‹ À travers l'Algérie souvenirs de l'excursion parlementaire (septembreChapitre 8 sur 16 · LA TRAVERSÉE · texte numérisé non relu

LA TRAVERSÉE

propagateurs, nous colonisons aussi bien que d'autres. Je salue dans TAlgérie un gage de la durée de notre race et la plus rassurante des promesses pour l'avenir de notre pays.

Cependant la brume tombe tout à fait, Fhorizon s'empourpre au-dessus du cap Matifou , le soleil se lève, et ses premiers rayons frappent horizontalement les façades d'Alger. Tant de descriptions de la beauté du spectacle ont été essayées, et par les plus grands maîtres, que je n'ose y ajouter le récit de mes propres émotions. De toutes les comparaisons que j'y ai 'lues, la meilleure, à mon avis, est celle de la carrière de marbre. On dirait, en effet, une avalanche de blocs qui a glissé de la Kasbah, et s'est étalée sur la pente arrondie de la montagne, en un triangle dont la base ne s'est arrêtée qu'à la mer. Les cubes blancs des villas innombrables éparpillées à travers la verdure sur les coteaux de Mustapha, ajoutent à l'illusion. On imagine que les environs d'une carrière exploitée par des géants auraient cet aspect. Le lait est moins blanc que toutes ces habitations qu'on a sous les yeux, qu'elles soient dans la ville ou dans la campagne, et l'œil, habitué à l'enveloppe grise de nos édifices, en est délicieusement surpris. Nous ne faisons que passer à Alger. La caravane parlementaire y venait chercher le gouverneur général, M. Albert Grévy, qui devait se rendre avec elle à Bône, où commençait réellement le voyage. Le lendemain matin, nous nous rembarquons donc à bord d'un bâtiment de l'État, F Européen. La vue des côtes que nous ne cessons de longer étonne beau^

coup quelcjueSrmns d'entre nous. Pendant quatre cents kilomètres, noya n'avons sous les yeux que des montagnes boisées. On ne saurait dire qu'elles sont verdoyantes, mais elles ont cette belle rousseur d'automne que Gautier appelait couleur rôtie de pain grillée, et elles ne ressemblent nullement au pays plat, nu, calciné et sans eau que bien des gens s'attendent à rencontrer. En réalité, en s'en tenant simplement au territoire colonisable, il y a deux 'Algéries, l'une faite des régions où deux chaînes de montagnes courent parallèlement à la mer, on y trouve dMmrûenses forêts d'une superficie totale plus considérable que celle des forêts de France ; Vautre faite de vastes plaines faiblement ondulées où l'on ne rencontre pas un arbre. Je ne sais pourquoi on parle toujours de celle-ci, ce qui donne des idées ' très-fausses sur l'ensemble de la colonie.

Le débarquement. — Les querelles de Bône et de Constantine. Le département de la Seybouse. — Autres vœux de Bône. — La ville. — Les corailleurs. — Les Biskris. — La Kasbah et ses légendes. — Les incendies des forêts. — Une kouba. Les ruines d'Hippone.

Nous doublons le cap de Garde, et nous pénétrous brusquement dans la baie de Bône. La côte d'Afrique décrit beaucoup de ces courbes profondes, dans le repli occidental desquelles des villes se cachent à l'abri des vents dangereux. Mers el-Kébir, Arzeu, Alger, Bougie, Stora, Bône, se sont bâties ainsi, provoquées par le refuge que leurs rades offraient aux vaisseaux. Le paysage en demi-cercle est gracieux : à droite, les croupes de l'Edough, chargées de forêts, fuient vers l'horizon; au fond, deux mamelons d'une verdure vigoureuse tranchent sur la plaine de la Seybouse ; à gauche, une terre basse borde d'un ourlet noir la surface bleue de la baie. Le bloc blanc de la Kasbah signale de loin remplacement de Bône, que deux petites collines cachent encore.

Comme nous approchons, on nous fait remarquer'

un rocher qui figure un lion avec une vérité q^ue

10 A TRAVERS L»ALGÈR1E.

l'en rencontre rarement dans les bizarreries naturelles de ce genre. L'animal est dans une attitude de curiosité profonde dont Barye aurait pu s'inspirer ; il est accroupi, les épaules sont renflées par un geste énergique, il'penche la tête et regarde attentivement les vagues qui lui. lèchent les pattes de devant.

Peu à peu les collines, s'écartant comme un écran, laissent apercevoir la ligne noire de la jetée, le quai de l'avant-port courant le long d'un contrefort de l'Edough taillé à pic, une haute porte cintrée enjambant le quai, un pied contre la montagne et l'autre dans la mer, et par là-dessus quelques habitations et la tour carrée d'un minaret. Une fois entré dans le port, on voit la montagne finir en pente douce, et, sur le versant qui regarde la baie, une cinquantaine de maisons. La ville est invisible de l'autre côté, fâcheusement abritée contre les brises de la mer.

Le débarquement est fort pittoresque. Les goums de la subdivision, rangés sur le quai, le sabre au poing, encadraient la scène. Des agents de police indigènes, portant le turban, la veste, le seraoual et le bas tendu sur le mollet, contenaient avec une badine une foule épaisse où se mêlaient tous les costumes de l'Algérie. Quels contrastes! Mon œil étonné^ allait du feutre mou à la chéchia rouge, du chapeau à haute forme au turban, du mouchoir maltais simplement noué autour de la tête au haïk arabe serré d'une corde en poils de chameau. Ce qui frappe tout d'abord, c'est combien ces races qui s6

J^j-i^yl-n^

mêlent se sont encore peu pénétrées l'une Tautre, c'est combien les costumes restent tranchés. A peine, pendant tout le voyage, airje vu quelques pauvres Kabyles passer un de nos pantalons ou enfiler un paletot. Ce compromis entre les deux costumes, inspiré par la nécessité, n'était qu'un accident. L'indigène, plein de mépris pour des vêtements qui moulent les formes et que pour cela il trouve indécents, reste fièrement drapé dans son burnous. Les artistes l'approuvent et la raison aussi , car son costume convient bien mieux que le nôtre au climat. La seule concession qu'un assez grand nombre aient faite à la manie qu'ont les peuples inférieurs de copier les modes de leurs aînés en civilisation, consiste à porter des chaussettes. Le rhume de cerveau a plaidé pour le progrès.

Je faisais cette observation en prêtant une oreille distraite aux compliments que le gouverneur et les autorités municipales échangeaient sur le quai, lorsque le ton du maire éveilla mon attention. Il se plaignaitvivement.Bôneest une jeune ville très-remuante, très-affairée, très-prospère, qui compte aujourd'hui 24,000 habitants, et qui possède un des quatre grands ports de l'Algérie. Elle prétend même que le sien est le meilleur : il est certain que les navires y abordent à quai, ce qu'ils ne peuvent faire ailleurs. Elle partage avec la Galle les bénéfices de la pêche du corail, elle a dans son voisinage les mines les plus riches de l'Algérie, elle est le centre d'une exploitation de chênes-lièges fort active, le débouché naturel de la fertile vallée de la Seybouse, le point d'embarqué-

ment désigné pour les céréales de Tintérieur de la province. Deux chemîns'de fer la mettent en relation, Tun avec Constantine, Tautre avec la Tunisie ; elle espère en obtenir deux autres qui la relieront à Tebessa et à Aïn-Beida. Bref, elle est placée et outillée pour devenir ce qu'elle est déjà dans une certaine mesure : un des grands centres algériens.

