TE LCHAPITREU
me jeta dans un embarras indeseriptible (1). Je ne connaissais âme qui vive. Je ne pouvais faire une démarche qui ne füt une sottise. Je n’avais pas même un penny à donner aux pauvresses demi-nues dont la misère attristait parfois les abords de l'hôtel, et je ne sais pas comment je serais sorti
de cette angoisse, si la notoriété de mon nom ne m'avait
amené UN Sauveur. |
Les journaux avaient publié la liste des passagers du Persia, et plusieurs personnes s'étaient présentées qui, sur la description de mon équipage, ne jugèrent pas à propos de s'engager plus avant. La vérité est'que, grâce à MM. Millaud et Ce, je ne faisais pas bonne figure aux yeux d’un Anglais, et je n’étais nullement en mesure de profiter des combinaisons avantageuses que Liverpool pouvait m’offrir. Une de ces personnes, cependant, ne craignit pas de mônter jusqu’au cinquième étage où l’on m'avait relégué. C'était un Hispano-Américain, M. Carlus Gutierrez, secrétaire de la légation du Honduras et plus tard titulaire de cette légation à Londres. M. Gutierrez venait, en bon patriote, me remercier de ce que j'avais fait pour son pays, et se mettre à ma disposition dansle cas où j'aurais eu besoin de ses services. Son insistance pour me voir et le sérieux tout britannique de son langage me prouvaient que ce n'étaient pas là de vaines paroles. Je le pris au mot ; et, après quelques explications, je lui demandai à qui je devais m’adresser pour
(1) Cette dépêche lui avait coûté 17 fr. 50 e. Je retrouvai plus tard ces 17 fr. 50 c. dans le compte qu'on me présenta. Les petits ruisseaux, dit-on, font les grandes rivières. Seulement, si c’est ainsi qu’on procède dans les grandes affaires, comment procède-t-on dans les prêts à la petite semaine ? M. Millaud oubliait de plus, car il oubliait tout, excepté sa chère personne, que j'avais dû perdre 42 à 45 p. 100 sur chacune de mes traites d'Amérique, par suite du change élevé et des
complications monétaires du pays, et que le seul envoi du traité de
concession m'avait coûté 500 francs, Total, près de 4,500 francs que je ne lui réclamais pas, tandis qu'il me réclamait 47 fr. 50 c. !
obtenir les mille francs de la dépêche. — Personne ici, me | répondit-il, n’acceptera votre traite qu’à titre provisoire, parce que personne ne connaît M. Millaud ; mais je suis l’associé d’une maison de banque; votre signature, à moi, me suffit. Je répondrai des mille francs, et vous les aurez demain. — Ce qui fut fait. |
Mais je n'avais plus d'illusions sur mes auxiliaires ; je n’attendais aucune justice de mon gouvernement ; et lorsque je rentrai à Paris, le surlendemain, j'étais profondément inquiet de l'avenir.
Ce fut bien pis quand j’eus pris connaissance de la situation. Le traité du canal, que tous les journaux anglais et américains avaient emprunté au Times, n'avait pas été publié en France, quoique M. Millaud füt propriétaire de la Presse. L'effet moral sur lequel j'avais compté, pour servir de frein aux Etats-Unis, était complétement manqué, et les deux États qui avaient eu le courage d’en appeler à l'Europe, allaient subir la peine de leur confiance. Une funeste influence diplomatique, intervenue pendant mon absence, avait persuadé à mes associés que tout était perdu s’il y avait la moindre publicité. C’était le système des conciliabules et de l’intrigue souterraine appliqué à une affaire qui ne relevait que de l’opinion publique et ne pouvait réussir que par elle. Inutile de dire que j'étais déjà vivement critiqué, et très-légèrement traité dans le milieu où triomphait cette grotesque logique, si familière aux hommes de poids.
- La position surtout de M. Millaud m’enlevait toute espérance de réalisation. Des procès récents l’avaientatteint à la fois dans son crédit et dans sa considération. La Cuisse Générale des Actionnaires, au nom de laquelle il s'était engagé (1), paraissait en pleine décadence. Son nom seul jetait sur mon traité un déplorable reflet de charlatanisme
(1) Voici le texte de cet engagement daté du 13 février 1858, jour de
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et de spéculation malsaine. C'était là le premier moi que: j'avais entendu en arrivant à Paris. J’en avais ressenti les effets jusqu’au sein de la Société d'économie politique, ma protectrice naturelle. Plus on était satisfait de mon succes personnel, plus on regrettait une association malheureuse qui repoussait également les sympathies et les propositions. Les choses en vinrent à ce point que, dix jours après mon, retour, le 6 août, j'écrivis à M. Millaud pour le mettre en demeure de rompre lui-même cette association, et que je me mis à chercher immédiatement d’autres appuis plus respectables. | Pour remplir le mandat que j'avais reçu en Amérique, je devais remettre à l'Empereur une lettre signée des deux présidents, lui exposer la réalité des choses dans l’Isthme, et solliciter de son gouvernement, avec l’envoi d’un navire de France à Greytown, une démonstration d’ordre public qui garantit la neutralité du passage interocéanique. J’é- “crivis, en conséquence, à l’Empereur et au ministre des affaires étrangères pour leur demander une audience. On me \
mon départ, tandis que le traité particulier portait la fausse date du 24 novembre 1857. — ‘On ne pense pas à tout.