie qui se mit à tomber nous ramena au camp d'un pas rapide. Le jour suivant, toute la bande alla procéder au dépècement et je fis boucaner, dans un village, cette viande dont les hommes se délectaient, ainsi j'évitai l'odeur infecte qui se dégage de la chair avariée. Si les nègres mangent n'importe quelle partie de la bête, les Européens qui sont réduits à s'en nourrir et dont les goûts sont évidemment plus raffinés, préfèrent le cœur, la trompe et les pieds qu'ils préparent souvent suivant des recettes indigènes. La graisse des pattes est utilisée pour la cuisine. Pour ma part je n'ai jamais goûté de toutes ces choses ; mon estomac ne me permettait pas de semblables fantaisies et la faim heureusement ne m'}^ a jamais contraint.

Durant près de quinze jours que je passai encore en forêt, j'eus continuellement l'occasion de rencontrer des éléphants ; il était rare de chasser durant une journée sans en voir. Mais c'étaient très souvent des bêtes jeunes et isolées, ce que je ne m'expliquais pas car, suivant leurs habitudes, ils vivent en troupeaux.

Trois jours après avoir tué mon premier éléphant africain, j'en abattis un second. Il s'était arrêté dans un endroit assez découvert, encombré de troncs d'arbres. Au moment où je l'aperçus, il marchait lentement. En s'arrêtant il tourna vers moi son arrière-train et je lui logeai une balle 465 un peu

au-dessous de l'entrée de l'oreille ; j'étais derrière un arbre, à une dizaine de mètres à peine, mais bien abrité. L'animal tué net s'effondra comme le premier, en faisant un bruit semblable à un énorme ballot tombant dans la boue. Avant de le rencontrer, j'en avais suivi un plus petit qui s'était alarmé à notre approche et qui, nous laissant approcher à une cinquantaine de pas, continuait sa route aussitôt que quelque son suspect lui révélait notre présence. Ceci pour prouver que, quoique l'on dise, l'ouïe de l'éléphant est très fine. S'il se laisse souvent approcher malgré le bruit qu'on mène c'est probablement par':e qu'il est très inattentif ou distrait.

Cette poursuite n'avait qu'une raison : c'était de nous amener sur une autre piste, mais ce fut inutile. Je découvris ma seconde victime par hasard, sans l'avoir cherchée à la trace. En rentrant, je tuai trois singes (i), dans une bande très nombreuse de colobes qui, tout comme les habitants, s'enfuyaient à ma vue.

Le lendemain, encore fatigué des marches de la veille, je ne partis que vers 9 heures du matin, décidé de ne pas prolonger ma promenade et de rentrer avant midi. Le Mambuti m'avait quitté et ce fut sous la conduite d'un homme qui ne connaissait pas le pays, mais qui avait une certaine expérience des éléphants que je me mis en route. Après deux heures de recherches vaines et voyant peu de traces pour la plupart anciennes, je songeai au retour ; mais afin de m'occuper, j'abattis quatre singes dont les dépouilles devaient être ajoutées à celles de mes collections déjà d'une certaine importance. J'avais à peine ficelé les singes sur le dos de mes hommes qu'un orage très violent éclata. Je rengainai mes

(i) Voir photographie n° 32.

carabines, et enveloppé dans mon imperméable, je me mis à marcher d'un pas accéléré en parcourant de vieilles pistes. Les plantes ruisselantes qui encombraient les sentiers nous inondaient le visage et m'obligeaient à foncer tête baissée, me guidant d'après les pieds de l'homme qui me précédait. Une pluie torrentielle nous arrosait sans relâche. Le nègre marchait devant moi, à un mètre de distance lorsque, brusquement, il se retourna et, revenant sur ses pas, me bouscula rudement en murmurant au passage : « Tembo », ce qui fit faire demi-tour à ceux qui me suivaient. Levant la tête, je me trouvai devant un éléphant qui, apparaissant de dos, se tenait immobile à six pas à peine. Devant cette rencontre tout à fait inattendue, je fis volte-face avec presque autant d'empressement que les nègres, mais je fus vite revenu de mon étonnement. Je m'arrêtai quelques mètres plus loin et saisis une de mes carabines ; mais le temps de sortir l'une d'elles de sa gaîne et l'animal avait fui. Je pus, en me retournant, le voir disparaître et, fait étrange, pour ce faire, l'animal revint sur nous puis, obliquant à notre droite, il disparut dans la végétation épaisse.

