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CHAPITRE IV

A travers les Montagnes Rocheuses.

Les Ressources de la Colirabie anglaise.

Nous traversons la rivière Colombie et nous entrons dans la chaine des monts Selkirks. Pendant que le mécanicien intercepte la vapeur et ou re les freins à. air comprimé, le Rosemere entre dans le défilé de Roger, petit passage des Selkirks, découvert pendant la construction de la ligne. Au début, la voie avait été tracéc par le Gouvernement Canadien pour passer au nord de la grande courbe de la rivière Colombie. Le major Roger, un des ingénieurs de la nouvelle Compagnie, homme excentrique, dit-on, et aventureux, partit seul un jour à l’aventure et suivit une vallée que le pied d'aucun blanc n'avait foulée jusqu'alors. A sa grande surprise et à la joie de la Compagnie, il découvrit un chemin plus court, qui permettait d'atteindre l'autre branche de la Colombie, sans suivre la grande courbe. Le défilé Roger se trouve entre les deux monts qui ont été appelés depuis Macdonald et Hermit, deux parties du globe qui avaient dû se séparer dans les temps anciens pour faire place au futur chemin de fer.

La découverte épargna à la Compagnie près de quatre-

vingt-dix milles de ligne très difficile à établir, et par conséquent plusieurs millions de dollars : elle procura de plus à la route, l’un de ses plus beaux paysages de montagnes. On y rencontre en effet ces arbres gigantesques, qui sont la gloire de la Cciombie anglaise, et qui on'bragent presque toute l’année la vallée Illicilliwaet. A jeine quelques rayons de soleil pénètrent sur ces flancs de montagne humides : et cependant le feuillage et les sous-bois sont d'une végétation luxuriante. C’est là aussi que se trouve la terrible gorge Albert, où se précipite, à travers une crevasse de vingt pieds de largeur, la rivière Illicilliwaet, à près de trois cents pieds de profondeur. Si vous y plongez le regard, vous n'apercevez qu’une chaudière d’écume bouillante ; vous entendez un bruit assourdissant; vos yeux s’attachent aux eaux qui se précipitent ; bientôt vous sentez le vertige qui vous prend, et vous vous cramponnez à la balustrade construite au-dessus du ravin. Elevez les veux, et vous voyez le sommet du Pic Hermit, vieille sentinelle encapuchonnée, qui monte la garde depuis les premiers jours du monde. Je me disais en regardant son aspect froid et racorni : Si le vieil hermite pouvait parler, nous dirait-il à quelle époque il est venu se fixer en ces parages ? Nous dirait-il le moment précis, où le Créateur de l’univers a permis le cataclysme, qui a produit les Rocheuses et les Selkirks ?

Mais le Rosemere descend toujours le long de l’Illicilliwaet, il contourne la vallée, jusqu'à ce que, en face de nous, dans l'éclat du soleil, et vaste comme tous les champs de glace de la Suisse réunis, s'étend l'immense glacier des

Selkirks, glacier qui étincelle au soleil depuis l’époque de la construction des Pyramides, — vaste, élevé, immense, avec ses arcs-boutants, ses festons, et ses crevasses — spectacle sans pareil peut-être dans le monde entier. « Imaginez, dit Murray, que vous voyez resserrée entre deux montagnes, une partie du Mississippi, inclinée et pétrifiée ; ou bien le Saint-Laurent, se précipitant sur une chaîne de montagne à dix mille pieds au-dessus de vous, et changé subitement en glace solide ; création d'il y a dix mille ans, monument d’un passé éteint et disparu. que toute la pluie ou le soleil d'autant d'années à venir n’effaceront jamais ; il se dresse, froid, horrible, immobile, silencieux, sublime, à si peu de distance de votre wagon qu'une courte promenade vous mènerait à ses pieds. Que nous sommes petits à côté de cette création magnifique des siècles, devant ce paysage de glace, devant cette force en suspens, qui, si la Nature coupait l'anneau qui le retient au flanc de la montagne, balayerait tout sur son passage! »

La cloche du dirier nous rappela à une occupation moins relevée que celle de contempler les grandeurs de la Nature, et nous nous dirigeâmes vers le petit chalet suisse qui touchait le Rosemere. C'était le moment du lunch, car il était près de quinze heures. En prenant le thé, nous eûmes un dernier aperçu de la vallée Illicilliwaet avec ses dixsept milles de montagnes, ses teintes multicolores et ses ombres de pourpre assombrie. Puis nous reprîimes de nouveau le train qui nous emporta vers la côte du Pacifique. Mais quel délice incomparable d’avoir traversé les Rocheuses et les Selkirks !

