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CHAPITRE IX

Dans la région giboyeuse de la Rutshuru

Une lionne, trois buffles et des antilopes clôturent notre tableau de chasse le dernier jour de igi2. — ■ Chargé par un buffle blessé. — Tirer de près et vite pour faire de multiples victimes dans un même troupeau. — Les Nemrods en herbe. — L'exploitation par les voyageurs et les chasseurs peu scrupuleux de la naïveté et de l'ignorance du public. — La charge de l'éléphant est la plus impressionnante. — Danger de poursuivre les grands fauves blessés. — ■ Mon plus beau buffle du Cap. — Quelques antilopes du Sud de l'Edouard. — Photographie d'animaux. — Abondance de viande chez les indigènes. — Insuccès auprès des lions. — ■ Un record du monde parmi les victimes des carnivores. — Nombreux phacochères. — ■ Les oiseaux aquatiques devant l'objectif. — Je manque un lion dans une troupe de si.K adultes. — Chacals. — Un nègre tue un lion. — Remontant la rive gauche de la Rutshuru. — Babouins et hippos. — Bizarreries dans les mêmes familles de mammifères peuplant l'Afrique. — Retour à Rutshuru.

Je repris le chemin de l'Edouard l 'avant-dernier jour de décembre 1912. Doublant l'étape, je dormis à Ivi et, le lendemain matin, je gagnais Kaléghéla. J'allais arriver au gîte lorsqu'à ma gauche, vers la Rutshuru, je distinguai dans le paysage, une tache sombre ; il me suffit de regarder

à la lunette pour constater que j'avais affaire à un buffle. Je fus vite hors de mon hamac et, suivi de quelques noirs, je me dirigeai vers le bovidé, mais je ne tardai pas à le perdre de vue et c'est en me jetant sur ses traces que je rencontrai tout un troupeau dont il était peut-être. Ils étaient une quarantaine allant lentement en herbe rase. Il n'y avait pas un buisson qui me permit d'approcher ; je ne leur emboîtai le pas qu'à trois ou quatre cents mètres de distance. Le vent était favorable, et je me proposai de les suivre jusqu'au moment où, profitant de quelque taillis, il me serait possible d'arriver assez près d'eux pour en tuer quelques-uns. Mais la plaine s'étendait unie, et ne m'offrait que bien peu d'obstacles pour me dissimuler. A plusieurs reprises, je m'étais déjà avancé en rampant, mais chaque fois ils avaient disparu. Je pris patience et je continuai ma poursuite sous un soleil de plomb. Pas le moindre souffle d'air rafraichissant ; la chaleur était accablante et cette marche pénible sur les genoux la rendait plus violente. J'avais beau songer que nous étions à la veille du nouvel an, et me rappeler l'Europe à pareille date, les gouttes de sueur qui m'inondaient la face me ramenaient vite à la réalité.

Le troupeau était composé de bêtes de toute taille : de jeunes buffles d'une teinte brun-rougeâtre suivaient leur mère de très près ; des adultes, qui avaient atteint toute leur taille vers la fin de leur troisième année étaient couverts de poils grossiers, clairsemés et de couleur très sombre et se tenaient au milieu du groupe, tandis que des vieux mâles, tout à fait chauves marchaient en tête. L'un d'eux scrutait sans cesse l'horizon, en éveil, le cou tendu, les cornes en arrière, le mufle levé, cherchant dans l'air une émanation douteuse dénonçant quelque ennemi.

Quand ces animaux n'ont pas été traqués par le chasseur.

ils ne craignent pas l'homme ; celui-ci s'en approche et souvent, à bon vent, lorsqu'ils sont couchés à l'ombre des arbres, près des bords de la rivière ori ils ont coutume d'aller se désaltérer, ils le regardent passer presque avec indifférence, ne se décidant à prendre le large que lorsqu'une cincjuantaine de mètres l'en séparent. Mais aussitôt que l'un d'eux prend sa course, les autres suivent. Là où ils ont été molestés, ils deviennent très méfiants et se retirent dans les bois les plus touffus ; ils s'y reposent le jour, n'en sortent qu'à la brune pour brouter, puis se recouchent pour recommencer à pâturer à l'aube.

Durant deux longues heures, je manœuvrai avec une patience angélique. La forêt vers laquelle ils se dirigeaient me faisait espérer un dénouement proche, mais au lieu de prendre directement vers la haute futaie, ils s'attardèrent autour d'une petite mare où ils se désaltérèrent. D'ordinaire, quand la température est chaude, ils boivent deux fois par jour, tôt le matin et tard l'après-midi. A l'encontre des buffles d'autres régions, qui ne voyagent en général que la nuit, le buffle du Cap — de la Rutshuru (Bos caffer radcliffei), — se rencontre assez couramment le jour, à toute heure. C'est cependant de grand matin ou au coucher du soleil qu'on a le plus de chance de l'apercevoir.