En m'approchant de l'endroit d'où il partit, je compris pourquoi il changea de direction. Arrêté devant un tronc d'arbre qui lui barrait la route, il s'était laissé approcher quoique nous ne prissions aucun ménagement pour amoindrir le bruit de nos pas. Il était présumable que le ruissellement de la pluie ne lui permit pas de percevoir la nature des froissements qui avaient certainement dû lui parvenir avant qu'il ne prît la fuite. Je suivis immédiatement ses traces malgré la pluie persistante, avec l'intention de revenir rapidement si l'animal prolongeait sa course. i\Iais je me laissai entraîner ; ce ne fut qu'après deux heures de poursuite inutile que je songeai à l'abandonner. Je ne pouvais songer à retour-

ner vers les nègres laissés en arrière ; je n'étais accompagné que d'un homme et je ne comprenais rien à ce qu'il baragouinait ; il put comprendre, lui, que mon désir était de rentrer au plus tôt et que j'avais grand'faim. Dès lors je ne m'inquiétai plus des autres noirs et je me mis à suivre mon guide qui me fit parcourir les mille sentiers d'éléphants qui se croisent et s'entrecroisent, et font de la forêt, par leurs lacis, un véritable labyrinthe. J'avais confiance en lui, un nègre s'égare rarement. A la longue, je finis cependant par m'apervoir que nous avancions tout à fait au hasard. Le ciel très couvert nous empêchait de nous orienter, et j'avais oublié ma boussole. Je n'avais plus de montre depuis longtemps ; elle ne m'aurait, d'ailleurs, été d'aucune utilité. Je me rendais compte de mon état de fatigue ; mes jambes fléchissaient sous moi et mon estomac exigeait le pain quotidien. Me fiant à ces indices-là, je pouvais certifier que midi avait sonné depuis longtemps.

Je m'étais arrêté un instant pour me reposer quand, non loin de moi, je perçus des froissements dans le branchage, puis une sorte de ronronnement que connaissent bien les traqueurs d'éléphants. Ce bruit dénote, chez l'animal, l'étonnement, l'inquiétude ou la peur ; il est provoqué par l'expiration par la trompe et le chasseur discerne facilement le genre de gibier qui se trouve à proximité quand il perçoit ces petits ronflements. Des bruits provenant de l'estomac ou de l'intestin sont entendus parfois, mais plus faiblement. Je pris donc ma 465 chargée de balles lisses et, sans bruit, je me glissai sous bois dans la direction des animaux ; il y faisait si sombre que je ne voyais quoi que ce fût à une vingtaine de mètres de moi. Je pus, à un certain moment, distinguer près de moi une bête dont la hauteur ne dépassait pas celle d'un buffle ; elle avançait lentement, nullement inquiète. Je crus que je

m'étais trompé sur la nature du bruit perçu et que, par hasard, j'avais affaire à un buffle. Je substituai rapidement aux balles lisses des projectiles à pointes en plomb, mais le temps d'exécuter cette opération et la bête avait disparu. J'interrogeai le nègre qui se tenait derrière moi, mais il ne pouvait préciser. Changeant à nouveau mes cartouches, je continuai à m'avancer lorsque j'arrivai à l'entrée d'une petite clairière. Sur l'herbe on distinguait aisément les traces des pattes d'un gros éléphant. A une quinzaine de pas, j'aperçus une trompe qui secouait vigoureusement les branches. La partie \'isible de cet organe était de fortes dimensions. Parce qu'elle me semblait peu éloignée du sol, il n'était pas impossible que la bête fût dans un ra\in ; aussi, profitant du moment où elle me montrait l'un de ses yeux qui bougeait avec lenteur et calme, et quoique je n'eusse pas, à proximité, d'arbre pour m'abriter, je tirai rapidement, visant un peu au jugé, dans l'espoir d'atteindre la tempe située derrière l'orbite ; je réservai mon second coup en cas de charge. Immédiatement après la détonation, la tête disparut dans la verdure et brusquement, d'une façon inattendue, sortit de cette végétation, un peu à droite de ma cible, une énorme éléphante flanquée de deux rejetons. D'un pas accéléré, elle marcha dans ma direction. Je crus qu'en m'apercevant elle changerait de chemin, mais elle n'en fit rien ; la trompe levée, les oreilles quelque peu écartées, elle vint droit sur moi. Il fallut que l'un ou l'autre se déplaçât afin d'empêcher une rencontre. Aussi, étant encore épaulé, je lui lâchai, à 8 mètres, le second coup qui dut l'atteindre au défaut de l'épaule, mais pas assez grièvement puisqu'elle continua sa route ; elle était lancée, rien ne devait l'arrêter. Elle suivait le même sentier qui était aussi le mien et, afin de l'éviter, je n'eus que le temps de me jeter vers la gauche, à travers l'épaisseur de la forêt. Dans ma