Une seule chose contrarie son existence et nuit à son développement, du moins à ce qu'elle croit : c'est sa subordination administrative à Constantine. Cette dernière ville a violenté la nature pour se créer un débouché direct vers la mer. On lui a construit une voie ferrée qui a franchi .fes ravins et coupé les montagnes à grand renfort d'ouvrages d'art, et on a jeté des sommes relativement énormes à la mer pour lui faire, à Philippeville, u4:pôrt dont les vagues renversent incessamment les murailles et dont l'entretien reste fort coûteux. Coifstantine et Bône se disputent le commerce des mêmes régions ; les deux voies ferrées parallèles, Gùelma à Bône et Constantine à Philippeville, se jalousent et se battent à coups de tarifs. Quelques jours avant le passage de la caravane, la première, pour accaparer les céréales du haut pays, avait abaissé le prix du transport de 15 centimes à centimes par tonne et par kilomètre. Mais l'État, qui plane au-dessus des passions locales, et qui paye une garantie d'intérêt aux deux compagnies, ne jugea pas à propos de s'exposer à faire les frais de la lutte et refusa d'homologuer le nouveau tarif. Un grief de plus sur le cœur des BônoisI Ils supposent, et peutêtre n'ont-ils pas absolument tort, que s'ils ont fré-

quemment le dessous dans celte rivalité, cela tipnt à ce que Constantine est le siège des autorités départementales et qu'elle pèse sur leurs décisions. Pour égaliser les chances , ils demandent qu'on crée un nouveau département en leur faveur. Leur territoire est le plus riche et Tun des mieux peuplés de la province, il a assez de ressources pour se suffire à luimême. On s'accorde à reconnaître que la province de Constantine est d'une étendue démesurée et que tous les services en souffrent. Le moment est donc venu de créer le département de la Seybouse. Voilà ce qu'ils se disposaient à dire à la caravane parlementaire, lorsque, la veille de notre arrivée, V Indépendant annonça que la province allait être en effet scindée en deux, mais pour créer un département de la Kabylie. Bône se croit sacrifiée, Bône entre aussitôt en ébuUition ; ces têtes du Midi s'enflamment aisément; on veut manifester, on parle d'accueillir par une bordée de sifflets le gouverneur et la caravane ; pourtant on décide sagement qu'on attendra une explication, et sans plus tarder, après quelques paroles de bienvenue , le maire la demande au gouverneur un peu interloqué sur le quai même où il vient d'aborder ; M. Albert Grévy le rassure, et une demi-heure après une affiche placardée sur tous les murs, démentait la création d'un département de Kabylie. Je ne sais ce qui serait arrivé si la nouvelle s'était trouvée exacte ; tant qu'elle ne connut pas la vérité, la population fut d'une froideur qui montrait combien elle avait à cœur cette affaire. Pas un cri! Le sabot des chevaux sonnait

<Mi^m

sur le pavé comme si la ville e<lt été déserte.

Être chef-lieu de département est le grand vœu de Bône ; il en est d'autres de moindre importance qui ne sont pas moins légitimes. Ce port, le troisième de l'Algérie, d'un mouvement. annuel qui atteint 450,000 tonnes, n'a pas de service direct avec la métropole. Les paquebots qui le relient à Marseille passent soit à Philippeville, soit à Ajaccio. Les affaires souffrent beaucoup de ces retards. Certains commerces, celui des primeurs par exemple, très-prospère à Philippeville, est complètement paralysé à Bône. Cette cause d'infériorité ne saurait subsister plus longtemps sans injustice. L'importance du mouvement commercial que je viens d'indiquer réclame une autre réforme. Les questions contentieuses se multipliant sans cesse encombrent le tribunal, qui ne peut plus suffire aux exigences de son quadruple rôle, civil, correctionnel, commercial et musulman. La création d'un tribunal de commerce est urgente.

La ville n'offre rien de particulièrement curieux. Gomme dans la plupart des villes algériennes, le passé n'y a pas laissé de* monuments et nous n'avons pas encore eu le temps d'en construire. C'est quelque chose comme un Havre au petit pied, un port de mer tout moderne. Elle est divisée en deux parties : le vieuxBône, siirle penchant du contrefort de l'Edough, et le nouveau, qui grandit et s'étale chaque jour davantage dans les terrains plats au-delà du cours National. L'une et l'autre ont un aspect tout à fait européen : des rues larges et tirées au cordeau, -de

belles maisons d'après le type que nous reproduisons dans toutes nos villes ; rien de ce à quoi'fait songer le nom de l'Afrique. 11 y a bien dans les rues hautes un bout de ville arabe qui a résisté jusqu'à présent

1 à toutes les tentatives d'alignement, mais il nous a

suffi d'entrevoir Alger pour y prendre peu d'intérêt.

A Marseille, quand on se promène sur les quais,

^ la confusion des langues frappe vivement; à Bône, elle est bien plus marquée encore. On entend plus souvent le rude accent des Sardes, la langue guttu-

f raie et sourde des Maltais, que le français. Sur 24,000 habitants, il y a, en effet, près de 5,000 Italiens, autant de Maltais et 6,500 indigènes. Les Pran-^ çais sont à peine plus de 6,000.

La vie se concentre sur le cours National, trait d'union entre les deux villes, et autour du port. Presque tous les jours il entre dans la darse un paquebot qui vient de Marseille , d'Alger ou de Tunis,* et l'on m'a assuré qu'on y voit constamment dix ou douze grands bateaux : les uns chargent du blé, d'autres du liège,

I d'autresdu minerai. La Compagnie de Mokta-el-Hadid a une flottille à elle, de même qu'elle aune voie ferrée pour amener son minerai jusque sur le quai.

i J'ai vivement regretté de n'avoir pu aller visiter cette

I belle exploitation minière, l'une des plus vastes du flionde entier. Elle est à trente-trois kilomètres de

I Bône, sur les bords du lac Fefzara. L'extraction se

f fait soit par des galeries souterraines, soit à ciel ou-

' vert. Des centaines d'ouvriers échelonnés sur des gradins pratiqués de cinq mètres en cinq mètres dé-

I bitent une montagne de fer presque pur. Huit trains

amènent chaque jour sur le quai de Bône liOO tonnes de rainerai.

