CHAPITRE XII
Traversée du Manyéma
Premier aspect du Manyéma. — ■ Des bubales de Lichtenstein. — Un hippo malchanceux. — La chicotte. — Abandonné dans la brousse. ■ — ■ Débauche dans les villages. — Les mauvais gîtes d'étape. — Le campement entouré de flammes. ■ — ■ Désertion continuelle des porteurs. ■ — • Quelques jours de découragement.
— Après la Luama, le Manyéma montueux. — Dernières chasses au gros gibier. — J'atteins le Lualaba. — Marché indigène. — L'influence arabe. — Kasongo. ■ — - La descente sur le fleuve.
— La Compagnie des Grands Lacs.
Peu après avoir quitté Kalembélembé, le voyageur doit escalader une crête qui est le dernier tontrefort des Mitumba, vers l'Ouest. En une heure, on atteint le col qui mène sur le versant opposé et, presque aussitôt, la vue s'étend au loin sur la vaste plaine du Manyéma. Elle est alternativement couverte de hautes herbes et de savanes, c'est-à-dire de prairies semées d'arbres nombreux.
En une descente de trois heures, on arrive à la plaine ; la température y est sensiblement plus élevée. Le pays est, paraît-il, giboyeux ; je saurai par la suite qu'il ne l'est pas autant qu'on me l'a conté. Beaucoup d'Européens ont une
tendance à exagérer ; il ne faut se fier qu'aux renseignements de connaisseurs sérieux. Peu désireux de suivre le chemin des caravanes d'où s'éloigne le gibier, je m'engageai quelque temps en pleine brousse, ignorée de l'homme. A trois reprises, j'installerai mon camp sur les rives de la Dogodo, non loin de l'endroit où elle reçoit la Kilombwé qui, évitant, au Sud, une dépression des montagnes, coule dans la plaine et rejoint la Dogodo, dont le destin est de se perdre dans les marécages de la Luama. La saison des pluies est finie depuis quelques semaines ; les herbes arrivées à maturité jaunissent et se dessèchent, et les indigènes y mettent le feu. Déjà le pays est couvert de grands espaces noirs dont l'incendie a anéanti toute végétation. Ces foyers sont parfois allumés dans les herbes encore vertes en partie ; celles-ci ne se consument pas et, par suite, gênent la marche. Le gibier s'est réfugié dans les parties demeurées indemnes ; il n'en sort que pour brouter les jeunes pousses qui, presque aussitôt les feux éteints, apparaissent à fleur de terre. Il y paît à la tombée du jour et le matin de très bonne heure ; parfois, il y passe aussi pour aller boire. Il y a une assez grande diversité d'antilopes, mais je ne puis désigner certaines d'entre elles que par leurs noms indigènes, leur nom scientifique m'échappant. On rencontre l'antilope chevaline (Hippotragus equinus) (i), le nCohus vardoni ^\ l'antilope harnachée (Tragelaphus scriptus), la Sitatunga (Limnotragus spekei) , dont j'ai trouvé des cornes, la Kassa (une variété de Céphalophe), le « Cobus defassa » ou Waterbuck, des bubales de Lichtenstein, des phacochères, probablement lylochères, des léopards, des hyènes, des hons près de Niembo, et, peu nombreux, des buffles qui se rappro-
(i) Voir photo n" 112.
PLAINES DU MANYÉMA
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Photo de l'auteur.