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vernement russe lui donnait l’ordre d’écraser tous ses rivaux et de supprimer Nootka. Mais la prudence lui interdisait de montrer une opposition ou verte aux Anglais comme aux Américains. Il se décida donc à fortifier un poste de l'archipel, d'où il pourrait surveiller le commerce de fourrure des étrangers eux-mêmes, et obtenir d'eux par ce 150Yen des subsides pour ses gens. Il passa tout l'hiver de 17%#)-1800 à construire un fort à Sitka, à six milles de la capitale actuelle de l'Alaska. Il fortifia la place dans la mesure où le lui permettaient ses ressources et la confia au comsandement de Medvednikof. Mais les vaisseaux américains ne finrent pas compte de ses offres, et continuérent leur commerce avec les indigènes, échangeant des armes à feu pour des fourrures. Baranof retourna à Kadiak après tout l'hiver passé à Sitka; ce fut pour y trouver la garnison en élat d’insurrection, et prête à partir pour un autre climat, À la même époque des bruits de guerre avec l'Anglélerre lui arrivaient aux oreilles, et l’obligeaient à parcourir les différents comptoirs russes, pour donner aux fonctionnaires les ordres à exécuter dans l'éventualité de l'apparition des vaisseaux anglais.
Cependant les épreuves de Baranof n’en étaient qu'à leur début, Les sauvages Thinklets — les Koloshes, comme les appelaient les Russes — massacrèrent Medvednikof et la garnison de Sitka, puis incendièrent le fort. A la méme époque, cette même tribu belliqueuse surprenait cent quatre-vingts chasseurs Aléoutiens et les massacrait ; cent autres chasseurs périssaient par le poison en mangeant des moules empoisonnées, à l'endroit qui a toujours
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porté depuis le nom de Détroit de la Destruction. Les désastres se suivaient à peu d'intervalle. Trois navires chargés de provisions firent naufrage à leur départ d'Okhotsk ; et si Baranof n'avait pas eu la ressource d'acheter des vivres à un navire de New-York qui venait d'arriver à Kadiak, la colonie Russo-Américaine courait les risques de mourir de faim.
Tous ces malheurs attristérent la vie du vieux Russe. La jalousie et la calomnie allaient encore accroître les difficultés de sa position. En 1801, Alexandre [°' succéda au czar Paul. Quand Île commandant d'Okhotsk fit l’annonce officielle de l'évènement, il ordonna à Baranoî
de réunir tous les indigènes de Kadiak et du pays envi- :
ronnant, et de leur demander le serment de fidélité. L'ordre était imprudent ; l’exécuter à cette époque aurait été folie ; car c'était révéler aux perfides Thlinkets l'état précaire de la colonie. Au reste, Baranoî ne pouvait compter sur les Russes à son service ; il se décida donc à ignorer l'ordre pour le moment. Un fonctionnaire qu'il avait cassé essaya de grossir l'affaire, et accusa Baranoî de désobéissance aux ordres impériaux. Une enquête suivit, mais n’eut pas de résultat ; les autorités ayant décidé que Baranof n'était pas au service du gouvernement. Ces épreuves, auxquelles il faut ajouter des désappointements dans le résultat de la vente des fourrures, contribuèrent néanmoins à jeter l'amertume dans la vio du vieillard. L'une des raisons de l’insuccès des opérations de la Compagnie Russo-Américaine à cette époque venait de
l'incapacité des ofliciers qui commandaient ses navires.
Petroff aflirme que soixante-quinze pour cent des vaisseaux de la compagnie coulèrent aux iles Aléoutiennes ; plusieurs même avant d’avoir quitté la côte du Kamchatka. On n'avait pas profité de la clause de la charte qui permettait de recourir aux ofliciers de la marine ; de là les mauvais résultats obtenus.
En 1801, deux Russes compétents, Davidof et Kvostof, obtinrent du gouvernement la permission d'entrer au service de la compagnie, et immédiatement s’eflorcèrent de réorganiser ses navires. Le succès couronna leurs efforts ; par des méthodes d'économie et de travail, ils réussirent à établir ce service sur une base financière plus solide.
Pendant les premières années du xix° siècle, les affaires
de la Compagnie Russo-Américaine prirent en eflet une tournure plus prospère. Les postes de la partie sud-est de l'Alaska s’augmentèrent en nombre et en importance. Seize furent établis le long de la côte de l’Unalaska à Sitka, et presque tous armés de canons. Les pêcheries de phoques des iles Pribilof révélaient un vrai trésor pour la compagnie. Les Chinois avaient découvert le procédé de dépouiller et de teindre les fourrures qui leur donnaient une plus grande valeur commerciale ; et chaque année d'énormes quantités de peaux de phoques descendaient le Pacifique pour se rendre aux diflérents ports de la Chine. Le revenu des îles Pribilof à lui seul fournissait le moyen de payer les dépenses courantes sans recourir au gouvernement russe.