En été et jusqu'en octobre, il y a souvent aussi dans le port des bateaux corailleurs, ou, pour parler la technique du métier, des coralines. La Galle a toujours été le principal centre de la pêche du corail, mais Bône y prend part également ; sa baie contient des bancs assez riches, et il arrive fréquemment<îue, par les gros temps, des pécheurs de la Galle se réfugient dans son port. Pe la côte on voit au loin la voile latine des fearques, blanche comme Taile d'une mouette. Le gouvernement ne permet que deux epgins : le scaphandre et une sorte de croix de bois accompagnée d'un filet. On attache une grosse pierre à la croix, on la traîne au fond de la mer, et les rameaux de corail qu'elle détache s'entortillent dans les mailles dulilet qui les ramène avec lui. G'est une rude vie que celle de ces marina occupés tout le jour à n^anœuvrer cette grossière machine. De dures fatigues, une mauvaise nourriture et les dangers de la mer, pour gagner quarante ou cinquante francs par mois. La plupart sont Italiens ; on en compte environ deux mille en Algérie. La précieuse substance qu'ils recueillent a longtemps intrigué les savants. Au commencement du dix-huitième siècle, un naturaliste italien démontra à l'Académie royale des Sciences de Paris que le corail était une plante : « Les branches de cette plante étant tirées de la mer, disait-il, et posées dans des vases où il y ait assez d'eau pour les couvrir, au bout de quelques Jieures on voit, de chaque tubule, sortir une fleur blanche ayant son

l^^i^pSYT.

pédoncute et huit feuilles, le tout de la grandeur et figure d'un clou de girofle. » L'Académie ne fut pas convaincue. Elle chargea un des élèves du natura- Iiste,nommé Peyssonnel, d'aller étudier le corail dans ses propres eaux. Peyssonnel fit dans les États Barbaresques un beau voyage qui, aujourd'hui encore, est bon à consulter et constata que « cette prétendue plante n'était, au vrai, qu'un insecte semblable à une petite ortie ou poulpe ». Le savant italien, son maître, avait pris les tentacules du poulpe pour des pétales et son corps pour un calice de fleur. Il est aujourd'hui bien démontré que le corail se compose des carapaces agrégées d'une infinité de polypes d'une espèce particulière.

J'ai fait, pour la première fois, à Bône, connaissance avec une honorable corporation qui infeste toutes les villes algériennes : celle des Biskris. Biskrr, à proprement parler, veutdirenatif deBiskra, mais, comme on les compte par milliers en Algérie, il faut croire qu'ils se recrutent un peu partout. Tous les porteurs d'eau de Paris ne sont pas non plus Auvergnats. Le Biskri a généralement de huit à douze ans, il a pour tout costume une chéchia rouge et une gandourah. La chéchia est une simple calotte et la gandourah est une simple chemise taillée sur un patron primitif. Représentez-vous un sac et trois trous, un pour la tête et deux pour les bras. Les colons prétendent que le musulman a une horreur instinctive pour l'eau, et la gandourah est blanche juste le jour où on la met pour la première fois. Le Biskri n'a pour toute fortune qu'une petite boîte où il loge deux

brosses et une boîte à tirage. Armé de cet engin, il vous guigae au coin de la rue. A peine êtes-vous 3 votre chambre le matin, que vous entendez « Cirer, m'sicu? » et, quand vous avez fait cinpas dans la rue, vous avez à vos trousses douze is qui vous montrent leur boîte en répétant : ', m'sieu? » Si vous faites un geste d'acquiest, c'est une lutte homérique ; chacun veut avoir BU, et vous prenez deux cireurs, pour faire au deux heureux. Aussitôt que le brillant de vos se ternira un peu, le cri recommencera. Je s pas, pendant tout le voyage, ôtre arrivé à ■e cirer moins de trois fois par jour. Le Biskri lutre ressource. Il s'aperçoit tout à coup que .ez un objet à la main ; si menu qu'il soit, il e ; (' Porter, m'sieu? » El il vous l'arrache et derrière vous. Enfin,' s'il n'a aucun moyen de vous extraire un sou, il le mendie carréil tend la main : «Un sou, m'sieu! a Pour il s'improvisera saltimbanque; il nouera les e sa chemise entre ses cuisses, et tous les ue vous admirez chez nos acrobates, il vous .. Ce jeune corps, un peu grêle, mais généraadmirablement fait, a la souplesse de l'osier sticité de l'acier. Pour cinquante centimes, mvez exécuter une entrée sur une place avec .ège faisant la roue. Je me souviens qu'à Minons étions sur la terrasse qui surplombe la lu Zaccar d'au moins quinze mètres ; Lemay riant à un Biskri qui le harcelait : « Jette-toi » Il regarda l'abîme, en mesura la profondeur

Pi^

li^'PjpJiJ .'ViM">

et répondit sans sourciller: «Combien donnes-tu?» D'abord, la familiarité du gamin choque, son insistance importune, mais on s'y habitue. Il n'y a rien de laid ni de déplaisant dans la pure lumière de l'Afrique. La physionomie du petit Biskri est presque toujours charmante, sa tête rasée a des rondeurs bouffonnes, ses yeux noirs pétillent d'intelligence, îl ignore la mauvaise humeur , et un large sourire épanouit éternellement ses grosses lèvres ; avec cela il est leste et infatigable. Vous vous surprenez quelquefois à jouer avec cette nuée de moucherons dont la turbulence quémandeuse finit par amuser.

Nous sommes montés à travers les mûriers et les pins, jusqu'à la Kasbah. Toutes les villes algériennes ont leur Kasbah ; c'est une forteresse généralement isolée, bâtie sur une hauteur, et à deux fins : tantôt menace et tantôt refuge, tantôt moyen de défense et tantôt instrument d'oppression. En cas de danger, , les habitants y enfermaient ce qu'ils avaient de précieux et, au besoin, s'y enfermaient eux-mêmes; plus souvent les canons des remparts étaient tournés aussi bien contre eux que contre l'ennemi extérieiir et servaient des maîtres que la population ne s'était pas toujours donnés. Du haut de la Kasbah de Bône nous jouissons d'une vue admirable : la baie est transparente,, glacée de reflets; les mamelons qui bossuent la plaine semblent les ouvrages' avancés de l'immense citadelle de l'Edough, Bône apparaît enveloppée d'une ceinture de jardins. Le paysage est d'une grâce irrésistible dont la note dominante est

donnée par la Sey bouse, qui s'étale avec le calme d'un lac entre deux haies de tamarix.

Les Guides répètent, les uns après les autres, que la Kasbah de Bône fut prise dans la nuit du 26 mars i832, à la suite d'un coup de main que le maréchal Soult appela en pleine tribune « le plus J)^au fait d'armes du siècle ». Le maréchal Soult en avait vu bien d'autres ; pour qu'il hasardât un pareil éloge, il fallait une aventure bien merveilleuse. Je rêliaû d'une poignée d'hommes accrochés à la corde, grimpant dans les ténèbres et massacrant une garnison. Mais j'avais eu beau chercher, je n'avais trouvé aucun détail dans les historiens. Un événement de ce genre avait dû laisser des souvenirs dans la population. J'interrogeai l'aimable membre de la municipalité qui nous Servait de guide, M. Magliulo :

— De quelle fameuse escalade voulez-vous parler? dit-il.

— De celle de- 1832, Yussuf.. ! Armandy,. l

— Ah! mais il n'y a rien eu de particulièrement extraordinaire dans cette escalade. Il y avait une garnison turque dans la Kasbah et des troupes du bey de Gonstantine dans la ville, sous les ordres de Ben-Aïssa. La garnison turque se vendit, chaque homme devait recevoir 200 francs payés comptant et une pension de 30 francs par mois. Le bateau la Béarnaise était dans la baie de Bône, c'était mon père qui le pilotait; trente marins en descendirent une nuit sous les ordres du capitaine d'Armandy, évitèrent la ville, grimpèrent la falaise, et une fois

VÎam '[hj^

arrivés sous les rtuirs de la Kasbah , firent un signal convenu. On leor jeta une corde, ils escaladèrent les remparts à la force du poignet, et on leur livra le fort. Us en tournèrent aussitôt les canons contre la ville, et de grand matin ouvrirent le feu. Ben-Aïssa lâcha à travers Bône ses trois mille bandits, qui massacrèrent les hommes et les femmes, prirent les enfants pour les vendre, et mirent le feu aux quatre coins de la ville avant de se retirer. Voilà « le plus beau fait d'armes du siècle ». L'armée d'Afrique en a cent autres de plus glorieux.