Après s'être abreuvés, ils ne tardèrent pas à gagner une partie de prairie hérissée de buissons. Dès lors, j'accélérai la marche et je m'en approchai en me dissimulant derrière ces obstacles. Le chef de la bande changea brusquement de direction ; il fit faire demi-tour au troupeau qui revint sur ses pas, vers mon abri. Plusieurs bêtes marchaient en avant, en file indienne ; je les laissai s'approcher et me tins tapi. Je combinai rapidement mon plan de bataille : je permettrais à celle de tête de me dépasser puis, visant la suivante, je

réserverais mon deuxième coup pour le chef de file qui, rebroussant chemin vers le gros du troupeau, aurait un moment d'hésitation, ce qui me permettrait de le bien viser.

Mais, lorsc^ue les buffles m'eurent quelque peu dépassé, j'eus peur de me trouver brusquement à mauvais vent et je décidai de tirer plus rapidement. Bien à l'aise, je mis en joue le second qui, en recevant ma 465, tomba sur les genoux. Le premier, se retournant — et ce qui suit je ne l'avais pas prévu, — vint s'arrêter derrière le blessé qui se relevait et auquel je n'eus garde d'envoyer une seconde balle, que je ne pus, à mon grand désappointement, immédiatement placer à une autre bête. Heureusement qu'avant de fuir, les buffles s'arrêtèrent un instant pour s'orienter et me donnèrent le temps de placer la seconde balle à un gros mâle qui fut atteint aux vertèbres cervicales et qui s'effondra sans faire un mouvement. Aussitôt le groupe prit sa course et, sortant de ma cachette, je tirai encore trois 410 sur trois buffles différents qui partaient au galop.

Je m'approchai alors du mort et je me livrai — en partie par mesure de prudence, — à une expérience intéressante pour un chasseur : je lui logeai une 405 au cœur pour connaître l'effet exact et m'assurer si je ne faisais pas erreur quant à l'emplacement de cet organe, chez ces animaux. J'avais déjà étudié le cœur de près au dépècement de ces bovidés et je vis que je ne m'étais pas trompé sur la position qu'il occupe car, du trou que fit le projectile, le sang gicla comme jaillit un liquide contenu dans un tonneau plein lorsqu'on le perce à sa base ; le jet diminua lentement comme manque la pression d'un niveau abaissé. La quantité de sang qui en sortit dans un temps aussi court était précieuse à connaître, car c'est le cœur qui en fournit le plus dans un délai aussi restreint. Chaque fois donc que des traces de sang

seront très abondantes et marqueront le sol d'une ligne ininterrompue, il pourra souvent en être conclu que le cœur a été atteint.

Je mourais et de faim et de soif. La soif dans notre pays, où l'on trouve tant de cabarets, est inconnue de beaucoup des nôtres ; mais pour moi qui en ai souffert, j'affirme que la soif est un terrible tourment et s'il m'est arrivé de boire d'une eau boueuse, c'est parce qu'elle procura quelque soulagement à mes tortures. Il faut avoir eu la gorge desséchée et brûlante, pour apprécier la bonne eau, ou de pureté douteuse, qui désaltère. La soif anéantit l'homme le plus énergique ; aussi faut-il conjurer ses effets par la prévoyance : au début, j'ai toujours emporté, en chasse, deux litres de boisson, un de thé, l'autre d'eau pure. Après un certain temps passé dans les pays chauds, après s'être quelque peu acclimaté, un litre suffit pour plusieurs heures ; cela dépend évidemment des sujets.

Comme je ne comptais nullement poursuivre des buffles, je n'avais fait que des provisions de bouche insuffisantes. C'est souvent lorsqu'on n'espère pas une chose qu'on la trouve et il est prudent, en Afrique, de parer aux éventualités en se munissant de tout le nécessaire pour les moindres sorties qui deviennent parfois d'interminables poursuites. C'est pour n'avoir pas eu cette prudence que je me suis parfois trouvé devant un gros gibier, ne disposant pas de mes armes ou de cartouches en nombre suffisant ; j'étais sans appareil photographique alors qu'une occasion unique se présentait ; je n'avais ni à manger, ni à boire quand j'avais faim ou soif. Avec le temps et l'expérience, j'ai pris l'habitude de me munir pour mes moindres sorties de tout ce qui pouvait m'être utile ; j'en emportais en quantité toujours supérieure à ce qui m'avait été nécessaire au cours de mes

