MOUETTES (Larus cirrocephahts
André Pileite. A travers l'Afrique Équcitcriale.
à l'infini, groupés par bandes, serrés les uns contre les autres (i). Nous dépassâmes bientôt l'embouchure de la Rutshuru qui s'écoule dans le lac en deux bras dissimulés par de multiples îlots. Les hippos en très grand nombre nous regardaient avec intérêt, semblait-il. Des foules de plantes aquatiques ressemblant à de petits choux surnageaient et, poussées par le vent vers la rive, s'accollaient les unes aux autres et formaient des champs flottants sur lesquels se promenaient des échassiers minuscules.
Après quatre longs jours passés en plein soleil — et quel soleil! — dans des embarcations (2) dont, certes, la colonie ne se vantera jamais, embarcations sur lesquelles elle a déjà exposé tant de vies humaines et qu'elle n'améliorera sans doute qu'après une catastrophe, nous débarquâmes à Kabaré sur un terrain découvert et sablonneux, une vraie région à lions. Une réverbération terrible nous martyrisait continuellement la vue ; souvent le vent balayant le sable, nous en envoyait dans les yeux.
De prime abord, l'endroit n'était pas très tentateur et, quoique j'eusse l'intention de rester à proximité du lac, je ne savais trop si je séjournerais près de cette petite bourgade. Chaque soir on y était assailli par les moustiques qui, après le coucher du soleil, devenaient intolérables, se ruaient sur les êtres vivants et les importunaient sans répit. Pour m'en défendre, je devais conserver mes bottes, m'enrouler dans une couverture, jusqu'à la ceinture, pour me protéger les genoux et les cuisses ; mon veston me couvrait le torse, un chapeau de feutre la tête ; enfin, un boy se tenait continuellement derrière moi avec un essuie-main et me tapotait le
(i) Voir photographies n°s 43-44-43.
(2) Voir photographie n° 46.
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visage sans discontinuer, afin d'éloigner ces insvipportables oppresseurs.
Quand enfin, sous ma moustiqviairc, je croyais pouvoir dormir tranquillement, mon sommeil était troublé à tout moment par les cris les plus variés. Tantôt une hyène s'enhardissant venait ricaner à quekiues pas de nous ; ou bien des lions repus parcourant la plaine s'appelaient continuellement par des rugissements et s'approchaient trop, à mon gré, de mon campement ; parfois une timide antilope, fuyant devant les carnassiers, passait non loin de ma tente en poussant de petits sifflements d'alarme ; enfin des hippos, très nombreux, faisaient des incursions à l'intérieur des terres en soufflant bru^'amment.
Ces bruits nocturnes, parfois assourdissants, se prolongeaient jusqu'à l'aube ; leurs auteurs rivalisant de virtuosité se faisaient entendre chaque nuit. Jamais je n'avais entendu pareille cacophonie. Mais, comme on s'habitue à tout, après quelques jours, ce tintamarre ne dérangea plus du tout mon sommeil.
Pour empêcher ce monde de nocturnes rôdeurs de trop s'approcher de mon gîte, on l'avait entouré d'un rideau de roseaux de trois à quatre mètres de hauteur, surtout pour se défendre des lions qui n'aiment pas, d'ordinaire, à sauter par-dessus les clôtures et qui, avant de les franchir, tentent d'abord de les traverser ou de passer en-dessous. Cependant, quand ils le veulent, ils bondissent aisément au-dessus d'une cloison de plus de deux mètres en emportant un homme. Quant à prétendre qu'ils sont capables, comme on le dit, de s'adonner au môme exercice avec une vache, j'en doute fort.
Quand le ciel daignait se dégager de ses nuées, la vue s'étendait fort loin. Au Nord, au-delà du lac, souvent après
SUD DE L'ALBERT-EDOUARD
Photo de l'auteur.
46. — BALEINIÈRE ET PIROCxUE. (Dans le fond les Monts Mitumba.
Photo du C H. Pauwels.