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tête, en gros caractères, ce titre significatif : DÉSAVEU DE M. BELLY. Toutes les autres feuilles reproduisaient ce désaveu avec des commentaires plus ou moins insultants. C'était unenote officielle, publiéela veille par l’Union deWashington, dans laquelle on faisait déclarer au gouvernement français, non-seulement que je n'étais pas son mandataire, mais qu'il répudiait toute solidarité avec mes projets en Amérique. La note semblait être rédigée tout exprès pour dire à l’Amérique du Nord que, puisque mon traité du 1% mai lui déplaisait, la France se garderait bien de me prêter aucun appui, et que je n'étais plus, à ses yeux, qu'un aventurier. On devine l’impression produite par un tel document, au milieu des passions exaltées dont j'avais été un moment l’épouvantail. Le triomphe de la doctrine Monroë était si complet et l’orgueil yankee se sentait si heureux d’avoir fait reculer la France napoléonienne, que cette joie débordait jusque sur les murs. Pendant plusieurs jours, de New-York à Washington, je retrouvai affichée dans les gares de chemin de fer, et même dans l’intérieur des transports à vapeur de l’'Hudson et de la baie, la flétrissure qui me venait de mon pays, côte à côte avec l’inévitable avis de la police anglosaxonne : Prenez garde aux pick-pockets.
Or, pendant que j'étais ainsi récompensé d’une conduite qui, selon l’expression de M. Michel Chevalier, avait été « patriotique et honorable, » mais qui avait.eu le tort irrémissible de réaliser une conquête morale, sans faire intervenir ni protocoles ni canons, voici comment l’Angleterre appréciait, à la même date, le même acte qu’on désavouait à Paris.
J'avais adressé, le 4% mai, à lord Malmesbury, ministre des affaires étrangères, cette simple notification :
« Monsieur le comte, « Je suis chargé par LL. EE. les présidents des deux répu-
bliques de Costa-Rica et du Nicaragua, réunis extraordinairement dans la ville de Rica, pour former entre eux une alliance offensive et défensive, et pour régler toutes les questions politiques de leurs Etats respectifs, de porter à la connaissance du gouvernement de S. M. Britannique :
« 4° Qu'une convention internationale a été conclue avec moi pour ia réalisation, sur les bases les plus larges, du canal interocéanique de Nicaragua dont S. M. l'Empereur des Français s'était déjà occupée en 1846.
« 2° Que par une déclaration spéciale, signée des deux présidents de Costa-Rica et du Nicaragua, l'exécution de cette convention et l'indépendance menacée du Centre-Amérique sont mises sous la garantie de l'Angleterre, de la France et de la Sardaigne (1).
« 3° Que M. de Marcoleta, nommé ministre plénipotentiaire auprès des cours de France et d'Angleterre, est chargé de présenter à S. M. la Reine Victoria une lettre particulière des deux présidents demandant la protection immédiate de son gouvernerment.
« J'ose espérer, Monsieur le comte, que l'appel du droit, de la justice et de l’humanité sera entendu en Angleterre comme en France, et que votre généreuse intervention fera enfin cesser des tentatives de boucaniers qui sont la honte du xix® siècle et une terrible accusation contre l’égoïsme de l’Europe. »
Et le noble lord, plus poli et moins dédaigneux des grandes choses que nos hommes d'Etat, sans doute parce qu’il les comprenait mieux, m'avait répondu courrier par courrier :
Foreign-Office, 11 juin 1858.
« Monsieur,
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous m'avez adressée le 4% mai dernier, contenant la copie d’un
(4) L'Italie alors n’était pas faite. Mais M. de Cavour était déjà, aux yeux de toute l'Amérique, le plus grand homme d'État de l'Europe, et le défenseur naturel des nationalités opprimées.
traité conclu entre vous et les présidents des républiques du Nicaragua et de Costa-Rica, pour la construction d’un canal maritime entre l’océan Atlantique et l'océan Pacifique ; et je suis heureux de pouvoir vous assurer que les stipulations du traité intervenu entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, en date du 19 avril 1850, appelé communément traité Clayton-Bulwer, sont, dans mon opinion, applicables à votre projet, si vous le mettez à exécution.
« J'ai l'honneur, etc.
