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CHAPITRE IX

Oléansville. Cette ville est-elle ancienne? le vieux Ténès, pays des voleurs, pourquoi? — Le marabout Sidi-Mohammed-Ben-Youssef, sa légende. — Se non è vero, è ben trovato. — Le nouveau ïénès, Cartennæ des Latins. - Les Attaffs, villages de Sainte-Monique et de Saint-Cyprien. — Affreville. — Milianah. — Ascension du Zakkar. — Il est toujours bon d’avoir un médecin pour ami. — Que vient faire Molière en cette affaire’? — Eaux minérales de Hammam Ri’a. — Principns obsla sero medicina paratur.

Nous arrivons le soir à Orléansville, charmante cité entourée d’un mur bastionné défendu par un fossé, excepté du côté du Chélif. Cette ville, par sa position et la forme générale du plateau sur lequel elle est bâtie, est exposée à des chaleurs excessives en été et à des vents très violents en hiver. Aussi, les Arabes disent-ils : « Le pays est sain auprès du Chélif, quand l’hiver n’a pas été pluvieux; mais alors il n’est pas fertile. Il est feitile quand l’hiver a été pluvieux; mais alors il n’est pas sain!»

La cité est bien bâtie : comme dans toutes les villes de création moderne, les rues sont droites et bien alignées : des plantations publiques groupées dans l’intérieur de la ville et autour des glacis, plusieuis jardins, le magnifique bois de pins et de cyprès au S.-O., des fontaines bien entretenues, luidonnentun air de verdure et de fraîcheur qui en font un séjour délicieux, quoi qu’en dise le proverbe arabe.

Orléansville n’est pas remarquable par ses monuments publics; il n’y ajuste que les bains maures, situés au milieu de plantations, et la jolie construction mauresque

où se tient le kadi tous les jours de marché, qui aient seuls un aspect monumental.

C est surtout par ses souvenirs archéologiques que cette ville est célèbre : c était autrefois, disent les auteurs, la ville romaine de Castellum Tingitü. Les souvenirs chrétiens y abondent, et on en découvre chaque jour des traces très intéressantes. En 1843, en nivelant et en déblayant les rues, on a découvert la basilique de Saint- Reparatus, dont le plancher forme une mosaïque rouge, blanche et noire d’une longueur de 23 mètres et d’une largeur de 15 mètres. On peut y lire dans tous les sens les mots Sanctæ ecclesiæ et Saturninus sacerdos. La troisième donne l’épitaphe de saint Preparatus, la quatrième se rapporte à la fondation de la basilique , et la cinquième ne contient que ces mots semper pax; beaucoup d’autres débris et d’inscriptions presque toutes chrétiennes ont été depuis découvertes.

Quelques archéologues ont voulu voir, dans Orléansville, l’emplacement de Sufasar, parce qu’on lit sur la liste des évêques d’Afrique un Preparatus Sufasar : d’autres encore la regardent comme la ville de Sisga, parce qu’une inscription, qui, depuis a servi à l’enrochement d’une des piles du pont d’Orléansville, mentionnait ce nom. Les disputes des savants vous importent peu, n est-ce pas? je ne m’en tourmente pas davantage, je me contente de vous rappeler leurs élucubrations.

A 58 kilomètres d’Orléansville, en se dirigeant en ligne droite sur la mer, on arrive à la ville appelée Vieux-Tenès. Cette petite ville, selon la tradition, serait fort ancienne; on prétend qu’un pharaon d’Égypte en lit venir d’habiles sorciers dont il opposa les prestiges aux miracles de Moïse. Le fait est-il vrai? Rappelez- vous que nous sommes dans le pays des légendes, où l’on

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peut tout croire. Ptolémée donna au Vieux-lénès le nom de Lagnouton, et El-Bekri nous apprend qu’il fut Mli, en l’an 262 de l’hégire (87 S- 876 de J.-C.), pai des marins de l’Andalousie. Ses premiers habitants avaient une détestable réputation de voleurs et de pilâtes. On raconte à ce sujet une légende qui a été l’origine de ce dicton. C’est une des plus intéressantes du pays, de même que le héros, qui n’est autre que le laineux marabout Sidi-Mohammed-ben-Youssef, est une des figures les plus originales de l’Algérie. Mais il est nécessaire que je vous fasse connaitie l individu, cela vous fera comprendre mieux toute l’importance de la qualification donnée à la ville.

