DE BONE A CONSTANTINE
bouleversé tous les environs de Bougie pour trouver le trésor de Barberousse, et d'un Italien aveugle qui s'était fait conduire dans un endroit aux environs de la Galle et avait dépensé une soixantaine de mille francs à faire fouiller vainement le sol. En Algérie plus qu'ailleurs, la fable de la Fontaine est vraie : la terre y contient des trésors , mais ce sont les moissons que le travail du laboureur lui arrache, et non les cachettes fabuleuses qu'ont pu y laisser les générations passées.
Aux environs de Guelma, la vallée de la Seybouse s'est considérablement élargie, et a cet air de nudité propre aux régions à céréales quand l'automne | est arrivé. Puis elle se rétrécit de nouveau. Bientôt J ce n'est plus qu'une gorge fort pittoresque, le lit de ^ la rivière se ravine profondément, la montagne mon- * tre son squelette, le site cette fois est franchement ;. sauvage. Tout d'un coup des palmiers apparaissent \ au fond du ravin, oasis bien imprévue dans ces montagnes. Mais nous sommes sur un terrain tout brûlant du feu intérieur, où Tarbre du désert retrouve la température qui lui convient. Un jet d'eau r chaude jaillit littéralement de dessous la voie, et se précipite en fumant sur une pente abrupte où ses dépôts calcaires lui ont fait comme un lit de marbre. Cette large traînée blanche tranche étrangement sur le gazon vert. Nous arrivons à Hammam-Mes- ^ khoutine,iebain des Maudits, dont les sources bouillantes sont une des grandes merveilles de l'Algérie.
La station du chemin de fer est à quelques minutes des sources. Bien que la pluie tombât par cata-
ractes , personne n'hésita , tant on avait entendu vanter ce lieu. Figurez-vous un pli de terrain trèstourmenté, d'un côté de beanx oliviers qui puisent . une sève extraordinaire dans un sol toujours chauffé, un rocher de quinze mètres de haut, qui, in cratère de volcan, exhale sans cesse des is de fumée. Son arête se découpe sur le (a netteté d'une ligne droite, et il semble imbe une énorme cascade blanche comme Vous vous approchez, et vous découvrez que cette cascade est solidifiée ; elle est faite de concrétions calcaires dont les dépôts ont gardé exactement la forme du bouillonnement des eaux qui les charriaient. Avec son ciel gris rayé par la pluie, les montagnes chauves des environs, les tourbillons de fumée dont le vent nous aveuglait, sa cascade sans voix et sans mouvemeht, son rocher brûlant, l'absence de vie que l'excès de la température maintient alentour, ce paysage grandiose me fit songer aux commencements du monde, alors que la vie n'y était pas encore apparue. 11 me sembla que, selon que je regardais devant ou derrière moi, je voyais deux âges différents du globe. Derrière moi j'avais la période actuelle où une nature féconde nourrit une admirable création; devant moi j'avais la période plutonienne, où la terre, dont lesforces souterraines façonnaient le relief, ne pouvait encore rien pro- . duire. Tel m'appanil Hammam-Meskhoutine , un jour de grande pluie.
On monte sur le rocher, dont les parois brûlent le pied, et on trouve, sur le plateau qui le couronne.