‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 37 sur 86 · CA · texte numérisé non relu

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LES PLAINES DU NORD DE l'ALBERT-ÉDOUARD 169

J'étais exténué par cette longue journée de marche au grand soleil, sans manger, m'abreuvant de l'eau de la rivière cjne je longeais. La saison sèche contraignait les animaux à y aller boire et y amenait, à l'heure du couchant, un grand nombre d'antilopes. Un peu avant d'atteindre ma tente, j'y rencontrai des groupes innombrables de kobs qui s'acheminaient vers le ruisseau ou qui en revenaient. Les prairies environnantes en étaient peuplées ; aussi, sans exagérer, puis-je avancer des chiffres de cinq à six cents têtes pour les troupeaux les plus nombreux. Jamais je n'ai vu, dans un espace aussi restreint, autant de gros mammifères à l'état sauvage (i).

Les (<.Cohnscohay> comportent différentes espèces : celui qui nous occupe, le athomasi)), a le pelage d'un ton brun-roux; son poil est court, seul le mâle porte des cornes en forme de lyre d'une teinte presque claire et dont la longueur dépasse parfois 60 centimètres. Un adulte de forte taille atteint environ un yard à l'épaule et j'en ai pesé qui dépassaient le poids de 100 kilos.

On le rencontre aux heures les plus chaudes de la journée, parfois couché en plein soleil sur un terrain brûlant. Là où il a été peu traqué, il n'est pas farouche, mais où il a conscience, dirait-on, de l'effet des coups de carabine, il fuit à la première alerte en faisant des bonds en hauteur qui donnent à sa course un caractère très original. Souvent, en cas d'alarme, ou dans l'appréhension d'un danger, un des chefs de groupe se porte sur un monticule pour scruter l'horizon. Leur groupement compact est un inconvénient pour le chasseur, car la fuite d'une unité jette l'alarme à l'ensemble.

(1) Voir photographie n» 41.

Généralement, les femelles se tiennent en troupeaux et sont accompagnées des faons, tandis que beaucoup de mâles vaguent par petits groupes avec indifférence ou nonchalance.

Quand l'éléphant vit en paix, il ne se déplace que dans un périmètre très restreint et il engraisse considérablement, surtout à la saison des pluies. Mais quand il est chassé, il se porte à de très grande^ distances. Ceux qui m'avaient fui vers un lieu plus sûr passèrent, au cours de leur marche, non loin de mon campement. Quelques boys se mirent à les suivre tandis que d'autres nègres s'emparaient, sans autorisation, de petits fusils 12 ™ /"^ pour le tir aux oiseaux et s'adonnaient librement à la chasse dans la campagne avoisinante. Aussi, en rentrant, je ne retrouvai plus un seul de mes serviteurs ; peut-être avaient-ils trouvé mon absence trop longue et étaient-ils allés prendre l'air avec la ferme intention de revenir à temps pour que j'ignorasse leur escapade. Je vis ces messieurs réintégrer le camp, un à un ; aussi leur fis-je l'accueil le plus sévère.

Après une nuit d'un repos mérité, je me remis à courir la brousse ; j'étais encore passablement fatigué de ma sortie de la veille et je me promis de ne pas faire une longue course. Je me proposais d'atteindre le sommet du mamelon qui, vers le Sud, me barrait la vue vers le lac Edouard. Je le croyais peu éloigné, mais il me fallut, en réalité, deux heures pour y parvenir. Un vent\iolent qui soufflait, me rafraîchit agréablement après mon escalade en plein soleil. La vue s'étendait au loin. Au Sud, l' Albert-Edouard se profilait vaguement ; seule la différence de teinte des plaines et des eaux rendait ses rives apparentes. L'étendue qui m'en séparait se cou\Tait alternativement de forêts et de plaines. A l'Est, la Semhki

serpentait en un large ruban qui miroitait sous la lumière très vive. Au pied du monticule étaient couchés quelques villages éparpillés de Bahéma qui élevaient de gros troupeaux de bétail. Ces pasteurs sont d'un type différent des autres nègres : grands, élancés, sveltes ; les traits du visage se rapprochent de ceux des Européens, nez effilé et lèvres minces. L'intelligence semble chez eux plus éveillée ; leur aspect est moins bestial que celui des autres noirs ; et même, on leur trouve parfois une certaine distinction. Sous divers noms, on les retrouve en plusieurs endroits de la partie orientale de l'Afrique, là surtout où le terrain est propice à l'élevage des troupeaux. Cent milles plus au Sud, dans la région des volcans, j'en .rencontrai de même race, sous le nom de Wathusi, mais en nombre beaucoup plus considérable, la Tsé-tsé les ayant épargnés.