Sidi-Mohammed-ben-Youssef naquit danslqpremièic moitié du onzième siècle de l’hégire, aux environs de Mascara, dans la province des Ouled-Merach, de la tribu des Hachem. Son père, qui était originaire de Figuig, dans le Morgheb, traversait la tribu des Hachem avec sa mère, lorsque celle-ci fut prise des douleurs de l’enfantement : la petite caravane s’arrêta sous l’ombre épaisse d’un lentisque, et là naquit El-Ouali (l’élu) qui devait plus tard s’appeler Sidi-Mohammed-ben-Youssef. Sa mère, confiante en Dieu, l’abandonna au milieu d’une touffe de palmiers nains : puis elle reprit avec son époux la route de Figuig, sans conserver aucune inquiétude sur le sort de son fils.

Or, l’endroit où avait été abandonné le futur marabout n’était fréquenté que par un troupeau appartenant à un homme des Ouled-Merah, nommé Ben-Youssef. Ce troupeau ayant mangé toutes les herbes d’alentour, se rabattit sur les palmiers nains au milieu desquels reposait Y élu. Dieu fit, par sa volonté, qu’une vache de couleur pie (begâ’â) aperçût l’enfant, s’approcha de lui et l’allaita.

Ben-Youssef ne tarda pas à reconnaître que cette

vache ne lui donnait plus de lait et il soupçonna la fidélité de son berger. Il alla donc, un jour, se postersur une petite hauteur qui dominait le pâturage, et il était en observation depuis quelques instants, lorsqu’il vit layache pie se détacher du troupeau avec précaution, en tournant la tête de temps en temps, puis s’accroupir contre une touffe de palmiers nains. Ben-Youssef se leva alors, se dirigea vers la vache, et la trouva allaitant El- Ouali, dont la figure resplendissai-t d’une clarté céleste : après l’abandon de sa mère, les anges étaient venus le vêtir d’or et de soie.

Ben-Youssef enleva l’enfant dans un pan de son burnous et l’apporta dans sa tente. Dieu lui ayant refusé un héritier, il adopta El-Ouali, et lui donna le nom de Mohammed. Mohammed ajouta plus tard à son nom celui de son père adoptif, bien qu’il descendît de la sainte famille de Houssein-ben-Ali, dont la généalogie remonte jusqu’au prophète.

Dès qu’il atteignit l’âge de l’adolescence, l’esprit de Dieu descendit en lui, et il abandonna le pays où il avait été élevé.

Il arriva un jour à Mascara, monté sur une mule. A la porte de la ville, il fut saisi par trois individus qui le conduisirent devant le kadi, dont le tribunal se trouvait dans le quartier a Sidi-hou-Djella. Ces hommes revendiquèrent la mule sur laquelle Ben-Youssef était monté. Le saint homme ne s’émut pas : ayant surpris un signe d’intelligence entre le juge et les voleurs, il attendit patiemment la décision du kadi, qui le déclara détenteur d’une mule appartenant à un habitant de Mascara. Ce jugement prononcé, il se tourna vers l’assistance : — «Vous êtes tous témoins de ce jugement, leur dit-il. » Puis invoquante ciel : — « O mon Dieu, maître des deux mondes, confondez la fausseté de ces hommes! »

A peine cette invocation était-elle terminée, que la mule se changea en mulet; à ce miracle tous les assistants se prosternèrent à ses pieds. Ben-Youssef, étendant alors la main dans la direction de la ville, dit : — « O Mascara! j’ai réuni tous les secrets de tous les enfants du péché et je les ai jetés dans Mascara, à Sidi-Bou-Djellal. »

