‹ A travers l'Amérique CentraleChapitre 19 sur 64 · LA SCIENZA E LA LETTERATURA · texte numérisé non relu

LA SCIENZA E LA LETTERATURA

Monsieur, J'ai reçu votre admirable travail sur le percement de l’isthme de Panama, et je vous remercie bien d’avoir songé à moi et à mon journal. Lorsqu'on a lu votre ouvrage il est impossible de douter que votre

protégeaient hautement nos efforts. M. de Humboldt, dont j'étais allé saluer à Berlin la royale vieillesse, avait accepté d’être le collègue de sir Frederick Murchison dans le conseil supérieur du canal. M. Paleocapa nous écrivait qué, s’il avait l'usage de ses yeux, il partirait avec moi pour le Nicaragua. L’Angleterre avait accusé nettement sa politique protectrice en signant le traité de garantie du mois d’octobre. Elle venait d'envoyer, en outre, quatre navires de guerre à Greytown, et d'inviter sir William Gore Ouseley à $e rendre à son poste. La Russie nous offrait un des grands noms de l'entourage impérial et l’appui de ses maisons de banque. L’Amérique tout entière s'était émue de la transformation dont elle allait devenir le théâtre. On nous assurait, d’après un journal australien, que le parlement de Sidney

avait voté une subvention de 50,000 livres sterling pendant

dix ans pour aider à la création du bosphore. Une compagnie anglaise se présentait déjà pour traiter du passage de ses navires à travers la coupure. L'entreprise avait évidemment pour elle l'opinion publique des deux mondes, et dans un pays libre, elle aurait tout entraîné avec elle, gouvernement et capitaux. Sous le régime de nos institutions autoritaires, il n’a manqué peut-être qu’une ligne du Monti-

entreprise ne soit aussi praticable qu’elle est magnifique; tout le monde attend de vous ce que plusieurs siècles n’ont pu faire depuis Cortez jusqu'à nos jours. On verra corrigée presque l’œuvre de la nature! Cependant je suis fâché que votre brochure me soit parvenue lorsque la livraison ci-jointe était déjà composée, mais j'attends avec impatience la publication du prochain numéro pour faire: connaître à mes abonnés un projet empreint de ce grandiose qui est décidément le cachet du génie français. Il était temps que l'empereur fit exécuter le rêve du prince!

Veuillez donc agréer mes remerciments, disposer de moi en toute circonstance, et me croire toujours votre sincère admirateur.

Palerme, 3 décembre 1858.

Le directeur, C.. C. COLONNA, marquis de FIUMEDINISI.

teur pour lui donner un pivot financier et réaliser, sans coup férir, le rêve de Christophe Colomb et de Fernand Cortez.

Il fallait agir cependant, et agir sans délai; car le général Martinez etle congrès nicaraguien, nous voyant abandonnés à nous-mêmes, attendaient une preuve de notre vitalité. Nous étions placés dans ce cercle vicieux de ne pouvoir nous constituer définitivement sans ratifications, et de ne pouvoir enlever les ratifications, sans engager l’opération elle-même. . Ilavait doncété décidé qu’une expédition d'ingénieurs partirait de Southampton, vers le milieu du février 1859, pour procéder à la fois à la prise de possession légale du canal et à une nouvelle étude du tracé. On ne pouvait ajourner cette démonstration, sans perdre une année entière, par suite de Ja clôture du congrès du Nicaragua et de l’approche de la saison des pluies ; et plus que personne je sentais la nécessité d’aller vite. Mais je savais qu'il n’y avait pas en caisse : l’argent que je jugeais indispensable à ce second voyage. Je posai nettement la question à M. Thomé, lui déclarant que je ne partirais pas sans tenir au moins 100,000 francs entre mes mains. M. Thomé me ferma la bouche avec son assurance ordinaire, — « l’argent arriverait à son heure, comme il était arrivé jusque-là. J’aurais mes 100,000 francs et peut-être davantage. Je pouvais m'en rapporter à lui sur ce point, ainsi que sur tout le reste. Le passé était le garant de l'avenir, et d’ailleurs, la solution était proche, etc.» — D'un autre côté, les hommes qui traitaient avec lui pour faire partie de cette expédition, ingénieurs, secrétaire général, conducteurs et ouvriers spéciaux, paraissaient enchantés des explications qu’il leur avait données. Le personnel était au complet. Il avait pour chefs un ingénieur en chef des mines connu par de nombreuses publications, M. Durocher, et un ancien ministre de France*au Mexique, M. Levasseur. Nous vivions d’une vie fiévreuse. Je n'avais ni le temps d'approfondir toute chose, ni les forces néces-