« Signé : MALMESBURY. »
Ainsi, l'Angleterre qui ne me devait rien, mais qui sentait l’importance capitale de la question de l’Isthme pour les intérêts européens, prenait faitet cause pour la convention de Rivas contre le traité Cass-[rizarri, et me plaçait d’ellemême sous la protection de son droit public. Qu’aurait-elle donc fait si j'avais été un de ses citoyens ? Et que penser d’une administration assez étrangère à ces intérêts, pour m'avoir vu dans l'Amérique centrale qu’une occasion de faire acte d’impertinence, et assez agenouillée devant la brutalité yankee, pour lui sacrifier sans hésiter la justice, l’honneur et les bénéfices d’une cause légitime entre toutes, par cela seul qu’elle ne dérivait pas d’une auguste initiative ?
Malheureusement, ce désaveu ruinait par la base tous | mes plans d’entente et de conciliation avec les États-Unis sur le terrain du traité Clayton-Bulwer. Du moment où mon propre gouvernement me condamnait & priori, sans enquête, sans examen, sans savoir même de quoi il s’agissait, et laissait ainsi libre carrière aux débordements que j'avais voulu arrêter, je ne valais plus la peine qu’on traitàt avec moi. Tout l’effet moral des résultats acquis tombait avec la crainte salutaire d’une gendarmerie maritime, faisant respecter l'indépendance de l’Isthme. Un autre abandon, d’aiileurs, d’une nature plus intime, me mettait dans l’impuis-
sance absolue de me mouvoir. J'avais écrit à mon associé, en lui envoyant le texte de la concession où son nom figurait à côté du mien, que j'avais le droit de compter désormais sur une autre attitude que celle gardée jusque-là. Je lui demandais, en conséquence, l’argent nécessaire pour agir, dans le pays du dollar, avec l’indépendance et la dignité de ma position, et j'espérais encore, malgré mes déceptions antérieures, qu’un peu de pudeur aurait touché cette âme vénale. Je ne connaissais pas le milieu dans lequel j'étais tombé. Je devais être jusqu’au bout le jouet de sa mauvaise foi. Pas plus à New-York qu’au Nicaragua, je ne reçus le moindre signe de vie de ces étranges spécula- : teurs. J'étais frappé à la fois dans ma considération, dans mes projets, dans mon honneur, dans les besoins les plus impérieux de l'existence physique; et j'allais être obligé de mendier pour rentrer en Europe.
Je ne voulus pas cependant rester sous le coup de la fausse position que m'infligeait le désaveu. Je tenais surtout à bien expliquer au gouvernement: américain que, si j'avais combattu de toutes mes forces le brigandage et l’assassinat, je n’étais nullement l'ennemi de sa légitime influence. Je courus à Washington, et je me présentai à M. de
Sartiges, alors ministre de France aux États-Unis. Le mi-
nistre écrivait; il ne se retourna pas, sans doute pour se donner le temps de réfléchir; et son premier mot fut cette sévère apostrophe : |
— Comment se fait-il, Monsieur, que vous ayez osé usurper un titre et une mission qui ne vous appartenaient pas ? | é
— Et qui vous dit, Monsieur le ministre, que j'aie jamais usurpé quoi que ce soit?
— Mais la presse entière des États-Unis que vous avez ameutée ainsi contre le gouvernement de l'Empereur.
— Si c’est là votre unique autorité pour condamner un
de vos compatriotes qui vient de grandir encore le prestige de son pays, permettez-moi de vous dire qu’elle ne me paraît pas suffisante. Plus que personne, vous savez que la presse américaine, à peu d’exceptions près (1), invente au besoin les armes de sa polémique, et qu'elle n’est jamais arrêtée par un mensonge. Plus que personne, vous l’avez vue se jouer impudemment de tous les principes, de toutes les vérités, de toutes les évidences, pour flatter tour à tour la haine populaire contre l’Angleterre, la jalousie contre la France, et les passions débordantes du flibustérisme. Votre expérience personnelle devrait donc vous tenir en garde contre ses assertions, et je m'étonne que mon caractère et mes services aient pu être un moment soumis à une juridiction aussi partiale. |
Et je racontai à M. de Sartiges l’histoire vraie de mes négociations au Centre-Amérique, la situation du pays, les ravages de Walker, l’appel des populations décimées au patronage européen, et les conséquences heureuses qui pouvaient sortir de mon intervention. Le ministre m’écoutait comme un homme à qui la lumière apparaît pour la première fois. Toutes ses dispositions étaient changées. Le plus aimable accueil avait succédé aux rudesses du début. Je fus ‘invité à diner, et présenté le soir au corps diplomatique. On me mit en rapport avec lord Napier et avec sir William Gore Ouseley, pour qu'ils apprissent, eux aussi, la vérité sur ce qui se passait dans l’Isthme, et je dus encore à la bienveillance de M. de Sartiges d’obtenir pour le lendemain une audience du secrétaire d’État de M. Buchanan, le général Cass.
