VIEUX BUFFLE SOLITAIRE
(Bos cajfev radcliffei.)
André Pilexte. A travers l'Afrique Équatoriale.
DANS LA REGION GIBOYEUSE DE LA RUTSHURU 25g
quelque peu plus claire chez la femelle, est tachetée et lignée de blanc, principalement sur le dos et les flancs, ce qui lui a valu le nom plus général d'antilope harnachée. Le mâle, qui seul porte des cornes, possède une crête dorsale velue plus développée que chez la femelle et semblable à une longue crinière qui prend naissance au garrot pour se prolonger jusqu'à l'extrémité de la queue, tandis que le collet, chez tous deux, est presque nu ; on y distingue à peine de petits poils courts de teinte foncée. Lorsque, chez les jeunes bêtes, on y passe la main, une couche graisseuse luisante vous reste sur les doigts ; chez les vieux, il est souvent couvert de croûtes, ce qui tend à faire croire que cette partie chauve est, chez le guib, glandulaire. Quoiqu'il s'attaque parfois aux plantations de haricots des indigènes, on ne peut pour cela le considérer comme familier ; au contraire, je l'ai toujours trouvé farouche car, quand il aperçoit l'homme, même de loin, il file au galop, en aboyant en signe d'inquiétude, jusqu'à ce qu'il ait trouvé un peu d'ombrage pour s'y dissimuler.
Mais les antilopes ne nous intéressaient plus, nous cherchions surtout les gros fauves qui avaient le don de nous faire trembler parfois. Avides d'émotions, nous décidâmes d'aller passer quelque temps au Sud-Ouest de l'Edouard, afin de changer de terrain. Nous n'avions pas encore visité cette région et on nous avait dit que Vitshumbi était très giboyeux.
Après un jour de repos à Kabaré, nous fîmes porter, à tête d'homme, jusque sur les bords de la Rutshuru,des pirogues pour nous permettre de traverser la rivière. Chacune de ces embarcations, souvent très légères, put y être amenée par deux nègres. Après une heure et demie de va-etvient, hommes et bagages furent sur l'autre rive, sans inci-
dent, et nous pûmes, après avoir taillé un chemin dans les roseaux, continuer notre route à travers les prairies.
La rareté des pluies avait desséché bon nombre de mares ;il f allait parfois marcher plusieurs heures avant d'en trouver dont les eaux parussent plus ou moins potables et qui nous permissent de nous établir dans leur voisinage. Les villages étaient très rares et ce n'est que vers midi, dans le fond de la baie de Vitshumbi, que nous rejoignîmes le lac et que nous trouvâmes un petit groupe d'habitants vivant retirés dans une île. Les quelques plantations sur les rives de l'Edouard auraient été infailliblement mises à sac si je n'étais intervenu énergiquement, distribuant des taloches à droite et à gauche, afin d'empêcher les boys et les porteurs de cueillir tout ,ce qui était à leur portée. Tout le succès allait vers une espèce de pastèque, de la grosseur d'un petit melon, qui avait l'avantage, pour les nègres, de pouvoir être ramassée à la lance sans même les forcer à se baisser, avantage précieux pour ceux qui portaient un fardeau. En un instant, une grande partie de leurs armes fut garnie de ces protège-pointes singuliers, mais je m'en aperçus à temps. Après avoir mis fin à ce pillage, je réunis tous ces fruits qui furent restitués à leurs propiétaires quand ils daignèrent venir nous rendre visite ; nos premières relations se résumèrent en une conversation très animée d'une rive à l'autre. Nos hommes leur demandèrent du bois pour préparer le déjeûner. Lorsque nous eûmes mangé, nous continuâmes notre route et nous nous arrêtâmes au fond d'une baie, à l'orée d'une petite forêt d'euphorbes.
Durant les quelques jours que nous passâmes dans ces parages, je ne vis pas un seul gros fauve ; par contre, d'innombrables topis (Damaliscus corrigum ]imela), au pelage brun-rougeâtre, au poil court, excessivement luisant sous
SUD DE L'ALBERT-EDOUARD
Photo de l'auteur.