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LES CHEVAUX DE HUSSARDS

(14'' régiment.)

Quelle jolie ville que Cassel! Quelle jolie promenade que celle de Bellevue {Schone Ansiclit, nouvelle prononciation) ! Et ce « boulingrin » en bas de la terrasse le long du cours de la Fiilda, comme il forme un charmant parc vert, touffu, d'essences et de teintes variées ! Etce musée, avec ses Rubens, ses Frantz Halls, ses Cornélius deWoos, ses admirables Cranach,

sesnombreuxetmonotonesWoowermans pleins d'histoires de chevaux!

Mais quittons à regret cette Bilder Gallerie, car le comte von Beroldingen, colonel du 14' hussards, m'a donné rendez-vous, à dix heures précises, au casino des officiers. Après quelques présentations où sonnent les éperons aux talons vivement réunis de jeunes officiers coiffés du talpack de fourrure, le colonel me conduit dans la cour et me demande ce que je désire voir des deux escadrons ici casernes. Je le prie de bien vouloir faire mettre en cercle autour de nous les chevaux de cinq ans, ceux de six ans et quelques-uns des chevaux les plus âgés d'un de ces escadrons. Je pourrai examiner ainsi, au point de vue du modèle, les plus vieilles remontes et les comparer avec les plus récentes.

Tous les chevaux du régiment sont des estprussiens du type de légère.

Les plus jeunes chevaux sont gras, noyés dans leur modèle, pas encore « sortis », bien entendu, mais avec de belles poitrines bien descendues, de beaux membres aux articulations fortes et basses, de bons pieds, une belle épaule, une forte croupe longue, un bon rein

bien attaché, un dos souvent plongé, l'angle du jarret utilement ouvert ainsi qu'il convient aux chevaux de selle. Presque tous ont des aplombs parfaits, aussi très peu s'entretaillent-ils, ce qui arrive si souvent aux jeunes chevaux « mal emmanchés ». L'encolure est suffisante, plutôt courte; la tête pas très petite est, en somme, orientale d'expression; l'œil est beau. Ces chevaux de légère, plus encore que les cuirassiers, présentent le type marqué de l'anglo-arabe. Mais, en France, si nos angloarabes dans leur ensemble se rapprochent plutôt du pur sang, en Allemagne, les chevaux de légère rappellent plutôt le demi-sang. Ils sont d'un format plus ramassé, plus compact. On voitbien que leurs géniteurs sont surtout sélectionnés sur le modèle et non, comme avec abus parfois chez nous, sur la performance. Les légère prussiens rappelleraient assez par leur ossature nos bons remontes creusois dont le nombre va malheureusement en diminuant. Je comprends à demi-mot, en échangeant quelques observations avec un jeune capitaine, qu'on voudrait bien trouver le moyen de conserver ce modèle compact, en le dotant d'un peu plus

d'influx nerveux. Problème peut-être insoluble, surtout en i\llemagne, si je pense aux résultats obtenus à Neustadt-a.-d.-Dosse, où, sous un modèle important, on ne peut guère supposera autant de qualité que dans le plus humble de nos anglo-arabes français.

Les six ans du 14' hussards sont dégrossis, plus anguleux. Le modèle, dégagé, y est complet. Voilà de très bons chevaux de selle, point « épateurs », certes, mais hippologiquement très réguliers. Je pense à nos Congrès hippiques discutaillant sur le modèle et les aptitudes du cheval de selle. Que ces beaux discoureurs viennent donc ici faire un tour, au lieu d'inutilement bavarder, en prétendant apprendre aux chefs de notre cavalerie ce qu'est un cheval de selle et à nos officiers ce qu'est l'équitation ! Il est vrai qu'ici, ce sont les cavaliers qui en décident et cela simplifie la question, tout en lui assurant une solution conforme à la vérité expérimentale.

Dans le lot des vieux chevaux qu'au hasard j'appelle, car on les mène à l'abreuvoir, le modèle est encore plus saillant. Si les dos sont souvent plongés, bien que soutenus, le rein est presque toujours très bon. Assurément, il y

a quelques chevaux bien courtauds dans leurs lignes, ragots, communs, mais tous ont des allures cavalières.