saires pour lutter sans espoir. J'étais malade, épuisé, ravagé par cette existence d’inquiétudes et de secousses. Le jour fatal arriva sans que les fonds réclamés fussent prêts, et je dus m’embarquer le 17 février 1859, avec trente personnes et la modeste soinme de 50,000 francs, mais sur l’assurance formelle, répétée encore sur le port de Southampton, que le courrier suivant m’apporterait 100,000 francs, et le second un million, avec l’acte constitutif de la société du canal.

Ce départ, même dans les conditions incertaines où il se produisait, était un événement. Pour la première fois, depuis trois siècles et demi, l’Europe intervenait, par un groupe d'hommes de science et d'initiative, dans la question capitale de l’Amérique. On pouvait critiquer la mise en œuvre de cette nouvelle expédition d’Argonautes ; mais la tentative elle-même frappait l’imagination et forçait les sympathies. Missionnaires pacifiques, nous allions prouver qu’il n’est pas besoin d'appareil militaire pour faire le bien, et qu’une idée sans armées et sans flottes est plus puissante que toutes les doctrines Monroë. Nous portions, avec nous, à plus juste titre que les régiments du Mexique, le drapeau du droit, de la civilisation et de l’indépendance des races latines. Notre succès, qui ne dépendait que d’un mot et qui ne coûtait rien à l’État, eût été cent fois plus efficace et plus honorable pour la France que le triomphe même de Maximilien. Le sentiment public ne s’y trompait pas. Des vœux ardents nous suivaient au delà des mers ; et J'aurais pu me fier à cette force morale pour aplanir toutes les difficultés ultérieures, si je n'avais pas trop connu, par expérience, l’incurable égoïsme bureaucratique qui a tué l’Algérie sans

retour, et qui étouffe, depuis soixante ans, les dix-neuf vingtièmes de notre activité nationale.

Notre arrivée à Colon fut peut-être une surprise désagréable pour les flibustiers américains dont elle renversait tous les plans. et pour le chemin de fer de Panama, menacé ainsi d’une concurrence prochaine ; mais, à Greytown (San Juan del Norte), elle promettait un si radieux avenir que les Américains eux-mêmes s’associèrent à la joie commune. Deux hôtels prirent immédiatement pour enseigne le Canal interocéanique. Les beaux jours du transit semblaient être revenus pour cette petite ville de 500 âmes perdue au fond d’une baie solitaire. Les quatre commandants des navires de guerre de S. M. britannique mouillés dans ses eaux vinrent en corps m'offrir leurs chaloupes pour débarquer nos colis. Déjà l’année précédente, j'avais été sauvé d’un danger pressant par le loyal capitaine du Léopard, M. Wainwright (1). Je dois rendre cet hommage à l’Angleterre qu’elle a protégé la convention de Rivas avec autant de décision et de vigueur que si elle eüt été signée par un Anglais. Je n’ai reçu des officiers de sa marine que des témoignages d'estime et un appui cordial et généreux. Dans cette dernière occasion, nous n'aurions jamais pu mettre à terre

(4) Voici dans quelle circonstance. J’avais rapporté du Nicaragua le registre officiel de la correspondance des ministres américains avec leur gouvernement, retrouvé dans les ruines de Grenade, et qui m’avait été livré par le général Fernando Chamorro, commandant de la ville et du département, Les Américains avertis sollicitèrent le concours d’une frégate des États-Unis pour me l’arracher de force. Le capitaine, en effet, me l’envoya réclamer par un de ses lieutenants, me menaçant de faire descendre son équipage en armes, si je ne le restituais pas. Je refusai, et j'écrivis à M. Wainwright pour mettre le livre et ma personne sous sa protection. Une heure après, M. Wainwright venait lui-même prendre le livre et l'emporter ostensiblement à son bord, où l’on se garda bien d’aller le chercher: C’est ce registre qui m'a été depuis volé à Paris par un de ces hommes qui se croient tout permis, à l'abri d’un titre diplomatique.

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notre énorme matériel, si son escadre ne nous avait pas prêté le concours de ses embarcations et de ses équipages.

