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PLAINES DE LA RUTSHURU

Plioto de l'auteur.

JJOXXE TUÉE PAR LE Ct H. PAUWELS

Photo de l'auteur.

VIEUX LIOX A PETITE CRIXIÈRE (Félis leo.)

André Pilette.^ travers l'Afrique Équatoriale.

les hommes s'agenouillèrent aussitôt et, profitant du temps d'arrêt de l'animal, le plus adroit des deux chasseurs lui logea, au poumon, une balU' lisse de Mauser de guerre. Le projectile avait porté absolument juste. Le lion redescendit la déclivité de terrain par petits bonds saccadés ; arrivé au fond, il avança encore de quelques mètres puis, épuisé, tomba en poussant des grognements. Les nègres avaient gagné le bord du ravin, heureux de leur succès. L'un d'eux venait de tirer un beau coup de carabine et c'était bien ; mais leur naturel refoula la bonne tenue qu'ils avaient montrée jusqu'alors, car ils exécutèrent un tir à volonté sur le lion agonisant. Il en portait les traces de tous côtés, rien ne lui avait été épargné : la tête, les pattes, le ventre, tout avait été atteint. Enfin, ils avaient employé jusqu'à leur dernière cartouche, alors que la première eût probablement suffi. Ils avaient eu l'heureuse idée de couvrir la dépouille du carnassier d'herbe et de branches afin de l'abriter du soleil et des bêtes de proie.

C'était un lion qui, quoique déjà vieux, ne portait qu'une petite crinière (i). Cet ornement, apanage du mâle, mérite une mention. Elle ne prend jamais, chez les fauves à l'état sauvage, les proportions qu'elle atteint chez la plupart des vieux spécimens de ménagerie ; elle varie, d'ailleurs, chez ceux du même âge vivant dans la même région, car si nombre d'entre eux ont la crinière bien fournie, d'autres l'ont à peine visible ; seuls, les poils du cou, un peu plus longs que ceux du corps, en marquent l'emplacement. Il semble que les lions les plus vigoureux ont, d'ordinaire, la plus forte crinière ; chez ceux qui apparaissent souffreteux, elle pousse chétive-

(i) Voir photographie 11° 7^

ment. L'extrémité des poils qui la composent est, chez certains, de teinte foncée tout comme ceux qui garnissent le bout de leur queue ; toutefois, sur des lions d'une même nichée, on en trouve qui ont gardé la nuance unie et claire sur toute l'étendue de cette partie velue.

Il nous fallut deux heures pour dépecer grossièrement la bête. Je mis la peau dans un panier que je fis porter au campement ; je projetai d'achever sa préparation le soir ou le lendemain matin, tandis que le squelette serait nettoyé pai les malades à peine éloignés d'une demi-heure de là. Je leur recommandai de le faire sécher au soleil et de le rentrer soigneusement, le soir, pour le soustraire aux atteintes des hyènes. Mais comme l'odeur des os les incommodait, ils étalèrent le squelette à la porte de la case, avec la certitude que rien n'était à craindre. Le lendemain matin, la carcasse avait disparu, les hyènes l'avaient tout bonnement emportée. Le squelette m'échappait donc, mais la peau ne me réussit guère mieux. Ce soir-là, je n'eus pa? le courage de continuer la dépouille du lion, je marchai deux heures et demie pour regagner ma tente, et ce n'est qu'à la nuit que j'y arrivai; j'étais rompu de fatigue : j'avais marché au total dix heures. Je remis donc le travail au jour suivant. Hélas, lors(jue je l'entamai, je m'aperçus que, de la tête, que l'on avait sectionnée à la base du crâne,s'égouttait,sur la peau, un liquide putréfié qui avait provoqué la décomposition du derme partout où il s'était étendu. D'autre part, les mouches avaient déposé leurs larves sur toutes les parties atteintes par les balles, ainsi qu'à la gueule et au, nez d'où s'écoulait un liquide visqueux ; les larves s'y étaient développées à merveille et avaient endommagé la peau en maints endroits. J'étais navré de la perdre, et ma déception fut plus grande encore lorsque je m'aperçus que les deux dépouilles de kobs que j'avais

presque terminées le jour précédent, et que j'avais abandonnées pour le lion — mais avec l'intention de les achever le lendemain, — avaient subi le même sort. J'avais tout perdu pour avoir voulu trop étreindre.