fuite, je ne pouvais entendre si elle me poursuivait ; le bruit que je faisais en froissant la végétation ne me permettait pas de distinguer tout autre son et, pour comble de malheur, j'accrochais dans les lianes, pendant ma course, la carabine que je tenais de la main droite. Je n'eus pas un instant d'hésitation, je lâchai mon arme, ne pouvant songer à la dégager à temps et, délesté des cinq kilos de son poids, je poursuivis ma route de toute la vitesse de mes jambes jusqu'à un arbre de fortes dimensions qui me servit de rempart. Alors seulement j'osai tourner la tête, et chercher à voir où s'était arrêté le colosse. J'eus la surprise de voir arriver un des deux éléphanteaux qui passa non loin de moi et qui mesurait à peu près i"i50 de hauteur. Plus il avançait, plus je contournais prudemment le tronc de mon arbre ; je le regardais s'éloigner avec une certaine satisfaction, pendant que j'entendais un pachyderme barrissant dans les environs. Ce fut à ce moment-là que je me demandai quel sort avait subi le nègre que j'avais derrière moi à l'instant où je tirai pour la seconde fois. Quittant mon abri, je parcourus encore une cinquantaine de mètres et je découvris un refuge sûr ; aussitôt je sifflai et mon guide ne tarda pas à me rejoindre. Il me fit un discours très compliqué agrémenté de grands gestes auxquels je ne compris rien. Je lui demandai d'abord d'aller reprendre ma carabine puis, rassemblant les quelques mots de Swahili de mon indigent vocabulaire, je l'enjoignis de me dire si l'animal était mort, ce à quoi il me répondit négativement, mais il me fit comprendre par ses gestes que la bête était là et qu'il l'avait vue. Cette réponse m'incita à croire que la femelle s'était arrêtée et m'avait cherché afin de se venger et les cris qu'elle poussa renforcèrent cette croyance ; aussi refusai- je catégoriquement de le suivre car il me restait assez d'occasions de me faire écraser par un de ces proboscidiens. Et puis, pour-

quoi insistait-il tant puisque la terreur se lisait encore sur son \'isage ; sa face, noire d'ordinaire, avait pris une teinte grise qui témoignait suffisamment de la peur qu'il éprouvait. Il tînit par m'avouer qu'en fuyant, il avait perdu le couteau que je lui avais donné et qu'il désirait rentrer en sa possession. Ce couteau, un article de traite, valait bien cinq sous ; aussi ne pouvait-il se résoudre à abandonner un objet d'un aussi grand prix. Il préférait risquer la redoutable rencontre et il retourna le chercher.

Après avoir examiné l'endroit où se tenaient les trois pach3'dermes avant que je n'eusse tiré, je compris la raison pour laquelle ils étaient revenus sur moi ; comme l'éléphant traqué le matin, ils étaient entourés de toutes parts de troncs d'arbres couchés. Ces circonstances les avaient poussés à. revenir sur leurs pas. Le terrain étant partovit uniformément plat, je ne pus que conclure de ceci que j'avais tiré sur un des petits dont je n'avais aperçu que la partie naissante de la trompe, laquelle partie est de forte dimension.

