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les régions chaudes et sablonneuses de l'Afrique, vit dans la poussière des huttes, aux haltes des caravanes, où on le voit courir sur le sol. Quoiqu'il préfère l'ombre ou l'obscurité, on le trouve parfois en plein soleil. Très vorace, il attaque les oiseaux et les mammifères. Quand on le saisit, il immobilise ses pattes pendant un long temps et fait le mort. La succion qu'il fait dure de quelques minutes à quelques heures. Lorsqu'il est tout à fait gorgé, il élimine un liquide transparent et abondant ; cette évacuation terminée, l'insecte se plisse et reprend sa forme normale.
Cette tique, dont la femelle est beaucoup plus grande que le mâle, inocule le nSpirochoeta duUoni)\ Ce parasite vit accidentellement dans le sang de l'homme et produit, chez lui, une maladie que l'on désigne, souvent, sous le nom de fièvre des tiques ; elle est répandue dans l'Uganda, au Congo, en Abyssinie et dans une grande partie de l'Afrique orientale. Après une période d'inoculation d'environ dix jours, la maladie débute brusquement ; elle se rapproche, par ses symptômes généraux, de la fièvre récurrente, nom que certains lui donnent par ignorance. Elle en diffère surtout par des vomissements, des S5miptômes dysentérif ormes, de l'ictère, des symptômes pneumoniques et des troubles oculaires. Les accès sont de durée variable : le premier dure de trois à quatre jours, les rechutes peuvent se produire à cinq ou six reprises, et même jusqu'à onze. Les dernières crises sont plus espacées que les premières. J'ai entendu prétendre, par les nègres, que ceux qui avaient eu cette fièvre n'en étaient plus jamais atteints par la suite. C'est un renseignement à propos duquel je n'apporte pas de confirmation sérieuse.
Un aOrnithociorus)) infecté peut pondre des œufs qui contiennent le germe sous forme de spiiochoetes. Cette trans-
mission héréditaire ne pourrait pas suffire à assurer la perpétuité de la maladie dans une région, en l'absence de l'homme ou des animaux sensibles, car cinq à dix pour cent des nymphes sont infectantes et, comme elles-mêmes ne pourraient parasiter héréditairement que cinq à dix pour cent de leurs descendants, on peut affirmer qu'avec les chances de destruction naturelle de ces animaux, la maladie ne tarderait pas à disparaître. Koch, avant de trouver des nOrnithodornsy) pathogènes dans des huttes où il n'y avait pas eu de malades depuis des années, pense qu'en l'absence de malades, les acariens peuvent transmettre leur virus aux rats et souris qui ne sont pas rares dans les habitations.
Kibati est situé au Sud-Est du Nyagongo (i), et en attendant de nouveaux porteurs, je me proposai de monter au sommet de ce volcan. L'ascension en est aisée ; c'est même un jeu, comparativement à celle du Ruwenzori. Pour l'excursionniste intrépide, une journée suffirait pour la montée et la descente, mais rien ne pressant, je décidai de demeurer trois jours sur ses flancs. Je quittai Kibati, qui est à en\4ron 1700 mètres d'altitude, vers quatre heures de l'après-midi, et je marchai jusqu'à la tombée de la nuit. J'avais atteint une espèce de plateforme qui n'est qu'un volcan éteint, de médiocre grandeur, accolé au versant Sud du Nyagongo ; au Nord, on en retrouve un autre identique. Le fond de leur cratère est recouvert d'herbe, tandis que leurs flancs sont boisés.
Des forêts épaisses sont traversées, dès le début de l'ascension, mais, à mi-chemin, elles deviennent moins denses ; plus haut, ce ne sont plus que des' arbustes puis, enfin, des
(i) Voir photo n»
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plantes, mais, dans ces régions, on ne trouve point de bambous. A quelques centaines de mètres du sommet du cratère, la lave est tout à fait à nu, et au tapis d'herbe et de mousse sur lequel, le lendemain matin, j'avais recommencé l'ascension, avait succédé un sol très rocailleux qui atteignait, en maints endroits, une inclinaison de 40 à 50 degrés. Comme il n'y a guère de chemins, il faut se faufiler entre des blocs de lave de petites dimensions.
