INDIGENES DÉBARQUANT POUR SE RENDRE
AU :marché
André Pilette. A travers l'Afrique Équatoriale.
tout rompre, mais le jeune fut épargné et me fut offert par le chef de poste de Ponthierville.
Un singe rare provenu du Nord-Ouest du lac Kivu et qui voyageait en ma compagnie depuis de longs mois, parvint à s'échapper à Kindu. Trouvant sans doute par trcjp long le déplacement, écœuré du genre de vie auquel il était astreint, le cercopithèque décida, un beau matin, de demeurer où six mois de pérégrination l'avaient conduit. Rien ne le retint et cependant j'avais eu bien des attentions pour lui : il était toujours porté pendant les étapes, il recevait des friandises à ses repas, je lui laissais même les œufs frais qui m'étaient destinés et qu'il mangeait avec délice. Mais, lassé de cette existence d'aventure, il voulut chercher, quoique singe de prairie, ime existence moins agitée dans la forêt équatoriale et il s'enfuit, en bondissant, vers les bois immenses et touffus où il se perdit dans les lianes et les plantes parasites dans lesquelles toutes les battues que j'organisai restèrent sans résultat. Je le remplaçai par le jeune potamochère qui atteignait, à peu près, la taille d'un chat. Il était très sauvage, au début, et aussi très glouton. C'était un pensionnaire exigeant surtout la quantité mais se souciant peu de la qualité. Je l'ai rapporté en Europe et il a, dans mon jardin, sans jamais se fatiguer, foui la pelouse et les parterres. A sa sauvagerie d'autrefois avait succédé une familiarité des plus intéressée ; chaque fois qu'il entendait s'ouvrir une porte, il accourait, sachant fort bien que de là lui venaient ses repas qu'il partageait avec les chiens. Ces derniers, rognes, le mordaient quand il se permettait trop d'injustice dans le partage. Quoiqu'il reçût de la nourriture trois fois par jour, s'il lui prenait envie de manger ou de boire à une heure quelconque, il poussait d'insupportables cris jusqu'à ce qu'on lui eût donné satisfaction. Si on l'enfermait, il manifestait son mécontentement