A mon retour au camp, je me fis expliquer par mon boy, qui parlait l'anglais, ce qui était advenu de mon guide après que j'eusse tiré sur la femelle. Je sus que, posté derrière moi et au lieu de m'imiter et de se jeter à droite ou à gauche dans la forêt, il s'enfuit en suivant le sentier par lequel nous étions arrivés et par où les éléphants s'échappèrent. Il fut vite rattrapé et, se voyant perdu, il chercha un refuge derrière un arbre. La femelle, dans son élan, passa à sa gauche, tandis que l'un des petits qui l'accompagnaient, passait à sa droite. C'est peu après qu'il vit les deux bêtes s'arrêter ; la femelle blessée tomba tandis que, contrairement à ce que j'avais cm, ce fut le jeime qui, barrissant, se tint près de la mère terrassée. Aussitôt que le nègre m'entendit siffler, il vint me rejoindre et me raconta cette histoire que je ne pus comprendre

alors. Quand il alla à la rechc^rchc de son couteau, il s'aperçut que l'éléphante avait pu se relever et ne retrouva, à l'endroit de sa chute, cp'une grande -mare de sang. Si j'avais pu comprendre le langage de mon noir compagnon, je serais, certes, retourné avec empressement pour achever la bête, bien que ce fût une femelle, car je pose en principe que si l'on commet une erreur dans son choix, et que l'on blesse non mortellement des animaux, tels que les éléphants, les buffles, les rhinocéros, il faut, si possible, les achever.

Après avoir tiré la seconde fois, les circonstances m'avaient logiquement conduit à conclure que l'éléphante nous avait poursuivis, que ses barrits étaient la manifestation de sa rage, et qu'elle désirait assouvir sa terrible colère sur ses assaillants. J'avais donc eu raison de ne point me décider à la rejoindre.

Lorsqu'après m'être remis de mon émotion, je continuai ma route, j'entendis des cris poussés par les porteurs qui, ne me voyant pas revenir, avaient essayé de me rejoindre et avaient en partie suivi mon chemin pour, cependant, s'égarer de nouveau. En entendant les deux coups de feu, ils prirent la direction des détona.tions. Leurs appels ne se percevaient encore que faiblement ; nous y répondions de temps à autre, tout en poussant vers eux. Nous ne marchâmes pas deux kilomètres ; mon chasseur qui me précédait avec mon Express refit demi-tour, comme le matin, et se sauva avec ma carabine : il venait d'apercevoir un autre éléphant qui se tenait immobile, à une quarantaine de mètres de nous. La toute récente aventure ne l'avait pas enhardi. Je dois avouer qu'en ce qui me concerne, elle avait passablement calmé ma fougue mais pas, toutefois, jusqu'à me faire fuir à la vue de l'un de ces animaux à cinquante pas. Cependant, sans carabine, je ne pouvais rien ; force me fut donc de rattraper le nègre et de lui prendre mon arme. Je le rejoignis non loin d'un endroit

OÙ un autre pachyderme devait se repaître ; les branches qui craquaient près de moi en témoignaient. Je ne m'occupai donc pas du premier, il n'était pas de forte taille, et je m'approchai du lieu d'où venait le bruit que nous percevions. Je trouvai, à une vingtaine de mètres de là, une femelle et un éléphanteau ; ils soupçonnèrent ma présence car ils s'éloignèrent presque immédiatement après que je les eus aperçus. Encore une fois, je continuai ma route ; nous finîmes par retrouver les autres hommes qui nous annoncèrent avoir, de leur côté, rencontré un gros mâle porteur de fort belles pointes. Je pensais que les arrivants allaient nous conduire enfin sur la bonne voie, mais ce fut en vain que je les interrogeai : tous répondirent qu'ils ne connaissaient pas le pays. L'aprèsmidi avançant, nous accélérâmes le pas, allant tantôt à droite, tantôt à gauche. J'avais encore une certaine confiance dans la perspicacité des noirs ; je les savais très habiles à s'orienter ; mais je la perdis bientôt, cette confiance, nos marches et contre-marches nous éloignèrent, je crois du but. J'eus beau chercher au ciel la place qu'y occupait le soleil, afin de prendre une direction Est pour rejoindre le chemin indigène. AudessU? de ma tête, je ne voyais que de gros nuages gris qui, poussés par un vent d'ouragan, filaient à belle allure. Depuis le matin j'étais totalement mouillé, et la perspective de passer la nuit en forêt, sans feu ni nourriture, ne m.e souriait guère. Je me fâchai, tempêtai, menaçai : rien n'y fit. Un vieux s'obstinait à me répondre qu'il fallait être Mambuti pour s'y retrouver ; je ne pus, moi, que lui dire qu'il avait eu tort de me conduire en cet endroit puisqu'il n'était pas capable de me guider pour en sortir. Enfin, lorsque le jour baissa, en constatant que nos recherches étaient vaines, que les noirs ne prenaient pas une orientation bien arrêtée, je me prononçai pour celle qui me semblait devoir nous