Un jour, Sidi-Mohammed-hen-Youssef s’était hasardé chez les Ténésiens, qui ont toujours été très malfamés : ceux-ci, qui comptaient parmi leurs défauts, une dose d’incrédulité remarquable, résolurent d’éprouver le vieux marabout. Ils lui servirent à souper un chat, dont ils avaient dissimulé les apparences avec toute l’adresse du plus habile gargotier de la banlieue parisienne. Mais Sidi-Mohammcd-ben-Youssef était trop bon marabout et trop fin gastronome pour être dupe d’un piège aussi grossier, et ne pas reconnaître la vérité au premier coup d’œil.

Indigné de la tentative, il lança un formidable lob! Cette interjection, usitée pour chasser les chats trop imposteurs, effraya tellement l’animal mis & la broche que, tout rôti qu’il était, il partit au galop, à la grande stupéfaction des Ténésiens. C’est alors que le marabout, se levant avec majesté, jeta à la face de ses hôtes indignes, cette allocution proverbiale en Algérie : — « Ténès, ville bâtie sur du fumier; son eau est du sang, son air est du poison; par Allah l Sidi-Mohammedn’y couchera pas. » Après ce jugement, le marabout n’eut que le temps de prendre la fuite sur sa mule.

Une des montées argileuses au-dessus de Montenottc a gardé le nom de Mohammed-ben-Y'oussef, parce que la mule s’y étant abattue, se releva miraculeusement au moment où les Ténésiens étendaient la main pour saisir Mohammed. Se non è vero, è ben trovato.

La ville nouvelle s’est formée au bord de la mer, sur un peut plateau isolé de toutes parts, à l’embouchure de oued Allah, qui passe au Vieux-Ténès et vient se rendre a la mer, à travers de jolis jardins . Ténès, le Ténès français, occupe l’emplacement d’une cité romaine appelée Cartennæ. Les ruines de cette ville étaient presque complètement enfouies au moment où les Français s’v sont établis : mais les premières familles les ont exhumées. Les habitants ont ainsi trouvé dans le sol même pour leurs constructions, des matériaux taillés depuis deux mille ans.

Sur la pente occidentale du plateau qui couronne la V1 .» existe une multitude d’excavations régulières pratiquées dans le roc vif. La forme et les dimensions ne laissent pas de doutes sur leur destination primitive;

^ a ^ ailleurs trouvé de nombreux ossements : c était là qu’était la nécropole de Cartennæ . Le nombre immense de ces cercueils de pierre permet déjuger de f importance de l’ancienne ville, et du long espace de temps pendant lequel ce lieu a servi au même usage.

C est à Cartennæ que vivait l’évêque donatiste Rogatus* tnslement célèbre. Il avait modifié l’hérésie de Donat et comptait quelques sectaires qui, de son nom, s’appelaient rogatistes. Ce personnage, très peu évangélique, mit à profit l’éphémère domination de Firmus (372) pour exercer de cruels traitements envers ses ennemis religieux et politiques. Du reste, l’hérésie, née dans les murs de Cartennæ, ne fit pas de grands progrès, car sous f épiscopat de Vincentius, successeur de Rogatus, on ne comptaitguère que deux évêques qui en fussent infestés.

C était bien la peine de faire tant de bruit et de fumée.

La ville actuelle de Ténès est éloignée de 1,200 mètres envnon à 1 ouest du seul point de la côte qui comporte la création d’un port. L’emplacement en est dominé

par un massif d’îlots éloignés de la plage d’environ 600 mètres, mais reliés à la terre ferme par une série de bas-fonds rocheux. Cette disposition naturelle détermine une petite cricjuc circulaire, analogue, mais préférable à celle cpie dut présenter Algci avant les immenses travaux que les Turcs et les Français y ont exécutés.