La clause de la charte, qui contraignait la compagnie
à garder des dépôts de subsides sur différents points de la
colonie pour les besoins du gouvernement, était pratiquement très onéreuse et très coûteuse. Il fallait faire traverser la Sibérie aux marchandises, les embarquer à Okhotsk, et faire supporter à la compagnie des frais énormes. En 1802, le comte Rezanof, chambellan de l'Empereur, et parent de Shelikof, accorda le privilège d'envoyer les approvisionnements de Saint-Pétersbourg par mer; dans ce but des vaisseaux furent achetés à Londres. Rezanof en personne accompagna la première flotte, en sa double qualité d’inspecteur des colonies russes, et d’ambassadeur spécial au Japon. La mission japonaise ayant abouti finalement à un échec complet, Rezanof tourna son attention sur la côte américaine. Après avoir aidé à rétablir l’ordre dans les aflaires de la compagnie à Kadiak, il partit pour la Californie.
Cette traversée fut le commencement des reiations commerciales entre les colonies russes et les colonies espagnoles ; elle se termina par l'établissement des Russes sur un point de territoire au nord de la Californie. Les ressources naturelles de ce pays favorisé attirèrent l’attention de l'esprit pratique de Rezanof, et il résolut d'y établir un point d'appui. Comme préliminaire, il s'engagea à épouser la fille du commandant espagnol de San-Francisco, et ensuite écrivit au Czar et aux directeurs de la Compagnie, afin de leur soumettre un plan d'extension de la domination russe en Californie. Il pressa l'établissement d’une colonie agricole sur un point de la côte au-dessus
de San-Francisco, car les Espagnols n'avaient à cette
époque aucun poste fixe au nord de leur presidio. Dans son rapport, Rezanof exprimait l'avis, qu'il serait presque impossible de trouver des agriculteurs compétents parmi les chasseurs et les trappeurs russes ; et il demandait qu'on fit venir les Chinois « patients et laborieux. » Cette proposition, faite en 1806, est, d’après Petrof}, la première qui signale l'immigration des Chinois sur la côte du Pacifique.
Rezanofî partit pour Saint-Pétersbourg donner les motifs de son échec au Japon, et activer la plantation de Californie, En traversant la Sibérie, il tomba de cheval, et se fil une blessure qui précipita sa fin. Il mourut à Krasnoyarsk, au mois de mars 1807; et sa mort priva la Russie d’un zélé défenseur de ses intérêts au nord du Pacifique.
Ce ne fut que quatre ans plus tard que Baranof entreprit de poursuivre l'exécution du projet de Californie. En 1811, il envoya un officier intelligent, Kushkof, qui débarqua à Bodega Bay, et acheta des terres aux indigènes qui se déclarèrent indépendants des Espagnols. Ces derniers s’arrogeaient la possession de toute la côte ouest de l'Amérique, « par droit de découverte », et ordonnèrent aux Russes de quitter le pays. Podushkin, l’oflicier qui
avait le commandement, répondit qu'il n'avait pas le droit
d'agir, et que les deux partis devaient attendre l'accord des cabinets de Madrid et de Saint-Pétersbourg. Il proposa que, dans l'intervalle, les Russes et les Espagnols unissent leurs efforts pour chasser la loutre de mer sur la côte de Californie, et partageassent les profits. Cette proposition
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fut officiellement déclinée, mais pratiquement acceptée ; et les Russes restèrent sans être inquiétés dans leur plantation de Bodega.
Le but qu'ils se proposaient d'atteindre cependant, à savoir de s'assurer une quantité suflisante de viande et de provisions de bouche pour leurs postes de l'Alaska, ne fut jamais atteint. Rezanoî avait prédit que les chasseurs russes et leurs alliés aléoutiens ne feraient que de piètres fermiers. Sa prédiction se réalisa si bien que Etolin, successeur de Baranof, se débarrassa de la plantation en 1842, et les Russes abandonnèrent la Californie sans regret apparent.
L'échec du projet de Bodega contraignit Baranoî à chercher ailleurs des approvisionnements pour la colonie russe, qui, en 1811, comptait environ cinq cents personnes. Il continua à étendre ses relations et à risquer des rapports avec les marchands des différents ports de la Nouvelle- Angleterre, surtout Boston, jusqu'à ce qu’enfin il finit par se compromettre. Nous pouvons en donner un exemple. Un capitaine américain, nommé Bennett, vendit un chargement de provisions de bouche à Baranof à Sitka, et reçut en paiement des peaux de phoque au prix d’un dollar chacune. En toute hâte, il se rendit au Kamchatka, et revendit les mêmes peaux aux agents de la Compagnie, trois dollars la pièce. Ce marché, et d’autres semblables, furent promptement connus des fonctionnaires russes auxquels on représenta Baranof comme un instrument sénile aux mains des rusés marchands yankees. L'accusation n’était pas exacte, mais elle réussit à ruiner sourde-
ment la confiance de la Compagnie Russo-Américaine en son directeur ; et des démarches furent faites pour lui choisir un successeur.
