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FIÈVRE JAUNE

Anaphélinés

femelle (Stegomyia colopiis)

38. — QLJELQUES INSECTES PROPAGATEURS DE MALADIES PARASITAIRES AFRICAINES

André Pilette. A travers l'Afrique Équatoriale.

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Il résulte, d'après de récentes expériences, que des « Glossina palpalisy^ ne sont susceptibles de s'infecter du « Trypanosoma gamhiense)), lequel est le microbe parasite déterminant la maladie, que dans la faible proportion de 2 % environ. Ces mouches ne deviennent infectieuses qu'environ dix-huit jours après leur repas sur un animal inoculé, et peuvent transmettre la maladie au moins pendant septante-cinq jours. L'évolution du Trypanosome se poursuit dans l'intestin moyen et antérieur de la mouche ; il ne semble pas s'effectuer dans la trompe ni dans le proventricule. Chez l'homme, le « Try^anosonia gambiense)) peut se rencontrer dans le liquide céphalorachidien, le sang et le suc extraits des ganglions lymphatiques des individus atteints. Presque tous les animaux, sauf de rares exceptions, paraissent sensibles aux Trypanosomes.

Quoique la chose soit réfutée par certains, il ressort de preuves que si la « Glossina palpalis^y est l'agent principal de propagation de la Trypanosomose africaine, la maladie peut être communiquée par d'autres insectes, des puces, des punaises, des poux et surtout par des moustiques du genre i<.Stegomyiar> (i). Les arguments suivants montrent suffisamment que ces observations sont très fondées. On est parvenu à transmettre la Trypanosomose d'un animal infecté à un autre sain par la piqûre de « Stegomyia ». La condition nécessaire était que les piqûres se succédassent dans un espace très court. Dans une région où la apalpalisn était inconnue, un chef revint atteint de la maladie du sommeil et la transmit à ses femmes. On crut, tout d'abord, à la transmission par des rapports intimes et cette hypothèse eût été admise si l'on n'avait constaté que les enfants occupant la case des

(i) Voir planche 38.

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parents contaminés le furent également après quelques jours. En outre, cette propagation se localisait parfois dans une seule hutte de village ; on est donc admis à croire que, dans une même habitation, les aStegomyiay^ vont de l'un à l'autre individu, n'espacent leurs piqûres que de quelques instants et communiquent le mal dans de semblables conditions.

La période d'incubation chez l'homme semble très variable ; elle peut être très courte, parfois de dix jours, mais elle peut quelquefois atteindre plusieurs mois ; cela dépendrait de l'organisme plus ou moins propice dans lequel les Tr)^anosomes se multiplient. A la période d'incubation succède la phase d'invasion qui, à son tour, comporte des divisions au fur et à mesure que le parasite s'étend dans l'organisme atteint.

On a divisé la maladie en phases distinctes et classé les différentes manifestations qu'en affecte le cours, mais il serait trop long d'exposer ce qui les caractérise.

On a parfois obtenu une guérison au début de la maladie ; il serait même possible d'y remédier au deuxième degré, mais pour ceux qui se trouvent au dernier stade de la terrible affection, même si l'on parvenait à détruire chez eux jusqu'au dernier Trjrpanosome, ils succomberaient indubitablement, tant l'organisme a été altéré et ravagé par les parasites.

Le diagnostic est parfois difficile ; il faut avoir recours successivement à l'examen du sang, puis de la Ijanphe extraite des ganglions superficiels et, enfin, du liquide céphalo-rachidien, avant d'avoir la quasi-certitude que l'on est ou non infecté.