Déjà, j'avais acquis la conviction qu'il valait mieux me rapprocher du lac, la végétation y servant de gîte au gibier. Je fus indisposé pendant trois jours, mais aussitôt que je pus continuer ma route, je recommençai mes poursuites endiablées. Malheureusement, peu de temps après, ma santé s'en ressentit à nouveau et je crois que les marches exagérées auxquelles je me livrais n'y étaient pas étrangères. La chasse est un sport si passionnant que celui qu'elle occupe ne peut renoncer, malgré les fatigues et les privations, à poursuivre un succès même présumé.

Plus j'avançais vers le lac, plus le sentier se rapprochait des Mitumba. A certains moments, je longeais le pied des montagnes. Chaque soir, les feux de brousse offraient à mes yeux un spectacle féerique ; des foyers immenses flambaient sur les collines qui nous avoisinaient , tout le long de la chaîne ; un vent \dolent en activait la flamme et provoquait une extension considérable. Ces foyers affectaient les formes les plus

bizarres et suivaient les itinéraires les plus capricieux.

Les éléphants devenaient de plus en plus nombreux; j'en apercevais quelquefois, à plusieurs reprises, durant quelques heures de promenade, et il n'était pas nécessaire de prendre une piste récente pour en trouver ; on en découvrait en scrutant attentivement les plaines à herbes courtes qui couvrent la région. Parfois, au sommet de petits mamelons, des proboscidiens se dressaient et semblaient en observation, en cherchant dans l'air (quelque émanation provenue du lointain, émanation annonciatrice d'une présence d'ennemi. D'autres se promenaient à trois ou quatre cents mètres à peine des villages d'où l'on pouvait suivre leur va-et-vient. Un aprèsmidi, vers cinq heures, en traversant une petite forêt, nous allions nous retrouver en prairie, lorsque je dus stopper avec toute ma caravane : une harde d'éléphants nous barrait la route. Des hommes menant grand bruit mirent la troupe en fuite, mais je la rejoignis en terrain découvert. Ne pouvant l'approcher à cause du vent défavorable, je visai de trop loin la tête d'un gros mâle qui s'en fut entraînant les autres à sa suite. La veille, j'en avais tué un de taille moyenne (i) ; l'ayant jeté à terre d'une 465 au cerveau, il se débattit, pivota sur le flanc et chercha à se relever, en crachant au loin, de la trompe, des flots de sang. Comprenant que ma balle n'avait qu'efïïeuré l'organe visé, je m'empressai de le toucher avec plus de précision à l'aide de ma 8 "^/™, mais ses mouvements désordonnés rendirent le coup difficile, quoique je fusse proche de lui.

Je m'étais arrêté dans un petit village, à une heure du lac dont on apercevait les rives. Un ruisseau qui sortait des

(i) Voir photographie n° 40.

gorges des Mitumba était, à son entrée en plaine, bordé de mamelons où je voyais, de ma tente, au crépuscule, les éléphants venir se baigner. Ils aiment l'eau et quand la rivière est profonde, ils y pénètrent hardiment ; ils sont, du reste, de très bons nageurs. S'ils ne disposent que d'un ruisseau peu profond, ils puisent l'eau à l'aide de leur trompe et se douchent copieusement le corps. A la saison sèche quand, en certains endroits, l'eau devient rare, ils se vautrent dans la boue et ce n'est guère qu'à ces moments-là qu'il est possible de les voir couchés, car je crois qu'ils passent leur vie debout, même quand ils sommeillent.

