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LES COURSES MILITAIRES HOPPEGARTEN

Je n'entrerai pas dans' des détails statistiques et techniques sur l'organisation des courses militaires en Allemagne. Il y existe, comme partout, des courses civiles et militaires au galop pour chevaux de pur sang et pour chevaux de demi-sang. J'ai parlé succinctement de ces dernières au chapitre d'élevage concernant les est-prussiens.

Les plus connues et les mieux dotés des épreuves de steeple pour pur sang montés par des officiers sont les Armée Yagd-Rennen de Dresde, sur 4000 mètres (4500 marks) ; de Berlin, sur 4000 mètres (courus en 5 m. 31 s. sous 69 kilos et demi, en 191 o), 8000 marks; de Stuttgart sur 3500 mètres (2600 marks); de Dortmund sur 2000 mètres ^(3 000 marks), etc.

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A Berlin se courent encore \Offizier Hitrden Rennen;\ç^ Kaiser Preis, 5000 mètres, courus en 1910 en 6 m. 41 s. (prix 15000 marks); VOfflzier Flach Rennen; le Gross Armée Jagd- Rennen, 5000 mètres, courus, en 1909, en 6 m. 23 s. (prix 10 500 marks).

Le plus bel hippodrome d'Allemagne est celui de Grimewald, près de Berlin. Il est magnifique. C'est là où se courent le Gross Armée (en juin) et le Silherne Schild K. IV. //.

D'autres grandes épreuves du même genre ont lieu à Magdebourg et à Hambourg.

Décrire l'impression que cause au visiteur français une journée passée à Hoppegarten, le Chantilly prussien, sera le but de ce chapitre.

L'hippodrome est important, avec des lignes droites très prolongées, et un sol admirable, de même nature que celui de Compiègne.

Aujourd'hui, précisément, on court le Gross Armée Jagd-Rennen, 5000 mètres (un objet d'art donné par l'Empereur et loooo marks) ; et parmi les autres épreuves moins spéciales, non

militaires, la Silherne Schild K. W. II, 2400 mètres (20000 marks).

Notons de suite que la première de ces épreuves s'est courue en 6 m. 55 s. et la seconde en 2 m. 43 s.

En arrivant au paddok, j'aperçois les chevaux à la montre, promenés en main, dont bon nombre de prudemment enrênés. Les lads sont généralement médiocrement tenus. Quant aux soldats ordonnances, ils concurrencent les nôtres par leur manque d'élégance et parfois de propreté. Ce sont d'ailleurs de gros gaillards fort doux avec leurs chevaux.

Mais tout le monde se précipite. Voici l'Empereur. Son duc — train foncé à rechampis blancs — est attelé à la daumont de quatre trakehnen noirs, placides mais de bon genre; jockeys à la livrée lugubre, mais si bien en chair, si bons garçons! Sur le siège arrière, une sorte d'amiral empanaché et un valet de pied funéraire; ce sont ce qu'on nomme en allemand des lakays. Tout le monde salue. Les officiers se figent, raidis dans leur haute taille et leur forte corpulence, la moustache coupée court en brosse à ongles. C'est la

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grande mode. Beaucoup sont aussi coiffés en brosse. Les jeunes, de beaux hommes, commencent dès trente ans à s'empâter. Ils sont tous extrêmement bien tenus, un peu trop boudinés, à notre goût, dans leur redingote à taille haute et sous laquelle, au côté, la poignée du sabre fait une vilaine bosse. Pas un uniforme « fatigué », tout est neuf et astiqué. Quelques élégants portent des bracelets gourmette en or au poignet. Ces « esclavages » leur donnent quelque chose d'efféminé qui jure un peu avec leur ensemble plutôt brutal.

Les pantalons demi-collants, droits, plutôt courts, sont tendus par des sous-pieds. Rien n' « habille » plus un soldat que le sous-pied. Je comprends parfaitement que les étrangers se choquent des pantalons pochés aux genoux, trop courts et remontants des officiers français, ou du « phalzar » de zingueur de certains de de nos fantassins... Il n'est pas niable que l'armée française ne soit bien prolétairement pantalonnée.

Retournons au paddok. Les chevaux ont l'air un peu over ti-aïned (surentraînés). Je les trouve de beau modèle et je le dis; on me

répond qu'ils viennent presque tous de France ou d'Angleterre. Mais certains grands vainqueurs, comme celui justement de la Silherne Schîld en 1910, est né en Allemagne.

L'officier sport, l'officier qui monte en courses, aie même type que le nôtre, émacié, à figure énergique; ce type-là, s'il est très répandu dans notre cavalerie, est, au contraire, assez rare en Allemagne. La tenue de l'officier sport allemand pas très soignée, dolman, tunique, ou même redingote (car on monte en course en redingote si l'uniforme comporte ce vêtement), en alpaga, paraît parfois un peu trop défraîchie tout comme celle de son collègue français... Et son harnachement n'est pas en meilleur état que ne le sont trop souvent les nôtres en pareil cas.