Tant de montagnes entassées les unes sur les autres, avec une profusion magnifique il est vrai, mais dans un pays si peu habitable, me firent remarquer à l’un de mes voisins du wagon d'observation, que la Colombie anglaise n’était bonne que pour le plaisir des yeux. Le hasard voulut que je fusse tombé sur un vieil habitant du pays, qui, d'un regard de mépris, me réduisit au silence, en me faisant remarquer que le dernier écolier savait que la Colombie anglaise produit trois choses : le poisson, les arbres et l'or. Et ceci il m'en convainquit avant qu'il eut fini d2 parler.

La Colombie anglaise, avec sa superficie de trois cent quatre-vingt mille milles carrés était peu connue avant l’arrivée de Vancouver et de Cook sur ses rives, il y a cent ans ; avant aus ces hardis chasseurs de fourrures du pays d'Ecosse ne vinssent naviguer sur ses fleuves et leur donner leur nom. Propriété exclusive des Compagnies de fourrures pendant la première moitié du x1x° siècle, la Colombie ne vit modifier son état de choses qu'en 1857, par la découverte de l'or. Cette année-là, dix mille personnes pénétrèrent dans la colonie, surtout du côté de la Californie, et dégagèrent les terrains aurifères des rivières Thompson et Fraser. Yale et Hope, deux anciennes villes que nous traversâämes sur la Fraser, sont des restes de la fièvre de l'or : des fenêtres du Rosemere, on put nous montrer l’ancienne route du district de Caribao, longue de près de trois cents milles, et suivant le rocher élevé de l’autre côté de la rivière.

L’extraction de l'or de la Colombie anglaise a produit

jusqu’à ce jour environ soixante-dix millions de dollars ; tout cela fourni par les placers. Mais ce n'était pas suffisant, Les dépôts d'alluvion s'étendant le long des rivières et des cours d'eau, indiquaient non seulement l’action des glaciers et des pluies sur les flancs des rochers, mais aussi révélèrent des filons aurifères quelque part dans ces hautes montagnes. La difficulté € ait de les trouver. Voilà quarante ans que les mineurs et les chercheurs d’or parcourent la province en quête de filons; le géologue, Dr. Dawson, a catalogué cent cinq lots de terrain où des mines ont été creusées avant 1877. En 1890, les chercheurs d'or furent attirés par des affleurements d’oxydes de fer sur la Trail, petit cours d’eau du sud de la Colombie anglaise, Personne n'aurait cru trouver de l’or en amalgame dans ces parages, mais les essais montrèrent que le minerai était abondant en métal précieux. Cette découverte expliqua comment l'or atteignait les placers : il avait filtré des sulfites de fer, comme le nickel avait filtré des sulfites de fer et de cuivre à Sudbury. Des démarches furent faites pour exploiter les filons de la Trail, et les résultats des dernières années montrent que, non seulement le grand district arrosé par la Trail dont Rossland est le centre d’activité, mais la vallée entière de Kootenay, sont riches en

minerai aurifère.

Une autre source de richesse pour cette province est l’industrie du poisson. Le saumon abonde ans la Fraser et la Colombie, et même dans les ruisseaux du district de Kootenay. Le saumon remonte de la Fraser jusqu'à six cents milles dans les terres, pendant que les autres espèces de

poissons, tels que l’oolachan, l’esturgeon, le hareng, la truite, etc., fourmillent dans les grandes rivières de la province. Le poisson est exporté en grandes quatités, salé, glacé, séché et mis en boîte ; l'exportation du saumon à elle seule, a fourni, pendant les douze ou quatorze dernières années, plus de trente millions de dollars. Les Indiens aussi en conservent de grandes provisions pour leur usage personnel, le poisson étant leur principale nourriture. Pendant que le Rosemere fuyait à toute vapeur le long des falaises de la Fraser, un des spectacles qui nous intéressa fut celui des Chinois en train de laver l'or sur les sables : plus loin nous vimes les Siwash, debout sur les rochers s’avançant dans la rivière, pêchant le saumon et l’oolachan avec leurs grands filets.