Il est intéressant de les observer à la lunette, s'acheminer par petits groupes de dix et parfois de vingt de toute taille, sans ordre bien déterminé, vers la rivière où ils vont s'abreuver ou prendre leurs ébats. Généralement, par temps chaud, ils boivent une fois par jour, mais quand la fraîcheur persiste, ils peuvent s'en abstenir pendant quarante-huit heures et même davantage. La quantité d'eau qu'ils absorbent en se l'insufflant, à l'aide de la trompe, dans la bouche doit être considérable, car ils urinent de quinze à vingt fois par jour. Quand ils souffrent de la chaleur, ce qui, par moment, les accable énormément, ils puisent à l'aide de leur trompe, souvent tout en marchant, la contenance d'un seau qu'ils font rejaillir de leur estomac et dont ils s'aspergent la tête et les épaules pour se rafraîchir.

L'après-midi du lendemain de mon arrivée dans ce village voisin du lac, je me reposai dans ma tente étendu sur mon lit. J'avais fait une matinée de chasse infructueuse et la pluie qui tombait depuis deux heures me forçait à rester sous mon abri. Un violent orage déversait sur les Mitumba une pluie torrentielle. Mon attention fut brusquement mise en éveil par un bruit tout à fait inaccoutumé : un bruit de vagues

qui se rapprochait rapidement me fit sauter de mon lit et, lorsque j'arrivai au dehors, je vis venir vers moi, à travers les plantations du village, une nappe liquide qui se ruait vers mon campement avec une \dtesse déconcertante. Je compris que c'était l'inondation ; avissi fut-ce avec empressement que je rentrai dans ma tente où, guidé par l'instinct du chasseur, je me précipitai tout d'abord sur mes carabines pour les mettre en sûreté sur ma table, puis mes cartouches sur mon lit, ainsi que mes appareils photographiques. Ensuite, je sauvai les choses auxquelles je tenais le plus. Je hélai mes hommes afin de leur faire enlever les caisses, mais quand ils les eurent sur le dos, nous eûmes de l'eau jusqu'aux chevilles. J'eus l'idée de déposer les charges en un lieu de niveau plus élevé, mais j'eus beau scruter de tous côtés, je ne pus découvrir le moindre petit bout de terrain qui eût échappé à cette invasion inattendue, et l'eau montait toujours. Enfin, un homme m'indiqua un petit monticule au milieu d'une plantation de bananiers voisine où il croyait bien pouvoir déposer momentanément mes bagages en sûreté.

Nous fîmes, à l'aide d'herbe et de terre, une petite digue susceptible de détourner les eaux de notre campement, mais nos efforts furent vains : le courant emportait les barrages au fur et à mesure qu'ils s'élevaient. Au bout d'un quart d'heure, j'étais dans la boue jusqu'aux genoux; aussi je désespérais d'arrêter l'inondation. La rivière, subitement grossie par l'orage, était sortie de son lit et s'était répandue dans les terrains avoisinant ses bords. Elle ne rentra dans ses limites qu'après que la pluie eût cessé. Aussitôt l'eau diminua dans les champs et la construction de la digue devint sans objet ; les nègres qui y travaillaient poussèrent, en chœur, des cris de victoire et entamèrent immédiatement des danses, tant ils étaient heureux de voir le danger conjuré.

Tout d'abord je crus à quelque mauvais tour des habitants riverains qui, désireux de me faire déguerpir, avaient détourné le cours de la rivière pour me forcer, en m'inondant, à m'éloigner de leur hameau. Mais je dus convenir de mon erreur lorsque je constatai qu'ils avaient été, eux aussi, sérieusement éprouvés, car leurs huttes avaient été envahies et leurs petites cultures anéanties. Les champs étaient transformés en marécages où gisait lamentablement une grande partie des produits potagers destinés à les nourrir pendant l'année. Il fallut chercher un lieu plus sûr, et force me fut de gagner un village voisin que nous atteignîmes crottés jusqu'aux cheveux par la boue épaisse dans laquelle nous pataugions pour sortir de ces marigots. Par une chance miraculeuse, je n'eus que peu de bagages mouillés et, en me remémorant les péripéties de l'aventure, je fus heureux d'avoir pu sauver, en les jetant pêle-mêle sur mon lit et sur ma table, tant d'objets qui m'étaient si nécessaires.