précédentes et mes plus longues chasses. De la sorte, je ne ^us plus qu'à la merci des oublis ou des mensonges des boys et, pour y parer, je vérifiais tout moi-même avant de me mettre en route. Si je n'avais pas agi avec cette minutie, j'aurais été, aux moments critiques, victime de l'insouciance des nègres. J'envoyai un de mes hommes me chercher à manger et à boire, tandis que je suivais les traces de sang qu'avaient laissées les blessés sur leur passage. Tout le troupeau avait gagné une petite forêt d'euphorbes dans laquelle je pénétrai, mais j'abandonnai bientôt mes recherches et j'en laissai le soin à l'homme qui m'accompagnait, tandis que je me couchais à l'ombre, attendant le résultat de ses investigations. Il était armé de ma 465 et possédait 6 cartouches. Il ne m'avait pas quitté depuis dix minutes que j'entendis non loin de moi quatre coups de feu tirés consécutivement. J'essayai aussitôt de rejoindre le nègre, mais je ne pus l'approcher à cause de l'épaisseur de la végétation qui paralysait mes mouvements. J'avançais, guidé par les cris qui répondaient à mes appels. Je n'étais plus loin de lui lorsque tout bruit cessa ; j'eus beau siffler, plus le moindre accent de voix humaine ne me parvint. Seul, aux environs, un buffle respirait bruyamment. Je m'imaginais qu'une bête blessée avait peut-être chargé le chasseur puisqu'il ne donnait plus signe de vie. Cependant, ce bruit de soufflet de forge se rapprochait de moi et m'inquiétait si vivement que je grimpai dans ur arbre, afin de m'y abriter contre un mouvement offensif que je n'étais pas à même d'arrêter au milieu d'une végétation aussi touffue. Avec l'agilité d'un singe, je m'installai à deux ou trois mètres de hauteur, mais mon perchoir était peu robuste et je craignais fort qu'il ne se rompît. Il ne fallait pas qu'un de ces animaux vînt s'y heurter, car je me serais retrouvé à terre en bien moins de temps que je n'en avais mis pour y grimper.

J'attendis les événements avec résignation, quand deux coups de carabine tirés très près de moi vinrent me rassurer sur le sort de l'indigène qui daigna enfin me répondre et me rejoindre. Il me raconta que deux buffles blessés par moi étaient tombés dans un fossé et qu'en l'apercevant, l'un d'eux avait fait mine de se redresser pour marcher sur lui ; il le mitrailla aussitôt comme sait mitrailler un nègre quand il dispose de munitions. Nous nous rendîmes près de mes victimes que je croyais mortes, mais, à notre approche, celle qui avait reçu les six balles releva encore la tête. Une 410 à bout portant mit fin à ses mouvements. Mon bon noir avait logé les six projectiles un peu au hasard ; il y en avait de la tête jusqu'à l'arrière-train.

Il était visible que les deux bêtes blessées étaient tombées épuisées dans ce petit ravin et n'avaient pu en gravir la pente pour en ressortir. Elles s'étaient couchées dans le lit d'un ruisseau presque desséché et, serrées l'une contre l'autre, elles y avaient attendu la mort. Dans le lit de ce ruisseau stagnaient, par endroits, de petites mares. Je m'empressai de me désaltérer, puisant de l'eau à l'aide de mes mains, comme Diogène après avoir jeté son écuelle.

Je regagnai la plaine où je me couchai dans un buisson en attendant mon déjeûner. Un noir vint m'3' rejoindre et, tandis qu'il s'asseyait non loin de moi, je m'endormis à l'ombre des branches du fourré. Aussitôt qu'il vit arriver les porteurs, le nègre qui veillait me prévint. Un gros troupeau de Waterbuck se tenaient dans la direction des arrivants. On y remarquait principalement des femelles et des jeunes, dont le pelage aux longs poils grossiers et grisâtres — teinte qui semble foncer avec l'âge, - les oreilles démesurées et la crinière les faisaient ressembler de loin à des ânes. Quelques mâles à peine adultes, qui avaient probablement évincé les

\'ieux, comme il arrive qu'ils font à la saison des amours, complétaient le groupe. Tous, très effrayés par le bruit que faisaient les hommes marchant vers eux, se dirigèrent vers mon refuge, puis changeant un peu de direction, ils passèrent à la queue leu leu à une soixantaine de mètres de moi. J'en jetai, à l'aide du contenu de ma 410, cinq à terre l'un après l'autre, au fur et à mesure qu'ils défilaient.

Après avoir déjeune sommairement, je repris le chemin du campement. Le commandant Pauwels, qui m'avait accompagné vers le lac, partit en chasse peu de temps après mon retour au gîte et re\dnt à pied à la nuit tombante avec une lionne dans son hamac. Il me conta d'un air fort réjoui ses émotions et sa satisfaction d'avoir pu s'adjuger, le lendemain de son départ, un de ces animaux qu'il n'avait pu encore rencontrer jusqu'alors.

