CHAPITRE PREMIER
LES REPRODUCTEURS CHEVALINS ALLEiMANDS
Il paraît utile de donner, en tête de ce travail, quelques précisions sur l'organisation officielle de l'élevage allemand. On pourra, d'autre part, se documenter plus amplement dans les excellents écrits de MM. le docteur Goldbeck, du comte Wrangel, von Nathusius, Grabensee, Oetken, Rau, etc.
En Allemagne, l'État, afin d'influer sur l'élevage dans un sens continu et dans un but supé-
rieur, celui de la défense nationale, élève luimême une partie des reproducteurs dont il a besoin; le succès de son élevage assure une influence prépondérante à sa formule.
Les haras-jumenteries, dits « haras principaux » (Hauptgestûte) de Trakehnen, Graditz, Beberbeck, Neustadt-an-der-Dosse, Rômerhof (pur sang) près Francfort-sur-Mein, fournissent les dépôts d'étalons [Laudgestiïte), haras provinciaux qui sont au nombre de 17.
Les reproducteurs se classent en deux catégories :
r Les chevaux de race noble comprenant : les étalons de i ■■" classe ou selle légers ; de 2' classe ou selle forts et carrossiers légers; 3' classe, les carrossiers lourds;
2" Les chevaux à sang froid comprenant les gros traits et les chevaux des services vulgaires.
On remarquera que, dans la première catégorie, comme en France ce sont les mêmes étalons qui doivent donner les selle forts et les carrossiers; mais, en Allemagne, toute la production étalonnière est dirigée d'abord dans le sens selle — sauf en ce qui concerne le carros-
sier lourd. Aussi le cheval d'attelage de sang noble y est-il assez cheval de selle pour en posséder très souvent les allures. En tout cas, il est rarement doté de la vitesse du geste et du « coup de piston » de nos excellents, vites et brillants trotteurs-carrossiers français.
Il ne faut pas croire, cependant, que les Allemands cherchent à produire le cheval « à deux fins », lequel est toujours fort médiocre, en fin de compte, dans l'un au moins de ses deux emplois, — notre cavalerie s'en est rendu compte à ses dépens. Nous verrons qu'à Trakehnen, par exemple, les poulains nés dans l'une des catégories, selle ou attelage, sont déclassés dès que leurs aptitudes ou leur modèle les désignent plus spécialement pour l'autre.
En France, au contraire, les éleveurs d'anglo-normands qui remontent les cuirassiers et une grande partie des dragons, sont uniquement préoccupés de faire naître, d'abord, des chevaux d'attelage trotteurs et carrossiers ; aussi les chevaux, dits de selle pour forts poids, y ont-ils, dans leur ensemble, le modèle et les allures de chevaux d'attelage.
Si on envisage et l'on compare les errements allemands et français, on peut conclure que les Allemands gagnent en perfection pour leurs chevaux de selle ce que leur méthode en fait perdre à leurs chevaux de voiture, et que c'est l'inverse chez nous.
Seuls les Anglais, trop sages pour courir deux lièvres à la fois, savent mettre chaque chose en sa place et the riglit horse in the rïght place.
Avant de parler des chevaux de service civils et militaires, il convient de décrire, au moins sommairement, leurs reproducteurs. J'ai pu en examiner un certain nombre au cours de quelques récents voyages. Je n'entrerai pas en de grands détails historiques et statistiques; on les trouvera en abondance dans les ouvrages dont j'ai plus haut nommé les auteurs.
J'insisterai seulement sur ce qui peut, par comparaison, intéresser notre propre élevage.
Les Races allemandes de chevaux de
SELLE sont :
I" La Race est-pj'ussieniie que nous dénommons à tort Trakehnen. Trakehnen est un centre d'élevage, haras principal localisé et réduit comme production à quelques sujets d'élite et qui fournit les Landgestiïte (dépôts d'étalons provinciaux).
En Est-Prusse, il naît environ 30000 poulains (statistique de 1909). En 1908, sur 14 261 chevaux présentés à la remonte, 58 pour 100 est-prussiens, soit 8220, ont été acquis contre 586seulementen Ouest-Prusse où l'élevage selle est moins développé (i).
2" hdi Race ha7iovrïen7ie, dont 2712 représentants défilèrent en 1909 devant les remontes lesquelles n'en retinrent que i 250.