— J'aimais mieux ma légende.

— Il faut y renoncer, me dit un employé de la mairie qui nous accompagnait. J>eux soldats de Ja garnison turque survivent depuis quarante-sept ans à leur trahison et habitent toujours Bône. C'est moi qui ordonnance chaque mois le paiement de leur pension.

En redescendant, on nous fait remarquer au loin, sur les flancs de VEdough, de sombres zébrures qui .trouent en plusieurs endroits le manteau des forêts. Ce sont les traces des grands incendies du mois d'août; chaque année, l'été, avec une déplorable régularité, ramène les mêmes désastres. Souvent, au mois de juillet ou au mois d'août, d'un bout à l'autre de l'Algérie, l'incendîe s'allume sur cent points de la région forestière, d'énormes colonnes de fumée obscurcissent le ciel, la flamme court sur les pentes, les broussailles grillées par une chaleur torride flambent avec une effrayante rapidité , le feu s'étend en immenses nappes au milieu desquelles les arbres sécu-

laires se tordent comme de noirs spectres. Alors tout

le monde accourt, la population civile et les soldats; mais l'homme est bien faible en présence de pareils fléaux. Cependant on se porte du côté où lé vent chasse les flammes, on arrache les broussailles, on abat les arbres , on pratique à travers la forêt des vides où l'incendie s'arrête faute d'aliments. Le moyen ne réussit pas toujours , une étincelle porte le feu plus loin, il faut recommencer, et on lutte ainsi pendant des semaines entières. Il n'est, pas d'année où Bône, situé dans le voisinage de quelquesunes des plus belles forêts de l'Algérie , n'ait deux QU trois fois ce triste et grandiose spectacle d'une montagne qui brûle et vomit la flamme et la fumée comme un volcan.

Comment prend le feu? Parfois par accident, souvent par imprudence; l'indigène incendie des broussailles pour se faire uji pâturage, 'et l'incendie se communique; souvent aussi par malveillance. Le vaincu ne peut plus nous faire la guerre ouvertement, mais il la continue par le brigandage ; s'il ne peut plus nous disputer le sol dont il était autrefois lé maître , il se venge du moins en nous en ravissant les fruits.

C'est en vain que la loi du 17 juillet 1874 a prescrit les mesures les plus sévères : du 4^' juillet au 1°' novembre, défense d'apporter ou d'allumer du feu dans l'intérieur ou à 200 mètres des forêts ; défense, à moins d'une autorisation expresse, de mettre le feu aux broussailles, dans un rayon de 4 kilomètres; obligation, pour les indigènes de la

I tâk» m^ jA^, I t * Il rf^ —

région forestière, d'exercer un service de surveillance et de prêter leur concours en cas 3'incendie ; application de la responsabilité collective aux tribus; application du séquestre quand les incendies, par leur simultanéité, semblent indiquer que les indigènes se sont concertés ; défense de pâture sur les endroits incendiés. Rien n'y fait. En 1877, i0,538 hectares ont été ravagés par le feu qui a causé un dommage évalué à plus de i ,800,000 francs. Les colons demandent une résolution énergique : l'expropriation de tous les indigènes qui vivent dans la région forestière. Le moyen serait sans doute efficace, mais il a quelque chose d'inhumain qui répugne ; ce serait le commencement du refoulement, cette extermination déguisée. Au fond de tous les conflits entre conquérants et conquis, il y a toujours la môme cause : la haine, et nous n'avons rien fait jusqu'à présent pour l'apaiser.

Les ruines d'Hippone sont, au sud de Bône, à vingt minutes de la porte à laquelle elles ont donné leur nom. Le long du chemin, ce n'est qu'un jardin continu et admirable ; les oliviers , les figuiers, les citronniers, les cédratiers, passent la tête par-dessus les haies ; nous apercevons quelques palmiers cultivés ici comme arbres d'ornement, et des bosquets d'orangers qui ploient sous les oranges vertes. Dans nos pays du Nord, ces noms éveillent dans l'imagination des idées de chaud soleil, de belle lumière, d'éclatantes couleurs, de grasse fertilité : toute une poésie de bonheur flotte autour d'eux ; il nous est agréable de les entendre et nous avons plaisir à les

A TRAVER^S L'ALGÉRIE.

prononcer. Qu'est-ce donc que de voir les arbres eux-mêmes s'épaaouir en pleine terre? Ici, lest oliviers sont des arbres comme nos chênes ; ce ne sont plus ces végétaux rabougris , tors , souffreteux, qu'on voit en Provence et qui ressemblent à des tronçons de cylindre ou à ces buis que les Hollandais taillent en forme de table. Les haies mêmes me ravissent : elles sont faites de grenadiers, d'acanthes, de lentisques. Noms charmants, plus charmants feuillages d'un vert cru et luisant! Les gigante3ques aloès qui bordent la route, épuisés par la sécheresse, dégonflés de sève, laissent traîner par terre leurs feuilles qui ressemblent à des lames d'épées tordues par le feu.

A mi-chemin , on visite la kouba de Sidi-Brahim. On appelle kouba un petit monument élevé audessus du tombeau d'un musulman vénéré. L'Algérie en est couverte , je suis émerveillé du soin avec lequel les indigènes conservent les restes et la légende de leurs personnages : la dévotion chrétienne n'est rien auprès de la dévotion musulmane. La kouba devient une chapelle où les fidèles vont prier, les femmes s'y donnent des rendez-vous, et on les y rencontre traînant après elles des bandes de petits enfants. Figurez-vous une enceinte carrée ou circulaire, et par-dessus une calotte sphérique. Cette forme est familière à nos pâtissiers parisiens. Rien de curieux à l'intérieur, de mauvaises nattes d'alfa sur le pavé, des murs nus, quelques niches pour recevoir les babouches des visiteurs , un grillage en bois derrière lequel le cercueil du saint repose sous un drap rouge.

BONB. 25

trois ou quatre étendards poudreux et passés, et un escalier qui conduit sous la coupole. Toutes les koubas se ressemblent. Ah I depuis les gracieux architectes de Tlemcen , le sentiment artistitique a bien décliné parmi les indigènes de TAlgérie.

