‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 70 sur 86 · PQ P · texte numérisé non relu

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TRAVERSÉE DU MANYEMA 373

se forme et se presse autour des deux orateurs. Les yeux fixés sur les antagonistes, les spectateurs observent la tournure de la discussion tandis qu'un nègre indélicat — et ils ne sont pas rares, — qui semble écouter avec grand intérêt, profite du manque d'attention du marchand, s'emplit les poches d'arachides, puis, bien chargé, s'en va heureux du produit de son larcin, avec la désinvolture d'un curieux qui se désintéresse d'une mesquine querelle qui a retenu son attention pendant quelques instants.

Les nègres qui sont restés musulmans dans une grande partie du Manyéma,sont très nombreux et, quoiqu'on cherche à leur changer les idées sur le chapitre religieux, en leur suscitant de continuelles petites misères, ils préfèrent les endurer plutôt que d'abandonner leur religion. L'influence arabe apparaît ici visiblement : on la retrouve tout de suite dans la manière de bâtir. Les nègres qui habitent d'ordinaire des huttes hémisphérique^, occupent, ici, des maisons nettement rectangulaires avec toitures en chaume. Les habitations sont plus vastes et plus confortables que les petites huttes des autres noirs ; certaines se ferment même à l'aide de portes en bois sculpté. Les Arabes de race pure sont rares, ils se livrent au commerce, mais pas toujours avec succès ; c'est toujours le portage qui, pour eux aussi, constitue la grande difficulté. Ils sont forcés de venir du Tanganika avec des hommes qu'ils ont engagés dans les possessions allemandes pour parvenir à faire exécuter leurs travaux. Leurs exportations principales sont le caoutchouc et un peu d'ivoire ; ce sont des maîtres fraudeurs qui connaissent les sentiers indigènes à la perfection ; ils évitent ainsi la perception des droits de sortie ou d'entrée.

Kasongo est mal situé : tout à fait au bord du Lualaba, il

y fait très chaud ; il n'y a pas d'eau potable près du poste, et le bois à brûler fait totalement défaut ; on doit le faire amener de fort loin, aussi ne pouvait-on choisir un emplacement qui convînt moins pour fonder un centre. La seule satisfaction que l'on y éprouve, c'est d'y trouver un peu de civilisation. Il y a un bateau à vapeur du nom de «Baron Dhanis», qui fait la navette entre Kasongo et Kibombo(i). C'est par ce steamer que je commencerai la descente du fîeuve. Le Lualaba qui est, en de nombreux endroits, coupé de rapides, ne permet la navigation qu'entre deux chutes plus au moins éloignées ; aussi a-t-on résolu de construire les chemins de fer qui suivent à peu près son cours dans les régions les plus tourmentées ; ceci oblige le voyageur à changer souvent de mode de locomotion et, parfois, d'attendre longtemps une correspondance.

A Kibombo, je pénétrai dans l'immense forêt équatoriale d'ovi je ne ressortirai que peu avant le Bas-Congo ; ce fut un voyage monotone. Enfoui dans cette végétation gigantesque hors laquelle la vue ne peut presque jamais s'étendre, je passai d'un chemin de fer dans un bateau, et vice-versa, avec arrêt dans les petites villes où s'opère ce transbordement. Si, dans certaines de ces localités naissantes, on trouve presque le nécessaire pour y passer quelques jours, dans d'autres il n'est pas même une habitation convenable qui puisse être mise à la disposition des passagers. Tel fut le cas à Kindu, un endroit ori il y a continuellement du passage, mais où il n'y a pas même au poste de l'Etat pouvant loger convenablement les voyageurs. Je dus dormir sous ma tente, la première nuit, mais grâce à l'obligeance d'un fonction-

(i) Voir photo n° T22.

LUALABA

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