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absolu, n'aime à se voir amoifidrir : or tout progrès de la colonisation amoindrit les bureaux arabes militaires, si bien que, lorsque l'Algérie sera pleinement colonisée, ils seront parfaitement inutiles, comme ils le sont déjà en territoire civil. Comment r^sprit de corps, ainsi menacé, ne lutterait-il pas, instinctivement ou sciemment, contre la marée montante de l'émigration et de la colonisation? En douter, ce serait méconnaître les lois les plus certaines de la nature humaine et nier l'évidence des faits. « Un préfet propose-t-il de resserrer un peu, pour faire place aux émigrants, les Arabes qui promènent à travers une immense étendue de terres incultes leur paresse de peuple pasteur et nomade, le bureau arabe ne se jprête que de mauvaise grâce ou résiste même à un démembrement du territoire sur lequel il règne. Quelques tentes, parmi les tribus de son ressort, veulent-elles aller se transporter, pour une cause favorable, en territoire civil, le bureau arabe, au lieu de se réjouir qu'une agrégation politiquement dangereuse et peu favorable à la production se décompose au profit des familles et des individus appelés à plus de liberté et de prospérité, se récrie contre Tégrenage des tribus, et s'y oppose autant qu'il le peut; il imagine même des formalités arbitraires et coûteuses qui empêchent ses administrés de fréquenter les marchés ou de visiter leurs parents ou leurs amis en territoire civil. Enfin, des colons témoignent-ils l'intention de s'établir en territoire militaire, à portée et au sein des tribus, le bureau arabe ne verra certainement pas avec plaisir arriver
et grandir des influences avec lesquelles il faudra compter: c'est-à-dire qu*il s'y opposera de son mieux. »
J'ajouterai que les bureaux arabes sont également, et toujours par Teffet de l'instinct de la conservation, les adversaires de l'assimilation des indigènes. Opérer les réformes que j'ai indiquées dans un chapitre spécial, toucher aux chefs, modifier la perception de l'impôt arabe, abolir la justice musulmane, c'est atteindre ceux de leurs pouvoirs dont l'exercice est le plus agréable. Ils ont été constitués en vue de la société arabe; tendre à la supprimer, c'est tendre à les supprimer eux-mêmes, c'est pourquoi ils sont partisans de l'immobilité.
Hostiles aux progrès des colons, hostiles aux progrès des indigènes, les bureaux arabes, après avoir été nécessaires et avoir rendu d'incomparables services, ont donc pris un caractère nuisible. Ils sont dans le présent de la colonie un legs gênant du passé qu'il faut s'occuper de faire disparaître. L'armée, qui avait conçu une certaine jalousie dos avantages qu'ils ont jusqu'à ces dernières années procurés aux officiers qui en faisaient partie, les verrait dissoudre sans déplaisir. Quant aux colons, ils en demandent depuis longtemps la suppression avec une âpreté de langage qui a plus nui à leur cause qu'elle ne l'a servie. Le décret du Î24 octobre 1870 remplaça le gouvernement général miltaire par un gouvernement général civil, mais ce gouvernement général civil continuant à être exercé tantôt par un vice-amiral, tantôt par un général, ils n'obtin-
Dp QUELQUES AUTRES RÉFORMES. :103
rent point sur l'autorité militaire la victoire qu'ils désiraient (i). Enfin, le 45 mars 1879, TAlgérie eut pour la première fois un gouverneur général civil, « véritablement civil », selon la propre expression de M. Albert Grévy, et les colons crurent toucher à la réalisation de leurs vœux.
M. Albert Grévy a commis une grosse faute. Il n'a rien dit ni rien fait pendant six mois. Il est arrivé et s'est mis à étudier dans le silence du cabinet les nombreuses réformes qu'on attendait de lui. Les habitants d'Alger, le soir, se montraient une lumière sur la colline de Moustafa et se disaient entre eux : C'est le gouverneur qui travaille. Pendant six mois il n'a pas fourni le moindre sujet de conversation à la société algérienne , ce qu'une société des pays méridionaux pardonnera toujours difficilement ; pendant six mois, les vingt-cinq journaux de la colonie ont vainement attendu de lui un sujet d'article, ce que la presse d'aucun pays ne pardonnera jamais. Il est des circonstances où il est sage d'amuser les hommes ; pour n'avoir pas compté avec ces petites nécessités de la vie quotidienne, M. Albert Grévy a perdu la grande popularité dont il avait été invesiti d'office en débarquant et ses fonctions en sont devenues beaucoup plus pénibles. Aussi, quand il a fait connaître ses projets, se sont-ils trouvés en présence d'une opinion à laquelle il a?ait laissé le temps de douter de ses intentions et de son mérite, et qui
(1) MM. Dubouzey et Alexis Lambert, nommés successivement commissaires extraordinaires , 1870-1871 , n'avaient îùi qa# passer dans la colonie.
30t A TKAVKRS L'Al.GÉKIIS.
n'avait plus par conséquent la confiante sympaUùe de la première heure. J'ai déjà parlé de ceux ^i concernent la sécurité, le crédit et la constitution, d'un état civil pour les indigènes ; il m'a paru qu'ils satisfaisaient la majorité de la population. 11 n'en est pas de même de celui qui a rapport à la subsUtution de l'administration . militaire; il a soulevé de une certaine inquiétude.
M. Albert Grévy veut ratl Tell presque tout entier. Le porté de moins de cinq mill:
d'bectares et sa population de 1,365,000 habitants à 3,150,000; il comprendrait à peu près toutes les terres sur lesquelles la colonisation européenne peut espérer s'établir. Il ne resterait au territoire militaire, c'est-à-dire aux bureaux arabes, que les steppes des hauts plateaux et le Sahara et 7^5,000 indigènes, — nomades pour la plupart. En principe, celte mesure est approuvée de tout le monde; on s'est même étonné au conseil général de Gonstantine de ce qu'elle n'englobât pas l'Algérie tout entière, et j'ai entendu soutenir fort sérieusement à £iskra que l'administration civile ne serait nulle part plus facile à établir que dans les oasis du désert. Mais sur la question d'application les avis sont très-partages. Comment organiser l'administration civile qui remplacera l'adaunistration des bureaux arabes, laquelle avait de fortes traditions, une longue expérience, une «onnaissance très-approfondie des affaires indigènes?