DORE RUE SIENNE
DE TERRE-NEUVE A L'ALASKA 22 des curiosités en ivoire à un indigéne de Nome cl lui donna pour paiement de belles médailles. Des actes malhonnèles comme ceux-ci el cent autres semblables, changent le caractère de FEÉsquimau, el tournent sa candeur naturelle en défiance, I apprend à connaitre la différence entre For el le cuivre, Pétain et l'argent : avant de finir son marehé il ne manque plus de mordre dans la piece d'argent qu'il recoil,
Les meilleures elasses de mineurs bliment ces procédés envers les indigénes : ils n'ont pour eux que des paroles d'éloge et de bonté. Ya peu de marcheurs affamés, perdus sur la côte, où à l'intérieur de la péninsule, qui ail, à un moment ou à l'autre dans ces cinq derniéres années, éprouvé l'hospitalité d'un igloo d'Esquimau. Nous Havons jamais entendu dire qu'un mineur se soil jamais vu refuser de la nourriture où un bon feu par un indigene, EL comme les mineurs sont des gens reconnaissants, ils ne manquent jamais de manifester leurs sentiments, en disant du bien de FEsquiman. Parmi les blanes, un des défenseurs de FEsquimau habile à la vieille mission suédoise de Chinik, à Golovin Bay. I Sappelle John Dexter, el c'est probablement le nom le plus connu et le plus respecté de FAlaska du Nord- Ouest. Venu de la Nouvelle-Angleterre — de Boston, je crois — il à été, pendant près d'un quart de siecle, marchand de fourrures au service de la compagnie commerciale d'Alaska. Cet homime à dépensé deux fois sa jortune en secours de charité pour les indigénes. Sa
lemme est une Esquimau intelligente, qu'il à instruite, el
qui s’est montrée digne de son mari. Au moment où j'écris ces lignes, elle est à San-Francisco, où elle surveille l'éducation de sa fille, qui à un remarquable talent artistique.
Doué d’une mémoire prodigieuse, Dexter lui-même, comme tous les vieux Alaskans, connaît parfaitement la science locale. C’est un homme instruit et un conteur incomparable ; les mineurs s’assemblent touicurs dans sa maison hospitalière de Chinik, pour l'entendre raconte: ses aventures sur les glaçons flotiants, ou dans les blizzards sur la toundra. S'il pouvait écrire une histoire aussi bien qu’il sait en raconter une, cet intéressant Alaskan ouvrirait un champ nouveau dans la littérature. Je jouis de sa compagnie pendant deux jours, dans un voyage d'été sur les rivières Fish et Neukluk, et il me donna beaucoup de détails sur sa vie mouvementée. Quand dans l'intérêt de la vérité historique, je lui demnandai, avec tous les ménagements possibles, où l'imagination finissait et où la réalité commençait, il me déclara franchement qu'il pouvait diflicilement me répondre. Quoique ne professant aucune religion purticulière, cet homme de cœur a toujours été l'ami de nos missionnaires. Il a gardé le souvenir le plus agréable de beaucoup de Jésuites du Yukon, dn P. Tosi en particulier, qu’il accompagna dans son excursion mémorable au nord de Kotzebue Sound. II m'a donné beaucoup de détails intéressants sur le zèle de ce vieux missionnaire,
qui avait alors plus de soixante ans.
Mais les hommes comme John Dexter sont l'exception.
on.
L'influence des blancs modifie sensiblement le caractère des Esquimaux, et pas pour les rendre meilleurs, du moins dans la Péninsule Seward. Ces pauvres gens ont constamment sous les yeux les pernicieux exemples de la dégradation de beaucoup de mineurs, et du peu de scrupule des oisifs. Il est évident pour eux depuis longtemps déjà que l'or est le dieu de la plupart des mineurs Alaskans.
Pendant mon séjour à Nome, un mineur Suédois, travaillant à Anvil Creek, heurta un corps dur en creusant avec sa pelle. Il allait le rejeter, quand son poids excita sa curiosité. Il se baissa et ramassa un lingot d'or, presque aussi gros qu’un pain, le plus gros qu’on ait jamais trouvé en Alaska. On l’apporta à Nome, où son poids fut estimé cent quatre-vingt-deux onces, et sa valeur fixée à trois mille deux cents dollars. On le mit alors en montre dans le bureau de la Compagnie des Pionniers mineurs : et les visiteurs vinrent par centaines adorer l'idole sur son piédestal. Le gros lingot d’or fut le sujet de la conversation pendant une semaine. Des félicitations furent prodiguées à l'heureux Suédois qui l'avait découvert, et l'on témoigna peu de sympathie à celui qui avait vendu Ja propriété pour une chanson. Les pauvres Esquimaux ignorants qui étaient présents, regardaient avec étonnement toute cette agitation à propos d'un morceau de métal jaune. Faut-il s'étonner ensuite s'ils se demandent : « Les Blancs deviennent-ils fous ? »
Il est inutile de s'inquiéter de savoir ce que seraient
les résultats, si le naturel Alaskan venait à comprendre
les ressources cachées dans ces monceaux de poussière jaune. Cependant, les semences de Christianisme s'implantent dans ces tribus. Au chapitre suivant je parlerais du travail opéré par les Pères Jésuites, et par les Sœurs de Sainte-Anne, dont l’héroïsme est devenue pro-
verbial en Alaska.
Snake River à Nome.
Esquimaux vendant des curiosités à Nome.
Jeune fille Esquimau en parkeh d'hiver.