Mais les arbres gigantesques de la Colombie anglaise font oublier toutes les autres richesses de cette région. Des forêts entières, épaisses et très fourrées, croissent depuis des siècles, couvrant des régions entières d’un ombrage presque impénétrable, et assurant au monde une provision de bois pour les âges à venir. À mesure que nous approchions de la côte, il semblait que les arbres prenaient encore des proportions plus considérables ; à Stanley Park, à Vancouver, j'ai mesuré le tronc d’un cèdre qui avait plus de quarante-cinq pieds de circonférence. Après l'incendie de 1886, le Bureau des Terres de la Couronne fut . installé sur une souche, et y demeura jusqu’à l’'aménagement de constructions nouvelles. Adirondack Murray nous fait l’histoire intéressante d’un arbre qui, pendant sa visite à l'océan Pacifique, fut abattu pour faire place à un édifice

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vulgaire. Il comptait six cent soixante-quatorze cercles annuels, ce qui, au dire des connaisseurs, indique son âge exact. L'arbre était encore sain, et si on l’eut laissé debout, il pouvait vivre six cents autres années. Il suffit d’avoir vu ces monuments séculaires, pour comprendre l’indignation de M. Murray, en face de leur stupide destruction. Il déplorait le vandalisme des pionniers de Vancouver, comme il déplorerait celle des Romains, s'ils venaient à renverser Saint-Pierre.

Encore quelques heures dans la vallée de la Fraser, longeant les lisières de forêts de végétation merveilleuse, à côté de lacs où de beaux canards bien gras attendent patiemment la visite du chasseur ; puis un pays inculte, boisé, coupé de temps à autre par des marais, des clairières, des fermes, et finalement nous arrivons au rivage de Burrard’s Iniet, scène dernière de ce long voyage du Rosemere à travers le‘continent. Ce fut avec un sentiment de satisfaction, voisin de l'enthousiasme, que tous les amis de M. Spencer mit pied à terre à Vancouver, et alla se réchaufler aux rayons de soleil du Pacifique, à quatre mille cinq cents milles de Cape Spear.

Des essaims de Chinois, avec leurs queues de cheveux, et leurs blouses, épiant paresseusement tous nos mouvements de leurs yeux en amande, nous rappelèrent que nous étions à la porte la plus voisine de la Chine. Le long des bassins, des familles entières d’Indiens, habillés des couleurs les plus voyantes, étaient assises dans de longs bateaux fantastiques, causant en Chinook, et nous donnant des aperçus d’une civilisation nouvelle. Le caractère cos-

mopolite de la vie, le long de la côte, m'apparut bien le lendemain, quand je pris la voiture pour aller visiter à Steveston les usines de conserves de saumon. Avec moi avaient pris place dans la vieille voiture branlante à ressorts de cuir, deux mineurs blancs, deux Chinois, un Japonais, et un Indien Chinook qui fumait un cigare.

Vancouver est une cité nouvelle, croissant, comme ses voisines de l’ouest, avec une allure phénoménale. Elle était située sous une épaisse forêt jusqu'à il y a une vinglaine d'années; mais les employés du Canadian Pacific railway y ont mis la main, et ont commencé par tracer des avenues dans ce désert. En 1886, un incendie détruisit la nouvelle ville, maïs les cendres étaient à peine refroidies que le jeune phénix renaissait plus jeune et plus beau. Aujourd'hui, d'immenses quartiers, des hôtels somptueux, des églises, des tramways trolley, des pavés d’asphalte, attestent les progrès de la ville terminus du grand chemin de fer. Ici aussi se trouve le point extrême du service des vapeurs chinois et australiens de la Compagnie ; et, considéré seulement comme port d'embarquement, Vancouver promet de devenir un rival sérieux des ports de l'océan Américain situés plus au sud.