Je continuai à chasser l'éléphant, ne pouvant découvrir une trace de buffle ou d'autres gros animaux. Un matin, je me laissai à nouveau entraîner à poursuivre des pachydermes ; un premier groupe qui prit la fuite par la faute des nègres fut épargné. Je gravissais alors les premiers contreforts des montagnes. Des mamelons, sur lesquels poussait une herbe assez courte, j'observai pendant une heure un jeune éléphant qui en cueillait fort adroitement à l'aide de sa trompe. Abandonnant ce spectacle, je me mis à longer une petite vallée boisée où coulait une rivière ; je marchais à l'orée de la forêt, sur un petit sentier tracé par les allées et venues des proboscidiens. J'y circulais tranquillement avec ma 8 ™/™ sur l'épaule tandis que mon cuisinier, qui me suivait, portait ma 465. En dépassant un buisson, je me trouvai brusquement en présence d'une éléphante, près de laquelle se tenait

son rejeton d'une taille déjà appréciable. Elle n'eut garde de s'enfuir ; levant la queue, écartant les oreilles, redressant la trompe, elle se mit à sentir d'un air menaçant, afin de connaître la direction exacte dans laquelle elle devait charger, mais je ne lui en laissai pas le temps ; ma carabine s'était instinctivement portée à mon épaule et, sans un instant d'hésitation, je la tuai net d'une balle lisse au cerveau. Au bruit de la détonation, un fracas indescriptible de branches brisées me par\dnt des buissons qui côtoyaient le ruisseau. Je crus qu'un autre éléphant, désireux de venger celui que je venais d'abattre, s'élançait sur moi. Comme le bruit se rapprochait, je saisis mon Express et je gagnai lestement le sommet d'un petit mamelon découvert, d'où j'espérais au moins arrêter une charge. Mais, au lieu de voir sortir des fourrés un seul éléphant vengeur, il en surgit brusquement tout un troupeau qui, animé d'intentions les plus pacifiques, ne cherchait, je suppose, qu'à fuir. N'ayant pu discerner d'où partait la détonation de mon arme, ils ne savaient vers où se diriger ; très indécis, ils marchèrent un instant dans ma direction, puis s'enfoncèrent à nouveau dans le bois pour retraverser la rivière et ressortir sur l'autre colline en file indienne. J'attendis, le fusil épaulé, qu'un gros mâle apparût, mais ce fut en vain ; plus de vingt éléphants de toute taille — il y avait des femelles, des petits et des jeunes mâles, — escaladèrent promptement la côte et disparurent bientôt. Je retournai à l'endroit où j'avais abattu la femelle, mais cette fois encore, je demeurai stupéfait : elle n'y était plus. Je considérai sév'èrement mon cuisinier et, comme s'il était responsable, j'allais lui adresser des reproches lorsqu'il m'apprit où la bête était passée. Touchée par le coup de feu, elle tomba sur le flanc et, entraînée sur la pente, elle roula comme une avalanche jusque dans les buissons où je n'eus

aucune peine à la retrouver. Il m'expliqua même qu'en la voyant dévaler il crut bien qu'elle n'était pas morte et qu'il eut l'intention de tirer dessus. Au retour, j'aperçus au loin les éléphants fuyards. Déjà, ils étaient à sept ou huit kilomètres de nous et ils poursuivaient leur course. Chemin faisant, leur groupe avait grossi et ils se dirigeaient à présent au nombre de trente ou quarante dans la direction de la Semliki. Un peu avant d'atteindre mon campement, j'aperçus un oiseau que je ne possédais pas dans mes collections ; je le tuai au petit fusil. Au bruit de mon arme, j'entendis des craquements dans un boqueteau distant de cinquante mètres de nous. Des éléphants qui, probablement, se reposaient non loin de là se sauvaient à travers la végétation.