conduire vers l'Est et, me mettant en tête de la colonne, j'avançai d'un pas rapide. Je craignais la rencontre d'éléphants qui, dans l'obscurité, nous eussent écrasés, ou de léopards, hôtes sinistres, dont l'heure de maraude sonnait. J'en oubliai la fatigue et la faim qui m'étreignaient depuis midi. Je n'avais d'autre désir que de gagner le chemin avant la soirée. J'étais peu certain de ma route mais, m'étant guidé sur la lumière finissante de ce déclin de journée, lumière qui m'apparut plus vive dans la direction inverse de notre marche, j'espérais bien ne pas m'être trompé. La nuit était venue tout à fait, j'avançais difficilement et je commençais à perdre tout espoir, lorsque j'entendis un des hommes de la colonne s'écrier : « le chemin » ! Nous venions de le traverser sans nous en apercevoir ; malgré l'ombre, l'homme qui fermait la marche reconnut le sentier et nous épargna ainsi bien des ennuis. Il me fallut encore une heure pour regagner le camp. Saisissant un bâton par un bout, le guide prit l'autre bout et je le suivis ainsi à un mètre de distance. La nuit, et par un ciel couvert, les bois sont d'une obscurité invraisemblable ; aussi faut-il être nègre et marcher nu-pieds pour suivre ces étroits chemins enfouis dans la végétation. Les indigènes reconnaissent, au toucher des orteils, s'ils cheminent sur un sol foulé ou non. J'arrivai tard au camp; j'étais fourbu; j'avais marché pendant onze heures sans manger et avec une halte d'une "demi-heure. Voilà comment je m'en tins à mes projets du matin, c'est-à-dire, effectuer une promenade, rentrer avant midi et me reposer. Mes repos, en Afrique, furent souvent comparables à celui-ci.

Je continuai la chasse les jours suivants, et je rencontrai, presque à chaque sortie, des éléphants et des singes. C'étaient les deux seuls mammifères visibles dans cette forêt inextricable. Dans les montagnes, les arbres plus espacés qu'aux

environs de la Semliki, permettaient de tirer à plus longue distance. Nombreux étaient les terrains découverts, de faible superficie, dépourviis de grands arbres ; en général, ces petites clairières étaient encombrées de plantes très serrées, de tiges dépassant parfois trois mètres de hauteur, le long desquelles s'étageaient de grandes feuilles. Cette végétation rendait la chasse plus dangereuse, surtout quand les péripéties d'une poursuite jetaient les proboscidiens dans semblable futaie. Le surlendemain de ma promenade de durée si imprévue, je trouvai, après avoir suivi durant une heure et demie de très grandes traces, un éléphant qui vaguait paisiblement dans un gros bouquet de ces plantes grasses. Plutôt que d'y pénétrer, je préférai attendre qu'il en sortît. Lentement, sa tête apparut, mais je ne pouvais la distinguer que confusément. Je me tins immobile contre un arbre, comptant sur la moindre occasion pour tirer. Changeant de direction, l'éléphant marcha vers moi. Quand, enfin, il parut entièrement, je m'aperçus qu'il était d'une taille phénoménale ; jamais je n'avais vu une bête de cette grandeur et je n'en ai jamais revu (i). Il me semble encore le voir avancer dans ma direction, ouvrant et rabattant ses oreilles démesurées (2), a\ ec ses énormes pointes blanches entre lesquelles se mouvait une trompe qui, bien que sensible, ne parvenait pas à déceler l'ennemi à vingt mètres d'elle. Jamais un animal ne m'avait donné une impression de force et de puissance aussi formidables. Gravissant avec lenteur une déclivité du terrain, il arriva à une quinzaine de mètres de moi. Déjà j'avais épaulé ;

(i) Les plus grands éléphants ne dépassent pas 3ni8o de hauteur ; de telles bêtes pèsent approximativenaent 7000 kilogrammes.