Cette entrevue avec l’homme qui représentait alors au
(1) Je dois citer, entre autres exceptions, le New-York Times, dirigé par M. Raymond, et la New-York Tribune, redigée par M. Horace Greeley. ;
plus haut degré les tendances annexionistes de l’Union américaine, était chose délicate. Je m'en tirai à force de franchise et de netteté. Le général Cass fut surpris luimême du caractère nouveau que j'imprimais au débordement flibustier, et j'aurais été reçu, séance tenante, par le président Buchanan, s’il s'était trouvé à Washington. La Maison-Blanche n'avait jamais entendu de protestation aussi puissamment motivée contre ses propres entrainements. Je n'étais l’ennemi d’aucun peuple. J’appartenais à une race trop naturellement généreuse et libérale pour descendre à de mesquines exclusions. Tous mes actes, comme toutes mes publications, n’aspiraient qu’à un seul but, le triomphe de la justice. Le canal, notamment, devait être plus utile aux États-Unis qu’à l’Europe. Je n’y avais invoqué d’autre droit public, — article 23, — que celui de l’'Amérique elle-même, formulé dans le traité Clayton- Bulwer ; et le fait seul de ma démarche auprès du gouvernement américain, pour lui demander de réprimer luimême les excès qui Le déshonoraient, prouvait que je savais distinguer entre la nation et son écume. Le secrétaire d'État ne me répondit que par des phrases vagues. Il paraissait embarrassé et soucieux. J'avais peut-être ébranlé le système politique auquel il avait attaché son nom. Mais que pouvait une pareille communication venant d’un homme renié là veille par les siens? Personne n'ignorait qu’en France le succès des grandes affaires est subordonné au bon plaisir de l'administration. Mon projet de bosphore était donc frappé du même discrédit que ma personne. de n'avais plus d'autre autorité que celle d’un voyageur fantaisiste entouré d’une célébrité d'aventure. Cette célébrité, qui console les ambitieux de tant de déboires, ne faisait que me rendre plus amer le sentiment de mon impuissance réelle. Je me hâtai de quitter Washington, puis l’Amérique, en m'embarquant à bord du Persia, après avoir
adressé au New-York Herald la lettre suivante, qui résumait ce que j'aurais voulu dire dans un meeling, si j'avais été en mesure de le eonvoquer et d'y paraître avec honneur.
New-York, 7 juillet 1858.
« Monsieur,
« Vous vous êtes beaucoup occupé de moi et de mes actes dans l'Amérique centrale. Vous m'avez généreusement prêté une situation officielle que je n’avais pas, et des projets éclatants qui ne pouvaient convenir à mon obscurité. Je vous remercie du retentissement que vous avez donné ainsi au nom d'un simple journaliste dont la plume est l'unique pouvoir. Mais je dois à l'opinion publique de ne pas laisser subsister plus longtemps'des erreurs d'appréciation que je crois dangereuses. Vous avez désiré connaître le secret de mon intervention au Nicaragua. Ce secret, qui n’en est pas un, le voici : — Je n'ai pas craint d'aller le communiquer franchement au gouvernement de Washington ; je ne crains pas de le livrer aujourd’hui à la publicité américaine. Le peuple si intelligent des Etats-Unis comprendra peut-être, en lisant cette simple exposition, que le farouche ennemi dont vous l’avez si souvent entretenu, pourrait bien être au fond un véritable ami.
« Je n'ai ni caractère officiel, ni mission aucune du gouvernement de l'Empereur. C’est comme: un simple particulier que je me suis présenté et que j'ai agi dans l'Amérique centrale ; c'est comme simple particulier que j'ai été reçu par les deux gouvernements de Costa-Rica et du Nicaragua, et si vous aviez lu attentivement les journaux de ces deux pays, vous auriez vu que c'était à l'écrivain et non au ministre. que s'adressaient les honneurs et les manifestations sympathiques dont j'ai été l'objet. Vous pouvez donc vous dispenser désormais de faire remonter à la France la responsabilité de mon rôle politique. Mais vous comprendrez aussi que le mot désaveu, dont s’est servi l'Union dans une circonstance récente, n’était pas le mot propre. Il eût été plus exact et plus loyal des’en tenir à ce que je viens de vous dire, que de supposer au gouvernement de mon pays une opinion qu'il ne pouvait avoir sur des actes qu’il ne connaissait pas encore.