Vers midi, l'ascension toucha à sa fin ; à peine deux ou trois cents mètres nous séparaient du sommet. Le ciel, jusqu'alors menaçant, déversa son contenu sur la région. A faible altitude, ce contenu tombe en pluie mais, au-dessus de 3000 mètres, il est fait de grêlons. De froide, la température devint glaciale ; bien vêtu, je m'accroupis sous mon imperméable, attendant qu'une accalmie nous permît de poursuivre notre chemin. Mais les six ou sept noirs quim'acpagnaient étaient presque nus, et ils reçurent directement sur la peau, les projectiles du ciel inclément. Pour se défendre contre une bourrasque qui leur glaçait le corps déjà meurtri, les malheureux s'abritèrent dans des anfractuosités de rochers. Mais com.me elles étaient de peu de profondeur, ils arrachaient autour d'eux la moindre feuille ou touffe d'herbe pour s'en recouvrir. La grêle fondit aussitôt sur la lave ; de gros ruisseaux se formèrent et dévalèrent la pente, empruntant les rigoles nombreuses qui courent verticalement sur les flancs de la montagne.
Durant une longue demi-heure, l'orage nous inonda et quand, enfin, il se calma, les hommes étaient transis ; j'avais, moi aussi, les mains bleues et raidies, à un tel point que j'avais peine à mouvoir mes doigts. Pour nous réchauffer, nous nous remîmes à monter rapidement. Je devais être récompensé de mon effort par le splendide spectacle qui allait
s'offrir à mes yeux. Après la pluie, le beau temps 1 Le ciel s'était tout à fait découvert ; les regards pouvaient scruter l'étendue.
Je m'imaginais trouver au sommet un rebord circulaire assez large, sur lequel je pourrais me maintenir et évoluer autour du cratère. Mais la tin de l'ascension fut brusque : je me trouvais devant un abîme (i) ; à mes yeux ^e présentait un cirque gigantesque, dont les gradins s'étageaient presque à pic ; la paroi circulaire intérieure du cratère était abrupte ; il fallait se garder, en se penchant, de ne pas être pris de vertige pour ne pas tomber dans le gouffre aux pentes escarpées.
J'évaluai approximativement te diamètre supérieur de cet amphithéâtre à 1200 ou 1500 mètres. L'arène est plaiie et située à 100 ou 130 mètres de profondeur. De nombreuses et fines crevasses, desquelles s'échappe une légère fumée, la sillonnent en tous sens. Vers le centre se trouvent deux bouches qui se touchent ; elles ressemblent à deux circonférences tangentes : elles sont de dimensions différentes et, de la plus petite des deux, s'exhale une fumée abondante par moments" (2). Seuls, quelques corbeaux et des hirondelles volaient dans le cratère et y apportaient une note vivante.
Les Européens qui ont escaladé le Nyagongo, qui a 3469 mètres de hauteur, sont assez nombreux. Le sommet de tous les grands volcans du Ki\'u a été gravi, sauf celui du Mikéno qui ne put, malgré plusieurs tentatives, être atteint.
La vue varie suivant le point qu'occupe l'observateur au sommet du cratère. Je vis, au pied du Nyagongo, les plaines volcanisées encombrées d'une quantité de petits cratères. Malgré l'éloignement, je distinguai fort bien les \-illages
(1) Voir photos n°^ 90 et 91.
(2) Voir photo n^ 92.
VOLCANS DU KIVU (Chaîne des Vinmga)
Photo de l'auteur.
go. — CRATÈRE DU TSHANINACxONGO (Alt. 3469 m.).
André Pilette. A travers l'Afrique Éqiiatoriule.