Mais, avec la prise de possession de notre domaine, commençaient les embarras d'une organisation où tout était à créer, même les moyens de transport. Il n’y avait à Greytown, dépossédée du transit depuis sa destruction par Walker, que deux ou trois barques disponibles, et un petit bateau à vapeur de six chevaux destiné au Sarapiqui et appartenant au gouvernement de Costa-Rica. La plupart des bâtimerits de l’ancienne compagnie Wanderbill avaient péri dans la guerre de la délivrance. Nous devions en rencontrer un échoué au milieu du San Juan, comme une île artificielle et déjà couvert d’une vigoureuse végétation. Les deux derniers, stationnés dans le lac, avaient été saisis quelques jours auparavant par le général Martinez (1), mais ne pouvaient descendrelefleuve pour nous permettre dele remonter. Nous courions donc le risque d’être arrêtés à notre premier pas par ce défaut de communication avec l’intérieur. 11 fallut acheter toutes les barques, arrêter le petit vapeur qu’on ne put mettre à flot, utiliser un vieux chaland où les hommes durent se tenir debout, sans abri contre le soleil ; et ce ne fut qu’au bout de quinze jours et de 15,000 francs de dépenses, que la petite colonie se trouva réunie à San Carlos, son quartier général. Or, les 50,000 francs du départ avaient été réduits à 40,000, avant même de quitter le port de Southampton. Il ne me restait donc qu'environ 25,000 francs le jour de notre installation. C’estavec ce capital dérisoire que

(1) J'étais! alors à quinze cents lieues en mer, et je ne parvins à Managua qu'un mois après; ce qui n’empêcha pas les journaux américains de m'attribuer cette saisie, et de jeter feu et flammes contre l'influence hostile que leur gouvernement laissait s'implanter au Nicaragua. C’est avec cette loyauté que tous més actes ont été présentés en Amérique, et ce sont là les témoignages qu’on a invoqués contre moi dans mon

propre pays.

je devais suffire aux besoins de trente personnes, et bientôt après de quarante-Ccinq,payerplusieurs voyages dispendieux, entretenir un représentant auprès de chaque gouvernement, fonder un établissement à San Carlos, et faire commencer les études des ingénieurs sur une ligne de cinquante lieues, en leur fournissant des vivres, des auxiliaires, des chevaux, des mulets, des embarcations, toutes les facilités, en un mot, de leur mission, dans une région à peu près sans ressources, comme sans habitants.

A ces impossibilités Mmatérielles allaient se joindre bientôt d’autres causes de souffrance et d’irritation écloses dans

le milieu même où je croyais n’avoir à attendre que des

dévoûments. Le personnel de l’expédition, qui se composait de quatre ingénieurs, de six élèves ingénieurs, d’un médecin et d’une douzaine d'ouvriers spéciaux, avait été choisi par M. Thomé avec une légèreté impardonnable. Il n’y avait qu’un ingénieur en chef des mines, M. Durocher, qui fût une autorité scientifique. Encore le caractère spécial de ses travaux antérieurs le rendait-il plus propre à s'asseoir sur un fauteuil de l'Institut qu’à préparer les éléments d’une opération industrielle. Deux autres ingénieurs des ponts et chaussées, acceptés sans contrôle, ne se recommandaient que par l’orgueil de caste et les théories socialistes dont sont fatalement imbues toutes les corporations de l'Etat. L'Etat démoralise quand il ne stérilise pas. Ses habitudes de dépenses fastueuses détruisent dans ceux qu’il emploie le sentiment de la responsabilité, etne leur donnent en échange que le dédain de tout ce qui n’est pas lui. Je ne pouvais espérer aucun service de ces éléments officiels. Les jeunes élèves seuls et un ingénieur civil, M. Armieux, comprenaient le devoir qui leur était échu et auraient peut-être suffi à la tâche confiée à mes soins. Je n’avais besoin ni de

prétentions, ni de théories préconçues, mais d'observation

et d'action.