Il observait un petit groupe de buffles qui broutaient à quelque cent pas et cherchait un moyen de s'en approcher quand, non loin de lui, il perçut des rugissements de lions. Après avoir vainement examiné les alentours, il retourna vers les bovidé? qu'il avait momentanément abandonnés pour découvrir les autres fauves. C'est en essayant de les rejoindre qu'il aperçut trois lions guettant les ruminants, prêts à se jeter sur l'un d'eux. Quoique les herbes lui dissimulassent en partie les carnassiers, et que seuls leurs têtes et leurs cous fussent visibles, il tira au juger sur celui qui lui sembla se présenter plus favorablement. Au bruit de la détonation, ce monde d'animaux s'enfuit, mais une lionne blessée s'arrêta après quatre-vingts ou cent mètres de course et, se couchant, grogna en agitant violemment sa queue à l'extrémité touffue. S'en approchant armé de mon Express, il lui logea une 465 expansive qui mit rapidement fin à ses menaçantes attitudes. La première balle, une 410, qui

n'avait pas fait expansion, était entrée de biais, à gauche du poitrail, et était ressortie derrière l'omoplate sans la casser, en ne traversant que les muscles. J'ai découpé la bête le lendemain et je n'ai jamais compris comment cette blessure avait pu l'immobiliser au point d'accepter un second coup de carabine sans bondir pour se venger ou se sauver. .Cette journée du 31 décembre avait été excellente et c'est par une lionne (i), trois buiïles et des antilopes que nous clôturâmes notre tableau de chasse le dernier jour de l'année

Le 2 janvier, au matin, nous décidâmes de changer de camp et de gagner les bords de la Rutshuru. Notre caravane devait passer non loin d'un des buffles tués l 'avant-veille. Lorsque nous arrivâmes dans le voisinage de la carcasse, je crus apercevoir un gros phacochère à cinq ou six cents mètres ' de nous. Je n'y prêtais guère attention, lorsque mon camarade s'avisa de l'examiner à la lunette et constata que nous avions affaire à un lion avide, sans doute, des restes du buffle abandonné la veille par les noirs. Il marchait avec lenteur, ne se préoccupant pas des hommes qui, malgré toutes les recommandations, faisaient pourtant grand bruit. Nous cherchâmes à le rejoindre, mais il disparut dans un buisson d'où il put fuir en se glissant dans les hautes herbes.

Au déclin d'un long jour de marche, peu avant la tombée de la nuit, nous allions quelque peu au hasard à travers les plaines d'une région que nous n'avions pas encore visitée. Nous cherchions un endroit propice pour camper lorsque nous découvrîmes un étang encombré de roseaux, où nombre

(i) Voir photographie n° 76.

d'hippos menaient grand bruit et qui était éloigné de deux heures au moins de toute rivière. J'ignorais que ces pachydermes vécussent ainsi cantonnés tout à fait à l'écart des cours d'eau, se tenant indifféremment dans leur élément, qu'il fût limpide, bourbeux ou saumâtre. Je fis le tour du marécage pour connaître leur chemin de sortie. Je ne tardai pas à en trouver un, très large, tout près duquel quelques jeunes hippos attendaient l'obscurité pour aller pâturer. Je me tins tranquille derrière la verdure cjui bordait la rive et pus les examiner à une douzaine de mètres à peine. Tout à coup, le vent changeant de direction leur apporta des émanations qui leur apprirent ma présence. Ils plongèrent aussitôt et rejoignirent à une cinquantaine de mètres de là les plus gros rassemblés, qui manifestèrent quelque inquiétude en poussant des hennissements très bruyants. Nous déci dames de ne pas tirer, préférant revenir le lendemain, au lever du jour pour en abattre à terre.

Debout longtemps avant l'aurore, nous nous plaçâmes sur deux proéminences du terrain qui dominaient la mare et entre lesquelles passait le plus battu de leurs sentiers. Nous attendîmes, roulés dans nos paletots, le retour des pachydermes ; il faisait froid et humide et un gros vêtement était à peine suffisant pour nous préserver de la fraîcheur et de la brume. Le jour parut lentement ; seuls les hippos furent invisibles et ce fut en vain que nous sondâmes l'horizon, nous ne pûmes rien y découvrir. Cependant l'étang était désert ; où donc étaient passées les vingt ou trente bêtes qui, hier soir, y faisaient tant de bruit? L'alerte de la veille les avaient rendues méfiantes et, tout comme lorsqu'elles ont été chassées, elles avaient préféré quitter l'endroit où leur était venue une menace de persécution. Elles av'aient dû gagner un autre marigot, peut-être lointain.