3° La Race holsieinoise , plus ronde, moins de
(i) La Suisse achète presque toute sa remonte en Est- Prusse, la Suède une bonne partie, tandis que le Danemark achète des holsteinois et des hanovriens à Hambourg.
selle que les précédentes, presque artillerie d'aspect.
Nous avons dit que l'Empire allemand, au lieu d'acheter, comme nous, tous ses étalons à l'industrie privée, en fabrique lui-même une certaine quantité dans ses haras principaux (Haupgestïite) : à Trakehnen, dans la Prusse orientale, du type anglo-arabe compact; à Graditz, dans la Saxe prussienne, des pur sang et issus de pur sang; à Beberbeck, dans la Hesse- Nassau, des demi-sang très forts et près du sang; à Neustadt, en Brandebourg, quelques demi-sang et des anglo-arabes.
Mais l'État achète beaucoup d'étalons chez les grands et les petits éleveurs de la Prusse, du Hanovre, etc. Parmi ceux dont les noms doivent être connus, même en France, il convient de citer M. von Zitzewitz, à Weedern, Mme von Schônfels v. Neumann, à Szirgûpoenen (Est-Prusse) etc.
Les chiffres ci-dessous donneront une idée à peu près exacte de la valeur relative des divers élevages au point de vue remontes militaires :
En Est-Prusse, la remonte, sur 12666 chevaux, en a acheté 6561 ; en Ouest-Prusse, sur I 409, 489; à Posen, 728 sur i 954; en Silésie, 65 sur 235; en Brandebourg, 165 sur 418; en Poméranie, 225 sur 479; en Hanovre, i 250 sur 2712 ; en Schleswig-Holstein, 425 sur i 408; en Reinland, 32 sur 336; en Mecklembourg, 924 sur 2679; en Oldenbourg, 61 sur 293 présentés; soit, au total, 10881 achetés sur 23964 présentés, au prix moyen de 13 3 18 fr. 25 (statistique de 1909).
A NeuSTADT-A.-D.-DOSSE, au nord-ouest de Berlin, comme partout en Allemagne pour l'élevage du cheval de selle, il y a, à la base, le pur sang.
En 1907, j'y ai trouvé trois étalons « principaux » de pur sang d'un très bon modèle de croisement. Les autres étalons se dénombraient en 2 pur sang arabe, en 29 demi-sang hanovriens, 1 1 demi-sang Neustadt, de Graditz, 16 de Brandenbourg, 18 est-prussiens, 8 trakehnen, 5 oldenbourgeois, i trotteur
américain, i trotteur français, i demi-sang saxon, I brunswickois, i mecklembourgeois, 117 danois; total : 221. Je donne ici la statistisque et du Hauptgestilt et du Landgestût, car Neustadt est l'un et l'autre.
A Neustadt, 53 juments seulement sont livrées à la production du demi-sang neustadt, au type moins symphatique, à mon avis du moins, que celui du trakehnen et que même du hanovrien bien réussi. Le neustadt en effet est bien épais et commun, souvent même quand il est fils direct de pur sang. Il s'enorgueillit de mesurer 20 cent, et demi de tour de canon en moyenne, tandis que le trakehnen n'aurait que 19 et demi (comte Wrangel). Il serait, assure-t-on à Neustadt, plus précoce que le trakehnen, mais on peut croire qu'on affirme le contraire en Est-Prusse ! En tout cas, ces mensurations ne sont pas supérieures à celles de nos bons troupiers français issus du pur sang (voir Bulletin de la Société du cheval de guerre') .
La spécialité de Neustadt est depuis 1895 l'élevage officiel de l'anglo-arabe. L'étalon anglo-arabe tendrait à remplacer, le cas échéant,
Vasco, étalon trakehnen, petit-fils de pur sans à Mme Lina von Schônfels
RoccA, poulinière trakehnen, fille de pur sang, à Mme Lina von Schônfels.
le pur sang anglais dont l'influence « énergétique » disparaît trop vite dans sa descendance, du moins en Allemagne. Nous avons, en effet, partout constaté que le cheval allemand était mou, ou du moins le paraissait à première vue.
De tradition, à Neustadt dès 1790, l'étalon arabe pur a été largement employé. Aujourd'hui on lui donne des juments de pur sang anglais pour créer des géniteurs anglo-arabes. Ces dernières sont toutes des poulinières parfaitement choisies. L'étalon principal arabe Dziaf-Amir^ un autrichien, se fait apprécier par sa masse.
