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LES DEUX EXTRÉMITÉS DE L'AMÉRIQUE

DE TERRE-NEUVE À L'ALASKA SI arrivé à celui qui n’en avait pas tenu compte. Chose assez étrange, cet homme était un Westernien.

Une nouvelle qui égaya notre séjour à Seattle fut d'apprendre que les deux steamers, le Portland et le Jeanie, que nous croyians perdus dans les glaces depuis un mois, avaient été vus et sauvés au nord du Détroit de Béring. Cette nouvelle causa une grande joie à des milliers de citoyens : des éditions spéciales des journaux quotidiens, donnant sur le sauvetage des détails à faire frémir. s’enlevérent en un instant. Mais ce n'était qu'un exemple de plus de la manière choquante, dont les journaux mercenaires Spéculent sur les émotions des parents et des amis navrés. Quelques heures plus tard, une seconde nouvelle venait dire que la premiére était fausse. Le sauvetage ne se confirma pas, et quand nous quittämes Alaska, le 3 juillet, pour notre long voyage au nord du Pacifique, ce fut avec la triste conviction que les deux vaisseaux, à destination du même port que nous, avaient sombrés.

Nous étions quatre, destinés à la mission d'Alaska : nous primes passage sur le Roanoke, vieux mais solide aisseau marchand du Pacifique. Pendant quinze ans il avait fait le service dans l'ancienne ligne du Dominion, entre New-York et les ports de la Virginie. Ensuite il devint la propriété d’une corporation de marchands de l'Ouest, descendit jusqu’au cap Horn et remonta la côte du Pacilique. Pendant la guerre Hispano-Américaine, il servit de bateau de transport pour les Philippines. Depuis, le Roanoke est toujours resté fidèle au service de l'Alaska :

et pour avoir conduit à bon port jusqu'aux Etats-Unis les

quatre premiers millions extraits des nouvelles mines d’or, il se glorifie du titre de « navire-trésor de la flotte de l'Alaska. » Le commandant, capitaine Weaver, est originaire de la Nouvelle-Ecosse, et bien que jeune encore, a toute l'expérience, m'ont dit ses officiers, d’un vieux loup de mer. Sa femme et sa fille âgée de cinq ans, l’accompagnaient d‘ns ce voyage : inutile de dire que la gentille enfant devint bientôt l’amie et le jouet de tous les passagers.

Nous étions quarante ou cinquante, représentant les types que l'on rencontre habituellement dans tout voyage de l'océan, en ces latitudes ou autres semblables : quelques-uns exigeants et difliciles à contenter ; d'autres inditiérents et prêts à tout ; certains étaient des mineurs, allant surveiller leurs intérêts dans l'Alaska ; quelques dames appartenaient à la famille des mineurs, et allaient rejoindre au nord leur mari ou leur père; le reste voyageait pour son plaisir, tuant le temps dans une croisière d'été dans les mers Polaires.

Avant le départ, il fallut se soumettre à certaines formalités médicales. Depuis que l'Oncle Sam a commencé à tremper dans l’Impérialisme, il se défie des microbes. Il veut veiller sur ses propres germes, dit-il, et il veut que les autres pays veillent sur les Jeurs. Afin d'exécuter efficacement ce programme raisonnable, il a édicté tout récemment plusieurs lois de quarantaine, qui ajoutent un nouvel élément d’ennui à ceux que le voyageur excédé

connaît déjà.

Cependant ce n'est pas contre les lois qu’il faut réclamer

mais contre la manière de les appliquer. Au moment même où l’on allait retirer la passerelle du Roanoke, un steward du bateau commença à agiter une cloche japonaise, ordonnant à tout le monde de descendre pour l'inspection. Avec nous descendit l'inspecteur, individu long et efflanqué, au teint maladif, qui se mit à nous regarder comme s’il cherchait quelqu'un pour l'inspecter.

Il nous appela tous par nos noms, qu'il pouvait à peine déchiffrer sur la liste du purser. Nous quittions la salle

l’un après l’autre, quand l’homme à la liste, debout près de l'escalier, était supposé avoir fini son examen. Mais voilà qui prêtait à rire : l'inspecteur était très myope, et n'importe lequel d’entre nous aurait pu passer en fraude des microbes canadiens gros comme des veaux d’un an.