Hippone occupait les deux mamelons verdoyants qu'on aperçoit de la mer quand on entre dans la baie. Ses murailles ruinées sont cachées aujourd'hui sous des oliviers centenaires et des jujubiers qui atteignent des dimensions qu'on ne retrouve guère dans le reste de TAfrique. Les Arabes appelaient Bône B'Ied-el-Aneb, la ville aux jujubiers. La cité romaine devait être fort grande, et on a calculé qu'elle couvrait au moins six cents hectares. Elle s'étendait très-probablement jusqu'à la Seybouse, où l'on a retrouvé les ruines d'un quai avec les boucles de bronze auxquelles les marins antiques attachaient leurs barques. Le seul témoin qui puisse attester encore cette grandeur évanouie, est une vaste construction que l'on trouve sur le mamelon de droite. Qu'était-ce? Les archéologues ont décidé que c'était l'établissement hydraulique qui distribuait Teau à la ville. Soit. L'étendue des citernes, l'épaisseur des murs, la hauteur des voûtes, remplissent d'admiration. Un figuier a poussé au milieu de la plus vaste des salles ; des cactus versent des cascades de raquettes d'un vert pâle sur les pans de murs décourônnés et éventrés ; quand on lève la tête, on voit se profiler sur le ciel les cimes vigoureuses des oliviers et des jujubiers. Depuis qu'il y a des hommes, et depuis qu'il y a des ruines, l'aspect

d'un lieu abandonné amène la même réflexion désenchantée. Des empires se fondent et s'écroulent, rhomme croit remuer le monde et fixer le temps, et le temps et le monde restent impassibles. L'oubli recouvre les plus grands noms, la verdure s'installe au milieu des plus admirables monuments, la nature continue aveuglément son œuvre,, et sa solennelle indifférence nous accable du sentiment malsain du néant.

Au-dessus des ruines de l'établissement hydraulique, on a élevé un petit monument qui fait peu d'honneur à saint Augustin. On dirait plutôt la maquette que le monument même : une statuette de 90 centimètres sur un petit piédestal à degrés. Les marches sont couvertes de coulées de stéarine et de débris de figues de Barbarie. La stéarine provient des nombreuses bougies que les Maltais viennent brûler en l'honneur du saint. Les débris de figues de Barbarie proviennent des Arabes, qui, lorsqu'on ne peut pas les apercevoir, donnent satisfaction à leurs passions religieuses en lapidant la statue de fruits gâtés dont la pulpe jaunâtre dégoutte le long du bronze.

y. ,,'-"?ïs-'- .

BONE (suite)

Le concours régional. — Les chevaux arabes. — Bœufs et moutons. — Le chéne-liège et le liège. — La vigne et les vins en Algérie. — Curiosités gastronomiques, le raisin de l'Ecriture. — L'olivier. — Peaux de grèbe et peaux de lion. — Un fabricant de tapis indigène. — Les courses de chevaux en Algérie. — Une fantasia.

La caravane parlementaire avait choisi Bône comme point de départ de son excursion, à cause des fêtes qu'on avait annoncées. Il devait y avoir inauguration d'une statue de M. Thiers et concours régional. Pourquoi une statue de M. Thiers? Il n'était jamais venu en Algérie, et il ne s'en était jamais occupé d'une façon particulière. Il avait un esprit clair, mesuré, peu vibî'ant, à qui le moment suffisait; des semailles en vue de l'avenir de notre race devaient lui paraître clioses un peu chimériques, et je suppose qu'il ne s'est jamais fait une idée bien nette du rôle que l'Algérie pourra tenir ua jour dans nos destinées. N'importe! En mourant, un citoyen de Bône avait laissé une dizaine de mille francs pour qu'on lui élevât une statue ; le conseil municipal avait parfait la somme nécessaire et com-

28 , ' ■ - A 'ÇKAtERS L'ALGÉÇIE.

Inandé à M. Guilbert un doyble ^u monument de Nancy. Jj'inaugu ration était fixée au 28 septembre. Mais le sculpteur manqua de parole, et, au moment où arriva la^aravane, le piédestal, planté au bout du cours National près de la mer, attendait encore sa statue.

Restait le concours régional. Ce n'est pas sans appréhension que je me hasarde à en parler. Des bestiaux dans des boxes, des cochons vautrés derrière des planches , des fruits et des plantes sous des vitrines, des échantillons empilés le long d'un mur, ne parlent guère à l'imagination. Il faudrait un spécialiste. Je vais à ces exhibitions un peu comme le public , et le public ressemble à ce brave homme qui me racontait que ce qui l'avait le plus émerveillé dans l'Exposition de 1878, c'était une pyramide de pelles et de fourches de fer qu'un industriel américain avait dressées comme des faisceaux de piques et de boucliers. Le public voit ce qui l'amuse et néglige ce qui est véritablement intéressant. Cependant, comme ce concours est le premier qu'ait vu l'Algérie, je veux en dire quelques mots en m'aidant des explications que le président du comité agricole donnait aux députés en les promenant à travers les galeries.

Malgré une malechance persistante qui en avait contrarié tous les préparatifs et malgré l'abstention à peu près complète de la province d'Oran, trop éloignée, le catalogue de cette exposition ne comprenait pas moins de 828 numéros. En premier lieu, venaient quatre-vingts chevaux, dont vingt-cinq étaient

"i^irv"

présentés par des indigènes. On reoonnalssaU ceut-cî à une tache de îienn^ posée à la naissance de la crinière ou à l'un des quatre pieds. A première vue< on dirait du sang mal lavé, et l'effet est franchement désagréable. Les Arabes estiment cependant, que c'est une parure ; quelquefois ils en frottent la bouche du cheval, qui prend alors un aspect sanguinolent. On ne comprend bien Fromentin, et on ne jouit bien de ses couleurs , que quand on a vu ces charmants animaux dans le soleil sous lequel ils se sont développés. Leurs robes sont onctueuses et luisantes, d'un moelleux qui est une caresse pour l'œil. Littéralement il y en a de bleues, de violettes et de roses. Même après Gautier et Fromentin, même après Delacroix et Regnault, cette assertion a l'air d'une énormité. Et cependant je les ai vues.

Au repos, ces chevaux ont un air de douceur résignée qui frappe; on croirait qu'ils sont pénétrés de la philosophie fataliste du Coran. Mais, sitôt qu'ils sont montés, ils dressent la tête avec une sorte d'arrogante fierté; ils tiennent droites leurs oreilles; leurs naseaux se dilatent; ils se cabrent; leurs jambes maigres, leur longue crinière, leur queue qui ruisselle jusqu'au sabot, ont une élégance inexprimable. C'est un plaisir dont je ne me rassasierais jamais que de les voir bondir comme des sauterelles au milieu de la poussière des routes. La terre les brûle; ils ont toujours le pied en l'air. Et l'on songe à

toutes' ces histoires merveilleuses, qui ont bercé notre enfance, de chevaux qui traversent le désert £omme le vent, et on y croit. On m'a dit qu'aujouN

9t X TRAVERS L'ALGÉRIE.

d'hui encore, et bien qu'ils viennent briguer des récompenses dans nos concours, les Arabes ne peuvent se faire éleveurs. Quand ils ont un beau cheval, ils le gardent, et, leur eu offi-ît-on dix fois la valeur, ils ne consentent pas à le vendre.