Une reprise de dressage évolue ensuite dans la carrière. Très placés au point d'être trop renfermés, les jeunes chevaux se montrent extrêmement souples et cadencés. Sages comme des images, malgré l'éperon toujours près, très dociles, très droits sur l'obstacle, que les cavaliers passent, bien assis, en portant les mains basses en avant, tels sont ces est-prussiens sous le cavalier. Mais on a l'impression que si l'étau des jambes, placées en arrière, venait à se relâcher, toute la reprise s'arrêterait faute d'impulsion. Le mouvement en avant, peut-être naturel, a disparu, peut-être, à cause de la méthode d'équitation. Et cependant, ces chevaux sont en filet. Des montants supplémentaires retiennent une muserolle très lâche qui enserre le museau, au-dessous du mors de filet et non au-dessus, comme font à tort les Anglais et nous-mêmes, pour les chevaux qui tirent (i). Le colonel m'assure que ce système est parfait

(i) Voir l'Éqttitation des gens pressés. Ollendorf, éditeur.

et permet de pousser le dressage très loin sans avoir recours au mors. Je le crois sans peine, ayant expérimenté depuis plus de vingt ans ce système que m'avait indiqué M. Charles, le piqueur de Bartlett. Nos régiments de dragons et de cuirassiers, pour ceux de leurs montures à la tête lourde et à la bouche dure, se serviraient avec profit de ce système simple, peu coûteux et rationnel; il trouverait son emploi au dressage des animaux dits « emballeurs ». Mais que deviendrait la tradition! Il vaut mieux être « emmené » avec des principes, que maître de son cheval grâce à trente centimètres de cuir inoffensif et presque invisible.

Les cavaliers hussards allemands sont de bons garçons, pas toujours très grands mais bien plus lourds, et surtout d'aspect plus lourdaud que nos chasseurs et hussards. Aussi leurs chevaux sont-ils plus forts que les nôtres avec I m. 56 à I m. 58 de taille moyenne.

Notons, en passant, que les quartiers de cavalerie en Allemagne ne sont pas mieux tenus que les nôtres. Ils m'ont paru moins élégants, sans arbustes, sans arbres, sans fleurs et même sans « springgarten », ce jardinet où sont dis-

posés nos obstacles. Chez nous, les obstacles, depuis que les concours hippiques sont à la mode, se rencontrent en évidence dans les cours de tous les quartiers.

Les sous-officiers allemands sont très bien tenus, très militaires, d'aspect très débrouillé. Les gardes d'écurie, plutôt « pataud », ont l'air si bons garçons! Presque tous sont blonds et roses, imberbes.

Les écuries de Cassel et même celles de l'École de cavalerie et des uhlans à Hanovre, et même celles de Potsdam sont moins bien tenues que les nôtres et ne brillent pas par la netteté. Les chevaux très sages, d'aspect apathique, sont séparés par de simples barres très basses. Partout, les selles et les brides s'accrochent au poteau derrière chaque cheval, ce qui ne doit pas être fameux pour la conservation des cuirs, mais, par contre, bien pratique pour la surveillance du harnachement et la promptitude du sellage.

Une voiture, conduite par un hussard en uniforme, est mise à notre disposition pour nous reconduire à l'hôtel. C'est un break léger en bois naturel, de ce genre de carrosserie usuel

lyô A TRAVERS L'ALLEMAGNE HIPPIQUE

en Allemagne, quelle que soit la forme du véhicule : bois naturel, roues légères, ensemble élégant et bien roulant. Les harnais, du type hongrois, sans œillères, mais avec des colliers légers. Ils avantagent deux très jolis chevaux de I m. 60, trop gras, forts, très élégants dans leur action et joueurs comme des arabes. Ils ont la crinière et la queue très longue, ce qui augmente la ressemblance.

Tous les régiments de hussards ne sont pas aussi bien remontés, tels ceux qui touchent, en partie, je crois, des produits du Hanovre, doubles bidets fort peu séduisants, ou même certains du 11' hussards de Crefeld, dits Tanz Husaren.

L'origine de ce surnom vaut d'être contée : en ce temps-là, Crefeld n'avait pas de[garnison de cavalerie. Un jour de fête que Sa Majesté y passait, les jeunes filles trouvèrent moyen de faire remarquer à l'Empereur qu'elles avaient vraiment trop peu de danseurs. Celui-ci leur répondit : « V^ous avez raison, je vais vous envoyer des hussards. » Et les hussards de Dusseldorf arrivèrent à Crefeld. Officiers et cavaliers furent si vite appréciés comme dan-

seurs qu'on leur donna ce surnom de Tanz Husaren , que leurs camarades des autres régiments s'empressèrent de tourner en moquerie.

Quel que soit le mérite de leurs cavaliers, les chevaux présentés par le 1 1' hussards m'ont paru, en proportion assez considérable, longs de dos et cylindriques et sous eux du devant, avec une membrure plutôt grêle, mauvaise note qui est bien rarement méritée dans la cavalerie allemande moderne.

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