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San Juan, avec les matériaux rocheux complétement inorganiques, extraits de ses coteaux. Dans cette opération, le travail à la mine remplace celui du terrassier, et Le transport des remblais des barrages s'effectue sans dépense de traction par l'in-
clinaison des rails dirigés des carrières vers la vallée.
«Dans ce système, l'onde du fleuve, surélevée par les barrages, sort de son lit, s'étale au-dessus des baissières de la vallée qu'elle submerge entièrement, et va se créer, au pied des collines de chaque versant, les nouveaux rivages dont la disposition générale est indiquée au plan.
« L'établissement de neuf barrages successifs crée de cette manière, dans toutes les vallées du San Juan, une série de huit lacs étagés à niveau constant, dans lesquels le fleuve disparaît lui-même, avec ses rives, ses maigres et ses rapides, comme le Rhône disparaît dans le lac de Genève, comme le Rhin disparaîit dans le lac de Constance.
« Les vitesses sont supprimées dans ce parcours, ou pour mieux dire localisées sur neuf cataractes, chacune de 3,78 de chute, rachetant entre elles la pente de 34 mètres qui existe entre les eaux d’étiage du lac et celles de l’océan Atlantique.
« La suppression des vitesses met fin au transport désordonné des matériaux de toute nature, arbres, galets, sables et limons que, dans son régime naturel, le fleuve charrie à la mer. Ces matériaux, apportés par les affluents du San Juan, se déposeront là où cessera le courant, dans les vastes estuaires étalés à l’amont des confluents, et ne pénétreront plus dans l'onde calme et limpide des nouveaux lacs. Les barres de sables formées actuellement dans la mer, aux bouches du fleuve, disparaîtront désormais en grande partie faute d’aliment.
« Cette solution du problème par la submersion des rives du San Juan, qui est la base du présent projet, n’est autre chose que l’extension jusqu’à l'Atlantique du régime naturel des vastes lacs du Nicaragua.
« Elargie à cette ampleur, la nouvelle voie navigable n'est plus un canal; elle prend les proportions d’un détroit. C’est, en petit, le détroit de Magellan; c’est, en grand, celui des Dardaneles Al. nr)
(1) Mémoires et compte rendu des travaux de la Société, Le trimestre de 1866, page 553.
Dieu me garde de rendre la science responsable de ces débauches d’imagination qu’on dirait inspirées par le hachisch, mais je doute que les gouvernements et Les peuples de l'Amérique centrale les accueillent avec autant d’indulgence que l’a fait la Société des ingénieurs civils. La vallée du San Juan ne mesure pas moins, sur quelques points, de vingt lieues de largeur. Les montagnes s’y rapprochent très-rarement de manière à être visibles. Ces montagnes, d’ailleurs, toujours isolées sur la rive gauche et coupées de nombreux cours d’eau, n'offriraient aucun obstacle à l’épanchement indéfini d’une inondation. La propcsition de M. Thomé aboutit donc à couvrir près de mille lieues carrées du plus beau pays du monde, d’un marécage pestilentiel dont les décompositions végétales atteindraient même les équipages des navires en transit, à supprimer les rives d’un fleuve splendide qui est l’orgueil et la fortune de Costa-Rica et de Nicaragua, à détruire ainsi toute l’économie d’un vaste réseau de rivières et de lacs dont Les bords nourriraient plusieurs millions d'hommes, et à consacrer à cette œuvre de Vandale, matériellement impossible, non des centaines
de millions, mais des milliards. On .croit rêver en enten-,
dant formuler de semblables projets. M. Thomé n’a pas craint de demander pour lui-même la concession du canal dans le but de les réaliser; et Le 10 juillet 1866, il adressait à l’empereur un rapport demandé, qui contenait le passage suivant sur sa découverte providenlielle :