La production du bétail est encore peu développée Algérie; essajée avec engouement il y a une inzaine d'années, elle était tombée en défaveur; ceidant, depuis quelque temps, les colons y revien- [it et s'en trouvent fort bien. Ils achètent aux ibes des bêtes maigres, les engraissent en queles mois et les revendent avec un bénéfice de 20 0/0. Quelques chiffres indiquent le progrès raie que cette industrie a faite et les richesses qu'elle roduit dans la colonie. En 1875, l'Algérie avait aorte 2,592 bœufs d'une valeur de 507,301 fr., et i,201 moutons d'une valeur de 7,444,020 fr. En 7R, elle aexporlé 52,628 bœufs valant 10,484,630 fr. 733,758 moutons valant 14,675,160 fr. Les derniers }leaux de la douane indiquent que la progression est [istaQte,particulièrement pour les bœufs. Les arron- ^sements de Bône, Guelma et Pbilippeville sont des is favorisés pour l'élevage. L'hiver régulièrement Ux et humide fait que leurs terres incultes se coujnt d'une herbe excellente dans laquelle dominent . légumineuses. Au début de la colonisation , la upe de ces foins constituait même le principal ,'enu des colons, qui les vendaient à l'armée. On a dit que plusieurs villages installés aux environs Guelma en 1848 végétaient misérablement depuis igt-cinq ans, lorsque les colons se mirent à en-

graisser des bestiaux et trouvèrent promptemcnt

l'aisance. U existe précisément dans cet a

ment une race bovine indigène douée d

fort remarquables ; elle est rustique , bon

leuse, fournit beaucoup de lait et, avec

soins, prend facilement la graisse. Les org

du concours régional avaient institué plu;

spéciaux pour celle race, mais ils n'ont

cemer, faute de concurrents sérieux. Je

faire expliquer la cause de cette abstenti

veurs.

Par compensation, il y avait dans l'expot d'intéressants spécimens de la race mérii parfaitement acclimatée en Algérie, et des obtenus avec les races indigènes et qui également bien. Les races indigènes el étaient brillamment représentées, mais paux producteurs de laine de la colonie nt point au catalogue, car j'y ai vainement nomindigène.Dansfesvingt millions de fra quisortent chaque année de l'Algérie, la européenne ne figure que pour une fractio insignifiante, pas même le quinzième.Tout fourni par les Arabes et les Berbères. Ce :

des réflexions de plus d'une sorte : il mon quelles modifications le contact de la peut introduire dans les habitudes dii apparence le plus stationnaire, le plus au changement; avant la conquête, les portaient guère que des vêtements de laii d'hui ils vendent une partie de leur laine

32 A TRAVERS L'ALGKRIE.

acheter des gandourah de coton. Il montre ensuite quelle erreur on commet en comparant TAlgérie à des colonies telles que celles de TAustralie. En Australie, les Anglais ont trouvé des terres à peu près inhabitées; les premiers occupants s'y sont taillé les domaines qu'ils ont voulu; ils ont commencé par la vie pastorale, qui exige moins de capitaux que la vie agricole ; elle exige, il est vrai, beaucoup plus de terre, mais la terre était sans valeur. L'élevage du bétail a créé les capitaux qui manquaient, et le matériel agricole s'est constitué par le seul effet de l'accroissement de la richesse. En Algérie, au contraire, nos colons se trouvent en présence d'une race nombreuse et forte qui possède presque toute la terre. L'État leur délimita leurs domaines avec parcimonie, l'élevage en grand leur est impossible. Les colons anglais ont pu tirer du sol même les ressources avec lesquelles ils l'ont fécondé ; les nôtres sont obligés d'apporter un capital s'ils veulent tirer parti des terres qu'on leur donne. Qu'on songe combien les conditions d'établissement sont différentes, combien le colon français a plus d'obstacles à vaincre !

Parmi les produits végétaux de l'Algérie, il en est cinq qu'il faut tirer hors de pair, à cause de leur importance : ce sont les céréales, le liège, le vin, l'huile d'olive et les plantes textiles. Ces dernières étaient assez mal représentées au concours, Oran, où s'en font les grandes exploitations , n*ayant pas exposé. Quant aux céréales, j'aurai, dans le cours du voyage, de meilleures occasions d'en parler.

Je n'ai eu qu'une fois la chance de voir une forêt «

de chênes-Jièges : c'était dans la vallée de TOued- Aguerioun, quand nous allions de Sétif à Bougie. Entre parenthèses, bien que l'Algérie contienne une plus grande étendue de forêts que la France, on pourrait la parcourir tout entière sans voir une véritable futaie. Les routes sont naturellement pratiquées dans les endroits accessibles, et, dans les endroits " accessibles, la dent des moutons et des chèvres arabes a tout réduit à Tétat de broussailles. On passe donc sans soupçonner que, dans les plis de . l'Aurès et des montagnes qui avoisinent Teniet-el- Haad, existent quelques-unes des plus belles forêts de cèdres qu'il y ait au monde. De même on ne se doute guère qu'il y a dans la colonie 480,000 hectares de chênes-lièges; on dit que les forêts du Portugal, de l'Espagne, delà France et de l'Italie, les seules qui fussent exploitées avant la conquête de l'Algérie, n'offrent pas, toutes réunies, une pareille étendue, mais je ne me porte pas garant de l'exactitude de cette assertion. Le chêne-liège n'atteint pas les dimensions de notre chêne ordinaire, un œil peu exercé pourrait le confondre avec un olivier : son port, la petitesse du feuillage, certaine teinte cendrée, le gland qui brille dans les rameaux comme l'olive verte, prê-* tent à l'illusion. Après le démasclage, le tronc reste noir, et ceux que nous vîmes semblaient avoir été charbonnés par un incendie. L'effet d'une forêt ainsi passée à l'encre ne laisse pas que d'être étrange et saisissant. Comme toutes les exploitations en Algérie, Teiploitation du liège ne fait que commencer. Cela se conçoit d'autant plus aisément qu'elle

demande une longue préparation. Enlever Técorce d'un arbre s'appelle le démascler. On détnascle le chêne tous les huit ou dix ans ; le produit du premier démasclage ne vaut rien , et celui du second peu de chose. Ce n'est qu'à partir du troisième que le liège peut être employé par l'industrie. D'autre part, si l'arbre n'est pas démasclé jeune, il devient incapable de produire. Il faut donc une vingtaine d'années pour mettre une forêt en rapport. La date récente de la pacification complète de l'Algérie dit assez pourquoi il y en a si peu qui le soient jusqu'à présent. Mais chaque année l'exploitation s'étend. En 1865, l'exportation dépassait à peine un million de francs ; en 1878 elle a été de plus de six millions. Quand le rouleau de liège est détaché de l'arbre, on le passe dftns l'eau bouillante , on le nettoie des matières étrangères qu'il contient, ou l'aplatit comme une planche et on en fait de gros paquets. C'est sous cette forme que se présentaient les échantillons exposés au concours. On nous en a fait remarquer l'épaisseur et l'élasticité. Pour moi, j'ai admiré de confiance.

