TYPE WATUSI
André Pilette. A travers l'Afrique Éqnatoriale
DANS LES MONTS VIRUNGA ET MITUMBA 299
propres et de belle apparence. Ils emploient aussi des bambous creux dont la paroi d'un des nœuds de la tige sert de fond au récipient. Pour le transport, les cruches se placent en général sur la tête ; on rencontre souvent des mamans couvertes de peaux de bête dont le froissement, durant la marche, attire l'attention; elles portent, sur le dos, le dernier né de la famille et, sur la tête, le vase à lait ; elles s'aident au moyen d'une longue canne, à gravir les côtes un peu raides.
Les Virunga et le Kivu sont des régions des plus riantes, charmantes à bien des points de vue, car ceux qui ont eu la chance de les visiter en ont emporté un excellent souvenir.
La faune n'y est pas négligeable et nous réserve probablement des surprises. Les forêts de bambous qui couvrent les flancs élevés des volcans, recèlent encore, certes, quelques animaux que nous ignorons. Cependant, quatre d'entre ceux que nous connaissons sont de taille à mettre un homme à mal ; ils vivent jusqu'à des altitudes de 2600 mètres et même davantage : ce sont les buffles, les lions, les gorilles et les éléphants. Les trois premiers m'y ont toujours échappé; les derniers sont de trop forte taille pour pouvoir se soustraire aux recherches. Du reste, il leur est coutumier de descendre, la nuit, des forêts dans la plaine pour se vautrer dans la boue et se désaltérer aux mares qui servent d'abreuvoir, le jour, au bétail des indigènes. C'esc là que je découvris, un matin, les traces fraîches du passage d'un troupeau, venu à proximité des villages et qui, au lever du soleil, avait regagné les flancs boisés du Sabinio. Je ne m'attendais pas à trouver des éléphants à cet endroit, et je dus renvoyer un nègre prendre ma 465 que j'avais laissée au camp. Sans attendre qu'il revînt, je suivis leur piste qui me conduisit, en montée douce, dans de la forêt très dense. Ils avaient traversé et retraversé une petite rivière venue des mon-
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tagnes. Aux empreintes des petites pattes, on reconnaissait que des jeunes accompagnaient les éléphantes. Des marques de pieds arrière, beaucoup plus longues que larges, indiquaient que des mâles se trouvaient parmi la troupe. A un certain moment, je constatai, parmi les foulées des pachydermes, des traces de lions suivant la même direction ; les carnassiers les avaient suivis de près, assurément dans un but intéressé. Ayant peu de proie à chasser dans cette région, ces carnassiers payent souvent d'audace, et il est probable qu'ils immolent des éléphanteaux, de temps à autre, pour assouvir leur faim, tout comme ils jettent leur dévolu, dans le bétail des indigènes, snir un veau ou sur une vache. Je suppose que les éléphantes font bonne garde contre ces attaques et que, souvent, leur colère est funeste à ces dangereux rôdeurs. Je ne puis m'expliquer autrement la fureur de deux femelles quand je m'approchai de la harde qui, un peu dispersée, s'était arrêtée, à l'heure de midi, pour se reposer. Il m'avait fallu en\dron quatre ou cinq heures pour les rejoindre et, sans m'en apercevoir, je me trouvais entouré de tous côtés par les proboscidiens dissimulés dans l'épaisse végétation (i). Le premier que j'aperçus n'était pas de belle taille, je préférai surseoir et cherchai à en découvrir un de taille plus imposante ; aussi, voulant reconnaître la direction de l'endroit d'où venait certain bruit, j'en approchai un qui dut m'entendre ou me sentir car, avant que j'eusse le temps de me retourner, il se mit en marche et s'éloigna. Croyant qu'il se mouvait par pure fantaisie, je le suivis, espérant le rattraper. Je l'entendis avancer devant moi ; à plusieurs reprises, le bruit d'un froissement de feuilles cessait puis reprenait. Je forçai le pas afin de l'atteindre.
(i) Voir photo n° 84.
VOLCANS DU KIVU (Chaîne des Virunga).
Photo de l'auteur.
84. — FORÊT DE BAMBOUS (Flancs Sud-Est du Karisimbi. Altitude approximative : 2400 mètres) .
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