Divers produits médicamenteux ont été employés à la destruction des Trypanosomes dans le corps de l'homme; actuellement, aucun n'a donné de résultat décisif. Celui qui semble avoir rendu, jusqu'ici, le plus de services est un sel d'arsenic connu sous le nom d'Atoxyl. Il a ramené à la santé,

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en quelques jours, des malades déjà éprouvés ; mais je crois qu'ils sont rares ceux qui, par la suite, n'ont pas succombés dans des rechutes. Des guérisons radicales ont été exceptionnellement enregistrées, mais depuis que fut appliqué ce remède, on ne peut conclure que, même pour ces cas exceptionnels, le succès soit définitif, puisque quantité de maladies microbiennes réapparaissent, chez nombre d'individus, après des années d'absence.

Après quelques jours passés le long de la Talia et à son embouchure, je décidai de poursuivre ma route. Je n'y avais trouvé que des antilopes d'espèces peu variées. Leur chair composait la majeure partie de la nourriture de mes porteurs ; on se ravitaillait avec tant de diihcultés parmi cette population décimée, laquelle avait peine à cultiver suffisamment pour se nourrir elle-même, que je cherchai en vain quelque endroit plus favorable, mais je devais, par la suite, trouver encore plus de déniiment à proximité du lac Edouard.

Peu après l'ancienne mission Saint-Gustave abandonnée par mesure de prudence, je m'éloignai du chemin des caravanes qui mène à Kasindi. L'existence d'un sentier indigène qui, plus à l'Ouest, se dirige vers le lac presque parallèlement à la Semliki m'avait été signalée. Ne désirant pas m'y égarer, je fis demander un indigène connaissant le pays. Le lendemain à midi, il s'en présenta un et je ne l'interrogeai qu'au moment du départ. Il m'expliqua cju'il n'était jamais allé dans la région que je désirais parcourir, et lorsque je lui demandai pourquoi il se présentait à moi, il me répondit qu'il aurait pu m'indiquer le moyen d'arriver à Kasindi, mais que les autres directions lui étaient inconnues. Après des mouvements de colère que je ne sus maîtriser, après l'avoir accablé d'épithètes peu flat-

teuses, je pris résolument la tête de la troupe, sans guide, et m'engageai sur un petit chemin qui, m'avait-on dit, conduisait au village de Lisasa. Un croisement se présenta, c'était infaillible. Après quelque hésitation, je pris le sentier qui se dirigeait vers un énorme mamelon assez éloigné de moi et situé au milieu de la plaine, et je ne tardai pas à me rendre compte de mon erreur ; je ne continuai pas moins à le suivre au petit bonheur.

Déjà je marchais depuis trois heures sans rencontrer un indigène, et j'avais beau scruter l'horizon à l'aide de mes lunettes, je ne découvrais pas la moindre hutte. En route, j'avais tué un perdreau (i) ; cet oiseau abonde en cet endroit ainsi que les pintades et les cailles. Je fis aussi un coup peu ordinaire au fusil de chasse : j'avais chargé mon second canon d'une cartouche de douze ballettes destinée aux antilopes qui, par moment, se levaient fort près de moi dans les herbes. Un jeune Reedbuck mâle qui prit le large reçut, par une chance extraordinaire, à plus de quatre-vingt-dix pas, une ballette qui l'atteignit aux vertèbres cervicales et qui le laissa sur place. Ce sont de ces coups que l'on ne réussit que lorsque le hasard nous comble. A la tombée de la nuit, je tuai net, à deux cents mètres, d'une 10,75 au poitrail, un Waterbuck qui m'observait attentivement lorsque je m'approchais de lui.

Il faisait nuit lorsque j'arrivai dans un petit village dont j'ignore le nom et tout près duquel je devais faire bonne chasse le lendemain. Je me levai un peu tard ; aussitôt que je fus debout, un indigène \dnt m'assurer que de nombreux éléphants étaient visibles le long de la petite rivière proche

(i) Plus connu en Afrique sous le nom de « francolin >;.