Las d'attendre, nous partîmes en plaine en (jnête de quelque autre gibier. Je suivis deux phacochères qui m'entraînèrent assez loin et que je finis par perdre de vue à cause de la végétation qui encombrait la prairie ; mais le nègre qui portait ma seconde arme me signala un Waterbuck à ma gauche. Comme je le cherchais à la lunette, je découvris, à environ trois cents mètres de moi, une tête de buffle qui émergeait des herbes. Profitant du bon vent, je m'en approchai sans difficulté à une centaine de pas. Je m'aperçus alors qu'ils étaient trois, immobiles près d'un petit buisson ; deux debout, un troisième couché. Dissimulé derrière quelques plantes, je décidai de ne pas avancer davantage : j'étais assez près d'eux pour suivre ma tactique habituelle : tirer vite afin de me permettre de faire un doublé ou un triplé. Certains chasseurs ne pensent pas à profiter de l'émoi des animaux pour y faire plusieurs victimes. Pour moi, j'estime que tuer une bête dans un troupeau ne me procure pas une satisfaction suffisante.

Quoique, lors de mon dernier triplé, mes vues ne s'étaient pas réalisées, je me traçai cependant, avant de tirer, un plan d'attaque : envoyer ma première 465, en visant bien, à celui qui se trouvait debout, à gauche. Le temps de me retrouver en joue — il faut un temps par suite de la tendance qu'ont les grosses carabines à sauter des mains à chaque explosion, — puis loger la seconde balle dans le buffle debout, à droite. Tous deux se présentant de profil, je chargeai mon Express d'expansives. Enfin, en se levant, le troisième buffle me permettait de saisir ma 410 et de lui envoyer une lisse avant qu'il déguerpît.

Le changement d'arme se faisait toujours très rapidement ; le nègre qui m'accompagnait savait qu'après avoir tiré, je me débarrassais de ma carabine de la main gauche, tandis

que celle qui était chargée devait au même moment m'être mise dans la main droite. Aussi cet échange s'opérait-il avec un ensemble parfait : pendant que je me servais d'une arme, mon aide rechargeait l'autre. Il est nécessaire qu'il n'y ait pas, aux moments critiques, d'hésitation d'une part ni d'autre, car il suffit d'un instant pour éviter des accidents ; les résultats du tir en sont aussi sensiblement améliorés. Mais il faut se faire seconder par des hommes de sang-froid, afin de ne pas se trouver, en cas de charge, abandonné au moment le plus dangereux.

Tout se passa comme je l'avais prévu et je pus placer trois coups avant que le dernier buffle eût le temps de prendre le galop pour suivre les deux premiers fu3'ards.

Blessé en prairie, le buffle se retire presque toujours devant le chasseur pour se réfugier en un lieu couvert, où il de\aent très agressif. Mes trois buffles s'étaient dirigés vers ma gauche et, afin de me permettre de les achever ou de voir où ils tomberaient, je me mis à courir pour les rejoindre au tout au moins pour m'en rapprocher. Les deux premiers s'éloignèrent en se traînant avec peine ; c'était évidemment l'effet puissant de l'Express qui en était la cause ; l'un d'eux s'arrêta, sous l'effet de ma balle meurtrière, dans un bouquet d'arbustes où il disparut presque tout entier. Je le vis cependant s'appuyer contre un tronc d'arbre pour se maintenir debout. Tirant avec ma 410, je le tuai net d'une balle à l'épine dorsale. Aussitôt les deux autres reprirent leur course ■ l'un fila à droite et disparut dans de petits massifs d'acacias, tandis que l'autre, prenant à gauche, se remit péniblement au galop. Je courus vers celui-ci et je lui logeai deux balles 410 qui, enfin, lui firent mordre la poussière. Par prudence, je lui envoyai un dernier projectile qui eut raison de sa grande vitalité.

Je revins alors vers le premier, mort au pied de l'arbre qui ne lui fut point tutélaire. Mais où était passé le troisième? L'avais-je manqué et avait-il fui fort loin? A cette dernière question un noir répondit négativement. 11 prit ma 410, marcha en tête et suivit les traces, tandis que je lui emboîtais le pas à deux mètres, mon Express en main et prêt à tirer. Nous traversions des buissons. Le fuyard était blessé, des traces sanglantes en témoignaient. Sans doute avait-il cherché un refuge dans une petite futaie proche, vers laquelle je me dirigeai.

Quand le buffle n'est pas très grièvement atteint, il demeure debout et écoute attentivement les bruits qu'il perçoit et, s'il croit le moment de se venger propice, il se rue sur son adversaire. Si l'espace qui l'en sépare est grand, il court vers son ennemi en poussant des mugissements de rage, le mufle en avant, guidé presque uniquement par un odorat très sensible.

