‹ A travers l'Amérique de Terre-Neuve à l'Alaska [microforme]Chapitre 15 sur 24 · JE · texte numérisé non relu

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qui illumina ces visages d'enfants, quand ils entendirent : « Le voici ! le voici! », et qu'ils virent le brave vieux Santa et ses rennes qui arrivaient à notre porte. Les rennes, à ce qu’on m'a dit, sont très doux et pas du tout démonstratifs; mais les acclamations d'enthousiasme des enfants de Nome étaient de trop pour leurs nerfs. Ils se mirent à sauter et à lever les pattes, tournant à gauche puis à droite : ils relevaient leur bois, aspiraient l'air bruyamment, se demandant, sans doute, si tout ce bruit de Noël signifiait la paix ou la guerre : finalement, ils firent une tentative désespérée pour s'échapper. Il fallut les efforts réunis de Santa Claus et de son conducteur lapon pour les retenir.

Il y a quatre ou cinq ans que le gouvernement des Etats- Unis a introduit les rennes en Alaska. Ils sont parqués dans leurs stations, le long de la côte et en remontant le Yukon. On les regarde toujours comme une monture de luxe, et leur utilité dernière reste encore au moins problématique. L'entreprise des rennes rencontre une opposition sarcastique dans la population qui n’y voit qu'un moyen de se servir de l’argent du gouvernement pour enrichir quelques particuliers qui savent tirer les ficelles à Washington. Le temps dira qui a raison et qui a tort. Une

chose cependant n’est pas douteuse, c’est que la présence des rennes donna un air tout à fait réaliste à la fête de

Noël des enfants, fête que peu d’entre nous oublieront jamais.

Un autre évènement d'importance: tout différente, mais

non moins agréable et non moins consolant, fut la célébration des noces d’or du Père Cataldo, mon compagnon à

Noiae. Quoique âgé de soixante-cinq ans seulement, ce vénérable missionnaire avait déjà passé cinquante ans au service de Dieu sous l’étendard de saint Ignace. Un demisiècle auparavant, il disait adieu aux collines couvertes de vignes et aux bosquets d’orangers de la Sicile, sa patrie, pour suivre les traces du Maitre, et depuis cette époque, peu d’apôtres modernes ont eu une carrière si active et si bien remplie. Le Père Cataldo a passé près de quarante ans dans les Montagnes Rocheuses. Il a commencé sa vie de missionnaire au milieu des tribus, alors qu’elles chassaient encore les buffles dans les prairies américaines, longtemps avant l'installation des voies ferrées. Il apprit leur langue, et prêcha l'Evangile aux Têtes Plates, aux Piegans, aux Nez Percés, aux Colvilles, aux Gros Ventres, aux Kalis-

pels, aux Cœurs d’Alènes, aux Spokanees, etc. ; et les In-

diens qu'il a trouvés païens et ennemis des blancs, il les a laissés civilisés, chrétiens et contents de la République. Peu des écrivains aui s'extasient devant les merveilles de civilisation et de conversion, opérées dans les réductions du Paraguay, au xvinr siècle, semblent se douter que ces merveilles ont été renouvelées, au xix° siècle, chez les aborigènes des Montagnes Rocheuses.

En 1897, le Père Cataldo arriva en Alaska. Il se mit à étudier l’'Esquimau et le Tena et à refaire au milieu de ces tribus ce qu'il avait chez les Indiens de Montana et d'Idaho. Les habitants de Nome n’ont pas voulu laisser passer l’occasion de ses noces d'or, sans lui donner une marque de leur estime. Ils lui ont offert une belle croix d’or, faite de lingots d'Alaska, avec une inscription et le chiffre 50 en

relief : souvenir caractéristique du pays où il a travaillé, aussi bien qu'emblématique de sa mission. La croix est

vraiment l'emblème du missionnaire sur cette terre désolée. La vie y est solitaire, isolée, peu intéressante. On y trouve peu de consolations en dehors de celles de la conscience qui se dit que toutes ces heures de labeur sont inscrites à son crédit dans le livre de vie, et que Dieu, qui tient ses promesses, sait, quand il veut et comme il veut, changer les peines et les mécomptes en joies éternelles.

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