« Ce premier point convenu, quels sont donc ces actes si audacieux pour lesquels vous m'avez fait une réputation si terrible ? — J'ai cru à la possibilité d’un travail grandiose devant lequel le génie des Etats-Unis avait réculé ; j'ai sollicité, en conséquence, une concession de canal à travers l’isthme de Nicaragua : j'ai pris ainsi l'initiative d’une grande entreprise qui sera un jour l'honneur et la fortune de tous ceux qui s'y seront associés ; j'ai rédigé enfin et j'ai fait adopter, pour l’exécution de cette entreprise, la charte la plus libérale, la moins exclusive, la plus utile au commerce universel, la plus avantageuse surtout aux iniérêts américains ; voilà mon crime tout entier. — Les mesures politiques qui l’ont accompagné ne sont que des mesures préservatrices ; et si vous aviez vu comme moi dans quel abîme de ruines et de désolation le passage de Walker et de ses bandes a plongé l'Amérique centrale, vous comprendriez tout ce que l'appel de ses gouvernements à la justice européenne avait de légitime, de nécessaire et de désespéré. (5
« Mais, me direz-vous peut-être, Le canal de Nicaragua est jugé impossible, et dès lors la convention de Rivas cache d’autres projets. — Jugé impossible ! — Par qui? — Par des intérêts privés qui avaient besoin d’un prétexte pour violer impunément leurs engagements, mais non par la science, dont les maîtres n’ont pas été consultés. On juge impossible en Amérique, le pays du go ahead, ce qu’Alexandre de Humboldt, ce que Michel Chevalier, ce que Napoléon IIT, ce que vingt ingénieurs plus ou moins illustres ont déclaré positivement praticable ! En quoi consistent donc ces difficultés insurmontables qui vous ont si vite convertis à la doctrine de l'impossibilité ? — Dans la diffé-
Vence du niveau du lac et des deux mers ?.. Mais cette différence
n’est que de 40 mètres, et le canal Calédonien en rachète une de 57 mètres sur un parcours moins étendu. — Dans l'insuffisance du réservoir supérieur pour fournir le volume d’eau nécessaire aux deux-pentes ?.. Mais ce bassin supérieur est un lac de 45 lieues de longueur, sur 20 de largeur, qui, même dans la saison sèche, inonde une partie de ses rives, faute de débouchés. — Dans les rapides du fleuve San Juan et la coupure du seuil du Pacifique ?.. Mais ces rapides ne sont pas même du granit; mais cette coupure n’a que six lieues et demie de longueur ! Et quand vos machines américaines percent les Alpes,
vous n'êtes ni logiques ni patriotes de leur refuser le pouvoir de faire sauter quelques roches volcaniques et de se frayer un chemin à travers un plateau d'argile, de sable et de chaux.
«Convenez-en donc! Vous avez été trompés sur ce point, comme vous l’avez été sur mon caractère, comme vous l’êtes au plus haut degré sur le rôle de vos flibustiers dans l'Amérique centrale. Le canal du Nicaragua est une question d'argent et de machines, rien de plus. Or, l'argent, nous ne vous le demandons pas, et les machines, c'est vous qui les fournirez. N'est-ce pas vous dire que vous avez tout à gagner à un essai qui ne vous coûte rien, et qu'il serait digne de la presse américaine de s’associer sans réserve à une œuvre monumentale qui changera la face du monde, et qui servira plus sûrement la. cause de la liberté et de la civilisation, que l'incendie de Grenade et les préparatifs de Mobile ?
« Car, réfléchissez-y bien, à qui profitera surtout cette grande route maritime, sans transhbordements et sans tempêtes, qui doit supprimer le cap Horn et mettre New-York à vingt jours de San Francisco ? — N'est-ce pas à la nation dominatrice de l’Amérique, à celle qui couvre les deux océans de ses steamers, à celle qui jouit de l’inappréciable avantage de la proximité ?.. J'aurais pu, si j'avais été l'ennemi de votre légitime influence, . compenser cette proximité par des tarifs exceptionnels. Je n’ai pas cru devoir m'arrêter à ces considérations de rivalités nationales. Je n’ai songé qu'aux grands principes qui doivent régir l'avenir. J'ai proclamé hautement l'égalité des pavillons, comme j'ai proclamé la suppression des monopoles, l’abaissement des barrières fiscales et le bon marché des transports. Et j’ai mérité ainsi, non l’animadversion des Etats-Unis, mais leur estime ; non leurs colères, mais leur reconnaissance ; car ce sont les Etats-Unis surtout qui profiteront de mes travaux.
