CHAPITRE X
Le procès Mac-Farland.-. M. Horace Greeley, sa doctrine du mariage. -- La justice américaine. -- L'assurance contre le vol.
Je ne quitterai pas la question du mariage sans raconter sommairement le procès Richardson-Mac- Farland qui fit beaucoup de bruit en Amérique, il y à deux ans. La relation de cette cause me fournira l'occasion de noter quelques-unes de mes impressions sur la facon dont la justice est rendue dans certaines provinces de l'Amérique du Nord.
Voilà l'histoire :
M. Mac-Farland, avocat, avait épousé, quelques années auparavant, une Jeune fille, belle, intelligente et d'une nature quelque peu romanesque. Un bon jour, Madame Mac-Farland crut avoir à se plaindre de son mari qui, disait-elle, s'adonnait à l'ivrognerie, et disparut du domicile conjugal, en emmenant ses deux enfants.
Le mari, fou de douleur, se mit à sa poursuite, mais ne put la rejoindre. Madame Mac-Farland fit prononcer son divorce par les tribunaux d'un état voisin et se mit à vivre morganatiquement avec un
jeune et charmant écrivain du journal « la Tribune », M. Richardson, qui, dans cette affaire, avait été son conseiller. Le mari ne pouvant légalement prendre sa revanche attendit et se tint renseigné sur les faits et gestes de son rival et successeur; enfin, il fut un jour informé que M. Richardson devait se rendre incognito à New-York avec Madame Mac-Farland et ses enfants, 11 surveilla soigneusement les abords du journal la Tribune, et, au moment où M. Richardson venait d'y entrer il lui déchargea, à bout portant, deux coups de revolver en pleine poitrine, Les blessures étaient mortelles; M. Richardson eût néanmoins le temps de demander un pasteur qui lunit, au lit de mort, avec Madame Mac-Farland, Pendant j'instruction de cette affaire, les journaux se livrèrent aux polémiques les plus fiévreuses sur le plus ou le moins de culpabilité des deux époux Mac-Farland. De tous les points de l'Amérique, des lettres sur le divorce étaient adressées aux journaux; les femmes défendaient Madame ARichardson avec fureur; les hommes, sans excuser le crime de M. Mac-Farland, plaidaient les circonstances atténuantes.
Les débats s'ouvrirent et M. Horace Grecley, avocat d’un grand mérite et directeur de la Tribune, parla pour Madame Richardson. I émit une doctrine psychologique qui aurait pu se traduire par le mot :
indépendance du cœur. « Les lois divines, disait-il,
n'ont pas voulu asservir les âmes par le mariage,
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