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CHAPITRE XVIII

Les chemins de fer. -- Le Drawing-Car. -- Le Sleeping-Car. -- Un peu de critique. -- Arrivée à Buffalo.

IL a été calculé que le gouvernement a, jusqu’à présent, concédé autant de terrain aux compagnies de chemins de fer, que l’Union en possédait quand elle ne comptait que dix Etats. C’est dire que le pays est sillonné par les lignes ferrées. L'absence du monopole a amené l'établissement de lignes riales qui desservent les mêmes villes, et se disputent la faveur du public, en lui offrant un matériel luxueux et des prix réduits à leur plus simple expression. L'Amérique est le pays où l’on voyage le plus économiquement, au point de vue de la locomotion, bien entendu.

Citons un exemple: Un billet de première classe de New-York à San-Francisco coûte 500 francs. La distance parcourue est à peu près de mille six cents lieues ct demande six jours. Le même voyage coùterait le double en Europe. Les wagons ont une construction particulière. Généralement ils mesurent dix mètres de longueur, sans séparation intérieure, Chaque wagon peut contenir une cinquantaine de

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voyageurs, qui prennent place sur des fauteuils bien rembourrés. Visiblement il n’y a qu’une classe ; pourtant, dans chaque train, il existe un wagon qui s'intitule drowing-car où wWagon-salon. On n'y est admis qu'en payant une légère différence, le quart d’une place, en sus. Ces wagons sont admirables pour le confortable qu'ils présentent et par le luxe de leur aménagement, En entrant dans l'intérieur, on trouve, d’abord, un fumoir, puis une salle tenan’ lieu de cabinet de toilette, eau, savon, serviette à discrétion. Sur ce cabinet de toilette s'ouvrent deux portes donnant accès dans deux endroits bien nécessaires et que les compagnies françaises, hélas! se font un devoir de dédaigner. Puis un petit couloir, ayant de chaque côté des boxes pour quatre personnes. Les portes se ferment à volonté. Au bout du couloir, un salon, avec des siéges, dés sofas. Encore uu petit couloir, conduisant à une terrasse en plein air, d'où le voyageur peut, sil le désire, passer dans les wagons suivants. Pour les grands trajets, les trains possèdent aussi des s/eeping-car, ou, pour parler plus clairement, des voitures à dormir. Pen-

dant le jour, les wagons ressemblent aux autres, mais le soir, quand dix heures sonnent, les employés se mettent à deviser, à tirer les banquettes, à faire juuer des panneaux cachés dans la boiserie, et, transformation extraordinaire, en moins d'une demi-

heure, soixante lits sont préparés, avec du linge

blanc, des couvertures et même des rideaux. Les lits sont superposés et, autant que possible, le mème compartiment doit être habité par des gens de connaissance Mais il arrive parfois que la combinaison est impossible, ce qui donne lieu à des scènes très-divertissantes..…... pour les hommes.

Règlementairement, le lendemain matin, à huit heures, les dormeurs doivent abandonner leur couche. Les domestiques, pardon! les employés vous présentent gracieusement vos souliers bien cirés, en vous engageant à passer dans le cabinet de toilette. A neuf heures, le train s'arrête au buffet d’une grande ville et du s/eeping-car se précipite une foule, à la figure reposée, aux habits vierges de poussière. L'inventeur de ces Cars s’appeile Pulmann, que son nom passe à la postérité! J'ai dit ce que J'admirais, #ow (maintenant) un peu de critique.

Et d'abord, je me plains du mauvais état de Ja voie, qui soumet le voyageur à une trépidation trop marquée. Je recommanie aux constructeurs des courbes moins rapides et des ponts moins volants. Je serais heureux de voir les mécaniciens boire moins de zin, et les employés bousculer moins les malles. Un dernier souhait : que les compagnies fassent fouiller la terre et y découvrent de la houille; car le bois est un bon calorique, mais il brüle vite, encombre beaucoup, et oblige le train à s'arrêter trop souvent pour refaire la provision, Si l’on suit mes conseils,

J'aur!

ville un Bôflc pren

il y aura moins d'accidents à regretter, et moins de temps perdu. Mais on ne les suivra pas. La vie d'un homme compte pour peu de chose en Amérique, et le gouvernement n'a que faire de s’en occuper. Si un voyageur s’embarque avec de certaines craintes, il peut, à la gare de départ, prendre une assurance contre les accidents. Selon la somme payée, la compagnie s'engage à lui verser, en cas de perte, tant pour une jambe, un bras etc... Le tarif est parfaitement établi. L'article qui a rapport au nombre des côtes enfoncées est éminemment intéressant, Dernier conseil : le gouvernement ferait bien de diminuer le nombre de ses contrôleurs des ” finances, et de transformer ce stock bureaucratique en inspecteurs de chemins de fer; toût le monde y gagnerait.

Pendant que je résume ainsi mes impressions, le train s’est rapproché de Buffalo ; mais si je n'ai pas donné plus de détails sur la route, c’est qu'à part la vue des villes de Rome et de Rochester, le paysage est resté uniforme. La campagne est peu accidentée ; la végétation, présentant le même vert, n'attire pas le regard. Et puis, raison majeure, et par laquelle

j'aurais dû commencer, à partir de cette dernière

ville je me suis endormi, et ce n’est qu’en entendant un Américain prononcer près de moi ces deux mots: Bôflô ! Bôflà ! (Buffalo), que je me suis réveillé, Mon premier soin, en rentrant dans la possession de mon

rayon visuel, à été de regarder par la portière, Grand Dieu, je recule d’épouvante! Le train, pour franchir les marécages qui entourent presque entièrement Buffalo, passe sur un pont de bois, construit dans le genre primitif et qui a l'air à tout instant de vouloir s'effondrer. Ce n’est que craquements, Bu balancements à faire frémir le fataliste le plus en- | durei. Je regarde autour de moi: pas la moindre nuance d'inquiétude sur les visages. Tous ces genslà sont certainement assurés... car autrement leur et confiance serait inexcusable, d'é

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