du hameau, et qu'il fallait s'y rendre par les parties boisées du ruisseau où sûrement nous aurions l'oecasion de rencontrer les pachydermes. Chemin-faisant, je vis des kobs en quantité fantastique ; je m'abstins de tirer pour ne pas jeter l'alarme parmi les gros fauves. Vers midi, après avoir suivi une piste fraîche de la nuit, je n'avais encore vu un seul des proboscidiens. Je désespérais et fis part de mon sentiment à mon guide qui m'assura que nous les découvririons sous peu. Il eut raison car, après un quart d'heure de marche, je fus le premier à apercevoir un troupeau qui s'avançait vers nous en longeant la rivière. Il marchait en herbe courte, passait entre les arbres qui, plantés de distance en distance, offraient un abri au chasseur. Ma première précaution fut de sortir du vent, puis me glissant derrière un fourré, j'y préparai mes armes ; j'y laissai mes hommes, sauf un qui m'accompagna. Je marchai à la rencontre des pachydermes. Le nègre portait mon Express 465 tandis que j'avais ma 8 "^/i" en main. Les animaux ne tardèrent pas à s'arrêter sous des bouquets d'arbres en quête d'un peu d'ombre. Si, parfois, durant le jour, les éléphants de prairie se tiennent dans les hautes herbes ou dans les buissons, d'où émergent échines et crânes exposés aux ardeurs du soleil, c'est uniquement parce qu'ils cherchent à se dissimuler à la vue du chasseur ; mais les éléphants, sans distinction, aiment la fraîcheur. Si ceux de la forêt vont marauder en plaine durant la nuit, ils regagnent les bois à l'aube pour s'y.abriter des rayons brûlants qui les accablent le plus à l'heure de midi.

A bon vent, je parvins jusqu'à cinquante mètres des bêtes qui, immobiles, se tenaient par petits troupeaux. Quelquesunes étaient isolées. Dans le groupe le plus compact apparaissait un gros mâle quoique, à l'ordinaire, les vieux éléphants fussent chassés par les plus jeunes et réduits à vivre en soli-

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taires ou en compagnie d'individus de leur âge. L'échiné et le crâne de ce vétéran émergeaient tandis que le reste de son être disparaissait au milieu des femelles et des éléphanteaux qui l'entouraient. J'aurais voulu m'en approcher davantage, mais comme une prairie nue, sans ombrage, m'en séparait, je n'y pouvais songer, d'autant plus que leur groupe comportant de trente à quarante individus, j'eusse été fatalement écrasé si leur fuite présumée s'opérait dans ma direction. Dissimulé derrière un chétif euphorbe qui eût été renversé à la moindre poussée, je ne me sentais pas en sûreté. Je me décidai à viser le plus gros des proboscidiens, celui qui dépassait tous les autres en grandeur ; je tirai au cerveau avec ma 8 ^ /^. Malheureusement, la balle ne toucha pas le but et, au bruit de la détonation, le troupeau remonta, d'un mouvement, de la ri\àère vers la plaine. Au moment où ils passèrent devant moi, j'envoyai deux autres balles 8 ™/"i aux flancs du colosse, toujours entouré d'une vingtaine de ses semblables plus petits, et qui n'avançait que lentement, gêné par les jeunes qui, collés les uns contre les autres, semblaient se paralyser mutuellement leurs mouvements. Ils venaient de me dépasser quand, saisissant ma 465, le grand blessé reçut à nouveau deux balles. Le pauvre aïeul, soucieux de conduire en lieu sûr la jeunesse dont il avait assumé la protection, résistait énergiquement sous le feu dont je l'accablais. Ne le voyant nullement ralentir, je pris le pas de course tout en rechargeant mon Express et m'empressai de rejoindre la bande. Mais elle allait bon train et je ne m'en rapprochais guère. Je m'arrêtai et, essoufflé, je me remis à tirer sur l'animal, mais cette fois à plus de cent mètres. Des deux balles lisses 465 que je destinais à l'ancêtre, je ne sais où alla se loger la première, probablement au but ; mais la seconde, par une maladresse assez compréhensible et due à mon trop grand empres-