J'étais maintenant à deux mille neuf cents milles de Montréal, et j'avais encore la même distance à parcourir sur l'océan Pacifique et la mer de Bering, avant d'arriver

à destination. La voie du Crow's Nest, qui bifurque sur la ligne principale près de Medicine Hat, avant d'atteindre les Rocheuses, m'avait invité à renouveler connaissance avec la montagne du Crow’s Nest, et à jouir une fois de plus de

là vue superbe de ce monument à trois étages, de végétation, de roches nues et de neiges éternelles. Mais la grandeur sans rivale des Rocheuses et des Selkirks, et l’amabilité persévérante de mon hôte du Hosemere, modifia mon itinéraire à Vancouver, où je trou vai plusieurs vieux amis dont les sourires de bienvenue furent pour moi un rayon de soleil sur cette côte lointaine, et dont les chaudes poignées de mains devaient me laisser le plus doux souvenir

Je me dirigeai maintenant vers le sud et je partis de Revelstoke pour Spokane. Des vapeurs, vastes et confortables, font le service des lacs Arrowhead et Slocan, larges nappes d’eau enfermées dans les Rocheuses, et reflétant sur leurs ondes transparentes une douzaine de pics couverts de neiges et battus par le temps. Cà et là sur les rochers, à des centaines de pieds au-dessus de l’eau, vous pouvez voir des trous pratiqués avec des pics et de la poudre, par des hommes en quête de ce métal jaune qu'on appelle l'or. A Rossland, où je passai une journée entièr?, j'allai visiter une mine fort intéressante et bien connue, la mine Le Roy ; j'eus la chance d'y pouvoir examiner le minerai, et le traitement qu’il reçoit, avant d'être envoyé aux fondeurs à Trail et à Northport.

Je suivis la Colombie pendant quelques milles, traversai l'Etat de Washington, et restai véritablement extasié devant les exploits des constructeurs du chemin de fer, qui eurent à se frayer un passage dans ce pays montagneux. À certains endroits de la ligne de Spokane et du Nord, c'est véritablement terrifiant. Les courbes au sud de

Rossland et des Sept Démons, le seul nom qui convienne

à la série de rochers qui surplombent la Colombie, énerveraient le mortel le plus calme que la terre ait porté. Mais la Nature, même ici, offre des compensations. Avant de traverser la Colombie, nous eûmes le spectacle d'une belle chute d’eau. Et ce qu'il y avait de plus remarquable, c’est que quelle que fut la courbe des trains, nous ne perdions jamais de vue la rivière, plus blanche que la neige, qui tombait comme un ruban du sommet de la colline jusqu'au fond d’une crevasse.

Colville, cité ancienne et pittoresque réservée aux Indiens, se trouve sur la même route. Nous passâmes tout près des constructions d'écoles, où, depuis plus de soixante ans, les tribus des Nez-Aqualins et des Poels sont confiées à la direction des Pères Jésuites des missions des Montagnes Rocheuses.

Spokane se trouve à cent cinquante milles de Rossland, et n’était, il y a vingt ans, que le rendez-vous des Indiens Spokanes. Aujourd'hui c’est une ville florissante de trente ou quarante mille âmes. Elle doit son importance actuelle à la magnifique force d’eau, fournie par la rivière du même nom et qui précipite ses flots par dessus les rochers et les falaises à différents endroits de la ville. Bien que cette force ne soit exploitée qu’en partie, elle sert déjà d’immenses intérèts commerciaux.

Les Jésuites, qui furent les missionnaires en même temps que les pionniers des tribus spot: es, y possèdent un grand collège très florissant, J'y rencontrai aussi des Sœurs de la Providence et des Saints Noms de Jésus et de Marie. Ces admirables communautés de Mont-

réal ont des établissements florissants à Spokane ainsi qu'en d’autres villes de la côte du Pacifique. Par leur dévouement auprès des malades dans les hôpitaux, par leurs succès dans les écoles et les couvents, elles font beaucoup pour l'Eglise dans ce pays de l’ouest.

Pour nous rendre de Spokane à Seattle, nous avions le choix entre la ligne du Great Northern et celle du Pacific Northern. Les deux voies traversent la chaine des Cascades et la grandeur du paysage des deux lignes vaut la peine d’être décrite. Le long tunnel, récemment complété sous les Cascades, et qui a coûté plusieurs millions, nous décida en faveur du Great Northern. Je voulais voir comment la Nature avait une fois de plus été vaincue dans une de ses forteresses les plus inaccessibles, et je ne regrettai pas le choix que j'avais fait. Le Grand Northern est l'œuvre

de J.-J, Hill, le roi des chemins de fer de Saint-Paul, qui naquit près de Guelph dans l'Ontario, il y a de soixante à soixante-dix ans ; vous pouvez juger par chaque coupe de rocher et chaque pile de pont, de la hardiesse de ce prince des ingénieurs de chemin de fer.