Après avoir en partie réparé mon insuccès en préparant quelque autre sujet, je repris mon chemin vers le Sud en longeant les Mitumba.et je ne retraversai la Rutshuru qu'à la hauteur de la Kwenda.

La Rutshuru, aux rives assez régulières vers son embouchure est, à cet endroit, divisée en un grand nombre de bras dont le courant rapide et tombant souvent en cascades, traverse une forêt de grands palmiers Elaïs ; beaucoup de ceux-ci croissent dans son lit très large et marécageux. Lorsque nous y vînmes, des bandes d'hippos s'y tenaient à l'eau, tandis que de très nombreux babouins s'ébattaient en prairie pour, à la première alerte, regagner en aboyant leur forêt aquatique. Un matin, un gros mâle perché sur un arbuste pour explorer les alentours — car ces singes en troupe ont leur vigie, — reçut, à quatre-vingts mètres, une lisse 410 qui le précipita au pied de son observatoire. Ce singe pesait 22 kilos. Il était de belle taille mais, depuis, j'en ai tué de la même espèce au lac Kivu dont l'un pesait 36 et un autre un peu plus de 30 kilos (i). Les gros mâles blessés sont redoutables, et il en cuirait de se faire prendre un membre dans leurs crocs. Les canines de leur mâchoire supérieure égalent celles du léopard.

Les hippos qui, le jour, ne laissaient entendre que leur souffle bruyant, se dispersaient dans les prairies a voisinantes, la nuit venue. J'avais envoyé deux hommes chercher des vivres : l'un était remonté le long de la rivière et avait em-

(i) Voir photo n" 103.

porté ma 465 chargée d'expansives ; l'autre avait gagné la rive opposée de la Rutshuru, où était situé un village à même de nous fournir quelque nourriture. Ses habitants, qui avaient fui le matin, à mon passage, firent de même lorsqu'ils apprirent ce que l'on attendait d'eux. Certains, ramenés vers leurs cases, acceptèrent enfin, après d'interminables palabres, de vendre ce dont nous avions besoin. Les messagers revinrent après neuf heures du soir, alors que j'étais déjà couché ; mais avant qu'ils n'atteignissent le campement, j'entendis deux détonations. Le noir qui, quelques jours auparavant, mitrailla le lion mourant et qui, ce jour-là, accompagnait les porteurs, venait d'apercevoir, au clair de lune, un hippo auquel il destina deux lisses 7,65. Il m'apprit, le lendemain matin, qu'il avait tué un de ces pachydermes à \'ingt mètres de lui. Le nègre qui avait emporté mon Express n'avait pas changé les cartouches et avait terrassé, de son côté, un de ces monstrueux herbivores, mais la blessure n'étant pas assez pénétrante, la bête s'était relevée. Comme le premier hippo avait été tué à proximité de ma tente, j'allai le voir. Avant de recevoir les projectiles, il déambulait sur la crête du ravin qui borde la ri\'ière, et quand les balles l'atteignirent, il dévala la pente mais, ne pouvant regagner l'eau, il retomba au bas de la côte. Je m'en approchai avec quelques nègres. Il s'était affaissé sur le ventre. Sa mort remontant à plus de douze heures, j'en étais à m'étonner qu'il ne fût pas plus ballonné, lorsque sa grosse tête aux petits yeux stupides reposant dans la direction inverse de celle où je me trouvais, se souleva brusquement et se tourna vers moi. J'étais à vingt mètres lorsqu'il tenta de se relever ; ne portant pas de carabine, je reculai en tendant instinctivement la main pour que l'on me passât une arme. Mais comme elle ne venait pas, je me décidai à regarder derrière moi, et je constatai que

mes hommes, à qui la peur prêtait des ailes, considéraient la scène à une quarantaine de pas de moi. Lorsqu'ils virent que la bête ne pouvait se relever, ils revinrent, pleins de courage, et me passèrent enfin ma 410. Une balle trop haute n'atteignit pas le cerveau ; prenant un 7,65, un second projectile toucha le but et tua net le pachyderme.