L'autre étalon, — du dépôt, — Rex (né à Slawuta, Russie, chez le prince Sangusko), est assez grand, fort, bien membre, mais défectueux en son dessus. Les anglo-arabes qui en sont issus — j'en ai vu de un, deux, trois et quatre ans, à côté d'un troupeau de neustadt ou de quelques trakehnen — ne diffèrent pas de ces derniers, sauf par la queue qu'on laisse à tous crins, en souvenir sans doute des orientaux du désert.
Les anglo-arabes de Neustadt sont rigoureusement sélectionnés à la mensuration; sur la taille, ils sont trop grands; sur le volume, ils
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sont trop gros; sur le tour du canon, ils l'ont large, mais l'ont-ils dense? En un mot, ces grands animaux, qui n'ont d'arabe qu'une certaine physionomie dans la tête, ont-ils le sang qu'on leur voudrait? A la seule vue, il paraîtrait que non.
On réforme ceux d'entre eux qui ne sont pas au gabarit. Ils sont alors, le plus souvent, achetés par les officiers.
Ce n'est qu'en 1908 qu'on a livré pour la première fois deux juments de pur sang angloarahe à ^o pour 100, néesde Neustadt, à un étalon de pur sang anglo-arabe, Erhfeind (un Dsiaf Amtr), né aussi à Neustadt. Au Haras on escomptait beaucoup les services de cet étalon indigène « grâce auquel on ne serait plus obligé d'avoir recours aux deux extrêmes, le petit oriental et la grande jument de pur sang ». On doit ensuite alterner le sang anglais et arabe. A l'un de nos prochains voyages nous espérons bien contrôler les résultats de cette méthode qui a donné en France de si admirables résultats.
Il semble que les Allemands, en gens pratiques, eussent dû demander à nos étalons de pur
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sang anglo-arabe français, dont il existe d'admirables spécimens traçant très bien, le tempérament naturel et la qualité acquise en course, la densité des tissus, l'harmonie du modèle, la précocité obtenus par une sélection lente et raisonnée, toutes choses que les Allemands ne peuvent que difficilement trouver réunies dans un produit si artificiellement fabriqué sur leur sol et sous leur climat. Ils ne l'ont point fait, d'abord parce que presque tous les dirigeants de l'élevage allemands ignorent le nôtre, sauf cependant celui du pur sang, et ensuite parce que ceux qui le connaissent ont peur de la relative légèreté et sans doute aussi du caractère entreprenant de nos anglo-arabes. Un troupier allemand (cheval) doit être aussi sage, aussi obéissant que son cavalier... On m'a assuré, sans doute à tort, que, seul, l'orgueil national avait empêché les Allemands de s'adresser à des voisins plus avancés en cet élevage spécial. Disons, en passant, que l'étalon normand Ouragan^ par Homard^ grand, fort, marchant bien, mais commun dans son ensemble comme modèle, est employé à Neustadt avec les juments de demi-sang du pays. Il doit leur donner
un peu d'action relevée qu'on ne tient pas, avec raison, à demander au hackney, ce dissolvant de toute qualité. On sait que les carrossiers allemands modernes — exceptons-en certains oldenbourgeois — lèvent rarement le genou, et si l'étalon normand est peu employé en Allemagne pour remédier à ce défaut(?), c'est qu'il s'y acclimate difficilement, prétendent les Allemands, et qu'il transmet mal ses qualités remarquables.
Cependant, en Wurtemberg, où l'on cherchait, il y a quelque vingt ans, à produire le bon artilleur, on s'est servi d'étalons normands avec des juments avancées en sang de la Prusse orientale. Les essais furent satisfaisants. En 1882, on tenta d'infuser plus de sang au moyen du pur sang, puis on revint au normand. On en importa trois, dont le célèbre Faust qui devint célèbre en Allemagne jusqu'en 1903. Son fils Claitdiiis eut aussi beaucoup de succès. C'est un animal près de terre, très doublé, rond, osseux dans ses articulations, avec une très forte tête et n'ayant plus rien du normand original. Mais Faust transforma l'élevage wurtembergeois, ce que le comte Wrangel attribue à son
type franchement « bourdon y) (Gemeiner Kiiiippe) et « valant par là mieux que bien des étalons plus raffinés ». Je cite cette opinion, simplement. Le croisement normand est, paraît-il, moins mis en honneur par la nouvelle direction en Wurtemberg. En Hanovre, à Celle, le directeur, M. Grabensee, personnalité compétente et très écoutée, le recommande pour la famille carrossière, hanovrienne et holsteinoise. Il ne serait pas impossible, m'a-t-on assuré, de voir l'étalon français normand à la mode en Allemagne, à condition qu'il ne soit pas trop allégé. Mais le type ancien normand, le seul recherché outre-Rhin, si modifié chez nous par la sélection par la vitesse, se retrouvera-t-il jamais?
