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LES CHEVAUX DE CUIRASSIERS

(6* régiment)

Une permission spéciale m'autorisait à visiter les chevaux du 6' cuirassiers en garnison à Brandenbourg. Ce régiment passe pour un des mieux remontés, non seulement de la grosse cavalerie, mais de toute la cavalerie.

Mais le 6' étant en évolution au champ de manœuvres de Doeberitz, ce n'est qu'à Potsdam que je peux le joindre. J'ai donc eu l'extrême chance d'examiner ses chevaux en plein travail et même déjà un peu éprouvés, car ces manœuvres duraient depuis quelques jours, et, de plus, une assez longue distance séparait ses cantonnements du camp d'exercices.

Le colonel du 6" cuirassiers, l'affable comte Schimmelmann, nous reçut au débotté de la

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manœuvre, avec cette courtoisie et cette bonne grâce de parfait gentilhomme que j'ai toujours rencontrée chez les officiers supérieurs allemands. Il fit défiler sous nos yeux les chevaux d'un escadron qui venaient d'être dessellés.

L'état général était excellent, peu de membres réellement fatigués, quelques dos touchés et cela se comprend, car je l'ai partout constaté, en Allemagne, le dos plongé est le défaut le plus répandu. Cependant, dans les écuries, un certain nombre de chevaux boudaient leur avoine, dont la ration — entre parenthèses — est plus forte que chez nous, bien que les chevaux de cuirassiers allemands de race est-prussienne aient moins de volume que les nôtres.

Quant aux chevaux de six ans, ils sont à pleine peau, mais aussi leur mesure-t-on la besogne.

Au premier coup d'œil, je m'explique sans peine que la remonte du 6' cuirassiers soit considérée comme la meilleure d'Allemagne. Tout le bien que j'ai dit des chevaux de hussards, je puis le répéter, malgré leur masse supérieure, au sujet des chevaux de ce régiment de cuiras-

siers. Ce sont tous des est-prussiens, me dit avec un orgueiljustifié le comte Schimmelmann, et de plus tous alezans. Cette couleur alezane est comme un gage de parenté proche avec les étalons de Trakehnen, généralement eux-mêmes alezans ou noirs.

La plupart des Français s'imaginent que le cheval de cuirassiers prussien est un énorme « wagon » , beaucoup plus important que le bourdon dont sont affligés nos « gros frères» français. C'est tout le contraire. Si Thomme-cuirassier français est grand et mince, l'homme-cuirassier allemand, bien que gros et tassé, est de taille moyenne (i m. 67 à i m. 75); si le cheval de cuirassier français est souvent très grand, épais, bourdon en un mot, le cheval de cuirassier allemand (du 6' tout au moins) est osseux, longiligne, très racé, très cavalier et pas très grand (d'une moyenne de i m. 60).

Ces est-prussiens — en jugeant l'ensemble de cette remonte — sont d'un modèle cavalier quasi irréprochable, sauf certains dos mous, plongés et beaucoup de cuisses de grenouille. Forts, profonds, réguliers, très bien membres, avec des jarrets bien dirigés, bras vertical,

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une belle épaule, assez d'encolure, des têtes un peu fortes mais toujours bien sculptées et avec un bel œil, avec surtout d'admirables croupes, des reins puissants et un port de queue suffisant... Ce sont là les notes que très justement ils méritent.

Les allures, au trot et au galop, parfaitement coulantes et dégagées, sont celles du bon angloarabe, à 25 pour 100 si l'on veut (i).

Leur caractère paraît d'une douceur déconcertante. On me montre comme exceptionnelle et « bien ennuyeuse » une jument qui fouaille de la queue avec quelque mauvaise humeur. L'Allemand n'aime pas, je l'ai déjà dit, la difficulté à cheval. Un escadron manœuvrier, pour donner son maximum de rendement utile, doit avoir tous ses chevaux comme des mécaniques, m^assure un officier allemand : « Nous ne voulons pas de trouble-manœuvre. » Il a raison. Mais il faudrait, je crois, que cette sagesse ne fût pas acquise au détriment de ce que nous recherchons, nous, par-dessus tout, le perçant.

Ces est-prussiens sont donc d'une taille, en

(i) Dosage français, c'est-à-dire n'ayant que 25 pour 100 de sang arabe et par conséquent 75 pour 100 d'anglais.

moyenne, inférieure à celle de nos chevaux correspondants. On sait que le minimum de la taille permise au cheval de cuirassier allemand est de I m. 53, tandis que chez nous, ce minimum doit atteindre i m. 57. Seul le timbalier du 6' cuirassiers possède un cheval de i m. 80 environ. Ce grand cheval, pas très mal fait, très membre, vient du commerce. Il est entier et de pur sang, né à Graditz. Quelques officiers ont des chevaux de pur sang. Le colonel, lui, est remonté avec un très beau et très puissant demi-sang de Graditz (haras où Ton fait, nous l'avons vu, des chevaux de pur sang et des issus de pur sang) et deux hongrois, plus coquets, mieux coiffés, car beaucoup d'est-prussiens sont souvent oreillards, plus vifs, plus gaillards que les chevaux allemands, mais — ceux-là du moins — trop hauts sur pattes, moins longilignes. Ces deux hongrois trottent aussi plus brillamment. Extrêmement adroits à l'extérieur, m'est-il assuré.

Un fort sous-officier de plus de 100 kilogrammes, le Wachtmeister, m'amène son cheval à photographier. C'est un animal de taille moyenne, pas très membre, mais extrêmement

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bien charpenté, et très près de terre. Il porte son cavalier depuis plusieurs années et rien n'a bougé dans sa membrure. C'est le vrai cheval pour fort poids, non chargé de viande, mais développé dans son squelette, non paré d'énormes et grossiers canons, mais pourvu d'une membrure proportionnée et surtout bien trempée. Cette vérité hippique est bien connue des vrais cavaliers allemands que des théoriciens voudraient entraîner dans la voie dangereuse des mensurations poussées à l'excès et qui finissent par poser en dogmes que le gros vaut mieux que le sang pour le cheval de selle.

En traversant les cours de l'immense caserne, j'ai pu jeter un coup d'œil sur les chevaux d'un régiment de uhlans. Je les range volontiers entre ceux des hussards et ceux des cuirassiers et je puis formuler à leur égard les mêmes louanges et les mêmes critiques.

J'ai remarqué aussi les sous-officiers de uhlans, de cuirassiers, de dragons, inspectant très minutieusement, pendant le pansage, les dos et les membres des chevaux. Chez nous, ce

ToBiAS, carrossier holsteinois. Trois ans.

Abnoba m, carrossier « élégant lourd ». Trois ans.

sont les officiers qui passent, personnellement, cette importante revue. Mais, sans doute, les sous-officiers allemands sont-ils mieux employés, militairement mieux « exploités » que les sous-officiers français, dont on tire un si mince parti dans la cavalerie et dont on pourrait si bien utiliser l'intelligence et l'esprit « débrouillard », pour soulager le travail de nos officiers astreints à des besognes multiples, oiseuses, par trop inférieures, au nombre desquelles je ne rangerai pas, cependant, l'examen journalier des chevaux après la manœuvre, même de orarnison.

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