Nous remontons Puget Sound, splendide étendue d'eau, et nous trouvons le détroit couvert de toutes sortes de navires le sillonnant dans tous les sens, venant des différentes parties du monde, ou s’y rendant. Port Townsend est situé sur une colline, à gauche en montant ; mais bientôt nous entrons droit à l’ouest dans le détroit de Juan de Fuca. En face sur la droite, très découvert, se dresse le grand phare de Race-Rock, qui marque l'entrée d'Esquimalt, dans l’île de Vancouver, siège de l’escadre anglaise du nord du Pacifique : quatre milles à l'est d'Esquimalt se trouve la tranquille cité de Victoria, la capitale de la Colombie anglaise.

Il y a cent dix ans, le capitaine George Vancouver, avec ses fidèles lieutenants, Puget, Johnstone, Whidbey, et Baker, suivirent la côte, entrèrent dans ces iles, rele-

vérent et mesurérent chaque anse, chaque baie, chaque cap. N'importe quelle carte moderne montre comment celte partie de la côte américaine est dentelé, et quelle tâche diflicile Vancouver avait entreprise. Mais il l'accomplit si bien, même avec les imparfaites méthodes d'hydrographie alors en usage, que très peu de retouches ont été failes depuis, pour compléter les cartes de l'ile de Vancouver, et celle de l'archipel Alaskan.

Peu d'explorateurs ont autant mérité de la postérité que Vancouver; aussi la postérité ne l'a pas oublié. Son nom vit tout le long de la côte ; et la statue héroïque qui se dresse sur le nouveau et splendide Palais du Parlement à Victoria, est un récent hommage rendu aux labeurs et aux succés du vieux capitaine. Vancouver était un marin habile, et aussi un ami sûr ; il inmmortalisa non seulement ses camarades, mais aussi beaucoup de ses amis absents, en attachant leur nom aux points vaillants de la configuration de la côte du Pacifique.

La nuit tombait quand nous approchàmes de Cape Flattery, laissant derrière nous la chaîne des O!ympiens, avec l'Olympe à l'arrière-plan ; et au moment de nous mettre au lit les vagues longues et majestueuses nous dirent que nous étions bercés sur le sein de l'océan ’acifique. Les deux premiers jours, et même les ircis premiers, furent pénibles pour la plupart d’entre nous. La mer était grosse : il fallait fermer les sabords, ainsi que les portes et les écoutilles. Le Roanolke roulait et se soulevait sur les vagues, ce qui vraiment nous mettait dans un triste état ; si vous ajoutez à cette détresse l'effet dépri-

ca he mu

DE TERRE-NEUVE A L'ALASKA Ss

mant que la nouvelle de la perte des deux navires faisait toujours sur nous, et la sympathie sincère que nous éprouvions tous pour les victimes et leurs amis, vous connaitrez au juste nos impressions.

Les commotions physiques, particuliéres au mal de mer, que personne de nous n'énviail, et auxquelles bien peu cependant échappaient, avaient déjà commencé à nous tourmenter sous leurs formes les moins attrayantes; les jours mauvais étaient certainement venus. I y avait bien encore quelques passagers qui se carraient sur le pont, fiers de leur estomac à l'épreuve des vagues, et qui se vantaient de n'avoir jamais manqué un repas ; mais lous les autres avaient à s'incliner, sans un mot de sympathie de personne wour les « hauts et les bas » — surtout les hauts — de ce mal, le plus afiligeant de Lous ceux qui éprouvent notre pauvre espèce humaine. Je peux écrire sur ce sujet d’une façon vécue, après ma récente expérience dans les eaux de Terre-Neuve. Ajoutez aux horreurs nauséabondes de la situation l'appel de l'affreux gong japonais, qui nous assourdissail les oreilles trois fois par jour, pendant que nous reposions étendus sans secours

dans nos cabines. Moquerie du destin! Il nous conviait

à des repas que nous faisions vœu de ne plus jamais

goûter !