La culture de la vigne a fait naître les plus hautes espérances en Algérie. Le phylloxéra détruisant les uns après les autres tous les vignobles de la métropole, la colonie ne se propose ni plus ni moins que de la remplacer dans la production du vin. C'est devenu une locution courante que l'avenir de l'Algérie est là. Avenir lointain en tous cas, car nos colons ne possèdent encore que dix-huit mille hectares de vignes environ. Il est vrai que le début de cette culture date en quelque sorte d'hier : en 1877 on a planté un

millierd'hectares,enl878 près de deux mille, en 1879 plus de trois mille. L'engouement est général. Les colons en sont arrivés à suffire presque complètement à leur consommation. La récolte de 1878 s'est élevée à 329,782 hectolitres. Pour nous en tenir à Bône, ce port importait encore, en 1870, 38,800 hectolitres de vin; aujourd'hui l'importation Se borne à quelques hectolitres de vin de Bordeaux. Et c'est dans la province de Gonstantine que la viticulture est le moins développée. Qu'on juge par là de l'énorme progrès réalisé en moins de dix ans. On assure qu'attirés par le bruit de ce succès, des villages entiers de l'Hérault et des départements du Midi se proposent de passer la Méditerranée pour venir cultiver la vigne en Afrique, où le redoutable insecte n'as pas paru jusqu'à présent. On assure même que cette curieuse émigration est commencée, mais je n'ai pu vérifier le fait. Une dizaine de récompenses ont été décernées aux vignerons qui avaient exposé au concours régional. Une grande médaille d'or a été donnée à un colon de Mondovi, qui a fait une plantation de vignes de cent hectares d'un seul tenant. M. Girerd est allé la visiter avec quelques membres de la caravane. Les ceps sont plantés à 1"',50 les uns des autres, de façon que les labours puissent être donnés à la charrue. Il n'y a ni échalas ni treilles pour retenir les sarments qui retombent autour du pied. Est-ce pour préserver le raisin du soleil, est-ce faute du bois nécessaire, est-ce par mesure d'économie qu'on a adopté cette disposition usitée dans la plupart des vignobles que j'ai vus en Algérie?

Cette introduction de la vigne en Algérie présente un très-haut intérêt pour la science. C'est en effet aine expérience comme on n*en avait pas encore fait, et où les connaissaaces que Ton pouvait croira les plus solidement assises se trouvent en défaut. Tout s'y doit tenter au petit bonheur. Chaque vigneron, en s'installant en Algérie, y apporte naturellement les procédés de son pays natal, mais toutes les données ont changé; le climat, le sol, l'exposition des terrains ne sont plus les mêmes. li^s plants de la Bourgogne n'y donnent pas de vin de Bourgogne, et les plants du Bordelais ne font plus de vin de Bordeaux. Tel plant, qui donnait en France des produits de premier ordre, en donne ici de détestables ; tel autre s'améliore en passant la mer. La pratique, la pratique seule, peut donc fixer les meilleurs procédés pour la viticulture algérienne, et il faudra sans doute de longs tâtonnements pour les trouver. Jusqu'à présent, il paraît démontré que le climat de la colonie , comme les climats similaires de l'Espagne et dé la Sicile, est plus favorable à la production des vins liquoreux qu'à celle des vins ordinaires. Déjà, dans le Sahel d'Alger et dans le voisinage de Bône même, on récolte des vins blancs de qualités supérieures dont quelques-uns se cotent jusqu'à 2 francs la bouteille. Les Algériens ne renoncent pas volontiers,, il est vrai , à l'ambition de' produire des vins de table. Je dois dire que tous Ceux que j'ai bus pendant le voyage m'ont paru aigres et marqués d'un goût de terroir auquel j'aurais bien de la peine à m'habituer. Pour ne pas dé-

sobliger les braves colons qui nous les offraient avec la plus cordiale hospitalité, je me hâte d'ajouter que c'est là Thunible avis du plus incompétent des buveurs.

En revanche, je ne marchanderai pas les éloges aux raisins. Les coteaux algériens voient mûrir un muscat qui serait digne de figurer sur la table des dieux. Les grains en sont gros comme des prunes, ils sont fermes et craquent sous la dent. Quant au goût, la langue française n*i^ pas de m*ts pour qu'on le puisse rendre. Il se vend couramment dans les marchés de quinze à vingt-cinq centimes la livre. Il se conserve longtemps et supporte bien le transport. Je m'étonne qu'on ne l'expédie pasengrande$,quanlités à Paris. J'ai remarqué encore le raisin dit raisin kabyle, au grain petit, allongé, doré, agréable à l'œil et au goût, et une sorte de raisin aux couleurs pâles, qui ne paie pas de mine, mais qui est très-sucré et exquis* On nous en a servi à Tlemcen une grappe de 7 kilos. Je dis bien 7 kilos ; on Ta pesé devant nous. C'était quelque chose de monstrueux, la réalisation de la légende de l'Écriture, oh il faut deux hommes pour porter une grappe. Des colosses de ce poids §ont, paraît-il, assez fréquents dans cette espèce. Avec la figue, l'abricot, l'orange et la grenade, le raisin est le seul fruit de table dont on obtienne des qualités supérieures en Algérie. Les poires sont âpres et ont le cœur en gravier, les pommes n'ont point de suc, et les pêches, comme on dit vulgairement, ont autant de saveur qu'un navet. Puisque je parle de table, je signalerai une véritable curiosité

gastronomique. On pêche à Bône, et à Bône feulement, à ce qu*on assure, des crevettes énormes. On dirait littéralement de petites langoustes. Les Bônois sont très-fiers de leurs crevettes et en ont fait figurer avec honneur dans tous les repas qu'ils ont offerts à la caravane.

L'olivier aussi bien que la vigne est appelé à un grand avenir en Algérie, et à un avenir plus promptement réalisable peut-être. Dans toutes les montagnes du Tell, entre Alger et la Tunisie, les oliviers sauvages constituent une des essences principales, et en quelques endroits Tessence à peu près unique des bois et des broussailles. Quelques propriétaires ont commencé à pratiquer la greffe parmi eux et ont eu lieu d'être satisfaits de leur initiative. Le jour où tous ces bois seront aménagés pour la production, l'Algérie pourra fournir des quantités illimitées d'olives. La Kabylie notamment deviendra une terre d'or. Ce sont du reste des colons de l'bued-Sahel qui ont obtenu les principales récompenses de ce ■chapitre. Pour le moment, la colonie exporte, dans les bonnes années, pour, trois millions d'huile en moyenne. C'est peu. Autrefois la fabrication de l'huile était laissée aux mains* des indigènes, qui n'obtenaient que des produits que le commerce ne pouvait écouler. Aujourd'hui les Européens se mettent à installer des moulins dans les districts les plus riches en oliviers, achètent les olives aux indigènes et fabriquent eux-mêmes. Il y a beaucoup moins de pertes dans le rendement, et des résultats incomparablement meilleurs au point de vue de la qualité.

BONK. ' 39

A rexposition agricole était annexée une petite exposition industrî^le. Les objets de curiosité remportaient nécessairement sur les objets de nécessité dans cette exposition, car, si Tagriculture e&t encore dans Fenfance en Algérie, on peut dire que l'industrie y est à peine née. On a montré aux députés les produits d'une industrie dont Bône aura toujours le monopole, attendu que la matière première lui est fournie par la peau d'un oiseau aquatique, le grèbe, qu'on ne trouve en grande abondance qu'au lac Fetzara, à vingt kilomètres de la ville. Cette peau est couverte d'un plumage blanc, lavé de gris, très-soyeux et trèsdoux au toucher, qui a le privilège de supporter le froissement sans tr<>p s'endoinmager. On en fait des manchons, des garnitures de cou et de poignet, des djebiras, espèce d'aumômères kabyles, et divers autres objets de toilette. Un industriel juif avait exposé quelques spécimens de ces vestes et de ces robes de velours surchargées d'or qu'affectionnent leurs coreligionnaires. Les juives aiment, en effet, les étoffes riches et lourdes , les ornements de prix. Un député racontait plaisamment à ses collègues qu'il en avait vu une à Alger, pieds nus et tête nue, laver une cour dans un costume aussi éclatant que celui que W^^ Falcon revêtait dans la Juive.