Nous venions d'arriver sur un coin de terre sablonneuse et cherchions à préciser la direction qu'avait suivie la bête quand, tout à coup, à peu de distance de nous, le buffle blessé sortit de sa retraite au galop et fonça sur nous, tête baissée. Instinctivement, nous nous jetâmes de côté, moi vers la droite, le nègre vers la gauche ; mai? je m'aperçus tout de suite qu'il fallait faire usage de mes armes. Les arbustes qui m'environnaient m'empêchaient de fuir. Le bovidé eut un instant d'hésitation lorsqu'il nous vit nous séparer, mais prompt et décidé, il fit choix de celui qui devait éprouver sa vengeance et, déviant légèrement, c'est sur moi qu'il fondit. Ce mouvement se fit avec une telle rapidité que je renonçai, pour gagner une fraction de seconde, à bien viser et, épaulant, sans tenir compte de la ligne de mire, tout comme je l'eus fait au fusil de chasse, je lui lâchai un coup

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d'Express (jni eut dû l'atteindre au défaut de l'épaule ou au poitrail, mais son énorme tête baissée fut frappée la première. En recevant le projectile, il tomba sur les genoux et, grâce à la vitesse acquise, il piqua du nez et laboura le sable de ses cornes dont une extrémité se brisa. Je profitai de cette chute pour placer ma seconde balle au creur. Tandis que je rechargeais mon arme, la bête se releva cependant et se retira dans le fourré d'où elle était partie. De toutes mes émotions de chasseur, jamais je n'en connus de plus douce, jamais je n'ai ressenti un soulagement, une sensation de bienêtre aussi intense que lorsque je vis ce bufïle en fureur tomber à mon premier coup de feu, à six pas de moi. Je n'exagère pas le peu de distance qui nous séparait ; je l'ai mesurée. C'est à douze pas de moi qu'il sortit de sa cachette d'une façon si imprévue et se rua vers nous avec la certitude de nous écraser. Ces distances semblent encore beaucoup plus courtes lorsqu'on se trouve devant un colosse qui veut la mort d'un chasseur et qui, quand il le tient au bout de ses cornes, ne laisse retomber c[u'un cadavre (ju'il piétine, sous l'empire d'une colère frénétique.

Le nègre qui, au moment critique, avait décampé au plus vite, revint sur ses pas lorsqu'il vit fuir le bufïïe. Il avait retrouvé en partie son assurance et, sans me demander conseil, déchargea sur le blessé les cinq coups de la 410 qu'il portait. J'eus beau lui ordonner de cesser, mes ordres ne purent dominer son émotion et il ne s'arrêta que lorsqu'il fit sauter de la carabine la dernière douille \'ide. Le bovidé reçut encore deux coups de 465 et tomba à une soixantaine de mètres, où il expira enfin.

Le gros calibre n'arrête pas toujours le buffle dans l'espace de quelques mètres ; il faut atteindre un organe vital pour l'abattre de façon foudroyante. Le projectile qui le terrassa

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était une lisse qui, étant donné la position de la tête de l'animal, avait pénétré au-dessus de l'œil droit, avait traversé le crâne et les tissus sur toute la longueur du cou et ne s'était arrêtée que devant l'omoplate. Il est hors de doute cjue c'est par le poids du projectile — il dépassait 31 grammes, — que la bête fut assommée et que je fus sauvé d'une périlleuse situation. Les balles des cinq cartouches brûlées par le nègre avaient toutes pénétré dans le ventre et dans l'arrière-train, tandis que quatre trous se voyaient sur ses flancs et révélaient mes autres coups de carabine.

Je fis rouler les buffles les uns près des autres et je photographiai, côte à côte, ces trois vieux mâles qui, comme la plupart des solitaires, avaient été chassés d'un troupeau par les jeunes taureaux plus vigoureux. Ils se retrouvaient réunis, reposant, comme à l'heure où je les aperçus, mais cette fois pour toujours (i).

Depuis peu de temps, c'était la troisième fois que je faisais un triplé de buffles et cela grâce à ma tactique habituelle : avancer très près des animaux et leur envoyer plusieurs coups avant qu'ils ne s'éloignent et ne m'enlèvent ainsi la précision de mon tir. J'avais réussi ce manège, à maintes reprises, avec les éléphants, mais en cherchant à m'approcher des lions j'eus des déboires. Cependant, cette dernière expérience ne fut pas concluante et je persiste à croire qu'il faut, si possible, les attaquer de près. Le thasseur doit en juger suivant les circonstances. Il est inutile de s'attaquer, à trois cents mètres, à un buffle ou à un éléphant ; j'ai blessé des vieux proboscidiens solitaires, en herbe rase, à moins de vingt mètres, sans trouver aux alentours un arbre pour

(i) Voir photographie 11° 62.