Quant aux ouvriers spéciaux, M. Thomé les avait pris au hasard, sur leur propre présentation, sans garantie d’aucune sorte, distribuant des avances de 500 francs à tous les déclassés qui cherchaïient un emploi. J'avais dû, en arrivant à Saint-Thomas, faire rapatrier un de ces déclassés, dont l’insubordination publique avait révolté le steamer anglais, et qui nous coûtait ainsi plus de 2,000 francs. Il fallut en faire autant à Greytown pour un conducteur ivrogne et indiscipliné (1), et plus tard pour un malheureux, pourri au physique et au moral, qui ne savait rien et qui ne pouvait donner une heure de travail utile. Le seul fait de ces engagements d'ouvriers à 10 francs par jour, sans compter les 1,000 francs de la traversée, présentait une telle disproportion avec les ressources mises-à ma disposition, qu’il supposait chez M. Thomé l’absence complète du sens mathématique. Je ne devais pas tarder à en recueillir les fruits.

Nous nous étions mis en route, MM. les ingénieurs, le secrétaire général et moi, dans les deux premières barques appareillées, pour remonter le San Juan jusqu’à San Carlos, enattendant qu’oneût organisé un mode detransport général. A peine avions-nous atteint la bifurcation du Colorado que l'attitude de M. Durocher témoigna d’une espèce de parti pris contre la canalisation du fleuve. Il s'était longuement entretenu avec un Allemand établi à l’angle de la bifurcation, nommé M. Dietzmann, et sans autre examen, sur le seul vu de l’état d’envasement de la branche de Greytown, il avait prononcé son verdict. Les deux ingénieurs des ponts et chaussées qui l’accompagnaient respectaient trop en lui leur chef hiérarchique pour ne pas s’incliner devant son

(1) Ce qui ne l'empêcha pas, en arrivant en France, de nous faire un procès, et je ne suis pas bien sûr de n’être pas encore le cébiteur légal, en verlu d’un jugement, de ce triste échantillon de la facile dépravation parisienne.

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opinion (1). Le canal était donc condamné au bout de vingtquatre heures par ceux-là mêmes qui avaient pour mission d'étudier les moyens de l’exécuter. On parlait même naïvement de publier en Europe, au nom de la science, un mémoire décisif contre cette entreprise. Je ne sais si ce mémoire a été en effet adressé à l’Académie des sciences; mais voici le rapport que je recus des trois ingénieurs en arrivant à San Carlos. C’est à la fois le début de mes relations avec eux et le seul souvenir qui me soit resté de M. Durocher.

Exposé des observations recueillies par les ingénieurs soussignes, sur la canalisation du San Juan.

« Nous soussignés, ayant été chargés par M.Belly d'examiner, sous la direction de l’un de nous, M. Durocher, l’état du fleuve San Juan, au point de vue de la canalisation, pendant le temps employé à le remonter de Greytown au fort San Carlos, croyons devoir exposer dans la présente note le résultat de nos observations. |

« Entre Greytown et la séparation de la bouche qui porte le nom de Rio-Colorado, le cours du fleuve San Juan est très-fréquemment obstrué par des dépôis de sable et de gravier, au, point que, dans une partie du parcours, la profondeur d’eau n'excède pas 050 à 0"60. On remarque d’ailleurs de nombreux atterrissements d’origine récente, et, parmi eux, il en est qui forment des bancs mobiles. En conséquence, la navigation entire Greytown et la naissance du Rio-Colorado nous à paru impossible pour des embarcations tirant plus de 0"60 à 080 d'eau, sauf à l’époque des crues. D’après les renseignements fournis par M. Dietzmann, Allemand établi dans le pays, et d’après ce que nous avons pu observer nous-mêmes dans une

(1) Plus on étudie l'administration française, dans tous ses rouages, même ceux qui n'existent que par l'indépendance individuelle, plus on reconnait que ses idées, ses sentiments, sa moralité et son utilité se résument dans ce mot d’une chanson célèbre : Brigadier, vous avez TAiSOn.

excursion spéciale, le Rio-Colorado offre une profondeur d’eau beaucoup plus grande, qui ne serait pas inférieure à 1"50 ou 2", et qui pourrait même dépasser ce chiffre; mais, par suite de l'existence d’une barre à l'embouchure de cette branche et de son exposition au vent dominant, l'entrée des navires dans le Colorado est difficile et même dangereuse.

