ÉLÉPHANT MI-ADULTE
André Pilette. A travers l'Afrique Équatorial
LES PLAINES DU NORD DE l' ALBERT-EDOUARD 167
phiés sont remplis d'une substance osseuse. D'autres fois, les défenses sont brisées, surtout chez les animaux qui, après avoir, à l'aide de leurs pieds, déterré des bulbes, des tubercules dont ils se nourrissent, s'aident de leurs incisives pour rompre des racines parfois très résistantes. On remarque également, chez nombre d'entre eux, que leur dent droite est usée ; cela provient des divers usages auxquels les bêtes l'emploient.
Après un court repos, je pris les traces des fuyards ; les nègres prétendaient avoir vu parmi eux d'autres gros porteurs d'ivoire. Mes munitions étaient presque épuisées ; je n'avais plus que deux lisses 8 ™ /"^ et, pour ma 465, des expansives seulement. Une demi-heure plus tard, je retrouvai quelques-uns des pachydermes arrêtés sous un arbre. Je m'en approchai avec mille précautions afin de ne pas les alarmer et je décidai de tirer le premier coup au cerveau avec ma petite carabine. Mon intention était, si je manquais le but, d'envoyer le second coup à la même place, mais avec mon Express ; peut-être une pointe en plomb traverserait-elle bien le crâne, A nouveau, je ratai le coup à la tête, mais saisissant rapidement ma 465 pendant que les éléphants fuyaient, le plus gros reçut à la tempe une expansive de mon Express qui le foudroya : ma balle soft-nose avait suffisamment pénétré. Je ne m'attardai pas à le contempler ; reprenant ma course et suivi de deux noirs qui portaient mes carabines, je cherchai à rattraper les autres. Après une dizaine de minutes, je vis s'allonger l'espace qui nous séparait ; aussi je compris qu'il était inutile de prolonger mon effort ; je fis demi-tour et revins vers mes porteurs qui étaient restés auprès du mort. Quand j'arrivai en vue de l'endroit où j'avais vu tomber ma dernière victime, j'aperçus un éléphant qui, à trois cents mètres de moi, traversait paisiblement la prairie, suivi de
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très près par plusieurs noirs. Je m'irritai d'abord de les voir pourchasser cette bête qu'ils allaient effrayer et qui m'échapperait. Je forçai la marche pour les rejoindre, mais j'arrivai trop tard ; elle venait de disparaître dans les buissons. Je m'approchai alors des nègres pour leur reprocher leur façon stupide d'agir, mais je reçus une réponse stupéfiante : c'était l'éléphant que j'avais abattu, auprès duquel je les avais postés en attendant mon retour ; après s'être péniblement relevé, l'animal s'était éloigné d'un pas chancelant et mes hommes l'avaient suivi afin de ne pas le perdre de vue. Tout d'abord je tins ceci pour un conte, mais je dus me rendre à l'évidence puisque des traces de sang se voyaient très distinctement sur l'herbe tout le long de son passage. Il ne me restait qu'à le rejoindre, mais la poursuite fut vaine : il avait parcouru les buissons au hasard, en y laissant des traces écarlates et, après deux heures, je n'avais pu l'atteindre. J'abandonnai la piste; j'étais trop fatigué et, d'ailleurs, si la bête passait brusquement à l'attaque, je ne pouvais lui opposer qu'une balle lisse de 8 "^/"^ pour me défendre. Aussi cette aventure dans les bois, me voir à tout moment exposé à recevoir ce colosse à revers ne me tentait pas du tout. Au retour je tâchai d'expliquer mon insuccès? Je ne trouvai qu'une hj^pothèse : c'est que la balle 465, à pointe en plomb, ne perfora pas le crâne, mais fit expansion en affleurement et assomma le pachyderme par la commotion. J'en restai stupéfait en pensant que, l'ayant frôlé en passant, je l'avais presque touché de la main, et je ne pus que mettre sur le compte d'une effervescence compréhensible de ne pas avoir remarqué qu'il respirait encore.
Je repris le chemin du camp, mais au lieu de m'y rendre directement, je m'attardai à la poursuite de Waterbuck, dont un blessé me fit faire un détour de près de quarante minutes.
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