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VÉGÉTATION DE BOR.\CIUS

AxDRÉ PiLETTE. A U'avevs l'Afrique Équatoriale.

De frais qu'il faisait deux heures auparavant dans les plaines du Kivu, la chaleur redevint torride.

Sur les hauts plateaux, la population est excessivement dense et l'on voit, aux plantations et au bétail nombreux, que la région est très prospère. Les indigènes tiennent, certains jours, des marchés sur lesquels, en une matinée, passent plusieurs milliers de noirs venus pour y échanger leurs produits. Le long du chemin, ils se montrent commerçants, ils cherchent à vendre des couteaux, des lances ou des boucliers de leur fabrication.

Dans la plaine, la Ruzizi aux rives assez régulières au début, ralentit son cours et prend, non loin du Tanganika, une assez grande extension (i) ; en nombre d'endroits, elle s'étend en marécages. Elle entre dans le Tanganika — qui, en Swahili, veut dire lac, — en deux bras : la petite et la grande Ruzizi. Durant son cours, elle se grossit de plusieurs affluents assez considérables, entre autres de la Luvungi. Je fus forcé de faire un détour de plusieurs heures pour y découvrir un endroit guéable. La Lubirizi et la Sanghé furent plus faciles à traverser. Je projetai de longer cette dernière pour rejoindre les rives de la Ruzizi, dont je m'étais quelque peu éloigné.

Ici, les villages ont changé d'aspect ; aux huttes mal alignées et parfois collées les unes aux autres, ont succédé des habitations assez espacées et entourées d'une rangée d'euphorbes qui servent de clôture à un semblant de jardin que possède chaque case.

Je côtoyai la Ruzizi, espérant pouvoir y chasser, mais j'y arrivai à un fort mauvais moment : les herbes, qui n'ont

(i) Voir photo no 107.

été brûlées qu'en peu d'endroits, dissimulent le gibier et, quand on aperçoit une antilope, c'est souvent lorsqu'elle fuit, avant que l'on ait eu le temps de tirer. La contrée n'est pas très giboyeuse ; aussi ne m'y attarderai-je pas. Il y a cependant des éléphants qui, très friands de fruits, principalement de ceux qui ont une saveur douce, recherchent les noix des boracius très abondants dans la plaine (i). Mais ce qu'il y a surtout, ce sont des moustiques qui, posés sur les herbes croissant dans les marécages, s'envolent de leur perchoir au passage du voyageur, foncent sur lui et le piquent sans relâche. Pour m'en protéger quelque peu, les nègres me tapotaient le corps à l'aide de touffes d'herbe ; mais, malgré cette précaution, j'en souffris beaucoup plus qu'au lac Edouard, où je ne fus harcelé par ces maudites bestioles que le soir. A proximité des marais de la Ruzizi, cela dura jour et nuit ; aussitôt qu'un homme foule les herbes, les moustiques l'attaquent dans le dos qu'ils semblent convoiter a\'idement. Au bout d'une semaine, la peau de mon échine ressemblait à une passoire, tant les morsures y étaient nombreuses et provoquaient des démangeaisons insupportables. Par leurs piqûres, ces insatiables parasites inoculent le paludisme dont la malaria est une des formes les plus communes, et qui altère profondément l'organisme de tous les coloniaux.

On groupe, sous le nom de paludisme, une foule d'états morbides simulant presque toutes les maladies et ayant pour cause le développement de diverses espèces de Plasmodies dans les globules sanguins de l'homme. Ces états morbides ont des caractères communs dont les principaux sont les fièvres qui, à la longue, provoquent l'anémie.

(1) Voir photo 11° 108.

Le paludisme fait des ravages considérables et, parmi les enfants de certaines régions de l'Afrique, on signale plus de 50 p. c. qui en meurent avant l'âge de quatre ans. Non seulement le sang est appauvri, mais les viscères en souffrent également, principalement le foie, la rate et les reins. Les globules sanguins attaqués par les Plasmodies, sont détruits à chaque accès de fièvre. Comme les hématies parasitées peuvent représenter le millième, le centième et quelquefois, dans les cas heureusement très rares, les deux cinquièmes du sang des capillaires périphériques, il est facile de comprendre que l'anémie succède aux atteintes de paludisme.

