‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 68 sur 86 · VERS KASONGO. EN HAMAC · texte numérisé non relu

VERS KASONGO. EN HAMAC

André Piletïe. A travers l'Afrique Équatoviale.

TRAVERSÉE DU MANYÉMA 369

banc de sable de la rive opposée. Ce pachyderme était le dernier gibier que je tuai à la carabine au cours démon voyage, il clôtura mon tableau de chasse sur lequel je compte plus de quatre cent cinquante grosses bêtes, et une suite énorme de singes, de petit gibier à poils et à plumes, et des milliers d'oiseaux dont la taille varie du minuscule colibri au héron-goliath.

Je n'étais plus loin du Lualaba que je descendis, sans chasser, jusqu'à son embouchure et qui porte le nom de Congo à partir de Stanleyville. Je l'aperçus, pour la première fois, entre la rivière I.ulindi et Musukuï, deux de ses affluents que l'on traverse sur des ponts en lianes (i). Le Lualaba — qui atteint déjà 400 à 500 mètres à la latitude de Kasongo, — est visible des hauteurs sur lesquelles serpente le sentier que je suivis ; il s'étale en un large ruban qui miroite sous le soleil éclatant.

A Kasongo, jadis grand centre arabe, se tient, chaque dimanche, un marché important. Ce jour-là, bien avant que le soleil n'ait paru, on est réveillé par un brouhaha inaccoutumé qui va grandissant d'heure en heure. Par tous les chemms qui donnent accès à la plaine qu'entourent les habitations des Européens, arrivent des indigènes des environs. Les femmes et les enfants sont courbés sous le poids des hottes, tandis que les hommes, la pipe à la bouche, accompagnent leur laborieuse famille d'un air guilleret, quelques-uns poussant devant eux un mouton ou une chèvre, pour avoir l'air de partager le travail des leurs.

La tenue de ceux que la civilisation a déjà effleurés est souvent divertissante et, suivant l'importance de leur richesse,

(i) Voir photos n°* 120 et 121.

370 A TRAVERS L AFRIQUE EOUATORIALE

ils veillent paraître et s'attifent de nippes extraordinaires. Ils singent visiblement les blancs, mais comme leur garderobe est assez désassortie, leur mise manque de correction. Leur accoutrement leur donne cette allure pittoresque qui dériderait le plus morose des mortels. L'un est affublé d'une jaquette et ignore l'usage du pantalon ; un autre exhibe fièrement la musculature de ses jambes dans un caleçon collant ; un troisième se croit fashionnable en ne portant qu'une paire de chaussures et un chapeau. Je crois qu'en réunissant cinq ou six élégants du pays et en les dépouillant de leurs oripeaux, on arriverait, peut-être, à en habiller un avec un goût plus que douteux.

Vêtus comme ceux-ci le sont, je préfère les nègres dans la tenue adoptée par la majorité et qui ne choque pas la pudeur du voyageur, bientôt habitué au nu, dans les contrées où le plus simple appareil est de rigueur. Si l'attention est souvent attirée sur certains d'entre eux, c'est parce que l'œil de l'Européen, admirateur du beau, trouve chez presque tous les êtres qu'il rencontre, une beauté corporelle assez commune chez les nègres, race vigoureuse et saine, qui n'a pas encore dû chercher, dans une mode raffinée, l'art de dissimuler le rachitisme et la débilité de la plupart des nôtres.

La généralité des noirs est d'une plastique superbe ; leur structure d'athlète évoque des Apollons de bronze, aux formes harmonieuses, aux proportions irréprochables. La souplesse et la force qui animent nombre d'entre eux, ajoutent encore à l'harmonie parfaite des corps que ne peut s'empêcher d'admirer et d'envier le voyageur blanc qui les voit se mouvoir sous le soleil éblouissant d'Afrique ; ils offrent, vraiment, aux yeux, le modèle classique des gladiateurs antiques.

Le marché n'est pas encombré uniquement par les acheteurs, les vendeurs et la marchandise ; il y a une foule de per-

MANYËMA

^^^^^■^^Ky^^l

^ /é\ Si #^

^yt^À -m , Il

■J il iR Kl''- ■'5' «

t^ Zir"«"fi'

;i:ili^

H yAl/

» ^ fl jp-"^' ' ^ ^

^-■«■^♦. 'li 1 hr, - W - .' -v^^ÀMimmt

f&^mm^J

ip^r^'^: ;^^ii5?T r^-. ^^^y

SfATV

Bbs^i-*''"^^^ ■' ''iSHBI

, -'■-.-^-/■^^^' ^Z^^L^-. -- rv

iWMFMwaijpr^a^afôiaaaaai

■Hy^-:.-„.— ^-.-j

Photo de l'auteur.

Page 1