‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 58 sur 86 · LE SABINIO (Versant Sud-Est · texte numérisé non relu

LE SABINIO (Versant Sud-Est

(Photo prise à 2500 mètres d'altitude. Terrain marécageux parsemé

d'herbe dure et grossière [Carex]).

André Pilktte. A travers l'Afrique Éqiiatoriale.

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altitudes aussi grandes et en forêt ; certes, quekjues heures de marche les ramènent en plaine, mais cela va à l'encontre des habitudes de la plupart de ces carnassiers.

Ces parages sont également fréquentés par le gorille dont peu de chasseurs, jusqu'à présent, ont parlé. Si l'on ne veut pas le considérer comme gros gibier, on l'accepte cependant comme un redoutable adversaire dont il faut, à juste titre, se méfier.

Quoiqu'on ait cru longtemps son habitat confiné à l'Ouest de l'Afrique intertropicale, on sait actuellement que ces animaux sont beaucoup plus répandus qu'on ne le pensait, et qu'on en trouve en nombre d'endroits de la grande forêt équatoriale et dans d'autres régions à altitudes telles que celles des volcans du Kivu et dans les Mitumba, au Nord- Ouest du Tanganika.

Ce monstre hideux se rapproche de l'homme par son allure et ses manières. Il vit dans les forêts vierges, dans des lieux si couverts et si sombres, à la végétation si épaisse, qu'on renonce à l'y poursuivre. Aussi, les blancs qui prétendent en avoir tué sont-ils rares. Les gorilles se tiennent loin des habitations, vagabondent en nombreuses familles, et se nourrissent principalement de fruits. Les jeunes mâles s'avancent en tête ; viennent ensuite les femelles et un vieux mâle qui accompagne toujours la troupe, en fermant la marche ; il est l'annonciateur du danger. Les femelles lui apportent des fruits et se montrent empressées, tandis qu'il leur rend leurs amitiés en les enlaçant dans ses bras et en poussant des cris aigus. S'il craint un danger, il l'annonce de façon originale : à l'aide de sa main, il se tambourine la joue, la bouche ouverte, engageant , par ce bruit , les autres à fuir. S'il aperçoit un homme ou un animal, il se frappe la poitrine de la main et se dirige vers eux en sautant. Si on le blesse et qu'il ne peut gagner

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un gîte, il précipite sa marche en poussant des grognements bruyants de menace. Quand il parvient à saisir son ennemi, il tente de l'écraser dans ses grands bras, tout en le mordant cruellement ; parfois, se dissimulant dans la végétation, il en sort brusquement et surprend sa victime par derrière. Aussi les indigènes le craignent-ils. Quand ils le chassent, les nègres du Nord-Ouest du Tanganika l'attaquent à la lance.

A l'heure de midi, adossé à un tronc d'arbre, le grand mâle somnole et, tout autour de lui, la jeune société se repose, étendue sur le sol. Quand les mouches l'agacent, il cueille une plante pour les chasser. La nuit venue, il choisit la place de son repos et inspecte rigoureusement les lieux avant de se décider ; les jeunes et les femelles montent dans les arbres oià, à l'aide de branches, ils se font des sièges, tandis que le gros mâle reste au pied en s'y appuyant.

Les gorilles semblent propres car, quand un corps étranger se prend dans leurs poils, ils y passent la main pour l'enlever ; ils satisfont leurs besoins en un endroit éloigné de ce qu'ils ont décidé être leur logis.

Les femelles sont plus petites que les mâles. La musculature de ceux-ci est formidable et leur hauteur, debout, dépasse six pieds. Ils sont d'un aspect repoussant (i) ; leur tête hideuse semble tenir directement à leurs épaules tant leur cou est court et gros. Quand leurs bras immenses pendent le long de leur corps, leurs poignets descendent plus bas que leurs genoux. Pour soutenir de pareils membres supérieurs, un thorax et des pectoraux très développés sont nécessaires. Le ventre est si proéminent que la plupart de ces quadrumanes semblent obèses. Leurs mains sont larges

(i) Voir photos nos 87 et

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et épaisses ; les doigts sont très courts et les trois du milieu sont presque de même longueur ; la paume; de la main est calleuse, ainsi que certains doigts porteurs de durillons à l'endroit où ils prennent appui pendant leur marche. Les pieds sont également larges et portent des orteils courts et gros.

Leurs poils sont noirs et longs, clairsemés sur la poitrine et absents, en grande partie, de la face. Il paraît que ceux qui couvrent le crâne des vieux se dressent quand ils sont en colère. Le dos gris blanc indique, chez eux, la vieillesse.

Leur structure massive pourrait faire croire que l'animal est d'apparence maladroite ; il n'en est rien : il monte au sommet des plus grands arbres, saute avec aisance d'une branche à l'autre, et se laisserait, d'après certains, choir à terre de lo mètres de hauteur. Il se meut avec rapidité et, quand il court, ses bras s'écartent légèrement.

Les jeunes s'acclimatent difficilement en Europe et on ne compte que de rares exemplaires qui y vécurent quelque temps seulement. A Berlin, deux individus résistèrent près de quinze mois ; à Londres, un autre vécut moins longtemps. Dès 1860, une ménagerie foraine en exhibait un, mais son propriétaire croyait ne posséder qu'un orang-outang, et ce ne fut qu'à sa mort qu'on l'identifia gorille. Presque tous ont succombé à la phtisie. Le seul que j'aie eu l'occasion de voir en captivité, à Rutshuru, était la propriété de mon camarade Pauvvels qui, je dois le dire, n'en prit pas grand soin. Il atteignait la taille d'un tout petit enfant et vivait dans la cour de l'habitation de mon ami, au milieu des poules et des chiens. Il passait son temps à se rouler à terre, à faire des grimaces et, aux heures des repas, s'approchant 'des boys et de leurs femmes, il se mêlait aux groupes, puisant de la main, dans la marmite, des bananes, des patates douces, d'autres mets

encore. Il buvait en approchant ses lèvres de la surface de l'eau et suçait lentement. Il mourut probablement de pneumonie car il ne cessa de tousser pendant les jours qui précédèrent sa fin. Il avait été capturé sur une femelle tuée sur les flancs du volcan éteint Mikéno, à environ 2400 mètres d'altitude.

Lorsqu' après troib jours je redescendis de la forêt de bambous qui couvre les grandes altitudes des Virunga, vers les plaines habitées du Nord-Est du lac Kivu, il me sembla que je rentrais dans un centre civilisé, tant ce pays embrumé, morne et sans vie, était désert. En regagnant la prairie à l'Est, on distinguait, confusément, le lac Bolèra ou Luondo, trop éloigné pour songer à m' écarter de ma route pour y séjourner quelque temps. Je continuai en contournant le Kishasha, puis le Karisimbi. Des flancs de ce dernier volcan, on apercevait, au Sud, les rives du Kivu ; je renonçai momentanément à en gagner les bords ; je voulais terminer, d'abord, la vàsite de la région des volcans en suivant une direction plutôt Ouest, et en restant toujours à une certaine distance du lac. Je me fixai à Kibati, à deux heures et dem.ie de ce dernier. Je dus absolument changer de porteurs ; tous étaient fatigués et plusieurs d'entre eux étaient atteints de la fièvre des tiques.

Cette fièvre est provoquée par la piqûre d'un arthropode acarien : 1' « Ornithodorus mouhata » (i). En Afrique, suivant les régions, il est désigné par des noms indigènes divers. Le plus usité dans la province orientale congolaise est celui de «Kimputu». Ce parasite, très répandu dans

(i) Voir planche 38.

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