En plat, la position à l'américaine est de rigueur. Mais les jambes très longues n'avantagent pas cette attitude déjà disgracieuse par elle-même, surtout avec une tunique dont les pans relevés battent. En obstacle, les étriers se portent moins courts et la position en devient moins inesthétique. J'ai vu, dans la course principale, de nombreux partants montant tout

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à fait bien sur les obstacles. Il est vrai que j'ai devant mes yeux le dessus du panier comme chevaux et cavaliers. Toutefois, ainsi qu'il arrive souvent dans les courses militaires, le peloton arrive très égrené, les chevaux étant de valeur trop différente. La course a été menée de bout en bout très vite par un uhlan de la garde.

Les chevaux rentrent et le public se rue vers ...le vainqueur, je pense? Pas du tout, vers le buffet où l'on ingurgite un mélange de vin blanc, de Champagne, de fraises, de bitter, appelé bowle. Beaucoup de succès le howle!

A chaque course, les officiers en selle viennent présenter leurs chevaux devant la tribune impériale, avant de prendre leur galop d'essai. Quant à l'Empereur, après avoir donné les prix de la grande course, il s'en va. Je peux, grimpé sur un talus, le photographier à trois mètres. Je doute qu'en France on m'eût permis d'approcher aussi près un Président de la République. L'Empereur m'a paru assez petit, gros, jovial, la moustache châtain foncé, presque rousse, et en croc. Il est en voiture. Les trakehnen noirs, placides, allongent bien leurs foulées, le lakay

amiral et le lakay genre vieille douairière, perchés sur le siège haut derrière la capote du duc, se balancent aux ressauts des huit-ressorts. Deux piqueurs, en redingote noire bien courte, suivent sur des trakehnen noirs, épais au point d'en paraître de veules carrossiers, très renfermés dans la main serrée sur les rênes de bride. Suivent encore quelques voitures de cour remplies d'officiers et de dames, sans doute désolées de partir si tôt. Une de ces voitures est attelée de chevaux hanovriens, ou anglais, bons roadsters assez brillants. Passe, en dernier lieu, une victoria vide avec, sur le siège, à côté du cocher, un Rutre lakay, costumé lui aussi en amiral anglais. Comme il a une barbe en pointe et qu'il est assez corpulent, je le compare in petto, irrévérencieusement, au roi d'Angleterre (Edouard VII) qui s'ennuyant dans la voiture, serait monté sur le siège pour s'amuser à conduire.

Quelques femmes élégantes et racées, — type Vollhlut, pensé-je en moi-même... Mais le type Halhhlut domine assez épais et aussi de nombreux AT"^//^//// de modèle bien épanoui. Ces deux dernières catégories se manifestent par

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des avantages mammaires et postérieurs importants. Très peu de jolies tailles. Beaucoup de femmes sans corset. Elles ont dû passer cet accessoire à beaucoup d'officiers dont le buste en bouquet paraît d'une raideur artificielle bien inconfortable. Cette raideur cependant ne m'a aucunement paru de la morgue, car l'officier allemand, malgré ses horribles petites moustaches taillées en brosse à dents et qu'il s'imagine lui donner l'air anglais (!), n'a aucunement cet air insolent et bouffi de sottise que lui prête le Simplicissimits, le seul journal illustré par quoi nous le connaissions, mais bien un air de haute dignité tout à fait compatible avec sa position sociale — au premier rang. Un officier en uniforme garde, là-bas, le haut du trottoir... D'autre part, je n'en ai entendu aucun — bien que les ayant beaucoup observés à ce sujet — parler brutalement à un inférieur.

Quant aux civils, sauf ceux de Xd, gentry qui sont « comme il faut » dans tous les pays, sous leurs panamas de formes diverses et parfois bien originales, ah! qu'ils étaient bien allemands! Blonds, gros, lourds, convaincus et de bruyante jovialité. Bons garçons, mais n'hési-

tant pas à vous bousculer de la plus brutale façon toutes les fois que leur désir les pousse vers le buffet ou la tribune.

Le sport militaire allemand, tel que je l'ai pu voir, m'a paru un bon sport, pratiqué par une élite d'officiers fanatiques des courses. Cette catégorie d'officiers montant en steeple est moins nombreuse, m'ont assuré des spécialistes, en Allemagne qu'en France, bien qu'en Allemagne les courses militaires soient très encouragées, tandis qu'en France, beaucoup de chefs de corps, à vue un peu courte, s'efforcent, au contraire, d'en restreindre l'expansion.

De l'autre côté du Rhin, il est assez difficile aux officiers de se procurer des pur sang. A Pajis, certains courtiers allemands raflent en vente publique tout ce qu'ils peuvent trouver, même de médiocre, et le revendent avec un fort bénéfice. Il m'a semblé que le pur sang était peu recherché comme cheval d'armes par les officiers, sauf par la "petite élite montant en courses... Le tempérament de ce cheval et

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celui de l'homme sont, je crois, trop dissemblables. Les Allemands ont encore quelque chose de moyenâgeux, même, comme disent les Anglais, « sur la peau de porc » ; ainsi j'ai vu, outre-Rhin, ça et là, des officiers allant ou revenant de l'entraînement sur des pur sang embouchés en mors de bride, et quels mors!

Cependant, je n'ai pas assez étudié la question des courses militaires allemandes pour conclure, sur des impressions en somme superficielles, de quelques cas particuliers au général.

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