Cet hippopotame était énorme ; jamais je n'en avais tué un semblable à terre ; on pouvait aligner quatorze hommes debout sans en dépasser les extrémités de la tête à la queue (i). C'est en vain qu'en guise de leviers nous usâmes de madriers afin de le tourner vers le soleil ; nous travaillâmes pendant deux heures pour lui obtenir une pose propice à la photographie, mais c'est à peine si nous pûmes le bouger quelque peu de place.

Toute cette faune africaine — parmi laquelle figurent les colosses les plus monstrueux que la terre porte encore en vie, — semble avoir été créée par une nature capricieuse qui voulut la diversité la plus grande. Les espèces y existent, mais il y existe aussi de multiples sous-espèces, produits qui déroutent parfois les zoologistes les plus avisés. La multiplicité des nuances a fait que ces derniers sont embarrassés de fournir une étude approfondie sur ce vaste sujet. D'ailleurs, chaque jour nous apporte quelques éclaircissements qui nous permettront, par une coordination progressive, de dresser un tableau exact de cette faune et d'établir les liens qui rattachent entre eux les exemplaires d'un règne animal presque inconnu.

La Création est composée de familles d'êtres vivant sous différentes latitudes, et ne se différenciant parfois d'une

(i) I.es plus gros hippopotames peuvent atteindre 4 mètres de longueur et peser approximativement 3 tonnes.

contrée à l'autre que par de petits détails à peine discernés par l'observateur; quelque minimes qu'ils soient, il importe de leur trouver une explication, car la nature n'a rien laissé au hasard. Si, à présent, nous ne parvenons pas toujours à expliquer ce qui, à première vue, nous semble des anomalies c'est parce que nous c^uestionnons beaucoup et que tant de questions restent souvent sans réponses. Ce qui ne laisse pas de doute, c'est que tous les êtres ont été appropriés aux milieux. Aussi les particularités héréditaires qui les caractérisent et qui ont conduit à des scissions nombreuses sontelles le fait de l'ambiance. Les hommes sont astreints, eux aussi, aux mêmes lois naturelles. Il n'est pas téméraire de croire que si le Mambuti vit dans la forêt, c'est parce que sa taille de pygmée lui permet de s'y glisser ; si sa peau est de teinte claire, c'est parce qu'elle n'est pas exposée aux ardeurs du soleil comme celle des nègres de la plaine. Le géant Wathusi ne déambule — tel un échassier, — qu'en pays découvert, car sa stature, qui dépasse presque toujours six pieds, exige un pays de prairie ; mais, indifféremment, en plaine ou en montagne, ses longues jambes se meuvent aisément. Ces différences de tailles — autrefois elles semblaient tenir de la fable, — existent non seulement chez les hommes, mais aussi chez les mammifères colossaux tels que l'hippopotame dont, au Libéria (i), non loin de la côte, des congénères nains vivent animés, il est vrai, de mœurs quelque peu différentes de celles de leurs frères monstrueux. Le même phénomène nous est apparu pour les éléphants. De petits proboscidiens (2) fréquentent les marécages du lac Léopold IL Les

(i) o"82 à l'épaule, in^So de longueur, 300 kilogrammes environ en poids.

(2) (Elephas africaniis fransseni) hauteur au garot : i°i66 environ.

Carte IV

M-rUMBIRO ima (mONTsU/IRUNGA)

AP.IT Pilettt A/hl'tpje iquatonak iijii içts

Carte IV

Des Volcans du Kîvu

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Fleuve Congo (StanleyvîUe)

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