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m 'abriter. Je sais que ce sont des entreprises quelque peu hasardeuses, mais si l'on veut faire de beaux coups, avoir la quasi-certitude de tuer la bête, il ne faut pas hésiter à courir un risque ; et puis, s'il n'y avait pas de danger, l'émotion, la belle émotion, c'est à-dire tout l'attrait des chasses africaines, disparaîtrait pour le vrai sportsman.

Pour se livrer à ce sport, nombre de gens qui se disent chasseurs se font accompagner par un ou plusieurs blancs ou par une troupe de noirs armés de fusils à tir rapide, qui mitraillent les animaux aussitôt que le maître à tiré. Il y a de ces poltrons qui, en ces derniers temps, ont joué au Nemrod, à proximité des grandes voies de communicatiim. Il faut vraiment qu'ils se sentent tout à fait incapables de s'adonner à ces chasses avec succès pour s'entourer d'une pléiade de tels défenseurs chargés de rectifier leur maladresse en achevant leurs victimes, ou de les protéger contre les attaques de celles qui se rebifferaient.

Quand enfin une bête a été abattue, ils en écartent ceux qui l'ont tuée et se font photographier en vainqueurs à ses côtés pour, à leur retour, éblouir les naïfs qui croyent encore à leurs exploits cynégétiques fantaisistes. Ils agrémentent leurs récits de documentations très personnelles qui induisent le public en erreur. Celui-ci, cependant, n'aurait que trop besoin de connaître la v^érité sur toutes les histoires que l'on s'entête à rendre terribles et mystérieuses, qui effraient nombre de personnes que tente un voyage sur le continent noir, mais qui en ajournent l'exécution à la suite des calembredaines contées, par la parole et par l'écrit, par certains explorateurs en herbe, aspirant à la gloire des héros. Les gens sérieux et compétents savent, heureusement, les apprécier à leur juste valeur et classer leurs auteurs au rang qui leur revient.

Il est inutile d'insister sur la valeur scientifique et véridique de certaines scènes de chasse africaine que des cinématographes exposent avec un intérêt tout commercial, spectacles dans lesquels le trucage est la principale (pialité de l'opérateur ; il prête aux animaux des attitudes et des mœurs tout à fait fausses mais qu'il est nécessaire de leur faire adopter pour la réussite et la prise aisée des films. C'est ainsi que le gros public trouve sa documentation dans ces établissements qui exploitent, sans vergogne et à grand renfort de réclame, sa naïveté et son ignorance.

Quoique de temps à autre on lise dans les journaux que des tigres lâchés dans un coin de la forêt de Fontainebleau et qui devaient être abattus pour représenter une chasse aux Indes, sont parvenus à s'enfuir et terrorisent la région, le public retourne à la première occasion applaudir les fumisteries projetées sur l'écran ; il s'entête à les croire véridiques. S'il savait, le bon public, comme la plupart de ces scènes sont grossièrement fausses, comme elles semblent grotesques au plus modeste chasseur africain qui connaît quelque peu la vie de la brousse, il brûlerait bien vite ce qu'il adore. Les metteurs en scène sont des gens habiles ; les conférenciers, pour la plupart explorateurs en chambre, de très bons commerçants. Quant au public, il est le bon enfant que les deux compères cités bernent aisément.

Quoique le buffle soit un adversaire des plus redoutables, que nombre de personnes le considèrent comme le plus courageux et le plus rusé des grands fauves, sa charge n'est pas comparable, comme impression, à celle de l'éléphant. Aucune attaque ne peut être rapprochée de celle du proboscidien gigantesque qui passe à travers n'importe quelle végétation, avec une vitesse bien plus grande que celle qu'un homme peut atteindre. Il pousse, alors, des barrits aigus d'une puis-

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sance invraisemblable, qui s'entendent à plusieurs kilomètres de distance. Sa masse et sa force dont seuls des coups de carabine très précisément dirigés peuvent avoir raison, inquiètent davantage le chasseur ; nombre d'armes arrêtent plus aisément le buffle à la course. Généralement, on regarde ce dernier comme le plus dangereux des animaux à chasser. Je ne partage pas cette opinion et, pour moi, tout compte fait, c'est l'éléphant que je crains le plus ; c'est le seul cjui me fasse réellement peur.

Selous, qui peut, certes, être compté parmi les plus \aeux et les plus scientifiques chasseurs d'Afrique, se basant sur sa longue expérience, estime que l'éléphant charge plus souvent que le buffle ; toutefois, il reconnaît que ce dernier se laisse moins vite intimider et que sa colère est plus grande. Souvent, dit-il, un éléphant rebrousse chemin quand on tire dessus, même sans l'atteindre. J'estime, cependant, que l'éléphant, par sa taille, sa puissance et sa bravoure, est le véritable roi des animaux, et non le lion craintif dont on a, à tort, vanté les exploits intrépides.

