AVENUE DU ROI SOUVERAIN
André Pilktte. A travers l'Afrique Équatoriale.
rons, la sensation de rentrer dans le monde civilisé. Le lendemain matin, il fandra réintégrer les compartiments, dans lesquels on rentre souvent fort blanc, mais dont on sort toujours fort noir ; et, après une seconde journée de voyage en montagne, où, sans cesse, la voie remonte pour redescendre aussitôt, on retrouve le fleuve peu avant Matadi .
Depuis que je l'ai quitté, à partir du moment où, sous forme de rapide, le Congo s'éloigne du Stanle y-Pool en s 'engageant dans une gigantesque gorge, au travers de laquelle il roule impétueusement ses eaux, il forme, sur un parcours de 350 kilomètres, trente-deux chutes qui ont barré le passage à toutes les explorations du bassin intérieur du fleuve tentées avant Stanley. C'est le chemin de fer du Bas-Congo, qui permet, actuellement, d'éviter le fleuve si tourmenté dans cette région de cataractes. Avant Matadi, le Congo semble encore bien plus étroit qu'avant le Stanley-Pool, et coule dans une vallée encaissée très rocheuse. C'est sur les flancs de celle-ci qu'a été construit Matadi. Inutile de parler de ce trou où la chaleur est insupportable, où toutes les voies sont en pente très raide ; les rigoles de certaines de ces rues servent à l'écoulement des eaux ménagères, puantes et malsaines, qui empoisonnent l'atmosphère ; en contrebas des maisons, les rochers se couvrent d'immondices que l'on y précipite des terrasses.
A bord du navire d'Europe qui remonte jusqu'à Matadi, où il est amarré à un pier métallique, on termine la descente du fleuve redevenu navigable. On s'arrête à Bom.a où, durant deux jours, on piétine la poussière épaisse qui couvre les chemins, lesquels côtoient des marécages qu'on semble vouloir combler. On passe et repasse devant des habitations que l'on croirait parfois des gîtes de travailleurs noirs mais qui, en réalité, abritent des ménages européens pour qui
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la vie, dans pareilles conditions, doit être peu agréable ! Enfin, on prend définitivement place à bord du grand steamer qui atteint l'océan à Banane, où le Congo, après un cours de 4700 kilomètres, vient se jeter dans l'Atlantique, entre deux longs promontoires, par une bouche large de II kilomètres. Le volume d'eau qu'il verse à la mer a été évalué, à l'époque des crues — qui ont lieu en septembre et octobre par les pluies provenant du Nord de l'Equateur et, en mars et avril, par celles provoquant la montée des afiluents coulant au Sud de la ligne équatoriale, - — à looooo mètres cubes à la seconde. A l'embouchure, la force du courant est telle, qu'à trois lieues en mer, on recueille encore de l'eau douce. Les sondages opérés démontrent que le vaste chenal du fleuve se prolonge au fond de l'océan jusqu'à une distance de 150 kilomètres. De chaque côté du courant, il s'est formé deux hautes montagnes sous-marines composées de débris et de vase qui atteignent actuellement une hauteur moyenne de 1640 mètres.
J'avais quitté l'Océan Indien vers la mi-février 1912, à Mombasa ; je retrouvai l'Atlantique, à Banane, dans le courant de septembre 1913, traversant l'Afrique, cheminant tantôt en-dessous, tantôt au-dessus de l'Equateur, en près de dixneuf mois, dont quinze passés sous la tente. J'avais utilisé presque tous les modes de locomotion, mais celui dont j'avais, certes, le plus abusé, c'était de la marche. J'estime avoir parcouru environ 8000 kilomètres à pied — en hamac vers la fin, — n'occupant mon temps qu'à chasser, à collectionner des spécimens zoologiques (i) et à faire de la photographie.
(i) Ceux que la partie zoologique intéresserait particulièrement, peuvent, pour trouver des études scientifiques détaillées des collections rapportées, consulter la Rente Zoologique Africaine publiée par le D'' H Schouteden, le savant conservateur du Musée du Congo, à Terv'ueren.