JOSEPH GARNIER. ; MICHEL CHEVALIER
De l'Institut,
I] y a loin, comme on le voit, de cetensemble de travaux, de mesures, de précautions prises et de concours obtenus, à ce qu’on appelle vulgairement une aventure. Tout avait été longuement étudié, minutieusement préparé et calculé. L'œuvre projetée a réussi dans sa-partie morale, par ses moÿens propres, par sa force intrinsèque, par sa double concordance avec l'esprit du siècle et avec les besoins immédiats de l’Amérique centrale. J’ai pu me faire illusion sur la stabilité et la puissance réelle de mes auxiliaires. Je les ai pris pour ce qu'ils étaient aux yeux de tous, au moment où je traitais avec eux, et si l'événement m’a infligé au retour de cruels démentis, on ne saurait sans injustice m’en rendre responsable. Je ne pouvais soupçonner, à deux mille lieues de distance, les changements qui allaient affaiblir l'autorité de ma parole.
Je ne pouvais deviner surtout, en abordant, pour la première fois de ma vie, le domaine de la grande spéculation parisienne, que je n’y rencontrerais pas un homme de bonne foi et d'intelligence vulgaire. Ce n’était pas à moi à fournir les millions du capital et à organiser les moyens d'exécution. Je payais assez cher le moindre concours pour avoir le droit d'exiger qu’il fût effectif. Mon rôle était d'obtenir le contrat nécessaire, dans les conditions les plus larges et les plus avantageuses; et ce rôle, jugé impossible avant l’événement, je l’ai rempli à heure fixe, avec la précision d’un mécanisme industriel, en dépit des difficultés de toute nature que j'avais rencontrées sur mon chemin.