« Quant à la France, que j'aurais pu favoriser outre mesure, quelle part a-t-elle dans cette distribution ?.. Une part égale à celle de l'Angleterre et des Etats-Unis dans le règlement définitif de la neutralité du canal, et le droit de protéger, si cela convient à son gouvernement, les énormes intérêts français qui s’y Seront engagés, voilà tout. — Encore, cette dernière clause n’a-t-elle en vue que la répression du flibustérisme, que vous ne réprimez pas, et deviendrait-elle inutile si votre surveillance devenait sérieuse. |
« En résumé, j'ai appelé l'attention du monde sur une question vitale ; j'ai préparé une révolution maritime et économique qui sera surtout fructueuse pour les Etats-Unis. J’ai ouvert à l'influence légitime de vos concitoyens des routes nouvelles qu'on croyait fermées, et à leur industrie métallurgique des débouchés inattendus.Je suis même arrivé à New-York avec l’in-
tention d'offrir à vos sommités financières une juste partici-
pation à l’œuvre commune. N'avais-je pas raison de vous dire en commençant que je n'étais pas un ennemi bien redoutable ? Je ne sais ce que réserve l’avenir à mes projets, mais je doute que la partie honnête de la population américaine rencontre jamais des auxiliaires plus impartiaux que les concessionnaires actuels du canal de Nicaragua. | « Agréez, etc.
« Signé : FÉLIX BELLY. »
Cette lettre, publiée le même jour en anglais et en français, par le New-York Herald et le Courrier des États-Unis, et reproduite le lendemain dans un millier de feuilles des États-Unis, arriva jusqu’en France par les journaux de Belgique et d'Angleterre. Elle avait donc obtenu la plus grande somme de publicité imaginable; et il semblait impossible, après une déclaration si précise et si retentissante, qu'on osât me reprocher encore cette usurpation de titre que ia presse américaine avait elle-même vingt fois démentie dans ses heures de bonne foi. Maïs ce qui est impossible pour le bon sens public et pour la loyauté vulgaire ne l’est pas pour le droit divin. J'avais touché à l'arche sainte de la diplomatie et troublé la quiétude asiatique de ses grands pontifes. Des dépêches avaient été échangées, à mon sujet, entre Paris et Washington. J’avais donc forcé la superbe corporation, qui conserve si pieusement, dans noire France démocratique, le dépôt de tous les préjugés, de toutes les ignorances, de toutes les pompes vaniteuses et de toutes les traditions autocratiques de l’ancien régime, à s'occuper d’un simple citoyen et à prendre un parti sx.
L'EXPÉDITION DE 1859. 193 ce qu’elle ne savait pas. Je ne méritais dès lors ni équité ni ménagements. Je ne méritais pas même d’être entendu. A quoi bon, d’ailleurs, se donner la peine d'étudier une question, quand il est si facile de la supprimer! Le désaveu de Washington et la première réception de M. de Sartiges m'avaient éclairé sur les dispositions de notre conseil aulique à mon égard. La suite me prouva que les préventions de castes sont incurables, et qu’il n’y a rien de bon à attendre des cénacles irresponsables que la liberté de la presse ne contrôle pas. l
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Je débarquai à Liverpool, vers le milieu de juillet, avec 18 francs dans ma bourse, ayant dû mepriver de vin à bord du Persia, pendant la traversée. A peine installé à l'hôtel Adelphi, j'employai cette dernière ressource à expédier une dépêche à Paris, demandant l'envoi immédiat de mille francs, par ordre télégraphique. Le premier venu à qui je me serais adressé en pareil cas, serait allé droit chez M. Rothschild. les mille francs à la main, et l’aurait prié de me les faire payer, séance tenante, à l'hôtel, par son correspondant. M.Millaud me répondit majestueusement de tirer sur lui, à vue, pour la somme demandée. L’idée ne lui vint pas que son nom était aussi inconnu à Liverpool que celui du dernier de ses commis, et que, pour trouver un banquier complaisant, il me fallait des relations, des courses, une toilette, du temps à perdre et de l’argent à dépenser, c’est-à-dire tout ce que je n'avais pas. Les hommes positifs ne s'inquiètent pas de ces détails. Il n’y a que les écrivains, gens légers et
superficiels, qui croient devoir se rendre compte d’une si-.
tuation avant d’y porter remede. La dépêche de M. Millaud Il 13