Le paludisme se rencontre dans la majorité des contrées tropicales ; il s'arrête cependant à partir d'une certaine altitude à laquelle les Anophèles (i) ne se montrent plus. Aussi, où la température ambiante est trop basse pour permettre, dans leur corps, l'évolution des microbes parasites. Dans les régions tempérées, le paludisme, assez répandu autrefois, tend à disparaître grâce à la mise en valeur des terrains jadis incultes et aux progrès de la science. Il se contracte, à peu près, en toute saison, dans les régions tropicales, et seulement pendant le printemps et l'été dans les régions tempérées, ce qui tient à la biologie des Anophèles.

En général, c'est à l'aide du microscope c^ue l'on peut se rendre compte si quelqu'un est atteint de paludisme : il montre, alors, dans le sang, l'existence des Hématozoaires ou du pigment soit libre, soit phagocyté.

C'est par millions que l'on peut compter, annuellement, les victimes du paludisme dans les diverses parties du monde ; traitée à temps ou par la quinine préventive, c'est une maladie

(i) Voir planche 38.

bénigne avec laquelle tous les coloniaux sont habitués de \'ivre. Tous les sels de quinine ont une action parasiticide manifeste sur les diverses Plasmodics du paludisme. L'immunisation des individus par de faibles doses de quinine, fréquemment répétées, est la seule prophylaxie actuelle qui ait donné des résultats, la destruction de tous les moustiques, la protection des individus contre les piqûres ne pouvant actuellement être envisagées dans les très vastes territoires où règne cette épidémie. Car il ne peut être question de détruire les moustiques à l'état adulte ; on peut y arriver quand ils sont à l'état de larve ou de n3Tnphc,en recouvrant principalement la surface des eaux de pétrole, ce qui empêche les larves de venir respirer et les intoxique par la même occasion. Mais si ce procédé a réussi pour de petits espaces d'eau, et où la population est très dense, et qu'il a été mis en vigueur dans des entreprises telles que le canal de Panama, enrayant presque totalement la fièvre jaune, nous ne pouvons guère songer à l'appliquer qu'à proximité des postes de notre colonie.

Le paludisme est causé par les piqûres de différents moustiques. Ces insectes, qui transmettent bien d'autres maladies, se rencontrent partout sur le globe ; tandis que, dans les pays chauds, ils harcèlent leurs victimes toute l'année, dans les contrées tempérées, ils ne font, en général, leur apparition qu'aux saisons à température assez élevée. On doit la malaria à une des sous-familles des Culicidés, les Anophélinés qui se distinguent assez aisément de ceux qui composent les autres sous-familles, principalement par la direction de leur corps quand ils sont posés ; l'axe en est presque perpendiculaire à la paroi sur laquelle ils se tiennent. Certains de ces moustiques atteignent près d'un centimètre de longueur, alors que d'autres ne dépassent pas quatre millimètres. Ils sont.

pour la plupart, nocturnes, et il n'y a guère que ceux (pii viennent de sortir de leur nymphe qui piquent le jour, mais l'un et l'autre piquent, même en plein soleil, quand ils sont affamés. En général, ce ne sont que les femelles qui harcèlent tout être vivant, car elles seules se nourrissent de sang. Celles-ci déposent, dans l'eau, leurs œufs, desquels sortent les larves qui donnent naissance à la nymphe de laquelle, enfin, sort le moustique.

Après un cycle d'évolution chez le moustique, les sporozoïtes s'accumulent dans les conduits excréteurs des glandes salivaires,et sont inoculés avec la salive venimeuse au moment de la piqûre ; ils arrivent ainsi dans le sang de l'individu et y évoluent. Pour que la fièvre éclate, il faut que ces parasites se soient multipliés dans de grandes proportions, et c'est souvent huit ou douze jours après que la maladie apparaît.