Cependant, après trois jours, la crise était passée. L'un après l’autre les passagers commencèrent à quitter leur ‘abine : un peutimidement d'abord, on eut dit qu'ils appréhendaient les réflexions suggérées par leur physionomie mélancolique. Mais ce sentiment durait peu : avec la

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force et la santé revenait le courage. L'appareil gastrique reprit bientôt ses fonctions normales : et notre voyage vers la grande mer d'Eté devint une fête. Nous eûmes un temps splendide jusqu’à Unalaska, ce qui nous permit de rester sur le pont. C’est alors que l’égoïsme qui se cache dans l’âme de tous les mortels et qui trouve toujours une issue, commença à se montrer. Chacun, homme et femme — femme surtout peut-être — chercha à s’installer de son mieux. Les tapis, les châles, les fauteuils, et toutes les combinaisons possibles ou impossibles

pour se mettre à l'aise commencèrent à envahir le pont, au détriment du grand nombre des passagers. Une étude de mœurs intéressantes nous fut offerte par un

vieux monsieur assez cérémonieux, qui passait par tous les degrés de la fureur toutes les fois qu’il voulait respirer l'air frais. A chaque tour qu'il faisait sur le pont, il lui fallait contourner l'installation de deux jeunes filles arrogantes et de leur solennelle maman, qui le regardaient, chaque fois qu'il passait, avec un air aussi furieux que si le navire leur eût appartenu.

Ceux d'entre nous, qui désiraient la paix et le repos, cherchaient à l'arrière ou à l'avant, quelque recoin, où ils pouvaient respirer l'ozone et compter les baleines qui ne cessaient de s’ébattre et de soufller, tout près du navire. Plusieurs venaient si près qu'elles recevaient les balles et les décharges à bout portant. Cot accueil n’était évidemment pas du goût des énormes cétacés ; car invariablement ils faisaient le plongeon et disparaissaient dans les flots.

Le cinquième jour de notre traversée, dès la première

heure du jour, trois longs coups de sifflet nous annoncèrent que nous saluions la rencontre d’un navire. C'était le Portland qui était enfermé depuis cinq semaines dans les banquises de l'océan Arctique. Il devait, à son retour à Seattle, donner le récit de ses émotions palpitantes dans le détroit de Bering et dans les mers Arctiques. Les journaux de Seattle avaient bien conjecturé, mais ce n’était qu’une conjecture. Nous apprimes à notre arrivée à Unalaska, que lecompagnon de malheur du Portland, leJeante,avait luiaussi échappé aux glaces, mais n'avait pas été si heureux dans le retour. Les glaçons du détroit de Bering avaient endommagé sa coque, et il devait suspendre sa marche pour être réparé. Bien que le Roanoke suivit, pendant quatre jours, la routc des vapeurs japonais et chinois, le Portland fut le seul navire que nous rencontrâmes dans tout le voyage. Les consultations quotidiennes du loch, et d’autres indications, nous disaient que nous n'étions pas loin des îles Aléoutiennes. Les oies sauvages, les canards, les macareux à bec de perroquet, planaient sur nous par myriades, allant chercher abri sur la côte ; nous aussi, pour ne pas être en retard sur nos voisins emplumés, nous tendions le cou du côté de la terre. Les brouillards se succédaient rapidement, au grand effroi du capitaine ; car il n’y a pas de phares sur ces côtes glacées ; et les officiers du Roanoke étaient sur le qui-vive jour et nuit. Enfin, le soir du septième jour qui suivit notre départ de Seattle, on aperçut un point noir, brumeux, se montrant à l'horizon nuageux : il grossit jusqu’à ce que les ténèbres vinssent le dérober à nos yeux. C'était un pic élevé de l'ile Akutan, et beaucoup

d'entre nous voyaient pour la première fois la chaine Aléoutienne, « le seuil de l'Asie. »

Il y a plusieurs passages pour entrer dans le détroit de Bering par ces iles; nous, nous avions choisi la passe Akutan. Toute la nuit, le fiounoke ralentit sa vitesse; cependant le lendemain matin, nous étions dans la passe, avec la terre de chaque côté de nous. A notre droite, à nous toucher en apparence, mais en réalité fort loin, se trouvait comme un plateau flanqué de deux pics, d’où s’élevaient des spirales de fumée sombre, allant se perdre dans les nuages. Notre première impression fut que c'était un village d’Aléoutiens, avec un feu pour toute la tribu, ou peutètre, un feu de joie. Grande fut notre surprise, quand on nous dit que nous étions en face d'un volcan en activité.

