CHAPITRE XII
La liberté des cultes. -- L'Amérique religieuse. -- Presbytériens et Méthodistes. -- Les autres sectes. -- L'église catholique romaine. -- Les Irlandais. -- Un peu de politique. -- Stabilité des institutions. -- Les Allemands,
Une des choses qui frappent le pius dans l'union américaine, c'est le fonctionnement des institutions religieuses. La liberté des cultes y existe dans la plus large acception du mot. L'Etat ne salarie pas les prêtres et laisse les fidèles se bâtir autant d’églises qu'ils en veulent. Les différentes sectes n’en jouissent pas moins d’un budget assez important, grâce aux contributions et aux dons volontaires pour l'entretien des ministres et les frais du culte. La solennité du dimanche est très-observée aux Etats- Unis, où les cérémonies religieuses sont suivies avec un grand empressement. Il serait difficile d'énumérer les sociétés de Bible ou de tempérance qui fonctionneut dans les divers Etats. La propagande religieuse est fort active; à peine un village se formet-il qu’on voit immédiatement s'élever une église ou un temple. On doit faire remonter les causes d’une telle ferveur aux origines mème de la nation en
grande partie formée d’émigrés volontaires, appartenant aux religions persécutéss. en Europe. C'est ainsi que beaucoup d’américains descendent de français proscrits par la révocation de l’édit de Nantes; l'intolérance du grand roi à appauvri notre pays au bénéfice des Etats-Unis. La prépondérance des sectes presbytérienne et méthodiste sur les autrès, prouve bien que plus une religion est persécutée, plus elle est vivace. On compte aux Etats-Unis plus de quatre millions de méthedistes. Il faut citer, parmi les autres sectes importantes, les congrégationalistes, les membres des églises réformées de Hollande et d'Allemagne, les quakers, fort peu nombreux mais très-puissants, les universalistes, les baptistes, les épiscopaux et les membres d’autres sectes protestantes.
L'église catholique romaine compte plus d’adeptes dans le sud que dans le nord de l'Amérique; c’est une question d’origine: dans le sud on descend en effet des Français, des Irlandais et des Espagnols. La propagande catholique est active et ses effets se font sentir jusque dans le nord, où le protestantisme la combat avec ardeur. On compte une vingtaine d’églises catholiques à New-York et à Boston, et leur nombre: augmente d’années à années. Il y a aux Etats-Unis 6 archevèques, 19 évèques et 1,200 églises ou chapelles. Les Irlandais se font remarquer comme les catholiques les plus fervents. Leur fanatisme
s'explique par leurs souffrances. Ce sont de grands producteurs d'enfants et la statistique qui constate leur continuel accroissement permet de prédire que, grâce au suffrage universel, ils seront un jour trèspuissants aux Etats-Unis. En général, ces Irlandais sont paresseux et ivrognes. Dans les grands centres, ils ne sont employés que comme hommes de peine, et leurs femmes, réputées pour leur propreté, servent comme Cuisinières ou employées dans les maisons bourgeoises, Les Irlandais font métier de s’occuper de politique, et il n’est pas de meilleurs voteurs pour les coteries qui veulent se servir de leur concours. Pendant la dernière guerre, c’étaient nos meilleurs amis. On a acclamé le peuple américain qui restail dans le siatu quo; on n’a rien dit des Irlandais qui nous offraient leur sang, montrant, par cet acte, qué, malgré leurs défauts, ils avaient une qualité qui les rachetait tous : celle de savoir se souvenir.
Ils sont turbulents aujourd'hui ; il est à souhaiter que dans l'avenir ils ne se rangent pas sous la bannière de chefs ambitieux pour bouleverser leur patrie d'adoption.
Puisque le mot de politique est venu sous notre plume, faisons-en un peu.
Plusieurs écrivains remarquables ont étudié le système politique des Etats-Unis. En France, M. de Tocqueville, dans Za démocratie en Amérique, et M.
