‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 40 sur 86 · RIVIÈRE RUTSHURU, HIPPOPOTAMES A FLEUR D'EAU · texte numérisé non relu

RIVIÈRE RUTSHURU, HIPPOPOTAMES A FLEUR D'EAU

André Pilette. A travers l'Afrique Éqiiatoriale.

un orage, le massif du Ruwenzori se profilait, dressant à quelque cent kilomètres ses cimes neigeuses. Souvent aussi, comme chassées par la pluie ou semblant fuir les gros nuages gris encore menaçants, des milliers de petites hirondelles passaient volant très bas en poussant des cris aigus, et se dirigeaient vers le Sud pour y trouver une atmosphère plus claire et plus rassurante. A l'Ouest, la chaîne des Mitumba s'étendait en une même direction Nord-Sud. A l'Est, moins hautes, les montagnes de l'Ankolé longeaient le lac parallèlement aux Mitumba, laissant entre elles, vers le Sud, une grande plaine où s'étale et serpente la Rutshuru. Cette plaine est fermée par une ligne de gigantesques pyramides qui sont, pour la plupart, des volcans éteints ; je les traverserai bientôt pour gagner le lac Kivu.

Les marécages formés au Sud de l'Edouard sont encombrés en grande partie d'herbes à éléphant qui empêchent l'observateur de la plaine de distinguer les rives. Une herbe courte et clairsemée pousse dans les prairies qui environnent le lac, tandis que, de loin en loin, des buissons apparaissent. La prairie est coupée en tous sens de nombreux sentiers tracés par les hippopotames et qui se reconnaissent à leurs doubles pistes parallèles, presque des ornières, séparées par une raie de verdure.

La rivière Rutshuru, c[ui n'est qu'à trente ou quarante minutes de marche de mon campement, atteint de 60 à 80 mètres de largeur en moyenne ; elle est habitée en cet endroit par un nombre invraisemblable d'hippos (i). Il faut les avoir vus, au déclin du jour, sortant des Matété où ils ont passé la journée pour se dérober aux regards de leurs

^i) Voir photographie 11° 47.

igO A TRAVERS L AFRIQUE EQUATOKIALE

ennemis pendant kur sommeil, gagner les eaux profondes de la rivière, qu'ils remontent et redescendent par groupes de trente et quarante, soufflant bru3^amment à qui mieux mieux, s 'ébattant en attendant la nuit qui leur permettra d'aller brouter paisiblement l'herbe et les roseaux des prairies avoisinantes. Vieux et jeunes s'arrêtent parfois à quelque vingt mètres de nous ; ils semblent nous examiner de leurs petits yeux proéminents et stupides, tout en s'occupant d'envoyer vers le ciel, en deux jets de brouillard, l'eau qui remplit leurs narines. En des endroits peu profonds, quelques-uns émergent presque entièrement. Ils baillent par instant, et mettent à jour des dents de formes extraordinaires qui garnissent leurs formidables mâchoires, tandis que leur queue courte et écrasée latéralement fait sauter, en s'agitant, la nappe liquide qui l'environne. Ils sont inintelligents et se laissent tuer stupidement ; ils croient se dérober aux atteintes de l'ennemi en se réfugiant en eau profonde d'où ils laissent émerger, aussitôt, leur énorme tête à museau large et carré. Tout en respirant à la surface, ils cherchent l'assaillant des yeux ; ce n'est que lorsque plusieurs des leurs ont péri qu'ils se décident à déguerpir ; ils fuient en nageant ou en marchant sur le fond de la rivière.

Nombre de personnes se sont singulièrement trompées sur la durée de plongée de ces amphibies. Là où ils ont été souvent poursuivis, ils se glissent, aux premiers coups de carabines , vers les rives boisées et se tiennent silencieusement sous les buissons bordant ou surplombant la rivière, cachés à la vue du chasseur qui les croit parfois encore sous l'eau. Je puis assurer que les plus longues plongées ne dépassent pas 6' et certains, qui ont pu consulter une montre, rapportent 4' 20", tandis que 2' 30" sembleraient une moyenne.

Le nombre d'hippos est si considérable dans la Rutshuru

SUD DE L'ALBERT-EDOUARD

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