Nous restämes presque un jour entier à Dutch Harbor,

splendide baie de l'ile Unalaska qui fait partie du groupe

des Aléoutiennes, et quartier général de plusieurs grandes

compagnies commerciales de l'Alaska : nous y primes de l'eau et du charbon. C'est aussi la station de charbon des agents du fise des Etats-Unis : et le point de défense des pêcheries de phoques des iles Pribiloff et Bouldyer. Le navire du fisc, le Wanning, était amarré le long du quai, prêt à partir poar une pêcherie nouvellement découverte, dans l'ile Attu. J'eus le plaisir de le visiter, de la poupe à la proue, sous l'habile conduite de l'ingénieur en chef Bowen.

Un mille plus loin, au delà de la colline, s'étend le village bizarre d’illiuliuk, moitié russe, moitié aléoutien ; et plus loin encore, à l'arrière plan mais visible à l'œil nu, le

mont Makushin, autre volcan en activité, avec ses nuages de vapeur blanche. Le médecin du bord, le docteur Brenton el moi, nous primes je chemin d'Illiuliuk. Le sentier contournait la colline, et était bordé d’une profusion de fleurs sauvages d’une grande beauté. Les fougères, les mousses, les buissons aux fleurs bleues, recouvraient le sol jusqu’à la rive : on y voyait aussi des violettes qui y croissaient en grand nombre, les plus larges que j'eusse jamais rencontrées.

Iiuliuk est plutôt connu maintenant sous le nom d'Unalaska, d'après l’île sur laquelle il est construit.Ce fut une des premières colonies russes en Amérique, et elle avait déjà pris une certaine importance, quand le capitaine Cook jeta l'ancre dans son petit port en 1788. Une église russe nouvellement construite, avec son clocher en forme de bulbe, surmontée d'une croix géminée, s'élève dans un site pittoresque sur le bord de la mer, et donne à la ville un air décidément moscovite. L'un des prêtres russes, qui parlait un excellent anglais, nous conduisit, le docteur Brenton et moi, dans toute la ville, et nous fournit la plupart des renseignements qui se rencontrent dans ce livre. I nous dit que l'Eglise orthodoxe (l'Eglise schismatique grecque naturellement) possède une mission à Unalaska depuis cent trente ans. En dehors des compagnies commerciales, on y parle le russe et l'aléoutien : mais les autres langues des pays civilisés y sont bien représentées.

La langue employée avec les mineurs et les touristes est l'anglais. Il s’y trouve deux grands magasins, où vous pou-

vez acheter toutes sortes d'objets curieux fabriqués en

ivoire de morse; vous pouvez faire une provision — à la livre ou au boisseau — de dents de phoques de Sibérie ; vous emporterez comme souvenir, du moins si vous ne pouvez échapper aux instances des marchands, quelques paires de chandeliers russes dont les courbes et les arabesques ne dépareraient pas le boudoir d’une fée; vous vous payerez le luxe d’un service à thé, peint à la main et cuit en Russie, avec des hiéroglyphes russes authentiques, si vous consentez à verser la somme exigée par le marchand. Dans ce village aléoutien, on trouve des vestiges de la domination russe, qui piquèrent vivement ma curiosité. Je pris un instantané d'un vieux canon inofiensif et rouillé, qui se trouve sur la place de l’église, et sur lequel se reposaient le docteur Brenton et quelques jeunes Aléoutiens. Juste comme j'allais presser le bouton, une vache

obligeante passa devant l'objectif avec une bonne grâce dont elle semblait avoir conscience, et vint donner au groupe une physionomie nouvelle.

Dans la soirée, le docteur et moi nous jetions un dernier regard sur le mont Makushin, et nous reprenions le chemin de la colline, entièrement satisfaits de notre journée, et presque fatigués d’avoir vu trop de choses. C’est toujours la vieille histoire de la fatigue de l'esprit, et la confirmation de ce triste fait psychologique, que le spectacie des choses étrangères perd vite de son intérêt, une fois que vous en avez joui. La vue de deux volcans en activité était certainement pour moi une attraction nouvelle, et celle que j'appréciai le plus dans toute mon excursion. C’est peutêtre la récente catastrophe de la Martinique qui donnait

“nier min e, et ours tion 0SeS 1s en rtai-

que Jeutnnait

un intérêt particulier à cette rencontre — la première de ma vie — avec l’une des soupapes de sûreté de notre globe.