Tous les grands fauves sont dangereux lorsque, dans un buisson, blessés, presque épuisés, ils sentent que la partie est perdue pour eux. Souvent, ils déploient une énergie extraordinaire, font preuve, à leurs derniers instants, d'un courage magnifique, et cherchent, dans un effort suprême, à échapper à leur persécuteur ou à s'en venger. Ce sont ces moments-là qui sont les plus terribles pour le chasseur, quand, dans une inextricable végétation, il avance lentenient à la recherche d'un blessé réfugié dans la futaie épaisse, qui le dissimule à la vue de son poursuivant, qui le laisse approcher de près afin de retourner sur lui sa dernière énergie et lui infliger une défaite ; voilà des finales d'épisodes de chasse qui coûtent, chaque année, en Afrique, la vie à bien des blancs et des noirs.

Ce n'est pas en tirant à deux cents mètres, à bon vent, que l'on risque quoi que ce soit ; c'est après avoir, par maladresse, touché légèrement un organe vital ; alors, la bête, qui n'est pas blessée à mort, vous force à la poursuivre et comprenant que son salut est dans une fuite impossible, épuisée, elle est contrainte de s'arrêter. Elle rassemble vaillamment ses dernières forces que la rage décuple, elle attend son ennemi et, après l'avoir immolé si la chance est pour elle, elle s'acharnera sur son cadavre près duquel elle expirera elle-même.

Durant tout un temps, je rencontrais " constamment des buffles à l'Est de la Rutshuru. Quelques jours après avoir été chargé, je tuai un solitaire dont les cornes mesuraient 1^05 de pointe à pointe. Avec l'âge, elles s'usent surtout aux extrémités qui s'arrondissent et qui, parfois, diminuent chacune de plus d'un pied de longueur. De tous ces ruminants que j'ai abattus au cours de mon voyage, ce buffle possédait le trophée le plus grand ; mais le record du monde le dépasse encore de près de douze centimètres et il provient précisément de la même région de l'Ankolé.

Ce bon vieux mâle se laissa tuer comme un lapin ; il broutait paisiblement sans se soucier de ce qui passait autour de lui ; je m'approchai à quatre-vingts mètres de lui et me glissai derrière un buisson. Il reçut d'abord une expansive 465 et ne chercha nullement à fuir ; il semblait souffrir terriblement quand je lui envoyai le second coup. Alors, titubant, il fit une trentaine de mètres et reçut une 410 lisse avant de s'écrouler pour toujours. Il portait, au mufle, une blessure profonde provenant sûrement d'un combat soutenu contre un de ses frères qui, d'un vigoureux coup de corne, lui avait ouvert un des naseaux. Entre les deux yeux, d'anciennes cicatrices étaient visibles et semblaient être dues à une

agression de lions. ]\Iême les animaux aussi formidables que le buffle, dont le poids atteint parfois 1000 kilos, redoutent le lion et même le léopard qui, quand ils ont faim, ne reculent devant aucune entreprise. Lui bondissant sur le cou, le lion s'efforce à lui briser les vertèbres cervicales ; mugissant de douleur, le buffle se défend avec grand courage et parvient, souvent, à se débarrasser de son ennemi, dont il garde des traces telles qu'en portait celui qui venait de succomber (i).

Outre les buffles, des antilopes de variétés nombreuses passaient et repassaient nonchalamment sur les plaines, principalement des kobs et des topis. Les herbes récemment brûlées permettaient, à présent, de voir les animaux de petite taille qui se dissimulaient aisément avant les feux de brousse. J'eus l'occasion de tuer une céphalophe, antilope naine huppée qui, bien que peu rare, est difficile à saisir, vu sa taille exiguë. C'est souvent au moment où ces antilopes s'enfuient qu'on les aperçoit et il est, alors, trop tard pour tirer. Elles ne dépassent pas, en grandeur, un gros lièvre ; celle que je tuai était un mâle adulte qui ne pesait que 11 kilos. Elles sont excessivement timides et peureuses et, l'attention toujours en éveil, elles vivent dans une alerte perpétuelle.

Des guibs (Tragelaphus scriptus) \'ivant dans les bois durant la plus grande partie du jour, sortaient par couples matin et soir, jusqu'à la lisière des buissons, en quête de nourriture ; ils y cueillaient des feuilles, des jeunes pousses et de l'herbe, et se dirigeaient vers les mares les plus proches pour aller s'y abreuver. Ce Bushbuck, comme l'appellent les Anglais, est la plus petite et la plus gracieuse des antilopes à cornes torses (2). Sa robe, d'un brun-rougeâtre,

(i) Voir photographie n" 64.

(2) Voir photographie 11° 63.

SUD DE L'ALBERT-EDOUARD

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