LE CHATEAU DE MARTINSBOURG. — ALFIERI ET LA COMTESSE D'ALBANY
Si l'on quitte Colmar pour se diriger vers la montagne que couronne la triple ruine des tours d'Eguisheim, on rencontre, à une lieue de la ville, les maisons de Wettolsheim : elles occupent la première pente qui s'élève lentement au-dessus de la plaine d'Alsace. Wettolsheim n'a rien qui le distingue de tant de villages charmants, posés, comme lui, au pied des Vosges, en pays de vignobles : de larges portails donnent accès dans des cours de ferme entourées de galeries couvertes, enguirlandées de vigne, et l'eau claire de la montagne coule dans les longs abreuvoirs de pierre dont les vignerons ont creusé les margelles, à force d'y repasser leurs couteaux.
A l'extrémité d'une des rues, on pénètre par une porte de modeste apparence dans le jardin du château de Martinsbourg.
Ce château est un grand logis sans caractère. Des restaurations et reconstructions successives lui ont fait perdre son air d'ancienneté. Martinsbourg date, dit-on, du dixième siècle. Mais il est privé de ses tours, remplacées par des avant-corps carrés. A l'aspect de ses façades on le prendrait pour un bâtiment du dix-neuvième siècle. Aujourd'hui sa seule beauté est la merveille de son site, l'admirable tableau qu'encadre chacune de ses fenêtres. C'est dans ce château qu'à deux reprises, le poète Alfieri vint retrouver son adorata donna, Aloïsia de Stolberg, comtesse d'Albany.
Alfieri écrivait à un de ses amis : « La vue dont on jouit est admirable; de la terrasse et surtout des fenêtres du premier étage, on domine toute l'immense plaine traversée par le Rhin qu'encadrent si magnifiquement les Vosges et la Forêt-Noire, semblable à la plaine de Pise. Au pied du château, adossé à la montagne, s'étend le modeste et riant village dont la vue ne fatigue pas l'œil (che non da noia aWocchio), tandis que de l'autre côté, imposants jusque dans leurs ruines, s'élèvent les trois châteaux d'Eguisheim, l'antique résidence des dynastes dont descendait le pape Léon IX. Quand le temps est clair,
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