(2) On a tué des éléphants d'Abyssinie dont les oreilles atteignaient jusqu'à in»8o de hauteur.

désireux de placer mon premier coup avec précision, je m'appuyai contre l'arbre. Mon arme qui était lourde m'obligeait à employer ce moyen pour tirer avec justesse. J'avais derrière moi mon chasseur tenant une 10.75 ^ /^ et un indigène portant une 405. J'étais ému, non pas que j'eusse peur, mais l'incertitude de vaincre ce géant me lit battre le cœur à coups précipités. La bête se présentait de front, mais l'obscurité m'empêchait de distinguer les derniers plis de la trompe. Je dus choisir comme repère la hgne fictive joignant les yeux au-dessus de lacïuelle je devais viser.

Lorsque, de ma première balle, je vis choir le colosse sur les genoux, j'eus un moment de grande satisfaction, j'avais bien touché le cerveau, il me semblait voir, déjà, la bête inerte, couchée sur le ventre, mais par malheur, cette chute s'interrompit. Le colosse se ressaisit, se releva et fit volte-face... Au moment où je plaçai, je ne sais où, la seconde balle, un coup de carabine partit si près de mon oreille droite que j'en restai à moitié assourdi. Le nègre imbécile, porteur de ma 405, profitant de ce que mon attention était entièrement dirigée vers mon colossal sujet, avait armé la carabine et, l'épaulant au moment où le pachyderme se relevait, il fit feu en me plaçant le bout du canon à quelques centimètres de la tête. Il m'avoua, par la suite, qu'avant ce coup intempestif, il n'avait jamais fait usage d'une arme semblable ; il avait vu, les jours précédents, comment les projectiles étaient introduits dans l'arme et où l'on poussait pour déclencher la gâchette. Aussi trouva-t-il l'occasion très opportune de se servir de ses connaissances.

J'eus beau suivre les traces sanglantes du blessé, je ne pus le retrouver et, pour comble de malheur, la pluie qui se mit à tomber effaça tout ce qui pouvait me guider. Aussi ne pûmes-nous songer à reprendre nos recherches le lendemain.

Il faut être chasseur pour se rendre comp+e du désappointement que cause un pareil insuccès ; il est désolant de voir échapper semblable trophée alors qu'on avait déjà la quasicertitude de le tenir. J'eus l'impression d'avoir commis une erreur. N'ayant pas considéré que la tête de la bête n'était pas au niveau que j'occupais, il est probable que la balle l'atteignit au-dessous du cerveau. C'est au tireur à tenir compte du niveau qu'occupe l'animal par rapport à lui. Le cerveau, point Milnérable, est si petit dans un crâne si grand que le tir doit être précis et le visé réfléchi.

Trouvant la région giboyeuse, je continuai à y chasser. Un matin que j'étais monté sur un petit arbre afin d'observer un éléphant qui, enfoui dans les lianes, mangeait et s'obstinait à ne pas en sortir, j'eus une alerte assez vive. A AÏngt mètres de moi, je regardais sa trompe mouvante émergeant de la végétation et secouant les branches d'où se détachaient les graines ou quelques fruits préférés. L'éléphant les ramassait un à un, quand, tout à coup, je ne sais pour quelle raison, il s'avança rapidement vers le petit arbre dans lequel je me tenais. Me croyant découvert, il ne fallut pas m'inviter à en descendre ; d'un bond, je fus à terre et, quoique tombant lourdement, je me relevai avec une légèreté qui tint du prodige. Le pachyderme, très effrayé de ma chute, fit demi-tour et s'en fut à la recherche d'un lieu plus tranquille pour 3nnéditer, peut-être, sur l'étrange créature qui se laissa choir d'un arbre avec tant de célérité.

