‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 44 · FR · texte numérisé non relu

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mais seulement les corps. La femme, ayant un cœur sensible, a des besoins de tendresse que l’homme est tenu de satisfaire; s’il manque à ce devoir, il doit en ètre puni, La femme le quitte et va où son cœur l'appelle, saus pour cela manquer aux commandements de Dieu, » Ces doctrines nouvelles étaient chaleureusement applaudies par la société féminine, dont lu conscience e:t légère. Madame Mac-Farland- Richardson, nouvelle Georges Sand, écrivit son histoire dans la Tribune, elle s’y posa en victime, et les sympathies ne lui firent pas défaut.

Après de longs débats, M. Mac-Farland fut acquitté ; mais le divorce fut reconnu valable, et Madame Mac-Farland put légalement s'appeler Madame Richardson. fé

J'étais nouvellement arrivé; cet échantillon des inœurs judiciaires américaines me froissa singulièrement. J'étais habitué à d’autres principes. Peu à peu, je connus les usages du pays, et les sensations qui m'avaient désagréablement affecté au début s'affaiblirent. Elles disparurent mème complétement, taut les dénis de justice se multiplièrent sous mes yeux. Depuis son procès, qui lui a donné la célébrité, Madame Mac-Farland-Richardson parcourt l'Amérique, en faisant des conférences dans lesquelles elle raconte sx vie et où ell: paraphrase les idées de M. Horace Grecley sur l'indépendance du cœur. Elle gagne même, dit-on, beaucoup d'argent.

Aux Etats-Unis, l'argent est le commencement et la fin de tout. 4

La manière dont on rend la justice en Amérique peut être l’objet de critiques méritées. Elle ne prouve pas l'excellence du système électif, On peut jusqu'à un certain point croire que si es modifications importantes ne sont pas promptement faites au code américain, la société en arrivera à se défendre et à se faire justice elle-même.

Déjà, et assez fréquemment, des prisons sont envahies par la foule, et la loi de Lynch est appliquée, dans toute sa rigueur, sur certains condamnés dont l'exécution se fait trop attendre,

On sait qu'aux Etats-Unis 11 magistrature n’est pas inamovible et qu’elle est le produit de l'élection. Ces élections sont des luttes de partis et les meneurs de ces partis sont souvent de fort malhonnètes citoyens.

La magistrature est donc dominée par des influences politiques, dans l'état de New-York plus encore qu'ailleurs. Elles entravent et paralysent presque toujours l'action de la loi; c'est du moins ce que j'ai été à mème d'observer dans maintes circonstances.

IL se commet, tous les ans, à New-York une centaine d’assassinats. Sur ces cent assassins, on en arrète environ vingt-cinq. L’instraction de ces vingt-cinq affaires se poursuit avec une lenteur désespérante,

L'opinion publique réclune en vain des exemples, on ne se presse pas; de sursis en sursis, d'appels en appels, le temps se passe et le souvenir des crimes s'éteint, Quelquefois au bout de deux ans seulement, l'accusé est jugé et condamné à vingt ans de pénitencier, On compte à peine une condamnation à mort sur vingt affaires criminelles et une exécution sur trois condamnations à mort, Ces lenteurs, ces tergiversations, cette absence de répression peuvent être attribuées souvent à des influences extérieures. Les magistrats craignent de se mettre en opposition avec leur coterie et de s’exposer à n'être pas réélus. L'intégrité est l'oiseau rare dans la magistrature; on peut dire qu'il perche rarement sur les bans des tribunaux américains.

Chose bizarre! La police semble être d’accord avec les malfaiteurs. IL est impossible en effet de croire que tant de vols puissent se commettre tous les jours sans la connivence des bas agents, Les chefs font leur devoir, mais que de policemen ferment les yeux' On voit des voleurs faire sauter avec des pétards les portes de coffre-forts. Ne croirait-on pas qu'ils ont la certitude que la police n'entendra rien ?

Dans la plupart Ges grandes villes, les négociants n’osent plus laisser leurs magasins déserts. Ils y iustallent des gardiens qui veillent toute la nuit, le revolver à la ceinture et la lanterne allumée, A New-

York, à chaque angle de l'immense magasin de M. Stewart, dans Broadway, un gardien veille et en protège les abords.

Le voleur est un produit essentiellement américain; il n’est pas de précaution que l’on ne prenne pour se mettre à l'abri de sa trop grande adresse.

La crainte des voleurs a donné naissance à de nombreuses compagnies de safe deposit (dépôts sauvegardés). Il en existe dans toutes les villes un peu importantes des Etats-Unis.

Vous absentez-vous ? Craignez-vous l'incendie ou les voleurs ? Vous portez vos effets précieux, papiers ou bijoux, au safe deposit, et là, après une déclaration de la valeur des objet: et le païement d’un droit proportionnel, vous recevrez une clef ouvrant un tiroir numéroté pratiqué dans une muraille, Une porte de fer clôt la cave aux tiroirs et personne n’y pénètre sans un ordre du chef au gardien armé qui fait sentinelle auprès de sa serrure, Une grille. de fer isole le public des employés.

Comme dernière garantie vous signez et convenez d'un mot de passe avec. le directeur. Il faudra le prononcer pour rentrer en possession de votre dépôt.

Ces compagnies sont établies depuis peu. Elles fonctionnent avec succès. On voit des négociants apporter au safe après la fermeture de leurs magasins leurs objets les plus précieux, C'est en réalité l'assurance contre le vol.

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