« En amont du confluent du Sarapiqui, qui débouche dans le San Juan, un peu au-dessus du Colorado, les atterrissements récents sont moins nombreux et moins étendus que dans les parties du fleuve qui traversent le Delta. Cela tient à plusieurs causes : d’abord, à la moindre largeur du lit ét à la plus grande vitesse du courant; ensuite, les détritus charriés par le Sarapiqui étant entraînés vers l'aval, les influences qui tendent à amener des obstructions se trouvent ainsi atténuées. Cependant nous avons encore remarqué, de distance en distance, des îles de grandeurs diverses dont les plus récentes ne sont qu’en partie recouvertes par la végétation. Il y a aussi des bancs de sable mobiles. L'existence de ces dépôts, que l’on peut appeler instables, est très-marquée jusqu’au confluent du Rio San Carlos. Au delà, elle devient moins sensible, et le cours du fleuve nous a paru être de plus en plus régulier, à mesure que l’on s’avance vers la partie supérieure. Cependant, jusqu’au rapide du Casüllo, la profondeur d’eau nous a paru être très-rarement de 1250 à 2%. Entre le Castillo et le fort San Carlos, où commence le lac de Nicaragua, cette profondeur serait un peu plus grande; mais la rapidité de notre passage ne nous a pas permis de faire des sondages. D’après des indications fournies par des gens du pays, la hauteur d’eau serait d'environ 3" à 3"50. Néanmoins, ce résultat a besoin d’être confirmé.

« Quoi qu'il en soit, l’ensemble de nos observations nous a conduits unanimement à conclure qu'il n’est pas possible de rendre le San Juan navigable pour des navires ayant un tirant d’eau de 8 mètres, d'après le système exposé dans l’avant-projet de M. Thomé de Gamond, c’est-à-dire en établissant des biets à courant continu. La cause essentielle qui, à nos yeux, rend le succès du travail proposé sinon tout à fait impossible, du moins d’une difficulté presque insurmontable, c’est la nature des détritus entraînés par les eaux. Ils ne sont pas formés exclusivement d’une argile susceptible d’être tenue en suspension dans l’eau courante, mais ils consistent, pour une grande partie, em

sables et menus graviers. Sur certains points des rives où 0bserve bien, à la vérité, une vase à grains fins en partie argileuse; mais les atterrissements que l’on rencontre dans l’intérieur même du lit du fleuve sont de nature arénacée, et en une foule de points où nos rameurs se sont servis de perches, nous avons reconnu que le fond du lit est composé de sables plus ou moins gras. Il est indubitable pour nous que le fleuve San Juan est un fleuve qui charrie des détritus arénacés sur le fond de son lit, et, quelle que soit la vitesse qu’on donne au courant d’eau, jamais elle ne sera suffisante pour maïinienir ces détritus en suspension; l'augmentation de vitesse du courant n'aurait pour résultat que de faciliter le déplacement des sables, sans en empêcher le dépôt, soit sur un point, soit sur un autre; car il ne serait pas possible d'obtenir un courant tout à fait uniforme, si ce n’est par des travaux de régularisation dont les dépenses seraient incalculables. La nature arénacée du lit du fleuve ne permet pas d'espérer qu’on puisse l’approfondir à un degré suffisant, en imprimant à l’eau une certaine vitesse; d’un autre côté, vu la mobilité des détritus, on ne peut espérer d’établir par des dragages, et d’une manière permânente, un chenal profond de 8 mètres, sur une largeur d’une cinquantaine de mètres; il faudrait opérer les dragages sur toute ou presque toute la largeur du fleuve, qui est en général de près de 200 mètres, et qui atteint souvent 300 mètres. De plus, il faudrait éviter que le lit une fois obtenu ne fût obstrué par les détritas provenant des rivières latérales. ,

« D'un autre côté, il est à noter qu’en général le lit du fleuve San Juan n’est point encaissé ; les berges sont discontinues ; dans une partie du cours, elles n’ont que 3 à 4 mètres de hauteur, et dans certaines portions, comme entre le rapide du Taro et le fort San Carlos, il n’existe aucune apparence de berge ; les. rives sont plates et marécageuses, s’élevant seulement à une fraction de mètre, jusqu’à une assez grande distance du fleuve. Dans ces conditions, il serait fort-difficile d'exhausser suffisamment le niveau de l’eau par des barrages transversaux, qui d’ailleurs n'obvieraient pas aux inconvénients signalés plus haut. | | « En résumé, si l’on veut établir un canal dans le lit même du San Juan, soit à courants continus, soit à biefs dormanis, le succès des travaux que l'on entreprendra pour obtenir une cir-

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