Nous aurons l'occasion plus loin de revenir sur ce sujet intéressant, nos exportations étalonnières.
Le haras de Beberbeck est aujourd'hui un des plus estimés d'Allemagne. Il se trouve tout près de Cassel, à 7 kilomètres de Hof-
geismar, dans la province de Hesse-Nassau, une région plutôt accidentée.
Mon ami le baron Hugo de Turkheim m'y a donné rendez-vous, avant de m'emmener au Concours de Hambourg où il est membre d'un jury. Nous avons été admirablement reçus par le Graf von der Marwitz, directeur de cet établissement. Il est logé dans un ancien château, vaste, mais très simple d'aspect et que le bon goût d'une aimable et parfaite maîtresse de maison a su rendre tout à fait charmant.
Le château est entouré d'autres bâtiments, écuries, hangars, granges et de vastes prairies closes au milieu des bois (plus de 800 hectares).
A la gare, une victoria attelée de deux gras alezans nous conduit plutôt lentement jusqu'au haras à travers un pays de prairies et de bois au feuillage vert foncé et très dur. Les routes, médiocrement entretenues, sontpourtantmoins a sauvages » qu'à Neustadt, certes, et bordées de magnifiques rangées de chênes géants.
Après le plus aimable accueil, on nous montre successivement les étalons, les poulinières et les poulains de divers âges.
Avant de détailler une partie de ces sujets, je voudrais essayer de définir ce qu'est, en moyenne, le cheval de Beberbeck qui fournit à diverses stations d'étalons des sujets très appréciés. Les origines du beberbeck moderne sont lointaines. On y rencontre dans les pedigrees des éléments de toutes sortes et de tous pays. On y fit même de ces fameux et singuliers îsabelles, grands chevaux de gala, jadis fort prisés aux cours de Hanovre et d'Angleterre. Mais, toujours, le sang pur y fut abondamment employé. Lorsque, plus récemment, en 1876, on réorganisa le haras, on y envoya un bon nombre de juments de Neustadt, parfaites poulinières de sang plus ou moins anglo-arabe, fortes et ayant autant d'influx nerveux qu'un métis peut en avoir en Allemagne, même quand il est propre fils d'un pur sang. Là-dessus, on mit, soit des étalons de pur sang de croisement bien choisis, soit des étalons de demi-sang très près du sang et scrupuleusement sélectionnés sur le modèle, bien qu'on fasse assez d'état de certaines épreuves de course. Les produits que nous en avons vus sont des animaux puissants, grands, très réguliers, apparemment très pré-
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coces dans leur développement, avec de beaux membres, pas extraordinaires cependant de tour de canon : o m. 20 en moyenne pour des animaux au-dessus de i m. 60, d'une masse imposante et avec prédisposition à l'engraissement. Quant aux juments, la moyenne de leur tour de canon est 19,05, avec 186,3 de tour de thorax (d'après le professeur von Nathusius). On écarte impitoyablement de la reproduction tout ce qui n'est pas au gabarit. De plus, comme, sur les 56 étalons qui ont fait la monte depuis 1876 au haras, 20 sont de pur sang, on ne sera pas étonné d'apprendre qu'aucun des demi-sang de Beberbeck n'a moins de 80 pour 100 de sang pur, presque tous étant à 90 pour 100. Notons, en passant, que les poulains sont gorgés d'avoine — sans que leur caractère s'en ressente ; cette nourriture intensive est absolument nécessaire, car le sol de Beberbeck, fort pauvre en calcaire, ressemble en cela à celui de notre unique haras-jumenterie de Pompadour, lequel se trouve installé dans la partie la moins riche en calcaire de tout le plateau central. Aussi, si un étalon de Pompadour revient à l'État à la somme, énorme relative-
ment, de 15 000 francs environ, un étalon de Beberbeck doit coûter 20000 marcks, si le calcul est fait d'après la dépense globale du domaine et le nombre d'étalons qu'il envoie annuellement dans les La7idgestïite .
