‹ À travers l'Algérie souvenirs de l'excursion parlementaire (septembreChapitre 11 sur 16 · DE BONE A CONSTANTINE. ' .VJ · texte numérisé non relu

DE BONE A CONSTANTINE. ' .VJ

I trois sources encadrées de blanches concrétions. La ' plus chaude marque 95 degrés. Les gens qui y viennent en excursion et déjeunent auprès s'amusent à y faire cuire leurs œufs. On prétend qu'au-dessous de la nappe bouillante existe une nappe froide où vivent des poissons qui s'engagent quelquefois trop haut et arrivent à demi cuits à la surface* Des crabes moins sensibles arriveraient à l'état vivant. Le fait est que nous en avons trouvé deux qui couraient sur le plateau, et, à moins qu'un mauvais plaisant n'ait trouvé amusant de mystifier vingt-cinq députés et quelques journalistes, il faut que l'observation soit exacte. D'où seraient-ils sortis? Il y a d^autres sources aussi chaudes aux environs du rocher, mais les trois dont je viens de parler sont les plus curieuses. Ces eaux, qui donnent plus de 100,000 litres à l'heure, commencent à être utilisées. On y a installé un établissement militaire et un établissement civil. Nous n'y avons trouvé personne, il est probable que la saison était déjà finie. Quand on le voudra, on en fera une des stations les plus agréables du monde, grâce à réchauffement du sol qui permettra d'introduire la végétation tropicale dans une région de climat très-tempéré.

Les Arabes vivent encore en pleins mythes. Leur ignorance ne leur fournissant pas l'explication des choses, ils la cherchent dans le surnaturel avec une intarissable imagination. De là l'étonnante quantité de légendes dont ils ont semé l'Algérie. Chaque source, chaque fontaine, chaque ruisseau, chaque rocher, chaque montagne, chaque grotte, chaque

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ruine, chaque édifice même a la sienne, ou Ton voit apparaître le Dieu créateur ou quelques saints. Le génie grec n'a jamais été plus fertile que le leur. Celui qui se donnerait la peine de choisir parnai elles pourrait faire un volume qui intéresserait tout le monde, et le lecteur qui ne cherche qu'une récréation, et le philosoj)he qui compare les manifestations de l'esprit humain. Un petit fait, qui m'est personnel, montre quelles surprises on pourrait attendre d*une étude de ce genre. M'étant fait traduire un conte qu'un indigène venait de dire dans un café maure au milieu des rires des assistants, il se trouva qu'il est de tous points semblable à un récit qui figure dans la préface du tiers livre de Pantagruel. Rabelais, qui savait l'arabe, l'avait-il trouvé dans quelque auteur qu'il n'a pas cité? Ou bien faut-il voir dans cette coïncidence une preuve de plus de cette vérité, que l'on <îommence à entrevoir, que l'humanité a un fonds commun d'anecdotes plus ou moins paraboliques, que les générations se transmettent de l'une à l'autre depuis le commencement des temps?

Hammam-Meskhoutine, le bain des Maudits, a nécessairement sa légende. Un riche Arabe avait une sœur d'une grande beauté, il en devint éperdument amoureux et résolut de l'épouser. Ses amis lui remontrèrent le sacrilège d-uac pareille alliance, il les éloigna de sa présence; des imams vinrent pour le détourner de son projet au nom duKoran, il leur fit couper le cou. Le mariage se fit, et le soir il y eut de grandes réjouissances; mais, à minuit, au

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moment où les deux époux se retiraient sous leur tente, la terre s'entr'ouvrit et vomit des flammes. Les deux pécheurs furent engloutis vivants, et tous ceux qui avaient assisté à la fête furent changés en roches. C'est pour cela, disent les Arabes, que le rocher est resté brûlant, que l'eau bout, et que Ton voit autour des sources des cônes de pierre qui ont l'air de tourelles ruinées. Ces cônes, se sont les invités ; mais la nuit ils secouent leurs enveloppes de pierra et la fête recommence. Malheur à celui que la curiosité attirerait, il serait entraîné dans la sarabande, et à l'aube il serait pétriûé comme les autres. Je conçois parfaitement cette crainte superstitieuse qui, sitôt que la nuit arrive, éloigne les indigènes du lieu maudiL La fumée, tournoyant sur le rocher au milieu d'un silence de mort, doit simuler aisément un cortège de f'antômes, pour peu que la lune la traverse de ses blancs rayons.

Au-delà d'Hammam-Meskhoutine, les montagnes se dénudent de plus en plus ; leur dos, où de maigres buissons s'espacent, rappelle assez la toison d'un mouton galeux. De toutes parts le rocher stérile perce la mince couche de terre qui 1« couvre. Mais bientôt toute végétation arborescente disparaît, un humus épais revêt partout la charpente du paysage ; aux lignçs heurtées de la pierre succèdent les ligïies ondulées et sans fin de la terre dont les agents atmosphériques amollissent les contours depuis des milliers d'années. Une nouvelle région à blé commence, immense celle-là, se continuant en tous sens sur des centaines de kilomètres. Nous

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qaittons décidément la {partie da Tell où. en dépit d'une réputation imméritée, les bois abondent et couvrent toutes les pentes d'un manteau qui reste éternellement vert ; voici maintenant Vager frugum fertilis, bonus pecori, arbori infecundus -de Salluste, la terre fertile en grain, propice au bétail, inféconde en arbres. L'haleine du printemps y fait frissonner la surface d'une mer illimitée de moissons; mais, sitôt que les récoltes sont enlevées, un mortel ennui s'y installe. Heureusement que le laboureur a autre chose à faire qu'à rêver à la beauté du lieu qu'il habite !

Dépouillez de toute verdure les mamelons du sud de Paris, et vous aurez une idée de la désolation du paysage qui nous obsède sur une longueur de soixante-dix kilomètres, de Bordj-Sabat jusqu'au Kroubs. Pas un arbre, pas un buisson, pas une touffe d'herbe, ni sur les sommets, ni dans les fonds. Pas d*autre couleur que la couleur neutre de la terre, poussière quand le soleil la grille, boue quand il pleut. L'Oued-Zenati, qui s'est creusé un fossé profond à travers ce sol friable, n'a pas un arbuste sur SCS bords, à peine quelques roseaux. Que peuvent bien brouter les moutons que l'on voit paître ?

Ce fut pourtant là, suivant l'expression consacrée, un des greniers de Rome. Ce sera un jour un des greniers de la France. Malheureusement on en a concédé la plus grande partie à la Société algérienne qui a créé trois villages peu prospères : Aïn- Regada , Aïn-Abid , Bou-Nouara. Elle se contente trop souvent de faire tout simplement cultiver par

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