Si les éléphants vivent très nombreux dans cette région, les gros porteurs d'ivoire y sont plutôt rares. Cela tient à ce que le pays est connu de longue date des chasseurs professionnels qui l'ont battu en tous sens. Notre territoire de la frontière orientale a été, en effet, visité par des aventuriers qui, avi temps où nos voisins nous contestaient nos possessions — ce que nous avions soin de leur réciproquer, — en profitèrent pour se tenir sur le contesté en chassant à outrance sans jamais acquitter de droits de chasse. Presque la totalité des beaux éléphants tombèrent sous les balles de ces braconniers ou de leurs boys. Ils ne se contentèrent pas toujours de limiter leurs attaques aux animaux, car il semble que les indigènes eurent à souffrir assez souvent de leurs exactions. Si la plupart des chefs noirs dérobent aux regards les pointes d'ivoire qu'ils possèdent, c'est parce que certains de nos peu scrupuleux visiteurs s'emparèrent souvent de ces précieux produits en les payant à coups de chicotte. Je crois ne pas trop m'avancer en assurant que les cimetières d'ivoire dont on nous révéla l'existence sous le règne du roi Léopold II,

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n'étaient pas autres que les réserves accumulées par les chefs indigènes. Des Européens, peu désireux de divulguer leurs moyens de se procurer les quantités énormes de cette matière jetées sur nos marchés au début de l'exploitation de l'Etat Indépendant, forgèrent de toutes pièces une légende qui s'écroula plus tard. Il est à remarquer, d'ailleurs, et ceci est probant, qu'on ne découvre plus de ces cimetières-là. Cependant, il existe au Congo des régions peu visitées où l'on pourrait encore, si cette histoire était exacte, faire de semblables trouvailles.

Quoique certains zoologistes se soient attachés spécialement à étudier et à décrire l'éléphant, nous en ignorons encore beaucoup et il nous faudra bien des années pour apprendre à le mieux connaître. Celui d'Afrique n'est recherché actuellement que pour ses incisives qui se vendent fort cher ; il est cependant intéressant à bien d'autres points de vue, car il est prouvé aujourd'hui qu'il est domesticable et que si l'on en possédait dressés en assez grand nombre, on pourrait en attendre bien des services. Les expériences ne sont plus à tenter, elles ont été concluantes et les quarantecinq éléphants qui travaillent journellement à Api, dans l'Uelé, et dont le nombre augmente encore, est une preuve évidente que le colosse africain, à qui on prêtait moins d'intelligence qu'à son congénère d'Asie, est aussi apte au travail que ce dernier. On s'est découragé trop promptement à la suite des premiers essais qui furent malheureux. Beaucoup de personnes s'imaginèrent que les tentatives de ce genre étaient aisément réalisables ; la pratique a démontré qu'il en était autrement.

Ce qui suscita le plus de difficulté, ce fut la capture des animaux ; on dut \àte renoncer à capturer les grosses bêtes que l'on était incapable de dompter, puisqu'on ne possédait

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pas d'autres grands éléphants qui pussent aider à leur instruction. On a dû se résoudre à employer le moyen le plus simple et le plus lent : capturer des éléphantaux et les éduquer. Mais on a dû en attendre la croissance complète avant de tenter avec leur aide la méthode indienne de capture et de dressage des adultes sauvages. Si, toutefois, nous arrivons, comme en Asie, à les capturer par troupeaux et si, comme là-bas, un mois de dressage au kraal suffit à certains spécimens pour rendre des services, nous pourrons nous féliciter de notre entreprise et de notre ténacité. Il y a près de quinze ans que le commandant Laplume, qui dirige notre ferme à éléphants, poursuit sa tâche avec opiniâtreté. Le gouvernement peut, à juste titre, s'enorgueillir de son œuvre.

Pour certaines régions de l'Afrique où les transports sont des plus difficiles à cause du portage, la domestication de l'éléphant serait un avantage immense. Un seul de ces pachydermes ferait aisément le travail de quinze à vingt porteurs^ Il est notoire qu'on peut les dresser à toutes espèces de manœuvres qu'ils exécutent avec délicatesse et intelligence tant leur sagacité est grande ; ils en donnent des preuves surprenantes à ceux qui ont eu l'occasion de les observer en liberté ou en captivité. J'en ai vu, aux Indes, qui, sans cornac, transportaient sans relâche d'une scierie jusqu'au bord d'une rivière des troncs d'arbres que l'on lançait à la dérive, et quand le courant ne les entraînait pas immédiatement, l'éléphant les poussait de la trompe jusqu'à ce qu'ils eussent quitté la rive. Il prouvait par là qu'il valait mieux qu'un automate.

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