Les étalons de demi-sang sont donc très près du sang, mais très forts, très compacts, souvent même assez râblés pour se rapprocher d'un type carrossier presque connnun, mais osseux et, je l'ai dit, uniformément bien membres. Les jarrets à angle ouvert ont une parfaite direction. Les articulations sont larges; la tête moyenne plutôt forte mais fouillée, souvent presque oreillarde. Un certain nombre de ces chevaux sont sous eux du devant, le bras n'étant pas très vertical, ni l'épaule très couchée. D'autres sont longs et négligés dans leur dos dont le solide rein, cependant, reste bon, bien attaché. Bien des crins sont grossiers ; plusieurs croupes trop rondes, trop « melon » ; — cela vient du trakehnen, assure-t-on à Neustadt. Comme silhouette générale, pas un seul mâle adulte ne m'a paru extraordinaire, cheval d'empereur, de roi, ou simplement de général de cavalerie, selon l'idée, du moins, qu'on se fait chez
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nous — dans les milieux très cavaliers — des qualités que doit posséder un tel cheval, grâce, force, fierté. La force y est bien, dans ceux que j'ai vus et même à un très haut degré, avec, bien plus souvent que chez nos anglo-normands, les allures cavalières ; mais la grâce et la fierté semblent faire défaut. Beaucoup même sont communs tant ils sont forts et réguliers, et spécialement peu sortis dans leur encolure. C'est surtout en Allemagne qu'on peut constater que le pur sang de croisement n'allège pas les races lorsqu'elles sont ellesmêmes sélectionnées autrement que par les records en course. Ce gros, à la vérité, y est gagné au détriment de l'influx nerveux. Chaque système a ses défauts...
De vraiment fashionables, seules quelques juments de demi-sang, très racinglike, avec de l'os, du membre et de parfaites allures. Presque toutes ont un air de famille, car presque toutes sont de la descendance du fameux pur sang Charriant. D'ailleurs, sur une centaine de ces mères présentes, 65 environ sont issues directement du pur sang.
On doit signaler parmi les ancêtres prépo-
tents des beberbeck les pur sang français le Biitard, dont la forte ossature s'est fidèlement transmise, et Dandin. Les plus récents pères de pur sang sont Saint-Tropez et Hagen (petitfils à^Isonomy). Un bien mauvais étalon, par contre, que Carnage, importé d'Australie, au modèle déplaisant et aux jarrets tarés, tandis que Belliane (un Sagittaire'), malgré des jarrets un peu crochus, semble devoir être un père excellent. Mais tout ce qu'il y a de meilleur à Beberbeck se réclame du sang de Chantant. Acheté 130000 francs, somme énorme pour l'époque, il y fit la monte de 1879 à 1892 et depuis jusqu'à sa mort, à Trakehnen, je crois. L'autre améliorateur de marque, le demi-sang Optimiis, possède 83 pour 100 de sang pur. Il naquit de Odoardo, fils de The Wizard, pur sang anglais, à Graditz, pépinière, nous l'avons dit plus haut, de pur sang et de demi-sang très fashionables. Optimiis ajoute le bon développement de son squelette à la noblesse que donne aux beberbeck le sang de Chamant,
On m'a fait admirer un demi-sang, étalon très coté de l'actuelle direction, Titus, fils d'un demi-sang trakehnen, Y-Baro?neter, et d'une
demi-sang, Terrasse, par Méphisto, pur sang. A dire vrai, ce cheval n'a rien de séduisant; fait en cigare, il est de plus déparé par un dos mou. Mais ses aplombs sont parfaits et sa membrure énorme, et c'est surtout à cause de sa masse qu'il doit plaire en Allemagne... un vrai cultural, celui-là!
Voici le très prisé demi-sang Juhelgreis (88 pour loo d'anglais, 2 pour 100 d'arabe), petit-fils de C humant ^^^ccX^i^hT^ et de ThePiHnce, pur sang, par la mère. C'est un cheval court dans son ensemble, rond dans sa fesse, avec des aplombs postérieurs très galopeurs, très bien membre; plutôt carrossier, bien commun pour notre goût français. Mais il race très bien, très également.
