LE CHATEAU DE MARTINSBOURG
et que les glaciers de la Suisse apparaissent, dentelant le ciel à l'horizon, il serait difficile de rêver une plus grande variété d'aspects, une plus grande profusion de couleurs. »
Ce spectacle, le même qui charmait les regards du poète amoureux, nous le pouvons contempler de la terrasse de Martinsbourg modernisé. Il suffît à éveiller la rêverie du passant. Peu importe que rien, ici, ni dans le décor, ni dans l'ameublement du château, ne puisse rappeler la mémoire d'Alfieri et de son amie. Une collection de bibelots et de reliques religieusement étiquetées n'a point la vertu évocatrice d'un beau paysage. Notre curiosité est trop souvent déçue et notre imagination irritée, lorsque, pèlerins imprudents, nous vouions interroger de trop près les choses parmi lesquelles les grands hommes ont traîné leur pauvre vie humaine. Puis les choses changent et nous induisent en de ridicules erreurs. Revenant dans la « vallée heureuse », Olympio ne reconnaissait plus le jardin témoin de son bonheur :
Nos chambres de feuillage en halliers sont changées ; L'arbre où fut notre chiffre est mort ou renversé ; Nos roses dans l'enclos ont été ravagées Par les petits enfants qui sautent le fossé !
Les grands horizons sont immuables en leur magnificence. Un vers, un seul vers, écrit a la
ltffc A TRAVERS L ALSACE
louange de la plaine d'Alsace, brillante, riche et joyeuse,
La donde il pian traspar atlto ed allegro,
décore de l'esprit et de la gloire d'Alfieri ce coteau charmant du vignoble alsacien.
Au dix-huitième siècle, Marlinsbourg était la propriété de Joseph-Antoine-Georges de Walcourt. Celui-ci lit restaurer son château et, pour conserver à la postérité la mémoire de ce travail, fit encastrer dans le mur de sa maison une dalle de pierre portant, en allemand, cette pompeuse inscription : Quand L'aigle à deux tètes et V aigle simple se faisaient la guerre, Joseph- Antoine-Georges, comte de Walcourt-Rochefort de Faing Ky bourg et du Saint-Empire Romain, seigneur de Wettolsheim, fit restaurer le château de Martinsbourg, détruit au temps de Charles le Gros et construire au-dessus le burg, appelé Josephsburg. Malheureusement, quelques années plus tard, le Conseil souverain d'Alsace signifia au sieur de Walcourt défense de porter le titre de comte qu'il se donnait sans droit, et l'inscription fut enfouie dans le jardin où on l'a déterrée, au dix neuvième siècle...
Ce Walcourt mourut sans laisser d'enfants. Martinsbourg qu'il avait embelli et orné d'un