‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 44 sur 86 · TV · texte numérisé non relu

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DE KASINDI AU PIED DES VOLCANS DU Kl VU 223

vitalité et une résistance à la douleur phénoménales.

Pour éviter de suivre la route des caravanes (lui était fréquentée par les indigènes en quête de provisions de sel, et dont le passage continuel éloignait les animaux, je décidai de remonter la Rutshuru en suivant approximativement ses rives. Je comptais trouver près des rivières du gibier en abondance, mais c'était là une erreur : le plus souvent, le gros gibier n'aime pas beaucoup les cours d'eau pour venir s'y abreuver ; ils préfèrent les mares nombreuses à la saison des pluies. Une excavation inondée dont les bords sont dépourvus de végétation et légèrement déclives pour leur permettre de voir au loin, est l'abreuvoir de leur choix. Cependant, à la fin de la saison sèche, ils n'ont plus de choix et doivent se cantonner non loin d'un ruisseau ou d'une des dernières mares qui subsistent. C'est ainsi qu'il arrive au chasseur de ne plus apercevoir une seule bête, pendant des semaines, en des endroits où il faisait si bonne chasse naguère. Les marigots desséchés sous l'ardeur du soleil contraignent les animaux à gagner une région arrosée.

La Rutshuru est parfois bordée de falaises presque à pic qui atteignent, par endroits, jusqu'à 20 et 30 mètres de hauteur . Ailleurs, ses rives s'étendent en pente si douce que des plaines sont presque au même niveau que le lit de la rivière et sont envahies par les crues. L'œil suit difficilement le mouvement des eaux de la rivière ;des massifs d'herbes à éléphant encombrent ses bords et ne permettent d'y accéder que par des éclaircies.

D'innombrables hippopotames y vivent et s'y multiplient et il est extraordinaire de constater qu'en cette rivière plutôt étroite — puisqu'en moyenne sa largeur ne dépasse pas 70 mètres, même non loin de son embouchure, — évoluent des bandes de ces pachydermes dont certaines atteignent

40 à 50 têtes. Ils se laissent photographier (i) et même, comme on l'a vu plus haut, tuer avec trop de facilité. Un soir, un petit groupe de sept hippos qui attendaient le crépuscule pour gagner les prairies afin d'y chercher leur nourriture, se laissèrent tuer bêtement — c'est le mot, — et ce ne fut qu'après quelques minutes, après avoir essuyé cinq coups de ma 410 — que je ne dus pas même recharger, — que les deux survivants remontèrent le courant tandis que les autres descendirent, les pattes en l'air, au fil de l'eau.

La plaine environnante n'était pas sans obstacles, comme le lecteur pourrait le croire ; elle était coupée ici et là, par de grands ra\dns, perpendiculaires à la Rutshuru, qu'une végétation inextricable avait envahie ; il fallait s'y frayer un passage à la hache. En d'autres endroits, la caravane se mou- \-ait avec difficulté tant la marche était retardée par les herbes dont la hauteur dépassait celle d'un homme.

Avant d'atteindre la rivière Ivi, affluent de la Rutshuru, je tuai encore un hippo à terre ; il venait de se coucher dans des herbes, non loin de la rive, lorsque je l'atteignis trop haut, mais une seconde balle lisse qu'il reçut en fuyant le cloua sur place.

Un matin, ayant blessé un Waterbuck à la 8 ™/"^, je le poursuivis durant près d'une demi-heure et pus, enfin, lui placer un second coup au poumon. Mais ces petits calibres frappent en général d'une mort assez lente les très grosses antilopes (2). Comme de coutume, il se réfugia dans les buissons ; mais avant d'atteindre cet abri, il s'était couché à plusieurs reprises et se relevait à mon approche. Espérant

(i) Voir photographies n°^ 55 et 56.

(2) Le Waterbuck atteint jusqu'à 1^130 à l'épaule et peut dépasser 250 kilogrammes en poids.

PLAINES DE LA RUTSHl'RU

WATERBUCK BLESSÉ

(Cobus defassa.)

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