Un nouveau projet de l'esprit inventif de Baranof retarda son rappel de plusieurs années. Ce ne fut rien moins que l'extension de l’Empire Russe aux îles du Pacifique. Des marchands de Boston (1), avec lesquels il était en bons termes, le mirent en rapport avec le roi Kamehameka ; et à l'aide d'un médecin d'aventure, le docteur Schefter, Baranoî forma le plan de l'annexion des Iles Sandwich. Scheffer se rendit à Hawaïi, avec plein pouvoir d'agir au nom de la Compagnie. Il trouva Kamehameka entièrement circonvenu par les Anglais; il tourna donc son attention vers Tomare, roi de Kauai. Son habileté médicale guérit la reine d’une fièvre intermittente ; il réussit done facilement à rompre les liens de fidélité qui unissaient Tomare à Kamehameka, et à le mettre sous la protection de l’empereur de Russie, A l'aide des Aléoutiens, Schefler érigea des constructions, et se mit à cultiver la terre que le roi lui avait donnée. Pendant ce temps, des correspondances actives s’échangeaient entre les différents intéressés au projet. La bonne volonté des fonctionnaires de la Compagnie Russo-Américaine était assurée. Un magnifique uniforme, tout chamarré d’or, un casque de général et des décorations, furent envoyés à Tomare de la part de la cour de
(1) Des mineurs m'ont dit que parmi les Tulinkets Indiens, dans l'Alaska du Sud-Est, il y « £oore aujourd'hui des blancs connus sous le nom de « Bostoniens ». Semblablement, sur la côte anglaise, les Canadiens sont appelés « les hammes du roi Georges », reste des règlements de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux jours des rois Georges.
en lui
rda que Des ons
Saint-Pétersbourg. Mais la Russie, qu‘ savait parfaitement ne pouvoir rivaliser avec l’£ngleterre sur mer, se refusa à poursuivre plus avant l’entreprise.
Lorsque le roi Kamehameke s’aperçut de la tournure que prenaient les choses, il rrit des mesures actives pour recouvrer sa suprématie sur Tomare, qui avait déjà renvoyé Scheffer, lorsqu'il ne vit pas arriver les renforts promis. Ceux-ci avaient bien été envoyés, mais deux navires de la Compagnie, chargés de subsides pour Tomare, se perdirent en route. L’échec du projet, les pertes pécuniaires qui l’accompagnèrent, attirèrent sur Baranoî les plus sévères censures des directeurs, et on l’avertit de compter sur un successeur.
Découragé par ces insuccès, épuisé par ses luttes constantes avec les sauvages, et même avec ses propres subordonnés, qui tentèrent à diverses reprises de l’assassiner, irrité parses ennuis avec le Gouvernement et les fonctionnaires de la Compagnie à Saint-Pétershbourg, Baranoî accueillit avec joie son rappel. Deux Russes, Koch et Bornovolokof, furent tour à tour nommés pour lui succéder; mais le premier mourut au Kamchatka en se rendant à son poste, et l’autre perdit la vie dans le nau-
frage de la Neva, presque en vue de Sitka.
Ce n'est qu’en 1817, que Hagemeister entra finalement en scène, pour relever Baranof de ses fonctions de directeur en chef des Colonies. Il ne prit pas le commandement dès son arrivée, mais passa plusieurs mois à examiner les affaires de la Compagnie. Un jour il montra sa commission, et donna à Baranof l'ordre de lui transmettre le comman-
dement. Le vieux directeur y consentit avec une loyauté
admirable. Malgré les ennuis de sa carrière, et le peu de succès de beaucoup de ses entreprises, son administration avait été profitable à la Compagnie. Il remettait au nouveau directeur une somme dépassant de beaucoup les valeurs reconnues par les quittances de la Compagnie. Des millions avaient passé par ses mains pendant ses vingt-sept années de service en Alaska ; il avait enrichi plus d’une famille russe; et cependant il £e trouvait à l’âge de quatre-vingts ans, découragé et pauvre. Teiic est la reconnaissance du genre humain ! Il se mit en route pour rentrer en Russie ; mais en chemin ilfut pris d’une fièvre malariale — d’autres affirment qu'il fut empoisonné —; et le 16 avril 1819 il rendait le dernier soupir à Batavia, dans l'ile de Java. Ainsi mourut le créateur vrai, et le plus énergique défenseur des intérêts de la Russie sur la côte nord du Pacifique.
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défen- | Paci-