La ville est assez jolie, on y voit peu de monuments : les seules curiosités sont les citernes, les silos, les hypogées qui constituaient une Cartennæ souterraine. Les environs deTénèssont très pittoresques : les excursions qui se font à travers les bois et les rochers aux ruines du Vieux-Ténès, à Montenotte, à la Smala et aux mines de plomb, offrent beaucoup d’attraits aux touristes, et sont pour le voyageur d’un intérêt tout particulier. C est un voyage que je vous conseille de faire et vous serez très satisfait.

Il existait autrefois, près de Cartennæ, un autre ville que le géographe Ptolémée appelle Carcôma et Bochart fait remarquer que ccivcôma , dans la langue phénicienne, signifie cuivvc. Il en conclut que dans le voisinage de ceüe ville doivent se trouver des mines de cuivre. Cette induction du savant archéologue s’est vérifiée il y a seulement quelques années. On a découvert, dans les environs dcTénès, des mines fort riches decuivie pyriteux qui portent des traces d’ exploitation ancienne. Il existe aussi plusieurs gisements de fer carbonaté magnésifère.

De retour à Orléansville, nous reprenons le chemin de fer et nous traversons les Attaffs : c’est près de là, et sur les bords du Chélif, que monseigneur l’archevêque d’Alger a fondé deux villages : Saint-Cyprien et Sainte- Monique, pour recevoir les nouveaux mariages arabes chrétiens. Ces villages sont en pleine voie de prospérité et s’augmentent chaque jour par les nouveaux ména-

ges qui arrivent. OEuvre admirable de civilisation chrétienne! ces Arabes convertis pourront rendre un jour, et rendent déjà de grands services à la religion, par l’exemple des vertus et du bien-être qu’ils donnent aux Arabes : missionnaires d’un nouveau genre, qui seuls pourront faire comprendre à leurs congénères toute la beauté et la supériorité du christianisme et de l’Évangile sur le Coran de Mohammed.

Nous arrivons à Affreville. Le nom de cette ville, vous le soupçonnez déjà, lui a été donné en mémoire de l’archevêque de Paris, monseigneur Affre, qui, victime de sa charité et de son patriotisme, a été tué aux journées de juin 1848 sur les barricades, au moment où il s’efforçait d’arrêter la guerre civile. Martyr de son dévouement, il offrit sa mort pour son peuple : a Que mon sang soit le dernier versé!... Lebon pasteur donne sa vie pour ses brebis. »

Cette ville fut créée le 9 octobre 1848, à l’entrée de l’Oued-Boutan. Située dans une plaine, sur une grande voie commerciale, voisine du Chélif et arrosée par l’Oued-Boutan, cette ville deviendra certainement un centre important d’exploitations agricoles, surtout lorsque sera construit le chemin de fer de Médéah, de Boghar et des Hauts-Plateaux.

A peine a-t-on traversé la florissante cité d’Affreville, qu’on voit s’ouvrir une étroite vallée fermée par une montagne haute et massive ; et sur un grand rocher de cette montagne, on aperçoit la riante Milianah, ville importante et contenant près de 7,000 habitants.

On dit qu’elle a été bâtie sur l’emplacement de la Ma 1 lia n a des Bomains. Des bas-reliefs, des fragments de statues, des chapiteaux, des fûts de colonnes supportent la koubba d’un marabout ; des tombeaux servant de pierres d’ablution dans les mosquées, et, enfin, des

médailles trouvées sur tous les points de Milianah, attestent l’origine et la prospérité d’une ville romaine, disparue pour faire place à la ville actuelle.