Laboulaye, dans Paris en Amérique, ont su, l’un, par une étude approfondie des institutions américaines, l’autre, par de spirituelles boutades et des aperçus pleins de finesse et de fantaisie, attirer l'attention sur ce pays. Le succès de ces deux livres, si vrais quoique si différents d’allures, est le meilleur indice que l’on puisse citer de la curiosité qu’éprouve le Français à connaître les institutions des itats-Unis et leur fonctionnement Aucun pays n’était en effet mieux fait pour enthousiasmer nos hommes à systèmes politiques. Quoi de plus intéressant pour des futurs gouvernants que ces trente-neuf Etats, constituant chacun une République indépendante, en ce qui concerne les intérêts généraux, et, en ce qui concerne les affaires extérieures, réunis sous un mème drapeau pour former le plus solide des faisceaux politiques ?
Un peuple jouissant de toute la plénitude de sa liberté, sans émeutes, sans révolutions périodiques, et réalisant le problème du gouvernement du pays par le pays, devait forcément être étudié sous tous ses aspects par l'élite des démocrates. Le problème est bien simple; il a pour bases: d’un côté, un esprit de solidarité bien entendu, et, de l’autre, un grand respect des lois. C’est ainsi que de nouveaux Elats ont pu s'ajouter aux anciens et le développement matériel s'accroitre dans d’énormes proportions, sans que le pacte fondamental ait été modifié pour répondre à tous ces changements.
Le récensement qui a été opéré en 1870 accuse un chiffre de population de 33,586,989 blancs, ce qui donne sur 1860 une augmentation de 6,500,000 individus. Les nègres sont au nombre de 4,880,000, Si l’on ajoutait à ces deux chiffres, celui qui résulterait d’un recensement des Chinois et des Indiens on arriverait à un total d'environ 40,000,000 d'hommes. En quatre-vingts ans, le pygmée est devenu géant. Où s'arrêtera cette constante progression ? Je n'essayerai pas de prédire l'avenir qui est réservé au peuple américain, je me contenterai de grouper quelques remarques et d'indiquer les sensations que j'ai éprouvées en cherchant à analyser les sentiments que cette République pouvait professer à notre égard.
On est assez disposé en France à accepter sans examen les jugements superficiels portés sur les peuples étrangers; on se fait un idéal et l’on se refuse à descendre jusqu'à la réalité. L'Amérique est notre sœur, le drapeau français a marché côté à côte avec la bannière étoilée : combien de fois ces phrases ont-
elles été prononcées? Si nos orateurs veulent pro-
poser un modèle, ils parlent de l'Amérique; l’écrivain les dépasse encore en emphase. C’est à qui célébrera cette terre de la liberté. Pour donner plus de force à leur argumentation, il fallait bien que les avocats pussent se servir de points de comparaison et montrer que cette liberté américaine, nous
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n'avions pas encore su la conquérir. L’imagination a remédié à leur ignorance, ils ont parlé de l’Amérique comme Méry a parlé de l'Inde sans la connaître; mais autre chose est la politique, autre chose la littérature.
Composée d’agrégations hétérogènes, d'éléments dissemblables, souvent opposés, de religions rivales, l'Amérique du Nord est une République de naissance. Je crois pouvoir dire, sans être taxé de paradoxe, que l'union repose aux Etats-Unis sur Ja dissension, Les races y sont agglomérées, mais ne s’y mélangent pas. Il n’y a pas, à proprement parler, d'unité nationale, L'élément ànglo-saxon s’est conservé pur sur certains points, par exemple dans les Massachussets; sur d’autres points d’autres races ont conservé leurs qualités et leurs défauts natifs. L'union américaine est un mot impropre, c’est l’association américaine qu'il faudrait dire. Chacune des parties associées entend jouir d'une indépendance absolue, et ne saurait se soumettre à toute tentative qui aurait pour but: la prépondérance d’un Etat sur les autres ou l'établissement d’une centralisation, Les fondateurs de la République l'ont bien compris quand ils ont mis le siége du gouvernement à Washington, ville dont le peu d'importance détermine la neutralité. « L'Amérique, dit M. de Tocqueville, n’a pas de capitale dont l'influence directe se fasse sentir sur toute l'étendue du territoire, ce que je considère
A TRAVERS L'AMÉRIQUE, (oi
comme une des premières causes dn maintien de la République aux Etats-Unis, Dans les villes, on ne peut guère empècher les hommes de se concerter, de s’échauffer en commun, de prendre des résolutions subites et passionnées. Les villes forment comme de grandes assemblées, dont tous les habitants sont membres, Le peuple y exerce une influence prodigieuse sur les magistrats et souvent il y exécute sans intermédiaire sa volonté. Soumettre les provinces à la capitale c’est donc remettre les destinées de tout l’empire non-seulement dans les mains d’une portion du peuple, ce qui est injuste, mais encore dans les mains du peuple agissant par lui-même, ce qui est fort dangereux. La prépondérance des capitales porte une grave atteinte au système représentatif, elle fait tomber les républiques modernes dans le défaut des Républiques de l'antiquité, qui ont toutes péri pour n'avoir pas connu ce système. » Ces paroles écrites en 1834 ont été consacrées par les faits ! Dans tous les Etats, le gouvernement est placé dans une petite ville.