Si les éléphants étaient nombreux, les porteurs, par contre, étaient bien rares. Je dus faire moi-même cinq heures de marche pour réunir la moitié des hommes qui m'étaient nécessaires. Je décidai d'avancer vers Béni en scindant le transport. Je fus m'installer à deux heures et demie de mon camp, dans un petit village qui m'avait procuré la presque

totalité de mes nouveaux porteurs. Je fis venir trois Mambuti sous la conduite desquels je partis en chasse le lendemain dès l'aube. Je tuai un fort bel éléphant, exactement une heure et demie après mon départ ; il était à peine éloigné de onze mètres lorsque je tirai ; je l'atteignis au cerveau d'une balle de 465. Sortant d'une végétation à hautes tiges, il -vint s'arrêter devant moi ; je m'avançai rapidement et, lorsque je jugeai la distance convenable, je lui envoyai un projectile de ma grosse carabine, à cinq centimètres environ au-dessus de la ligne des yeux. Le résultat fut instantané ; quand je m'approchai, je vis que je venais de réussir un joli coup : j'avais abattu un gros mâle porteur de fort belles pointes qui ne m'avaient pas parues si grandes. Ce fut un des plus gros éléphants que je tuai au cours de mon voyage (i). Lorsque les défenses furent enlevées, je les mesurai : elles avaient plus de deux mètres de longueur.

Aussi cette opération fut-elle très laborieuse. Les hommes coupèrent la trompe le plus près du crâne. Quatre d'entre eux la traînèrent à l'écart puis, à l'aide de leurs couteaux, ils dépouillèrent la partie antérieure de la tête de la peau, des chairs et de la graisse. Les plus vigoureux, à tour de rôle, s'armant d'une hache, se mirent à frapper à coups redoublés sur les emboîtures osseuses de la mâchoire supérieure, dans lesquelles les incisives ne sont retenues que par l'élasticité des alvéoles qui les enserrent sur près d'un tiers de leur longueur totale, et dans lesquelles les dents se prolongent presque jusqu'au sommet du crâne. Il fallut plus de deux heures pour retirer une seule pointe. La partie creuse intérieure de la défense qui, chez les femelles, n'occupe qu'un tiers seulement de la longueur de l'incisive, s'étendait comme

Voir photographie n^ 31.

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chez la plupart des mâles sur les deux tiers de la totalité de la dent et était remplie par une longue carotte de moelle qui épousait parfaitement la forme de la cavité.

Les pointes de l'éléphant sont composées de couches coniques s'adaptant les unes dans les autres ; les intérieures sont les plus récentes et leur nombre augmente avec les années. Il a été tué des femelles dont les incisives atteignaient presque 25 kilos, tandis qu'une pointe de mâle, achetée par le British Muséum pour la somme de 8750 francs, mesurait 3"^i2 de courbure extérieure, 21^49 en hgne droite, d'une extrémité à l'autre ; son plus grand diamètre était de 21 1/2 cm ; elle pesait 103 kilogrammes. Mais des poids et des dimensions tels que ceux-ci doivent être considérés comme exceptionnels.

Les chasseurs qui demeurent longtemps sur place, laissent parfois pourrir la tête. Une fois les chairs corrompues, ils en font sortir les dents par une \'iolente torsion et une traction. Mais c'est un procédé toujours hasardeux étant donnée la maraude des bons noirs : quatre jours suffisent pour se voir dépouillé de son ivoire. Je n'ai jamais eu recours à ce procédé ; je ne l'aurais employé qu'en cas de pénurie d'outils tranchants.

Le jour suivant, je tuai encore un assez bel éléphant. J'avais quitté mon camp à quatre heures de l'après-midi, sans grande conviction de succès. Vers six heures, j'abandonnai, à cause de l'obscurité, une piste que je suivais depuis vingt minutes, et je rencontrai l'éléphant, par hasard, à peu de distance du lieu où j'avais cessé mes recherches. Je m'en approchai à une dizaine de mètres, mais comme il demeurait la tête et l'avant-corps protégés par un gros arbre, j'eus un moment l'intention de m 'approcher de ce végétal pour tuer la bête à bout portant. Mais je renonçai à mon idée, la dis-

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