Cette ville est très jolie : de la terrasse ou esplanade bien connue des promeneurs sous le nom de Coin-des- Blagueurs, on découvre le panorama splendide de la vallée du Chélif. L’avenue , composée de trois longues rues, qui, en somme, n’en font qu’une, bordées de platanes et arrosées d’eaux vives, traverse Milianah, de la partie du Zakkar à l’esplanade de l’ancienne Kasbah. Elle est terminée par la place du Marché : celle-ci donne naissance au sud à la rue Saint-Paul, terminée à son tour par la place de l’Horloge, qui est installée dans le minaret d’une ancienne mosquée. A l’angle S.-E. de cette place commence la rue Affre, la vraie rue commerçante.

Les maisons mauresques, qui ont échappé à l’incendie de 1840 et à l’alignement de la cité française, sont toutes composées d’un rez-de-chaussée et d’un étage, et construites en pisé blanchi à la chaux. Presque toutes renferment des galeries intérieures et quadrilatérales , soutenues assez souvent par des colonnades en pierres à ogives surbaissées.

Aujourd’hui, il ne reste plus, dans le quartier indigène, que ia grande mosquée, la mosquée neuve, et celle où repose Sidi-Mohammed-ben-Youssef, le vertueux personnage dont nous avons parlé plus haut. Cette dernière n’avait d’abord pas échappé au sort des premières; elle avait été changée en caserne ; mais comme elle était en grande vénération à cause du marabout qui y était enterré, on la rendit au culte musulman.

Le territoire de Milianah paraît réunir plusieurs éléments de prospérité industrielle ; on assure que le Zakkar renferme une mine de cuivre et un magnifi-

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que banc de marbre. On a trouvé, dans le voisinage de la ville, des gisements de sulfure de plomb, d’oxyde et de carbonate de fer. Près de la forge d’Abd-el-Kader il existe de riches affleurements, qui, selon toute apparence, ont fourni leur minerai à l’usine fondée par 1 émir ; car on a retrouvé autour de l’établissement des débris de même nature.

La domination romaine a laissé àMilianah des traces non équivoques de son passage : un reste de voie romaine existe encore aux environs de la ville ; le temps a même conservé la façade d’un édifice qui date de cette époque. Beaucoup de blocs de marbre, dont plusieurs portent des bas-reliefs et des inscriptions, gisent épars dans l’intérieur de l’enceinte. L’un de ces basreliefs représente un homme à cheval, tenant une épée dans une main et un rameau dans l’autre.

Il ne faudrait pas être voyageur et manquer de gravir le Zakkar occidental. Cette montagne a 1,580 mètres d altitude ou 850 mètres de plus que le rocher sur lequel s élève Milianah. L’ascension n’en est nullement dangereuse; mais, je ne vous le dissimule pas, elle est pénible, à cause de la raideur des pentes, et parce qu’on y glisse facilement sur les blocs de rochers et sur les bioussailles desséchées. Vous en serez quitte pour quelques déchirures à vos habits et quelques égratignures a vos mains; mais qu’est-ce que cela, quand il s’agit de voir un des plus beaux panoramas qu’il soit donné a œil de contempler? Vous n’avez pas besoin de prendre des guides, il suffit, en sortant de Milianah, d’appuyer quelque temps sur la gauche, de manière à profiter d’un grand ravin qui mène au cœur de la montagne. Le point culminant se reconnaît à une espèce de pyiamide en pierre : on y jouit d’une vue vraiment splendide au nord, sur les montagnes confusément en-

tassées qui se prolongent jusqu à la Milidja et jusqu au rivage de Cherchell : au sud, sur l’immense plaine du ChéFif et sur les monts de l’Ouaransenis, au-dessus desquels trône la glorieuse pyramide qui a donné son nom à ce massif.

Est-ce que nous pourrions quitter Milianah sans visiter Hammam-Righa , les Aquæ calidæ des Romains, et nous priver du bonheur de nous baigner dans ces eaux merveilleuses, ou de les boire, à l’exemple de ces giands hommes de l’antiquité si célèbres dans l’histoire, les Caton d’Utique, les Scipions, les Massinissa, les Juba, les Jugurtha et tutti quanti? lime semble que ce sera partager une partie de leur gloire. Le voyage est tiès facile, on peut y arriver par la station de Bou-Medfra, où le voyageur trouve toujours une voiture qui le tiansportera à Hammam-Righa.