En cela comme en bien d’autres choses, les hommes du Massachussets n’ont pas voulu être imitateurs et ils ont choisi leur ville de Boston pour siége du gouvernement. C’est la seule exception à la règle. Le manque de capitale rend donc impossible une véritable révolution aux Etats-Unis, et certains troubles partiels ne deviendraient dangereux pour le
gouvernement présidentiel qu'autant qu'ils seraient le résultat d’un mécontentement général,
Eu général, l'Américain n'aime pas la politique, il ne s’y intéresse qu'au point de vue de ses intérêts commerciaux et sans ambitionner les honneurs. IL abandonne le terrain électoral aux politiciens, classe d'individus qui compte dans ses rangs des hommes de toute provenance depuis le publiciste jusqu’au mercenaire.
Elle est surtout grossie par les déclassés politiques de tous les pays, venus pour manger le pain de la liberté et apporter aux groupes républicains le concours de leurs idées.
Deux partis sont actuellement en présence aux Etats-Unis : le parti républicain dit national et le parti démocrate. Le premier, composé des américains de naissance, n'entend pas laisser la direction des affaires aux étrangers. C'est grâce à lui que les tentatives qui ont été faites près du congrès, pour que l’article qui porte que tout Président des Etats- Unis doit ètre né dans le pays soit révisé, sont jusqu'ici restées sans résultat.
Quant au parti démocrate, il gagne en puissance tous les jours et cette bouture de l’émigration sur l'arbre social commence à préoccuper visiblement les américains indigènes,
Un de leurs efforts pour s’assurer encore quelque lemps la victoire dans les élections à été de rendre
la naturalisation plus difficile, mais ce n’est là qu'un expédient qui ne retardera pas de beaucoup l’avènement du parti démocrate. Celui-ci compte dans ses rangs beaucoup d’Allemands. Ces braves Germains désirent le pouvoir et travaillent sans relâche pour y arriver, Ils ont déjà fait nommer M. Kauffimann, l’un des leurs, sous-gouverneur de l'Etat de New- York. L’Allemand naturalisé américain n’adopte nullement les mœurs de sa nouvelle patrie, il reste ce qu'il est. Les lieux de réunion ne manquent pas aux Allemands. Ils ont d'abord la brasserie. Tout en fumant leurs pipes, ils émettent des principes d'un machiavélisme assez profond. Ils cachent leur ambition sous une enveloppe débonnaire, et, considérant les Etats-Unis comme un pays sans propriétaire, ils espèrent à la longue mettre la main sur ce riche gâteau.
Ils appellent déjà New-York la troisième capitale de l'Allemagne, prétention presque justifiée par le nombre des Allemands qui y résident. Les américains sentent le danger, résistent et usent de tous les stratagèmes pour s'assurer la majorité dans les élections. Peu leur importe la qualité des électeurs. La voix d’un ruffian vaut autant que celle d’un honnète homme. On peut juger du niveau des passions politiques en suivant les campagnes électorales,
C’est du haut d’une grande tribune construite sur l'une des principales places que les orateurs vien-
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nent tous les soirs endoctriner leurs auditeurs. La
foule manifeste son opinion par des hurrahs ou des
huées. Ailleurs, d’autres orateurs soutiennent d’autres
candidats. On illumine, on tire des feux d'artifice,
on allume des feux de Bengale. Ces spectacles ne
sont pas complètement inoffensifs, car on voit des W: auditeurs prouver à coups de révolver que l'orateur a raison ou tort, La police laisse faire; il faut que toute cette exubérance ait une issue,
got de dir mar dés lign nue Bla men impd Capi de t ses cons J'ai pieds sans Grècd je m