Beberbeck, en somme, a résolu dans la manière, le goût, les possibilités et pour les nécessités allemandes le problème de l'étalon de demi-sang galopeur, — problème qu'on n'a même pas encore osé nettement poser en France, où le demi-sang de selle est, traditionnellement, fils de l'étalon carrossier. Mais il y a si longtemps que la France est devenue « la maison de l'envers «lEt cependant, son
sol, son climat sont si merveilleux, qu'à tout prendre, avec tous leurs défauts, nos chevaux, bourdons mis à part, sont, je crois, préférables à ceux des Allemands, parce que les nôtres se servent avec plus d'âme d'un mécanisme parfois incomplètement apte au service de la selle. Ils ont plus de qualité, plus d'influx nerveux. Ils sont ainsi plus conformes au tempérament de leurs cavaliers. Les Allemands, eux, possèdent d'admirables machines chevalines dont il semble que le foyer manque de combustible et, partant, la chaudière de pression. . . Doit-on, cependant, porter un jugement aussi sévère sur l'est-prussien proprement dit?
Bien entendu, les juments sont dans leur ensemble plus fines, plus distinguées, avec un beau squelette, tout à fait bâties en mères, mais sans beaucoup d'encolure. Elles ne pourraient cependant en quoi que ce soit supporter la comparaison avec le lot nombreux des juments normandes qu'on voit défiler à Paris au Concours central des reproducteurs ni à nos concours provinciaux de poulinières. Il serait à souhaiter que les hommes de cheval allemands y vinssent se rendre compte de notre élevage,
qu'ils semblent pour la plupart complètement ignorer et que beaucoup méprisent de confiance...
Il nous reste quelques mots à dire des poulains. Ils sont sevrés de très bonne heure et nourris en partie au lait de vache; puis, dès qu'ils la peuvent supporter, ils touchent une ration très forte en avoine. Ils sont soumis à de réguliers exercices journaliers. Les pouliches, au moins certaines d'entre elles qu'on compte conserver comme poulinières, consomment jusqu'à 6 kilogrammes d'avoine dès un an. Ces pouliches, d'ailleurs, sont toutes amenées au domaine de Sababourg, distant de quelques kilomètres, en pays accidenté et plus calcaire que Beberbeck. On m'en a dénombré 54, en tout, d'un, deux et trois ans, dont 25 d'un an. A Sababourg, la future poulinière prend de l'os et de l'ampleur, précieux exemple à suivre en France où la mère est si négligée.
Sababourg possède un château, demeure des surveillants, et d'un aspect très pittoresque, où, raconte-t-on dans le pays, le roi Jérôme de Westphalie allait faire ses farces.
Quant auxpoulains d'un, deux et trois ans, ils
restentà Beberbeck, individuellement surveillés dans leur développement et avoines en conséquence. Dès trois ans, ils sont journellement montés et exercés. Ces jeunes chevaux sont admirables de développement régulier; il y en a de charmants, à l'aspect d'animaux faits, sauf la taille, bien entendu. Ce que nous avans pu le plus louer, à première vue, se trouvait être des fils de demi-sang et spécialement de Mechajîiciis, un 81 pour 100, fils lui-même de Saint-Tropez^ pur sang.
On réforme tous les ans environ 60 animaux, dont on castre les étalons avant la vente. Le prix moyen de ces réformes atteint 2 000 francs , offerts généralement par des officiers. Une dizaine de juments, seulement, restent au haras; 15 ou 16 étalons, élèves de Beberbeck, partent tous les ans pour les dépôts des provinces; certains d'entre eux, même, pour d'autres haras principaux. Le Marstall (écuries dej l'Eiuperdui; a droit aux sujets de tête, comme chevaux de service. C'est ainsi qu'on m'a fait admirer un animal de cette catégorie, Troost, demi-sang à 90 pour 100 d'anglais, dont la mère est par le Butard; énorme alezan.
aux fesses de gras boulonnais, mais régulier, fort, avec un peu d'action, un caractère paraissant ultra-pacifique et du type de ceux que montait le général Saussier sur la fin de sa carrière. Seulement ce Troost^ tout gros, tout froid jusqu'au lymphatisme qu'il soit, trotte et galope comme un cheval de pur sang. Cette aptitude du mécanisme aux allures allongées compense un peu, sans doute, le manque de tempérament. C'est là, je crois, la caractéristique de l'élevage allemand de tout format (i).