Les « Stegomyia calopus » (i) qui sont l'agent propagateur de la fièvre jaune, aiment l'humidité et la chaleur ; ils se rencontrent à environ 40 degrés Nord et Sud de l'Equateur. Ils ne piquent pas en-dessous d'une température de 23 degrés centigrade. C'est ce moustique qui, expérimentalement, peut transmettre dans des conditions spéciales, d'un animal à un autre, la maladie du sommeil. Quoiqu'existant au Congo, la fièvre jaune n'y a fait que de courtes apparitions dans les régions côtières occidentales, voisines du grand fleuve, et je ne le cite ici que pour mémoire.

J'atteignis le Nord du Tanganika peu après la mi-mai 1913. J'allais trouver, à Uvira, un peu de civilisation puisque le téléphone relie cet endroit à Kasongo, ce qui permet de télé-

(1) Voir planche 38.

graphiei" en Europe. Un petit steamer fait, une fois par mois, le scr\'ice du Sud au Nord du lac et retour. Si l'on trouve quelques perfectionnements dans le poste, on est témoin, parfois, chez les indigènes, de faits peu ordinaires et empreints d'une barbarie inimaginable. Un jour que je passais sur un marché, j'intervins, mais un peu tard, en faveur d'une petite chèvre pantelante et complètement dépouillée de sa peau ; sans la tuer, au préalable, son sauvage propriétaire l'avait complètement scalpée. Comme je m'indignais de cet acte de tortionnaire, il me répondit, l'air étonné, en me montrant un nègre qui s'éloignait : il ne m'a acheté que la peau. Il m'expliqua qu'il n'avait jamais cru devoir tuer un chevreau avant d'avoir vendu sa chair et, comme seul le cuir lui avait été demandé, il avait tout bonnement dépouillé l'animal sans l'abattre.

Un vent frais rend la température au bord du lac assez supportable. Si, au Kivu, je n'ai jamais vu un indigène pêcher, ici, par contre, ainsi que le long de la Ruzizi, les filets à cet usage sont très nombreux et des poissons de toutes tailles se voient entre les mains des nègres.

En de nombreux endroits, le lac est bordé d'une petite plage sur laquelle se reposent des crocos ; quelques oiseaux aquatiques s'y tiennent immobiles, mais les hippos restent invisibles.

Profitant de ce que le steamer était à Uvira, je gagnai Baraka par bateau à vapeur. Ce fut une chose qui me sembla presque extraordinaire de me voir transporté sur 1'» Alexandre Del commune » si loin et en quelques heures. Le steamer ne longe pas les rives, il prend le large et semble piquer droit vers la Pointe de Banza. A l'Est, les côtes sont \àsibles ; c'est le territoire allemand. A l'Ouest, on les distingue plus nettement, n'en étant pas aussi éloigné ; les monts Mitumba en

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longent toujours les rives. Une forte dépression, à hauteur de la baie de Burton, me permettra de les traverser pour passer dans la plaine du Manyéma, par laquelle je gagnerai le Lualaba.

En quittant Baraka, le chemin se dirige vers l'Ouest, à travers une végétation de savanes ; on escalade plusieurs petites montagnes d'où un regard en arrière permet, au voyageur, d'apercevoir une dernière fois le Tanganika. Après deux jours de marche, nous fûmes forcés de prendre une direction Sud-Ouest, le chemin s'engageant entre une haute chaîne de montagnes, au Nord, et les marécages verdoyants de la rivière Kilombwé, au Sud. L'altitude s'accrut lentement ; à la savane succédèrent les hautes herbes, et à Kalembélembé, on atteignit 1200 mètres. Je restai près de douze jours pour me procurer le nombre indispensable de porteurs, car les Baboï et les peuplades qui habitent la région ne reconnaissent guère l'autorité des blancs. Les cent hommes dont j'eus besoin ne furent pas faciles à trouver dans une contrée où les nègres se vouent au jar-niente.

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