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enfouis dans leurs plantations de bananiers, car le pays, très cultivé, est divisé en lopins de terre et ressemble à un vaste damier. Les eaux du Kivu, sous l'effet du soleil, brillaient et se détachaient nettement de la terre, marquant les mille sinuosités de ses rives. Je vis, à l'Ouest, la chaîne des Mitumba et le Nyamlagira et, à l'Est, les autres grands volcans et le massif du M'Fumbiro. Le relief du pays apparaissait très nettement, et m'offrait l'exacte topographie de la contrée.
Après avoir déjeuné et pris quelques photographies, je redescendis à mon camp ; je comptais y passer la nuit et regagner Kibati le lendemain à midi. Lorsque je me mis à table pour dîner, les deux guides qui m'avaient conduit au sommet, s'installèrent près de moi et me regardèrent avec obstination pendant tout le repas. Je finis par leur demander raison de l'indiscrétion de leurs regards. Ils m'avouèrent qu'ayant oublié de se munir de vivres, ils n'avaient plus mangé depuis la veille ; ils ajoutèrent que leurs frères noirs refusaient de leur donner quoi que ce fût. Ils attendaient avec anxiété que l'on desservît pour s'emparer de mon superflu. Le boy qui, de son côté, attendait aussi, et pour les mêmes raisons, avait voulu les éloigner insidieusement, fut navré, ce soir-là, de voir disparaître un demi-poulet rôti dans la bouche de ces deux affamés, deux insouciants qui n'avaient pas même pris la peine d'emporter quelques victuailles pour un déplacement de trois jours. Cependant, si imprévoyant qu'il soit, le nègre ne néglige que très rarement ce chapitre-là.
Dépourvus de nourriture, les noirs supportent extraordinairement les affres de la faim. Autant ils sont gloutons, les jours de ripailles, autant ils se privent, sans se plaindre, en cas de disette. En général, le nègre se plie à tous les régimes. Dans sa passivité, il accepte sans trop souffrir les alternatives
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de bombance et de famine, de chaleur et de froid, de grandes fatigues et d'inaction.
La nuit même de ma rentrée à Kibati, deux éléphants passèrent à moins de quatre-vingts mètres de ma tente. Mon boy vint m'en avertir' de bonne heure, et je fus vite sur leur piste. De la plaine où je campais, ils avaient pénétré aussitôt en forêt pour s'y réfugier pendant le jour. Je les eus bientôt rejoints ; ils s'étaient arrêtés dans un sous-bois très épais où je ne pouvais rien distinguer. A les entendre casser des branches, il m'était possible de me rendre compte de l'endroit où ils se tenaient. En suivant leurs traces, je devais arriver à mauvais vent ; aussi, je m'empressai de les contourner pour m'en approcher, mais la végétation était si touffue que, par moments, nous marchions à quatre pattes, franchissant des branches et des arbustes qui entravaient notre avancée. Enfin, à environ 25 mètres de l'un d'eux, je montai sur un bloc de lave et cherchai à voir exactement où se trouvait l'animal. Une touffe de bambous, dont les tiges étaient agitées, m'indiqua son refuge. Je dus me résigner à attendre qu'il sortît de sa cachette ; j'espérais pouvoir, quand il passerait devant moi, le viser à la tête. J'eus un instant l'idée de monter dans un arbre, mais les branches qui auraient pu me supporter en étaient trop hautes pour que je pusse y parvenir. Durant près d'une demi-heure, je dus patienter ; dix fois, labête avait fait mine de partir, dix fois j'avais pris ma carabine des mains de mon porteur ; lorsqu'enfin sa tête apparut, furtivement, dans une petite éclaircie du feuillage, je n'eus pas le temps de tirer, croyant encore à un faux départ. Elle s'arrêta donc presque aussitôt, me montra seulement son arrière-train et, durant une autre demi-heure, à peine éloignée d'une quinzaine de mètres de moi, elle remit mes nerfs en branle. Au moindre de ses mouvements, je
VOLCANS DU Kl VU (Chaîne des Vininga).
riioto de l'auteur.