Ces eaux chaudes sont les plus précieuses de 1 Algérie, elles sont utiles dans une multitude de maladies : c’est pourquoi je veux appeler sur elles toute votre attention. Non pas, croyez-le bien, que je vous souhaite d’y avoir jamais recours, mais on ne peut pas savoir : les médecins sont si puissants et si impératifs ! Demandez à Molière. Ils pourraient bien vous envoyer une de ces maladies que guérissent ces eaux, et vous ordonneraient un petit voyage en Algérie. Ne vous troublez pas tiop, vous en reviendrez guéri, et de plus, vous aurez fait, dans cette troisième partie du inonde, un voyage que vous ne regretterez certainement pas. Soyez fidèle à suivre les prescriptions de votre docteur; sinon rappelez-vous les menaces de M. Purgon et sa puissance : « Je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l’intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l’âcreté de votre bile, à la féculence de vos humeuis... Je veux qu’avant qu’il soit quatre jours, vous deveniez

dans un état incurable... que vous tombiez dans la bradypepsie... de la bradypepsie dans la dyspepsie... de la dyspepsie dans l’apopsie... de l’apepsie dans la lieuterie... de la lieuterie clans la dysenterie... de la dysenterie dans l’hydropisie... et de l’bydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie... »

Vous êtes effrayé! n’est-ce pas? On le serait à moins : allez donc à Hammam-Righa, car ses eaux guérissent une infinité de maladies dont la nomenclature vous sera, je n’en doute pas, très agréable.

Elles agissent merveilleusement sur les organisations affaiblies par la fièvre, la diarrhée, la dysenterie, les engorgements du foie, qui portent le cachet de l’intoxication paludéenne : sans parler de cette foule d’affections nerveuses, qui reconnaissent pour cause un affaiblissement du sang, l’anémie, etc., quelques maladies de peau, l’eczéma, entre autres, les névralgies, les douleurs principalement la névralgie sciatique, la grande classe des affections rhumatismales, les contusions, foulures, entorses et luxations, accompagnées de raideur des articulations et de gêne dans les mouvements, les plaies par armes, à feu, etc., etc.

Ouf! il me semble que j’ai toutes ces maladies réunies, et cependant je reviens d’Afrique : vite, je vais aller voir mon docteur. Vous ignorez peut-être que je possède la spécialité d’avoir pour amis un grand nombre de médecins; faites de même, c’est un bon conseil que je vous donne là ! Rappelez- vous encore cette parole que Molière met dans la bouche de Sganarelle, s’adressant majestueusement à sa femme : « Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec un homme de ma conséquence, et songeque la colère d’un médecin est plus à craindre qu’on ne peut le croire. »

J’ai été élevé, par feu mon père, dans la crainte de

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Dieu et des médecins ; j'ai légèrement altéré ce dicton dans ma conduite et j’ai substitué 1 amitié à la ciainte . je m’en trouve très bien; croyez-moi, faites de même. Si vous êtes de leurs amis, ils ne vous ordonneront des médicaments que le plus rarement possible, leur amitié et leur aimable conversation seules suffiront pour vous guérir.

Je voudais vous décrire ces eaux et vous nommer toutes leurs propriétés.

— C’est assez, me direz-vous, je ne suis pas malade et je n’ai que faire de la description des propriétés de ces eaux. — Prenez-garde, vous pourriez ledevenir ; je croirais manquer aux lois de la convenance, et je me le reprocherais toute ma vie, si je ne vous avais enseigné le moyen de vous guérir. Si un. jour vous tombez malade, ce salut est entre vos mains, vous pouvez vous en seivir, ma conscience est nette et ne pourra, à ce sujet, rien me reprocher; n’oubliez pas ce précepte de la sagesse des anciens :

Principiis obsta, serô medicina paralur.

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