LE CHATEAU DE MAHTINSBOUKG
jardin « disposé en labyrinthe », passa à sa petitenièce, Ja chanoinesse Catherine de Maltzen.
Mlle de Maltzen était une des dames d'honneur de la comtesse d'Albany, femme du prétendant Charles-Edouard Stuarl. Elle avait vécu dans l'intimité de la comtesse à Rome, au palais Mutti, puis lavait suivie à Florence. Quand la comtesse, séparée de son mari, fut autorisée par le Pape à se réfugier chez les Ursulines de Rome, la chanoinesse reprit le chemin de l'Alsace. Et nous savons maintenant comment Alfieri fut conduit à Martinsbourg.
Lorsqu'au mois d'août 1784, la comtesse d'Albany se rendit en Alsace, elle venait de traverser de terribles épreuves.
Aloïsia de Stolberg, fille d'un lieutenant général autrichien, avait été mariée en 177 1 au petit-fils de Jacques II, Charles-Edouard. Il avait cinquante et un ans ; elle en avait dixneuf... Le jeune héros qui, vingt-cinq ans auparavant, avait failli reconquérir son royaume et avait étonné le monde par ses chevaleresques aventures, connut toutes les tristesses et toutes les déchéances de la royauté en exil. La cour de France avait abandonné sa cause ; mais, comme elle croyait de bonne politique de per-
pétuer la race des Stuart, elle avait décidé le prétendante se remarier. Deux phrases — admirables — de Chateaubriand résument toute l'histoire de cette union : « L'illustre banni s'attacha à une princesse dont Alfieri a continué la généreuse renommée... Vers la fin de sa vie, il s'abandonna à la passion du vin, passion ignoble, mais avec laquelle du moins il rendait aux hommes oubli pour oubli. »
Durant l'hiver de 1777, Alfieri fut reçu à Florence chez le prétendant, qui avait pris le nom de comte d'Albany. Il avait à peine vingt-neuf ans et, après une jeunesse oisive et désordonnée, il venait de décider soudain qu'il serait poète. Il était venu en Toscane pour se défranciser et apprendre le véritable idiome de sa patrie. Les deux maîtres de son imagination républicaine et aristocratique avaient été Montaigne et Plutarque. Son cœur brûlait de passions forcenées et silencieuses. Il hésita quelques semaiues à suivre l'attrait de l'amour que lui inspirait la comtesse. « Ayant fini par m'apercevoir au bout de deux mois que c'était là la femme que je cherchais, parce que loin de trouver chez elle, comme dans le vulgaire des femmes, un obstacle à la gloire littéraire, et. de voir l'amour qu'elle m'inspirait me dégoûter des occupations utiles, et rapetisser, pour ainsi dire, mes pensées, j'y trouvais, au contraire, un aiguillon,