Avant d'atteindre les Cascades, la route traverse un paysage d’une beauté merveilleuse, surtout le pays de blé

de Big-Bend, mais elle passe aussi dans des endroits bien tristes. Il est difficile de rencontrer une région plus désolée que les plaines de laves qui longent la Colombie. Tout ce que vous apercevez pendant des milles, de la fenêtre du wagon, est une vaste étendue de roches nues, couvertes par moments de sable emporté à la dérive. Au milieu, çà et là, s'élèvent d'immenses colonnes de basalte, de toutes

hauteurs et de toutes formes, se dressant comme des monuments silencieux élevés à quelque passé inconnu. Il est difficile de décrire l'effet décourageant, produit par cette scène désolée. Rien ne croit, rien ne s'apprête à croître, dans cette terrible vallée ; ét dans mille ans, la même scène frappera les yeux du voyageur. Les colonnes de basalte cependant disparaissent peu : peu. Les eflets de la chaleur et de la gelée apparaissent surtout dans les piles coniques qui entourent leur base ; mais elles ont résisté assez longtemps aux ravages des siècles, pour rendre témoignage de l'activitéet du pouvoir destructif des volcans préhistoriques.

Le reste de notre voyage allait nous faire oublier cette plaine désolée. Nous traversons la Colombie, et entrons dans une campagne où tout est vertet vivant ; au-dessous de nous, nous voyons des vergers et des jardins à fruit, en longeant les gorges et les ravins qui nous rapprochent de la chaîne de montagnes. Gravir les monts Cascades, contempler les vallées qui s'étendent à des milliers de pieds au-dessous de vous, est un plaisir quand vous êtes en un wagon d'observation : vous apercevez encore, zigzaguant dans le flanc de la montagne, le « switch-back », qui faisait l'attraction des voyageurs du Great Northern au

début de la ligne. Aujourd'hui il y a moins à gravir par ce

procédé : le long tunnel des Cascades parcourt deux milles et demi au cœur même de la montagne que nos aïeux avaient à gravir ; et nous nous imaginons quelles devaient être les émotions d’une pareille ascension. Grâce au tunnel, dix minutes suffisent pour aller des Cascades à Wellington, mais comme ce trou dans la montagne a rapprochs de deux

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heures l'Est de la côte du Pacifique, il devient pour la Compagnie une grande économie de temps et d'argent ; voilà pourquoi Hill dépensa pour le creuser tant d'années et tant de millions.

Comme le Canadian Pacific, le Great Northern a déployé en ces montagnes beaucoup d'adresse pour vaincre les difficultés que la Nature avait accumulées sur ses pas. Les merveilles que les ingénieurs ont accomplies pour établir les piles de leurs ponts, et les ouvertures de leurs tunnels, sont une preuve de leur habileté et de leur audace. L'ouverture du tunnel des Selkirks sur le Canadian Pacific, et de celui du défilé de Crow’s Nest sont merveilleusement conques, surtout pour +2 dernier ; mais j'ignore si l'une ou l’autre peuvent être comparées avec les courbes et détours du Grand Korthern, qui vous rermettent de descendre insensiblement et à toute vitesse, du sommet d'une montagre jusque dans la vallée située à deux mille pieds audessous.

Arrivés dans la vallée, vous êtes sur la pente occidentale de la chaîne des Cascades, et vous commencez à traverser les vastes forêts de sapins et de cèdres de Washington, —géants formidables, droits comme des fils à plomb, et s'élevant jusqu'aux cieux — ; le sommet couronné de manteaux de verdures, et les pieds cachés dans des arbustes et des fougères gigantesques. Le contraste entre cette scène de végétation luxuriante et celle des plaines de laves, que je venais de laisser derrière moi, contraint le voyageur de se demander pourquoi la Nature distribue ses faveurs d'une

main si inégale.

Je m'étais tellement absorbé à distinguer des arbres énermes, et à tendre le cou pour apercevoir leur sommet, que les heures s'étaient écoulées rapidement, et avec les heures les milles aussi : si bien qu'avant de m'en aperce-voir, j'avais atteint les frontières de Puget Sound. Sur la lisière de ce magnifique bras du Pacifique, le train nous emporta à travers Snohomish, Everett et d’autres petites villes et finalement me descendit à Seattle, qui devait être

le point terminus de mon voyage par terre.

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