‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 66 sur 86 · ANTILOPE CHEVALINE ABATTUE A PROXIMITÉ DES MARAIS DE LA LUAMA · texte numérisé non relu

ANTILOPE CHEVALINE ABATTUE A PROXIMITÉ DES MARAIS DE LA LUAMA

(Hippotragus equiiius.)

André Pilette. A travers V Afrique Éqitatoriale.

TRAVERSÉE DU MANYÉMA 355

chent fort de ceux du Cap, des hippos, des crocos (i) et des éléphants. Certains parlent de rhinocéros, mais j'ai des doutes sur l'exactitude de leurs allégations.

La végétation ne permettant pas de distinguer bien loin, le chasseur est obligé, pour réussir à s'approcher des bêtes, à marcher le plus possible le vent dans la face ; s'il ne suit pas cette règle, il s'expose à ce que le gibier l'éventé avant même qu'il ne l'aperçoive. Pour en trouver broutant quiètement sur son passage, il faut qu'il se tienne à bon vent. L'odorat de la bête est fin et l'incite à la fuite.

Pour connaître la direction du vent, le chasseur n'a souvent recours qu'aux deux moyens bien simples qui consistent, pour l'un, à jeter dans l'air une poignée de poussière si le sol est sec, et à regarder la direction dans laquelle elle s'envole ; pour l'autre, s'il fait humide, à faire flamber une allumette : la fumée qui s'en dégage au moment de l'extinction lui apprend le chemin à suivre.

Traversant la Dogodo en un endroit plus ou moins guéable, je me dirigeai vers le Sud jusqu'à la Luama. Cette rivière est invisible ; on ne peut l'approcher que jusqu'au bord des immenses marécages qui bordent ses deux rives encombrées de hautes herbes et parsemées de nombreux boracius. On ne brûle ces herbes qu'au fur et à mesure que les marais se dessèchent ; elles sont le refuge de la grande partie d'une faune que l'on ne peut que difficilement atteindre dans de pareils repaires. Il est visible que ces animaux ont déjà été chassés ; ils sont très farouches et s'enfuient à la moindre alerte. Il n'y a guère que le bubale qui, quand son flair ne l'aide pas, reste presque immobile et regarde placidement dans

[i] Voir photo n° m.

la direction d'où lui vient le bruit. Un matin, auprès d'une mare où ils allaient s'abreuver, j'en surpris six broutant des jeunes pousses, et qui se disposaient à boire. Je m'en approchai à environ quatre-vingts mètres et, à bon vent, appuyé contre l'arbre qui me dissimulait, je jetai, l'un à côté de l'autre, les six bubales à terre au moyen des six cartouches qui armaient ma 8 "^ /^ à répétition. N'ayant pas d'autre cartouche de ce calibre sur moi, j'achevai, de mon premier coup d'Express, le seul qui se releva (i). Un cochon sauvage que je n'avais pas vu dans le groupe, s'échappa sain et sauf.

Ces pauvres bêtes se laissèrent tuer sans broncher ; à chaque coup de feu, elles changeaient légèrement de place, fixaient l'arbre qui m'abritait, éternuaient bruyamment en soufflant par les naseaux en signe d'inquiétude, faisaient frétiller leur petite queue et, quand l'une d'elles tombait, les autres la regardaient agoniser d'un air stupide.

Les bubales (Buhalis hoselaphus) ont été classés suivant quatre groupes ; ils se différencient, surtout, les uns des autres, par la forme de leurs cornes et du prolongement de l'os frontal qui est, chez eux, très caractéristique. Leur face allongée leur donne une expression stupide ; leur échine inclinée, une allure gauche. Des larmières sont visibles sous leurs yeux ; leurs narines sont larges ; leurs sabots sont grands et, chez tous, les cornes affectent deux courbures de directions différentes. Le bubale de Lichtenstein (2) (Buhalis lichtensteini) , la variété qui nous occupe, a le prolongement du frontal court et large. Sa robe est d'un brun clair ; son poil d'hiver est plus long et a une tendance à friser. Cet

(x) Voir photos nos n^ et 114.

(2) Voir photo n° 114.

PLAINES DU MANYÊMA

Photo de l'auteur.

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