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sèment, porta trop bas et pénétra dans l'arrière-train d'un éléphanteaii qui marchait aux côtés de son père. Le petit se cabra tout en poussant des barrits de douleur. Cet intermède provoqua un désarroi dans le groupe ; le plus grand stoppa, tandis que le jeune blessé essayait en vain de rejoindre le troupeau qui s'était reformé en abandonnant le gros mâle. La harde poursuivit sa route en soulevant un nuage de poussière. L'ancêtre, après être resté un instant immobile, s'écroula sur le flanc. Il se débattit, mais tandis que je jugeais sa mort prochaine, il parvint à se relever. J'avais suivi le groupe de tête et j'achevais le jeune à plus de cent pas d'une balle à la tête. C'est à ce moment que je m'aperçus que le grand éléphant était parvenu à se redresser et qu'il revenait sur ses pas. Je m'empressai de m'en rapprocher à une distance assez respectable cependant. Comme il s'arrêtait, je me cachai derrière un arbre pour l'éviter, en cas de charge, en contournant mon abri de l'un ou de l'autre côté, car si l'éléphant exécute facilement et avec promptitude tous les mouvements directs, les mouvements obliques ou de recul lui sont pénibles. Quant à espérer lutter de vitesse avec lui, il ne faut pas y songer. Quoique la conformation de ses pattes lui interdise tout saut, et lui rende difficile ou impossible un temps de galop, sa vitesse est supérieure à celle de l'homme, mais inférieure à celle du cheval : il parvient à parcourir cent mètres dans l'espace de neuf secondes, ce qui représente environ quarante kilomètres à l'heure.

Par rapport à mon abri, la bête se présentait de front. Je m'étais appliqué à me tenir hors du vent afin que ma présence ne fût décelée par son odorat ; de sa vue, je ne me préoccupais guère car, bien que ses yeux soient vifs et éveillés, à cinquante mètres, l'éléphant ne distingue pas un tronc d'arbre d'un homme immobile. De plus, l'extrême brièveté de son cou

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force la bête à se tourner presque complètement pour donner une bonne orientation à son regard. Bien souvent, à leur insu, je me suis approché d'eux à dix ou quinze pas, tandis que leurs pupilles semblaient me fixer. A tout instant je croyais être découvert, mais ils continuaient, impassibles, à mouvoir leurs grandes oreilles et leur trompe. Étaient-ils distraits ou pris de somnolence? Je crois plutôt à la seconde hypothèse.

Je lui envoyai, à une assez longue portée, une 8 '"/"^ qui, à nouveau, rata le cerveau. Il se remit aussitôt en marche et je pensais lui tirer quelques 465, lorsque le boy m'apprit qu'il avait oublié de prendre un nombre suffisant de ces cartouches et qu'il ne lui restait que des pointes en plomb de ce calibre. J'eus alors l'idée d'en faire l'essai, mais l'effet en fut presque nul. La balle le frappa légèrement de biais et, au lieu de pénétrer profondément, souleva la peau et, s 'épanouissant, fit voler au loin un épais morceau d'une cinquantaine de centimètres de longueur en n'occasionnant qu'une blessure superficielle. Ce scalpage ne sembla pas émouvoir l'éléphant qui avança jusqu'en un taillis. J'eus hâte de l'y rejoindre et je mis fin à ses souffrances en l'abattant à quelques pas d'une 8 ^^ /^'^ k la tête (i). II portait plus de dix traces de balles sur le corps et au sommet du crâne. Ses pointes devaient dépasser deux mètres car, en mesurant la partie apparente qui représente chez la généralité des mâles approximativement les deux tiers de la longueur totale, j'obtenais i"^40. Il arrive que des femelles n'ont pas d'ivoire ou que des bêtes des deux sexes ne possèdent qu'une pointe. Quand ces anomalies sont de naissance, les alvéoles atro-

(1) Voir photographie n'^ 39.

Photo de l'auteur.

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