PIROGUE WAGHÉNIA A LA RIVE
André Pilette. A travers l'Afrique Équatorialc
de palmiers et de constructions de tous genres habitées par les Européens, montrent au voyageur une ville naissante. Outre les nombreuses maisons de fonctionnaires, dont l'importance varie suivant le grade du personnage, on y trouve une banque, un bureau de poste, la télégraphie sans fil, une salle de fête, une prison, une église et même des écoles de belle apparence dont l'enseignement, je crois, porte de préférence sur les travaux manuels, lesquels ne sont pas étrangers aux agrandissements et aux embellissements des missions qui dirigent la plupart de ces institutions. Il est à remarquer qu'au cours de mes voyages j'ai toujours vu les mains agir plus activement que les cerveaux. Nous avons cependant aussi grandement besoin, dans l'administration, de clercs noirs que de maçons et de charpentiers. Pour qui impose-t-on, à ces jeunes gens, d'interminables apprentissages ?
Si l'aspect de ce centre est des plus riant, il n'y existe pas encore le confort que l'on pourrait y espérer : les maisons pour passagers ne sont pas nombreuses et je dus me contenter de dormir dans une pièce où s'entassaient mes nombreuses caisses de collections et tout mon matériel.
Les bords du fleuve sont des plus pittoresques. Le long des rives, sont amarrées un grand nombre de pirogues sur lesquelles vit une tribu de voyageurs aquatiques : ce sont les Waghénia (i) qui montent et descendent le fleuve, tout en exerçant du commerce. Il est très amusant de voir ces sauvages déambuler dans les artères de Stanley ville, très peu vêtus, coudoyant un monde noir beaucoup plus avancé et affectant déjà une certaine allure. Les Waghénia ne quittent pas leurs pirogues ; ils font du feu, préparent leurs repas et
(i) Voir photos n^^ 134 et 135.
domicnt à bord de leurs canots qu'ils couvrent, en partie, d'une toiture de chaume pour se préserver des intempéries. Certains portent des tatouages aux proportions exagérées (i), qui leur déforment totalement le visage. Ces protubérances sont obtenues en pratiquant de fines coupures à la surface de la peau ; on les fait grossir en y frottant des matières, tel le charbon de bois, qui empêchent la plaie de se refermer ; celle-ci s'envenime et, quand les bourrelets obtenus sont suffisamment saillants, on en arrête la croissance. Mais il arrive que les tatouages prennent alors des proportions énormes et indésirées par la personne qu'elles orneront désormais, d'où de monstrueuses protubérances qui n'ajoutent rien à son genre de beauté. Nombre de races sont reconnaissables aux tatouages typiques qui varient quelque peu avec ceux de leurs voisins. Si on les désigne erronément sous un nom de tribu qui n'est pas le leur, ils vous le font remarquer en vous signalant les différences de tatouages qui vous permettront de les identifier. Il en est de même pour les coiffures, les ornements et d'autres objets de toilette.
Les Waghénia qui peuplent les rives du Lualaba, en amont de Stanleyville, s'adonnent beaucoup à la pêche. Les pêcheries qu'ils ont établies aux Stanley Falls attestent des conceptions peu ordinaires. Ils ont planté, dans les chutes, une suite de madriers destinés à soutenir des nasses énormes dans lesquelles l'eau tombe en entraînant les poissons. Ceux-ci sont retenus prisonniers dans ces longs cônes faits de branches et de lianes et, deux fois par jour, les pêcheur? les relèvent et retirent leur butin. Certains de ces poissons atteignent parfois de fort grandes dimensions. Il est très curieux de voir
(I) \"oir photo no 136.