Akutan et Makushin ne sont que deux unités des soixante et un volcans encore en activité le long de la chaîne Aléoutienne. J'ai lu dans un ouvrage récent que, durant ces trois cents dernières années, ces volcans ont eu plus de cinquante éruptions violentes. Beaucoup d’entre eux sont tout à fait actifs : et les vaisseaux qui voguent dans les eaux de l’Alaska rencontrent fréquemment de grandes quantités de pierre ponce, flottant à la surface de l'océan Pacifique. Pendant notre séjour à Dutch Harbor, un capitaine nous dit en avoir rencontré sur une surface de plus de vingt milles.

Le groupe Aléoutien fait partie de la ligne de point faible de la croûte terrestre, et relie les montagnes de la côte occidentale d'Amérique entre les chaînes de volcans qui parcourent le Kamchatka, le Japon, en descendant sur Java et les Philippines. Ces îles ont toute une origine volcanique ; elles ont jailli du fond de l’océan à différentes époques ; la dernière, le Nouveau Bogoslof, il y a un peu plus de vingt ans.

Ce doit être une expérience passionnante que d'assister à la naissance d’un volcan. Un négociant russe, Kriukoff, eut ce plaisir, le 7 mai 1796. Il se trouvait à Unimak, île voisine d’Unalaska quand eut lieu une terrible convulsion de la mer, accompagnée de bruits retentissants et prolongés, comme des coups de tonnerre. Une grande colonne de fumée noire, enveloppée de vapeur et de brouillard,

SERRE RC

me LPS

92 A TRAVERS L'AMSRIQUE

s'élevait jusqu'aux cieux, et s’étendait comme un gigantesque champignon, sur un espace de plusieurs milliers de inilles de circonférence. Pendant la même nuit, un incendie jaillit, pour ainsi dire, du fond de la mer, et illumina brillamment tout le pays. Quand le lendemain lé soleil se leva et dissipa les nuages, un nouveau pic, dominant la lave et les flammes, se dressait au-dessus des vagues, On Fappela Bogosloi.

En 18%, un autre soulèvement de la croûte terrestre se produisit à un mille environ du pic dont je viens de parler. Personne n'en fat témoin sans doute, car aucune chronique ne relate le mois ou le jour de l'évènement. Tout ce que l'on sait est que, il y a vingt-trois ans, un second pic, voinissant le feu et la lave, se dressa à côté du vieux Bogoslof, et rectuit le nom de Nouveau Bogoslof. Ces iles étaient trop éloignées et trop indistinctes pour les photographier ; mais l'histoire de leur récente origine nous intéressa beaucoup (#).

Tous és détails historiques m'ont été donnés par un ofiicier du Rounoke, et naturellement ils m'ont fait grand plaisir : car f'élais avide des moindres informations sur un pays si éloigné et jusqu'alors si inconnu pour moi. À Seattle j’eus la chance de mettre la main sur une description d’Alaska due à la plume d'Ivan Petroft, et publiée par les soins du Gouvernement de Washington en 1882. La partie histo-

rique de Fonvrage, qui fait preuve d'étude consciencieuse,

(4) Hepuis la publication de cet ouvrage (1906), un autre pie volcanique s'est montré à la surface de la mer de Bering, tout près des deux autres cidessus meniionnés.

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DE TERRE-NEUVE A L'ALASKA 93 indique clairement que l'administration du Czar à Alaska fut marquée d'incidents aussi curieux que celle de la Compagnie de ;a baie d'Hudson lorsque cette dernière s’empara de l’ouest du Canada.

Nous quittions donc les iles Aléoutiennes, et nous entreprenions les sept cents derniers milles qui nous restaient à parcourir, droit au nord, par le détroit de Bering. Quelques jours de pluie et de brouillard ne nous enlevérent pas le beau temps, mais me contraignirent de rester dans ma cabine, où j'eus le loisir d'étudier la Relation de Petrofï, dont lesommaire peut iniéresser mes lecteurs.

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