Une salle était remplie de peaux apprêtées, parmi lesquelles se trouvaient trois superbes peaux de lions. Une peau de lion ordinaire est cotée 1,500 fr.; une peau de lion à crinière noire, étant beaucoup plus rare, est estimée 2,000 fr. Une belle peau de panthère a encore son prix. Bien qu'elle soit beau-

40 A X^RAVERS L'ALOEïyiE. 4

coup plus commune çt be^uèoiip moins grande que celle du lîon, on en demande d§ 300 à 400 francs. Dans une cour intérieure était installé un indigène fabricant de. tapis. Vous n'imagineriez pas combien son outillage est 'simple. Quatre pieux à peine dégrossis formant un cadre de la grandeur qu'aura le tapis, un couteau bien affilé et un sac de laine, et c'est tout, absolument tout. Il commence par tendre de haut en bas sur son cadre un certain nombre de fils de laine noire, ce qui forme la chaîne. Puis il s'accroupit. De la main gauche il attire quelques fils de la chaîne, de la main droite il prend son couteau, choisit dans son sac un fil de la couleur qu'il veut employer et le noue d'un nœud particulier aux fils de la chaîne que la main gauche tenait dégagés. Le geste brusque qui serre le nœud abat aussi le couteau, qui coupe le fil de couleur à la longueur nécessaire pour que le tapis ait l'épaisseur désirée.Tout cela s'accomplit avec une telle prestesse, que le couteau passe comme un éclair et qu'on ne le voit pas atteindre le fil. 11 faut observer pendant quelques instants pour se rendre compte de l'opération. Un noaud succède à l'autre et l'ouvrier varie la couleur du fil suivant le dessin qu'il a appris par cœur, et qu'il répète généralement dans tous les tapis qu'il fait,

.. Notre fabricant nous apprit, avec une certaine fierté, qu'il avait été spahis. Aussi parlait-il passablement le français et, comme tous les indigènes que j'ai rencontrés depuis, qu'ils fussent Arabes ou Berbères, chose remarquable, il le parlait sans aucun

accent; seulement il assourdissait un peu les voyelles. Il nous raconta qu'il lui'fallait quarante jours de travail et de 180 ^à 200 francs de laine pour fabriquer un tapis qu'il vendait 350 à 4^0 francs. L'in- ' *

dustrieest assez lucrative pour un Arabe qui travaille en plein soleil, couche dans une niche dont nos Aiens ne voudraient pas, et peut se nourrir avec deux ou trois sous de figues de Barbarie par. jour.

Le concours régional, rehaussé parla présence de '-^ la caravane parlementaire, donna lieu à touteà sortes de fêtes : illuminations de la ville et des bâti- ? ments ancrés dans le port, banquet où le gouver- neur général exposa son programme dans un grand discours, courses accompagnées de fantasia. Ces» dernières méritent quelques mots. J*ai vu des courses dans les trois chefs-lieux de la colonie ; contrairement à ce qu'on attendrait d'un pays célèbre pour ses chevaux, elles sont en général peu brillantes. On m'a dit qu'on en éloignait les Arabes par des prescriptions assez peu compréhensibles, telles que celle qui les obligerait à se présenter en culotte et en casaque. Quoi qu'il en soit, peu de bêtes se présentent sur la piste ; souvent une course n'a que deux concurrents, ce qui affaiblit beaucoup l'intérêt, et quelquefois elle n'en a pas du tout.

La fantasia ne répond également qu'à demi aux idées qu'on s'en fait. N'y cherchez plus ni les descriptions de Gautier, ni les*eaux-fortes de Fortuny. Autrefois c'était une mêlée simulée, fertile en incidents que faisait naître la tumultueuse fantaisie des

cavaliers. Mais il arrivait que des tribus convoquées^

ayati^' des différends à régler, profitaient de l'occasion; le simulacre devenait une réalité, un véritable combat s'engageait. On m'a raconté qu'à Goostan- * ' tîne dix-sept indigènes furent tués ou blessés dans un de ces jeux. L'autorité est intervenue, et la fantasia se borne aujourd'hui à un simple défilé qui rend les rencontres impossibles. Tel quel, le spectacle esjt bien curieux encore et prête toujours aux ' émotions. *

Tojus les goums de la subdivision avaient été appelés. Il y avait au moins cinq cents cavaliers assem-

' blés sur le champ de course^. Chaque tribu forme un , ^ groupe particulier, ses drapeaux carrés au centre ; ^elques-unes ont à leur tête des hommes qui font songer à nos sapeurs, car ils sont coiffés de gigantesques bonnets noirs en plumes d'autruche, œ qui leur donne l'air le plus grotesque et le plus étrange qu'on puisse imaginer. Du reste, chaque cavalier . s'est pafré de tout ce qu'il a de plus riche. Les selles tt les harnais en filali, les vestes jaunes ou cramoisies sontr brodées de soie Qt d'or ; des burnous, teints dans des tons sévères admirables , rouges, bleus, roux, vieux vert, ressortent au milieu de la masse des

' burnous blancs ; les bottes rouges sont emprisonnées dans 4e larges étriers de fer poli qui accroohent la lumière et jettqpt des feux comme des diamants. Par exemple, on chercherait* vainament le

. légendaire moukalah, le Icoig fusil incrusté d'aFgent

et de coraiL Nouvel effet du progrès , il n'y en a plus

en Algérie ; les indigènes l'ont remplacé par le f^il

"* . de chasse à deux eoups qu'ils achètent chez nos ar-

TT

murierà. Quelques cavaliers, par ostentalîon sans doute, eu 4jnt même deux, un en bandoulière et un en travers de la selle*. Des fifres jouent un de ces airs arabes qui crispent les nerïs européens les plus insensibles, des grosses caisses marquent le rhythme. Quand les courses sont finies, les gôums vont se ranger en colonne à un kilomètre des tribunes*- Cette distance est nécessaire pour leur permettre de , prendre leur élan. On donne le signal, et ils partent à fond de train sur la piste, une tribii après Tairtre. Ils accourent en pelotons serrés, chacun met sa gloire à devancer ses voisins, les éperons longs * comme des lames de poignards labourent le flanc dés bêtes, le bruit des sabots ressemble à la crépitation de la grêle; c'est un tourbillon, t'est Une trombe. On songe à la comparaison du poète arabe, ils vont plus vite que le vent, c'est un éclair qui. passe. On n'aperçoit d'abord qu^ le^ chevaux qui se replient et se détendent dans des bonds prodigieux, f

et les burnous qui ikottent et tournoient comme s'ils avaient un ouragan dans leurs plis ; puis on distingue les cavaliers, les jambes droites sur l'étrier, le buste couché sur le haut pommeau de la selle.' Quelques-uns ont pris la bride entre les dents poiir avoir les mains libi^es ; arrivés en face des tribunes, ils saisissent leur fusil et en déchargent les deux coups sur les spectateurs ; d'autres manient !eur arme, épaulent et visent d*une seule main ; d'autres laissent la bride sur le cou et la reprennent quand il» ont tiré. Quel que soit l'exercice, il est toujours ' exécuté avec une adresse merveilleuse. Il est évident ^

Page 1